02/11/2006 4 min #5183

La mondialisation capitaliste dans une perspective historique

{::export from newsnet in Analyses by newsnet date: 02/11/06}par Éric Toussaint

Sommaire :

1.Partie historique (du 15e au 21e siècle)

2.Les idées de la Banque en matière de développement

3.Etude de Cas. Corée du Sud : le miracle démasqué

4.Conclusions générales

Entre le XVIe et la fin du XIXe siècle se constitue progressivement une économie mondiale hiérarchisée (« économie-monde » selon la formule de Fernand Braudel) où les différentes parties de la planète sont mises en relation de manière brutale par la vague d’expansion de l’Europe occidentale. Ce processus a non seulement impliqué le pillage de peuples entiers par les puissances coloniales d’Europe mais il a aussi entraîné la destruction progressive de civilisations avancées qui sans cela auraient pu suivre leur propre évolution dans un cadre pluriel sans nécessairement passer par le capitalisme.

La Banque mondiale prétend que pour progresser, les PED doivent recourir à l’endettement extérieur et attirer des investissements étrangers. Cet endettement sert principalement à acheter des équipements et des biens de consommation aux pays les plus industrialisés. Les faits démontrent jour après jour, depuis des décennies, que cela ne marche pas. Les modèles qui ont influencé la vision de la BM aboutissent logiquement à une forte dépendance des PED à l’égard des apports extérieurs de capitaux, notamment sous la forme de prêt, avec l’illusion d’atteindre un niveau de développement auto-soutenu. Les prêts sont considérés par les bailleurs de fonds publics (gouvernements des pays les plus industrialisés et BM en particulier) comme un puissant moyen d’influencer les pays qui s’endettent. Les actions de la Banque ne se résument donc pas à une succession d’erreurs ou de mauvais coups. Au contraire, elles participent d’une vision cohérente, théorisée, conceptualisée que l’on enseigne doctement dans la plupart des universités. Des centaines de livres d’économie du développement la distillent. La Banque a produit une véritable idéologie du développement. Lorsque les faits démentent la théorie, la Banque ne remet pas en cause la théorie. Au contraire, elle cherche à déformer la réalité pour continuer à protéger le dogme.

La prétendue réussite de la Corée du Sud a été obtenue grâce à une politique opposée au modèle proposé par la Banque mondiale. Loin d’une accumulation vertueuse reposant sur les bienfaits du marché libre, le développement économique de la Corée du Sud a été permis par « une accumulation primitive brutale reposant sur les méthodes les plus coercitives pour fabriquer la ‘‘vertu’’ par la force » (J-P. Peemans). La Corée a atteint les résultats que l’on connaît sous le joug d’un régime dictatorial et particulièrement répressif protégé par les ?tats-Unis dans le contexte de la lutte contre les régimes dits socialistes. La Corée a adopté un modèle productiviste particulièrement peu respectueux de l’environnement. La voie coréenne n’est ni recommandable ni reproductible. Mais elle mérite d’être étudiée.

Une chose doit être claire : si l’on recherche l’émancipation des peuples et la pleine satisfaction des droits humains, les nouvelles institutions financières et monétaires tant régionales que mondiales doivent être au service d’un projet de société en rupture avec le capitalisme et le néolibéralisme.

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