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Psaume 110519 : La raison Irv

Quand Victor Hugo proclame qu'il n'y a rien de plus puissant qu'une idée dont l'heure est venue, l'esprit occidental tient beaucoup à accaparer la puissance magique de cette incantation afin de, à son tour, passer pour aussi brillant et lumineux que celui qui en a eu l'idée.

Mais j'aimerais signaler qu'en toute logique une idée dont l'heure est à venir contient en elle une puissance potentielle dont le goût est le travail est ce qu'il y a de plus dynamisant et stimulant pour l'intellect !

En fait il est même légitime de proclamer qu'il n'y a rien de plus motivant qu'une idée dont l'heure est à venir. Car il se produit l'effet que, quand on est hors de l'actualité, quand personne ne se soucie du thème sur lequel on travaille, que la plupart des gens rejettent avec indignation les idées nouvelles en raison du fait qu'ils ne sont pas encore capables de les avoir eux-mêmes, et qu'ils le vivent un peu comme un viol ou comme si on leur racontait la fin du film sans avoir eu à parcourir le chemin qui conduit à la formalisation de cette idée, bref quand on est à l'abri des interférences, des mésinterprétations, des récupérations contre lesquelles il faut se battre, et de tous les débats et toutes les cicatrices mentales qui viennent puiser dans l'idée nouvelle les réparations dont elles ont besoin, quand on est seul avec l'idée qui vient de naître et qu'on la tient entièrement dans ses seuls mains, alors on se sent responsables, envoûté, touché par le doigt de Dieu.

Pendant de longs moments il s'agira d'ancrer l'idée nouvelle dans la réalité du monde par une succession d'essais infructueux, et à ce moment-là, c'est sûr, l'idée en gestation ne voit pas arriver son heure, puisqu'elle est en train de grandir. L'idée finale, si elle est apparue d'un coup dans l'esprit de son médium, et même si elle est apparue simultanément à l'esprit d'autres personnes qui ne manqueront pas de se reconnaître mutuellement, a encore besoin de déployer autour d'elle les conséquences de son existence, si elle veut se greffer dans la réalité.

C'est à dire que si on tient compte de l'idée nouvelle, alors le comportement change, le paradigme change, et la façon de considérer tout ce qui mérite d'être illuminé par l'idée nouvelle change. Le vocabulaire prend une tournure peu compréhensible pour ceux qui ne saisissent pas le paradigme auquel on fait référence.

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Maintenant regardez bien l'état d'esprit du génie, et regardez à 180° derrière l'état d'esprit du tyran : pas grand chose peuvent les distinguer, et pour faire cela, il n'y a qu'une seule méthode, mettre à l'épreuve le paradigme à partir duquel il s'autorise à s'exprimer comme il le fait, de manière si peu compréhensible pour la plupart des spectateurs.

Si le génie base son point de vue sur l'idée dont il se sent le père, il aura toujours envie de l'expliquer et de l'enseigner, sans toutefois être entendu, mais dans certains cas, il faudra aussi lui faire confiance.
Le tyran, lui, refusera toujours d'expliquer les fondements de la logique sur laquelle s'articule les ordres péremptoires qu'il aboie, mais pour faire passer cela, il est dans l'obligation de passer pour un de ces génies qui est le seul à posséder les clefs qui permettent de comprendre les raisons qui sont les siennes. Et grâce à la rhétorique et au sophisme, il aura toujours des explications à divulguer dont la principale caractéristique est qu'elle apportent un contentement qui ne dure que le temps de faire taire celui qui a posé la question, parce que après quand il y réfléchit, il se rend compte de l'arnaque, et se retrouve à nouveau dans l'expectative.

Inévitablement ce comportement engendre des adorateurs de confiance, qui, grâce à leur amour, perçoivent les bribes de quelques indices de raisons qui en fait, ne leur seront jamais dévoilées, et grâce à leur dévotion, colportent les raisons valables à court terme comme si ces indices vers la compréhension globale les avait conduit à quelque chose de solide, tangible et lumineux, alors que ce n'est point le cas. Jusqu'au jour où ils se rendent compte que cette logique, ce paradigme, n'existe pas.
Car si le génie peut être mû par des idées nombreuses, et que tous les génies sont mobilisés par des idées aussi riches et différentes les unes des autres, les tyrans, tous autant qu'ils sont, ne sont mobilisés que par une seule et unique raison, la raison IRV : la « raison inconnue revêtue de vertu ».

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