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L'entretien secret de M. Alain Juppé avec M. Nicolas Sarkozy

Par Manuel de Diéguez

1 - M. Alain Juppé, lecteur de Thucydide
2 - Le sionisme au Quai d'Orsay
3 - Le sionisme en France et aux Etats-Unis
4 - Les nouveaux Huguenots
5 - Le sionisme aux postes-clés de l'Etat
6 - La Libye et l'OTAN
7 - La Libye de demain
8 - L'avenir de l'Europe de la raison
9 - Le destin retrouvé de la France

1 - M. Alain Juppé, lecteur de Thucydide

On n'imagine pas un seul acteur de la France des "hautes sphères" de l'Etat, comme on dit, qui ne se trouverait pas informé des circonstances extraordinaires qui ont permis à M. Juppé de s'adresser au Président de la République dans des termes qui ont contraint ce dernier à se séparer de ses deux plus proches conseillers, MM. Guéant et Lévitte, tellement seuls les intérêts supérieurs du pays pouvaient conduire aussi subitement M. Nicolas Sarkozy à bouleverser l'échiquier atlantiste de la politique étrangère de la France. Il importe donc de recourir à la méthode de Thucydide, qui rapportait, disait-il, des discours de Périclès ou d'Alcibiade et qui, dans le même temps, précisait à ses lecteurs qu'il faisait tenir aux plus grands personnages de l'histoire de son temps le langage que la logique de la situation leur aurait imposé s'ils avaient pris effectivement la parole devant le peuple. Voici donc le discours véritable que Thucydide a mis dans la bouche de M. Alain Juppé et qui a mis l'Elysée en demeure de rebattre les cartes de notre pays sur la scène internationale. 

" Monsieur le Président, si je m'adressais à vous en ma qualité de citoyen ou d'homme politique accouru de Bordeaux à votre appel et si je me fiais à la rumeur qui court à Paris selon laquelle vous auriez l'intention de me confier la conduite de la France sur le théâtre du monde, je me retirerais sur l'heure de cette arène, parce que je ne pourrais exercer une charge aussi lourde et dans le seul intérêt supérieur de la République sans entrer en conflit avec vos deux principaux conseillers, MM. Guéant et Levitte, qui me contraignent, hélas, à soulever, en outre, la question de fond qui se pose depuis des années au monde entier, celle du rôle que joue le sionisme dans la conduite du globe terrestre. Car MM. Guéant et Lévitte ont nécessairement occupé la scène en acteurs responsables, et à vos côtés, d'un désastre diplomatique immense et sans remède - le naufrage, par la faute d'Israël, d'une Union des peuples riverains de la Méditerranée qui devait redonner à notre pays la vocation, prophétisée par le Général de Gaulle, de piloter un jour le débarquement d'un Islam moderne dans la civilisation mondiale.

Puisque l'appui à peine masqué ou franchement affiché de la France à l'expansion territoriale d'Israël en Cisjordanie et au blocus inhumain de Gaza a fait tomber ce projet dans un échec tragique, il s'agit de rien de moins, pour la France, que de faire renaître les conditions sine qua non de la renaissance de l'influence de l'Occident dans le monde arabe, tellement la planète courra inexorablement en direction du nouveau centre de gravité dont l'Asie et l'islam nouveau feront battre le cœur.

2 - Le sionisme au Quai d'Orsay

Vous savez que les sionistes français occupent des postes-clés dans ce pays, et notamment dans notre corps diplomatique. Si, de ce fait, nous devions nous trouver empêchés d'emboîter le pas à l'histoire réelle du monde, nous assisterions à l'effacement rapide et définitif d'une politique digne de la France sur les cinq continents.

Pour que la nation se lève et crie de nouveau à la face du monde qu'elle s'appelle la France, il faut que vous preniez en mains les vraies armes du pays; mais elles vous seraient arrachées si le Quai d'Orsay persévérait à placer une sioniste à la tête de notre diplomatie en Cisjordanie, Mme Valérie Hoffenberg. Savez-vous que cette représentante de la France pour le processus de paix au Proche-Orient a imposé à notre Ministre des affaires étrangères d'hier, alors en visite à Gaza, le préalable de rencontrer les parents du soldat Shalit? Savez-vous qu'elle a qualifié de crime de guerre, non point le génocide de cette ville sous les bombes au phosphore de Tsahal, comme le rapport Goldstone l'a établi, mais la capture par le Hamas de ce seul soldat sur son tank, et qu'elle a confirmé ses propos sur France Inter. Croyez-vous vraiment Monsieur le Président, que la vocation de la France et de l'Europe de libérer Gaza demeurera un objectif crédible de notre diplomatie si, à la tête de l'institution de la République dont le haut enseignement m'a formé, l'Ecole Normale supérieure, une autre sioniste, Mme Canto-Sperber, dispose de l'autorité d'interdire aux intellectuels français tout débat sur Gaza et si le tribunal administratif a condamné cette atteinte à la liberté d'expression ? Serait-ce se montrer non point anti-français, mais antisémite, donc passible des tribunaux de la République, de demander à notre pays de demeurer fidèle à sa vocation de combattante de la Liberté et du droit?

Monsieur le Président, gouverner c'est prévoir, et le premier prévisionniste de la politique s'appelle la raison. Aussi longtemps que le "peuple élu" de nationalité française défendait son identité religieuse ou ethnique sur notre territoire, la loi de 1905 demeurait un instrument politique de nature à favoriser son intégration culturelle. A partir de l'instant où son identité bipolaire la conduit à souffrir d'un conflit d'intérêts entre deux patries, le devoir de la République est de prendre acte d'une dichotomie lourde des difficultés juridiques qui se présenteront fatalement et sous peu dans l'histoire du pays sur la scène internationale. Le chef de l'Etat a le devoir d'évaluer le péril avec des yeux grand ouverts, donc à l'école du réalisme politique dont sa conscience de l'avenir du pays est appelée à assumer la responsabilité. Sur une communauté de six cent mille Français juifs, une proportion considérable a déjà lancé un manifeste de protestation retentissant contre les directives du Comité des institutions juives de France, qui feint de regrouper tous les juifs du pays. Mais quand d'autres sionistes noyautent la politique étrangère de notre pays, votre devoir est d'autant plus absolu d'y porter remède que le Crif et ses alliés tentent maintenant de porter un sioniste à la présidence de la République.

Souvenez-vous du Sénateur Kennedy, qui a mené inutilement un combat de trente ans afin que le groupe de pression tout-puissant de la communauté juive américaine soit placé sous l'autorité du droit qui régit les associations étrangères; et s'il y a échoué, c'est parce qu'en Amérique comme en France, les juifs jouissent de la nationalité du pays où ils résident. Notre droit public n'avait jamais eu à connaître de la défection politique d'une partie du peuple français au profit des intérêts d'un Etat étranger. Vos fonctions de chef de l'Etat vous interdisent d'ignorer davantage une réalité aussi gigantesque, dès lors que c'est maintenant à l'échelle du globe terrestre que cette réalité nous offre le spectacle de l'enchaînement et du bâillonnement du Président des Etats-Unis.

Monsieur le Président, si vous ne prenez conscience de ce que le sionisme français pose à la République le même problème politique que le sionisme américain aux Etats-Unis, les historiens de demain verront, dans votre quinquennat une panne mémorable et sans doute irréparable dans l'histoire de la civilisation mondiale - la panne du silence et de la peur devant Israël.

3 - Le sionisme en France et aux Etats-Unis

Monsieur le Président, si le schisme international, aussi puissant que dévot, dont l'Israël français se veut le missionnaire est un fait confessionnel et apostolique dont il vous est aussi impossible d'ignorer l'orthodoxie qu'interdit d'en accepter la doctrine, c'est que votre éventuel refus d'en prendre acte n'asphyxieront pas seulement l'avenir d'une France et d'une Europe qui voudraient demeurer vivantes et respirantes, mais vous ferait passer outre au spectacle le plus criante, et également le plus incroyable qui se puisse imaginer sur le théâtre des cinq continents, celui d'un Président des Etats-Unis ficelé par le groupe de sionistes qui, depuis des décennies, a fait main basse sur les institutions politiques qui donnaient autrefois son souffle à l'Amérique et leur inspiration démocratique aux élus de la nation. Un M. Barack Obama étroitement enchaîné par Israël tant au Sénat qu'à la chambre des Représentants ne s'est-il pas vu condamné, le 19 février 2011, à opposer tout seul le veto de l'empire du Nouveau Monde à la demande, combien naturelle et légitime, que la ligue arabe a adressée aux quinze membres du Conseil de sécurité aux fins de faire cesser l'expansion de la colonisation sioniste en Cisjordanie et la levée du blocus de Gaza?

Vous savez que quatorze membres du Conseil, dont la France, ont approuvé cette initiative tant de fois recommencée depuis 1947. Mais cette fois-ci, la Maison Blanche s'est vue piteusement contrainte d'obéir à Israël sous les yeux atterrés du monde entier, cette fois-ci, en raison du brusque réveil de tout le monde arabe, cette capitulation a ruiné le prestige démocratique du Nouveau Monde sur les cinq continents et définitivement ridiculisé la prétention à l'hégémonie que cette nation se complaisait à afficher face au globe terrestre tout entier depuis 1945. Savez-vous que, le 4 décembre 2010, Israël a obtenu de la Maison Blanche l'autorisation expresse de conquérir la Cisjordanie en violation du droit international, ainsi que la promesse d'opposer le veto américain à toute contestation future de la politique d'Israël au Moyen Orient. Il en résulte que M. Mahmoud Abbas se voit sommé de négocier avec M. Benjamin Netanyahou avec un pistolet sur la tempe? Pensez-vous, Monsieur le Président, qu'un diplomate sérieux pourrait se vanter de conduire efficacement et loyalement la politique étrangère de la France s'il affectait d'ignorer le déséquilibre artificiel des forces qui étouffe le monde entier et si le groupe de pression d'Israël en France exerçait sur l'Elysée la même domination absolue que l'Aipac sur la Maison Blanche? Savez-vous qu'en ce moment même M. Barack Obama s'entretient avec une sorte d'Etat parallèle, composé les cinquante personnalités juives les plus puissantes du pays?

4 - Les nouveaux Huguenots

La nation que vous présidez se trouve donc dans la même situation qu'Henri IV face aux protestants de l'époque. En ce temps-là, un grand nombre de sujets du roi avaient tourné le dos à l'alliance multiséculaire de la religion catholique, apostolique et romaine avec la monarchie dite de droit divin, parce que leur refus de pratiquer les rites et de croire aux dogmes révélés et officialisés depuis Clovis déchirait leur esprit et leur cœur entre deux identités religieuses incompatibles entre elles: l'une les attachait profondément à leur patrie et au trône des Capétiens, tandis que l'autre les persuadait de partager les croyances plus évangéliques, donc plus utopiques de Luther le Germain et de Calvin le Genevois. Monsieur le Président, sachez que les sionistes français se trouvent dans une aporie religieuse aussi douloureuse que les Huguenots du XVIe siècle.

Le premier roi de France qui avait compris à quel point le contenu théologique des têtes fonde la politique et combien le modelage du monde répond au remplissage des boîtes osseuses par le sacré s'appelait Henri IV. C'est pourquoi ce grand roi a accordé aux Réformés des provinces entières du territoire de la France et de nombreuses places fortes, afin que les Huguenots fussent en mesure de défendre leur vraie patrie, la cérébrale. Mais aussitôt, les protestants gaulois se sont alliés avec les Anglais, et cela du seul fait qu'ils partageaient la même cosmologie mythique; et il a fallu que Louis XIV abolît, en 1685, l'édit de Nantes de 1598. De nos jours, vous n'aurez pas à donner aux sionistes français une autre patrie et d'autres forteresses à défendre, puisqu'ils possèdent déjà leur Edit de Nantes et que leurs cerveaux suffisent à les rendre propriétaires de leurs fiefs.

Si je vous demande le renvoi préalable de deux représentants du sionisme français dont le regard ne porte pas sur la carte à venir du monde et sur les véritables intérêts de la France de demain - MM. Guéant et Lévitte - c'est parce que ces Français se dévouent corps et âme à légitimer l'expansion illégale d'Israël en Cisjordanie, et cela au détriment non seulement du monde arabe au Moyen Orient, mais sur tout le pourtour de la Méditerranée.

J'ai déjà dit que je comprends la souffrance psychique qui scinde la personnalité de ces Français-là et je sais qu'ils ne sont pas responsables de la bipolarité qui les déchire entre deux identités nationales violemment incompatibles entre elles. Mais comment avez-vous pu croire un seul instant, Monsieur le Président, que la Ligue arabe allait tout soudainement se désolidariser du peuple palestinien sur les seules instances de la France et d'Israël, comment avez-vous pu croire un seul instant que Tel-Aviv ne tenterait pas aussitôt de régner à son seul profit sur les peuples riverains de la Méditerranée, dès lors qu'une France complice du peuple hébreu les y aidait, comment avez-vous pu ignorer un seul instant l'origine et l'évolution multimillénaire de l'univers onirique et de la cosmologie mythique dont le peuple biblique se trouve habité, comment avez-vous pu songer un seul instant à métamorphoser en une génération un peuple nourri des écrits de son ciel en un partenaire immergé parmi toutes les autres nations de la terre?

Mais la France est le pays des "armes et des lois". Si vous buvez jusqu'à la lie la coupe de la complicité de la France avec Israël, ce sera de tout le droit international public qu'il vous faudra dénouer les attaches, tellement l'expansion guerrière du peuple hébreu en Cisjordanie et le blocus de Gaza rompent les ponts avec le "droit des gens", c'est-à-dire des gentes.

5 - Le sionisme aux postes-clés de l'Etat

Monsieur le Président, c'est la civilisation mondiale qui se trouve à la croisée des chemins: si la France ne relevait pas le défi que lui lance Israël, jamais l'Occident ne se remettrait de la honte de s'être trahi jusqu'à la moelle, jamais la vocation à l'universalité de l'humanisme dont le Vieux Monde était le berceau n'effacerait la salissure qui entacherait à jamais son histoire dans la mémoire du genre humain. Un furoncle immense pourrit sous nos yeux à Gaza. Comment le cancer d'une ville de quinze cent mille hommes, femmes et enfants ne rongerait-il les esprits et les âmes sous le soleil des droits de l'homme? Comment cet ulcère ne dévorerait-il pas les autels que la Démocratie mondiale dresse à la Liberté et à la Justice? Croyez-vous, Monsieur le Président, que l'Europe survivrait dans l'ordre politique et dans l'ordre de l'esprit si vous ne preniez la tête de la croisade des nations civilisées au Moyen Orient et si vous ne les placiez sous la bannière du pays des droits de l'homme?

Dans le cas où la France trahirait sa vocation, croyez-vous qu'aux yeux de la conscience universelle, le coupable en serait l'Amérique aux bras croisés? Non, je vous le dis, Monsieur le Président, seule la civilisation d'Antigone en serait accusée aux yeux de la terre entière et pour des siècles, seule la civilisation de Sophocle en porterait à jamais les cicatrices, seule la civilisation de la pensée descendrait à jamais dans le sépulcre de Gaza.

6 - La Libye et l'OTAN

Mais ce n'est pas tout, Monsieur le Président. Face à l'insurrection du peuple libyen contre le Colonel Kadhafi et en raison des difficultés que le renversement du dictateur rencontre sur le terrain, les Etats-Unis vont s'empresser de placer à nouveau les pays de l'OTAN sous leur sceptre et les mener à livrer une bataille parallèle à celle qui a conduit ses vassaux à l'assaut de l'Irak en 2003. Par bonheur, l'empire américain n'est plus tellement puissant qu'aucun pays européen, la France exceptée, n'osera s'opposer à sa volonté. Il y a huit ans, MM. Chirac et Villepin étaient parvenus à contraindre, si je puis dire, la Maison Blanche à commettre une faute diplomatique titanesque, celle de se ruer en aveugle sur Bagdad en violation du droit international et au mépris de l'autorité des Nations Unies, parce que nous avons su menacer, à la face du monde, l'empire du Nouveau Monde d'opposer notre veto à l'invasion du pays de Saddam Hussein.

Aujourd'hui - à quelque chose malheur est bon - nous pouvons recouvrer rapidement une partie non négligeable de notre capital politique en Afrique du Nord si nous rejetons un débarquement américain en Libye, qui serait calqué sur le précédent en Irak et qui remettrait M. Kadhafi en selle, puisque cette nouvelle violation au droit des gentes par Washington devrait se trouver chapeautée par l'OTAN. Mais notre retour apparent sous le joug dont souffrent les nations asservies de l'Europe à l'égard du commandement militaire unifié de l'Alliance atlantique nous donne désormais un droit de veto au sein de ce "protectorat" militaire - et ce veto prendra tout son poids du seul fait que notre servitude se trouve allégée de ce que nous avons réussi à chasser l'occupant américain de notre territoire en 1966, vingt et un ans après la fin de la seconde guerre mondiale.

7 - La Lybie de demain

Monsieur le Président, un autre rendez-vous du monde entier avec Israël est sur le point d'enflammer la planète: il est inéluctable que dans trois mois au plus tard, Gaza et la Cisjordanie se placeront au cœur de l'échiquier politique mondial. Soyons réalistes : au mois de mai, la seconde flottille de la Liberté se présentera sous les murs de Gaza. Croyez-vous vraiment que la France et l'Europe pourront se permettre d'ignorer pour la seconde fois la tragédie vers laquelle le peuple élu précipite la communauté internationale tout entière depuis 1947, croyez-vous vraiment que le drame international du sionisme ne montera pas sur les planches de l'histoire, et cela non seulement en Europe, mais également aux Etats-Unis? Souvenez-vous, Monsieur le Président, des premières scènes de la pièce, quand M. Barack Obama et M. Ben-ki-Moon ont déclaré à vingt-quatre heures d'intervalle que le blocus de Gaza était intenable dans la durée et que néanmoins le sionisme international était tout de suite parvenu à faire battre en retraite aussi bien le secrétaire général des Nations Unies que le locataire flottant de la Maison Blanche. Mais vous savez bien qu'à la suite du réveil des peuples arabes sur le théâtre du monde, le rideau va immanquablement se lever sur le second acte et que la France et l'Europe se trouveront contraintes de condamner Israël sur un double front, celui de l'expansion illégale du peuple hébreu en Cisjordanie et celui du blocus d'une ville qu'Israël affame au cœur d'une civilisation mondiale de plus en plus abusivement qualifiée de démocratique. Voyez-vous, Monsieur le Président, Dieu a déménagé. Savez-vous que ce personnage a installé son quartier général au cœur de la démocratie mondiale et que c'est sur la terre qu'il écrit et réécrit sans cesse sa divine comédie?

Voici le scénario dantesque qui nous attend: le sionisme mondial en appellera à l'invasion de la Libye par les Etats-Unis, parce que l'installation d'une gigantesque base américaine "de la Liberté", donc un puissant intéressement pétrolier de Washington dans la région paraîtra valider le siège de Gaza et la colonisation de la Cisjordanie. Croyez-vous, Monsieur le Président, qu'il sera possible à la France d'ignorer la délégitimation mondiale d'une démocratie purulente sous le soleil et à laquelle le sionisme français entraîne la nation? Le rendez-vous avec les Huguenots d'aujourd'hui est proche, Monsieur le Président, mais nous saurons nous protéger sans révoquer l'édit de Nantes.

8 - L'avenir de l'Europe de la raison

Monsieur le Président, le globe terrestre souffre d'une paralysie cérébrale qui remonte à Thucydide; car cet historien de génie est aussi le premier visionnaire de la politique pestilentielle de son temps et le premier prophète qui ait introduit dans le récit de la guerre du Péloponnèse des analyses profondes de l'odeur de la boîte osseuse des peuples et des nations. Mais notre siècle a rendez-vous avec une science des âmes et des têtes qui dépassera de loin celle des aromes et des odorances dont disposait la Grèce du Ve siècle avant notre ère, parce qu'Israël posera au monde entier la même question que le grand historien grec, celle de connaître les relations que les cultures et les mythes sacrés entretiennent avec les usages, les meurs et les divers systèmes de gouvernement.

Pour l'instant, nous vivons dans un panégyrique continu et lassant des simples cultures, pour l'instant nous sommes devenus des apologistes aussi inconditionnels que naïfs de la diversité des cosmologies sacrées qu'on appelle des religions, pour l'instant nous nous livrons à l'apologie fatigante d'une civilisation sans tête, pour l'instant nous plaidons inlassablement pour l'acéphalie d'une géopolitique des sentiments, pour l'instant, nous refusons obstinément de hiérarchiser les Etats à l'école des progrès mondiaux de la raison et de la pensée. Mais si la science politique et l' anthropologie critique de l'Europe et de la France n'apprenaient pas à percer sur toute la terre habitée les secrets d'un animal crypté de naissance, jamais nous ne disposerons des armes d'un humanisme ambitieux de répondre au défi que le chancre saignant de Gaza adresse à notre humanisme en perdition, et nous descendrons au tombeau dans le mutisme de l'âme et de l'intelligence de la France. Voulez-vous, Monsieur le Président, conduire ce convoi funèbre, voulez-vous orchestrer les funérailles de la civilisation de la pensée cartésienne?

Je ne vous tiens pas d'autre langage, Monsieur le Président, que celui de la France que nous aimons. Mais si je vous en tenais un autre, ce ne serait plus de notre pays que je vous parlerais. Vous n'avez d'autre choix que d'engager le combat pour la survie politique et morale du pays ou d'accompagner le naufrage de notre diplomatie sur l'océan tempétueux de la politique et de l'histoire d'un monde sans tête. Allez-vous vous laisser réduire à la même extrémité de l'impuissance et du désarroi que le Président actuel des Etats-Unis, dont vous voyez bien qu'Israël l'a réduit à une potiche, mais également à un fantoche coupable de trahir les intérêts supérieurs de la nation qui l'a élu ? Par bonheur, la France n'est pas encore l'Amérique, par bonheur chaque fois que le destin de notre nation est en jeu, le génie naturel du peuple français le conduit à descendre dans la rue et à dicter à l'Etat du moment les lois de la liberté et de la justice. Un peuple armé des pavés de la capitale, Monsieur le Président, n'acceptera jamais que le chef de l'Etat se change en otage d'un empire étranger et cesse d'illustrer l'esprit et l'âme de la nation.

9 - Le destin retrouvé de la France

Et maintenant, Monsieur le Président, voyez le chemin que la révolution arabe a tout de suite emprunté: l'Egypte a aussitôt cessé de fulminer bêtement contre l'Iran au profit d'Israël, l'Egypte n'a mis que dix jours pour autoriser deux navires de guerre de la Perse à franchir le canal de Suez, Mme Merkel a d'ores et déjà pris le train en marche, puisqu'elle a osé dire à M. Benjamin Netanyahou, qui lui reprochait vertement son approbation de la motion de la Ligue arabe dont je vous ai parlé plus haut: "Que vous permettez-vous, Monsieur !"

Si vous désirez me nommer au poste de Ministre des affaires étrangères de mon pays, je considèrerais qu'il n'appartient ni à la France, ni à l'Europe de légitimer, donc de pérenniser l'hégémonie que les Etats-Unis prétendent exercer sur le reste du monde depuis 1945, je soutiendrais que la politique de tout pays souverain, donc de la France, lui enjoint de secouer un joug américain dans lequel je ne vois que le lâche consentement de nos aînés, je rapprocherais la France et l'Europe d'une Russie appelée à retrouver son statut de grande puissance, je me tournerais résolument vers un monde islamique en ascension, je nouerais avec la Chine des relations fécondes afin d'associer sa puissance future à celle de l'Europe de demain, je favoriserais l'émergence de la Turquie, du Brésil et de l'Iran à titre de contrepoids aux ambitions suicidaires d'Israël, je dénoncerais la politique des simulacres, des simagrées et des subterfuges d'un Etat qui feint de se trouver menacé, alors qu'il dispose de l'arme nucléaire et qu'il n'est mis en danger par personne, et surtout, comme je l'ai dit plus haut, j'initierais nos diplomates à un décryptage anthropologique nouveau de la psychophysiologie des peuples et des fondements de la vie onirique des évadés de la zoologie, ce qui replacera la France à la tête de la réflexion et de la recherche scientifique et philosophique mondiales sur les secrets du cerveau humain.

Si j'échouais à redonner au pays de Descartes le rang de chef de file de la pensée au sein d'une humanité à remettre en marche, sachez que la relève des intelligences s'impatiente déjà dans une haute attente de la France de demain, sachez que l'élite de notre jeunesse remettra, plus sûrement qu'un homme de mon âge la nation sur le chemin de ses retrouvailles avec son destin."

le 6 mars 2011
aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr