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Je rêvais d'un autre monde (2)

2. Le capitalisme social (ou le vendeur qui cherche un autre truc dans sa sacoche)

Si on place son esprit dans l'axe par lequel on devient le créateur, l'inventeur, le premier à tracer un chemin auquel personne n'a pensé avant, les véritables découvertes qui s'offrent à nous consistent tout simplement à faire sauter ce qui habituellement empêche d'y penser.

Dans le cadre de la recherche d'un monde meilleur dont tout le monde aime bien reprendre le slogan, il subsiste un travail à faire qui est celui de le dessiner, d'en tracer les lignes.

Dans l'autre cadre de la conception, on a tendance, époque oblige, et fluidité le permettant, à commencer par le slogan publicitaire qu'on a envie de dire et ensuite réaliser l'objet qui permet d'aboutir à ce joli slogan publicitaire. Si cette démarche est assez dangereuse en raison du fait qu'il est possible qu'on soit loin de l'effet désiré, elle est quand même allègrement moins mensongère que la méthode publicitaire habituelle qui consiste à décorer et dissimuler le laid avec du beau.

Ceux qui reprennent ce slogan publicitaire d'un monde meilleur, gaspillent toute leur énergie en faisant cela et ne produisent rien de bon, puisqu'ils se recouvrent par avance des lauriers qu'ils ne méritent pas, et du coup n'ont plus besoin de s'atteler à aller chercher cette victoire.

Les publicitaires cherchent des choses à dire qui soient plaisantes aux auditeurs mais ensuite seulement c'est aux entreprises de faire en sorte que les promesses soient tenues, ainsi on débarque dans une époque où le slogan publicitaire précède l'apparition du produit.

C'est un bon début car ce sont les prémisses de relations inter-hiérarchiques nobles et légitimes, où le chemin entre ce qui est voulu et ce qui est obtenu entre en résonance harmonique.
Si vous voulez je reprends cette idée,
d'abord on réalise et après on voit ce qui est réalisé,
dans ce qui est obtenu on voit des inconvénients inattendus
(et dès lors on peut dire que l'injustice sociale et la pollution sont le produit de ce qui est réalisé)
on décide des correctifs à apporter
et alors ce qui est réalisé tend vers ce qui veut être obtenu.

Après une première phase de l'humanité où les choses étaient réalisées aveuglément, on entre dans une deuxième phase de l'humanité, qui va être beaucoup plus courte, où on va d'abord décider de ce qui veut être obtenu : le courant va dans l'autre sens, du cerveau aux muscles, comme un bébé qui apprend à se servir de ses mains.

Et là on voit apparaître le capitalisme social,
ou tout du moins, le slogan publicitaire qui décide de ce qui doit être produit.

Ah mais c'est qu'ils en ont des balles dans leur chargeurs, ils ne lâcheront pas la grappe aussi facilement, les avides de profits immédiats.

Alors donc maintenant le capitalisme social va promettre dans son slogan que les bénéfices excédentaires et impossibles à évaluer vont être reversés dans des activités sociales, choisies avec minutie pour associer une certaine apparence de désintéressement, conforter des craintes relatives au capitalisme, se substituer au rôle de l'état pour ce qui est du domaine public (bah oui pourquoi payer des impôts si les entreprises elle-mêmes s'occupent d'enrichir le domaine public ?), et évidemment pour conforter une image de marque en tant que sponsor sportif ou bénéficiaire du karma propre aux donateurs à des associations caritatives.

Bref vous l'aurez compris ces savants calculs n'auront rien de démocratiques ou de désintéressés, et ce capitalisme social qui pointe à l'horizon afin va servir à contrer par avance les critiques légitimes du capitalisme sauvage par nature qui ne vont pas tarder à entrer de plein pied dans la conscience officielle du monde.

Et encore une fois il s'agira de confier à des gens qui appartiennent à une aristocratie secrète la responsabilité de choisir les buts et les méthodes qui normalement devaient revenir aux politiciens non véreux et désintéressés ; C'est à dire en fin de compte, à remplir un vide.

Et évidemment il s'agit en fin de compte de ne pas laisser la moindre marge de manœuvre à un public égalitaire de se donner la liberté de penser à dessiner les objectifs et les méthodes qui participeront à une meilleure répartition des richesses et à générer le phénomène de justice sociale. Il s'agit (je le redis autrement) de ne pas compter sur le peuple pour avoir des idées sur la façon dont la société doit être édifiée.

Or elle est là, la question, et rien n'a été fait dans ce domaine, comment générer la justice (sociale), comment procéder si on veut obtenir une juste répartition des richesses, ou en somme « l'effet de justice » ?

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Comme je l'ai souvent dit si on laissait les choses évoluer naturellement et tranquillement, bien que la civilisation humaine finirait par aboutir à produire un système social qui soit générateur de justice et d'équité, non seulement il faudrait deux ou quatre mille ans pour y parvenir, mais surtout l'humanité aura périt sous ses déchets et sous le poids de ses erreurs depuis 1900 ou 3900 ans.

Ce n'est pas à ce rythme suggéré par le capitalisme social que les choses doivent évoluer, car après cela, et après ce qu'il y a après cela, il sera déjà trop tard, et déjà aujourd'hui il est presque trop tard.

Le fait est que derrière ces bonnes intentions se cache une inconséquence d'une lourdeur historique phénoménale et mortelle.

La question est non de seulement sauver la vie de ceux qui sont en danger aujourd'hui, mais aussi de sauver l'avenir de toutes les générations futures.

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Il faut bien se mettre en tête que la planète Terre telle qu'elle se présente aujourd'hui est héritée de toutes les générations de locataires qui y ont séjourné au fil de l'histoire.

Le phénomène de propriété privée est tellement absurde depuis ce point de vue qu'il ne saurait être possible et imaginable que sous ce prétexte des gens s'autorisent à raser des forêts et à polluer des eaux, étant donné que nous ne sommes que des locataires furtifs qui disparaîtront aussitôt apparus.

Imaginez qu'un locataire saisonnier qui loue votre maison de bord de mer pendant un mois d'août décide de démonter les murs et la toiture sans jamais parvenir à les reconstruire, brûler les meubles pour se chauffer le soir, exploser les canalisations pour voir comment ça marche et saborder le terrain en y faisant des trous pour chercher de l'or qu'il n'aura jamais trouvé, et qu'ensuite il vous rende votre maison et meure dans la foulée. Que vous reste-il ? Vos yeux pour pleurer. Et cela, c'est ce que nous faisons pour nos générations futures, que le capitalisme soit « social » ou pas.

Quelle leçon en tirer ?
Ou en fait : comment léguer un état d'esprit ?
Car il est certain que si on veut léguer un message au futur locataire, ce n'est pas en laissant un écriteau qu'on y parvient, mais en montrant l'exemple.
Les problèmes qui devront être résolus dans le futur devront l'être dans le même état d'esprit que la façon dont on les résout aujourd'hui.
Tous les dommages occasionnés à la nature sont des dommages occasionnés aux générations futures de la façon la plus lâche possible puisqu'ils ne pourront pas se retourner contre nous.
Or ces problèmes sont possibles à résoudre.

C'est dès aujourd'hui qu'il faut se montrer collectivement responsables les zones naturelles dont nous ne sommes que des temporaires locataires.
Les décisions qui doivent être prises en ce sens n'ont aucun intérêt à résider entre les mains des commerçants.

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