L'islam et l'avenir de la civilisation mondiale : Qu'est-ce qu'un prophète?

30 min

Par Manuel de Diéguez

Editorial

Le 4 juin 2008, au Caire, M. Barack Obama était allé droit au cœur de la question de l'alliance de la politique avec la culture qui fait la trame de l'histoire du monde. La planète allait-elle féconder quinze siècles de la civilisation musulmane ou bien les peuples du Coran allaient-ils se trouver frappés d'un retard intellectuel qui les ferait glisser progressivement dans l'oubli?

On sait que le lobby juif américain est aussitôt parvenu à occulter, puis à effacer jusqu'au souvenir de cette vision planétaire de l'avenir de l'humanité. Puis, le 4 décembre 2010, Tel-Aviv a réussi à faire renoncer expressément les Etats-Unis aux principes qui fondent la démocratie mondiale : l'autorisation a été accordée à "Tsahal" de conquérir la Cisjordanie et d'affamer une ville d'un million et demi d'habitants.

Si ce chancre n'avait trôné au cœur du monde, les révolutions de Tunis et du Caire auraient-elles mis en scène le miracle qui s'est accompli sous les yeux du monde entier? Mais M. Barack Obama aura-t-il en mains les cartes qui lui permettront de redonner vie à son rêve ou bien Clio ne distribue-t-elle jamais les cartes une seconde fois? Les Etats-Unis ont beaucoup perdu de leur prestige au sein de l'Islam depuis 2008; et M. Jean Daniel a pu rédiger un éditorial sarcastique dans lequel il proposait de décorer M. Benjamin Netanyahou du ruban de "l'homme de l'année" pour avoir terrassé et humilié le Président des Etats-Unis aux yeux du monde entier.

Mais à la suite du renoncement de l'Amérique aux valeurs qui définissent la démocratie et à sa promesse de bénir les futures conquêtes d'Israël - on ira jusqu'à opposer le veto aux propositions des hérétiques qui prétendront les délégitimer - l'assemblée des Nations Unies et l'Europe avaient timidement relevé le gant. Puis le 14 janvier 2011 a connu une subite mutation de la stratosphère. Maintenant, les jours de Benjamin Netanyahou sont comptés du seul fait qu'il sera physiquement impossible à la démocratie américaine et mondiale de jouer la carte d'un destin prometteur de la civilisation musulmane et, dans le même temps, d'autoriser Israël à poursuivre en toute légitimité ses conquêtes sous le drapeau taché de sang de la "seule démocratie du Moyen Orient". Les semaines et les mois qui viennent diront si la planète civilisée saura donner son élan et sa vitalité à la seconde Renaissance, celle qui dépassera les promesses et l'éclat de la première.

Pour ma modeste part, puisque je viens de commémorer les dix ans de ce site qui est entièrement consacré à évoquer les multiples faces de cette tâche :

- Dix ans de la simianthropologie politique sur le net, 26 décembre 2010

qu'il me soit permis de rappeler quelques jalons et d'ouvrir quelques pistes. Sur quels chemins l'Europe a-t-elle des chances de tracer la voie à la pensée mondiale de demain ? La route n'est-elle pas entièrement barrée du seul fait que l'avenir de notre astéroïde ne sera pas religieux au sens dogmatique et doctrinal? Un "philosophe" chrétien demeurera un carré rond, puisqu'il est impossible de trouver un argument philosophique pour renoncer aux droits de la raison et pour en laisser le monopole à une divinité. Il se trouve également que le premier des philosophes était un athée, qui s'appelait le Bouddha et qu'on nommait l'Eveillé, précisément parce qu'il cherchait les voies de l'illumination spirituelle dans la critique des idoles.

Mais le drame de l'Occident n'est -il pas l'extinction pure et simple des "philosophes" informés du contenu des documents anthropologiques abyssayx qu'on appelle des théologies? Puisque tous les connaisseurs d'une religion en sont devenus les fidèles, comment apprendraient-ils à les observer du dehors? C'est dire que si le dialogue de la civilisation mondiale de demain avec l'islam passait par l'esprit d'éveil qu'on appelle, plus simplement, la lucidité et que l'Occident des mystiques appelle le "non-savoir" ou la "nuit de l'entendement" depuis la Renaissance, l'an 2011 sera celui du débarquement de cet humanisme-là dans la civilisation mondiale.

Qu'il me soit permis de recourir à une première inspection des lieux et à l'esquisse d'un inventaire.

1 - L'islam et le réveil de la raison mondiale
2 - L'inculture de la classe dirigeante européenne
3 - Le christianisme immolateur
4 - De la rivalité entre le bourreau et la victime et vice versa
5 - Le protestantisme de Luther
6 - Calvin le cartésien
7 - L'islam
8- La théologie de l'islam et la raison humaine
9 - Décrypter le génie des prophètes
10 - Quelques pas dans la tête des prophètes
11 - Muhammad et les sacrifices humains
12- Le "Connais-toi" de demain

1 - L'islam et le réveil de la raison mondiale

Le Monde du 8 février 2011 s'étonnait du mutisme des intellectuels français face à un événement aussi planétaire que les révolutions tunisienne et égyptienne et attribuait ce silence à leur embarras, mais également à l'inculture religieuse de l'intelligentsia européenne. Le lendemain, sur France Inter, Bernard Guetta était seul à souligner que la jeunesse égyptienne n'était pas descendue dans la rue pour brandir la charia des Frères musulmans, mais au nom des valeurs de la démocratie.

En vérité, l'Occident de la raison et de la pensée n'a pas encore pris conscience du paradoxe qui fera du réveil politique de l'islam le déclic d'un réveil intellectuel et moral de la planète, car la civilisation de l'esprit critique s'était endormie à l'ombre de la séparation républicaine de l'Eglise et de l'Etat; mais cette fausse paix s'est révélée un somnifère de la philosophie. Quelles sont, d'ores et déjà, les promesses intellectuelles d'un islam armé d'intelligence et en quête de ses retrouvailles avec l'universalité de la connaissance de l'humanité et de son histoire? Comment l'élan prometteur de la jeunesse musulmane en direction d'une démocratie plus réelle que la nôtre et plus compatible avec une foi religieuse trans-rituelle, comment cet élan, dis-je, va-t-il modifier en profondeur l'échiquier mental de la planète du "Connais-toi"?

Nous sommes à un tournant décisif de l'évolution en armes de l'encéphale des évadés erratiques de la zoologie. Les futurs historiens de notre temps diront que l'année 2011 aura commencé par une mutation anthropologique des notions mêmes de "vérité" et de "sens", donc par un renoncement au schématisme cérébral qui s'était imposé au siècle précédent. Quel schématisme ? Celui qui se caractérisait par une mise hors jeu, certes légitime, des liturgies magiques des sorciers du catholicisme et du luthéranisme sur la scène politique internationale, mais également par une marginalisation politique irréfléchie de la religion de Muhammad et de ses virtualités cognitives. De plus, les puissances dites émergeantes se sont toutes rangées du côté d'une vision seulement pratique de l'action politique, de sorte qu'un siècle seulement après le divorce de la vision politique d'avec la vision théologique du monde, la classe cultivée et la classe dirigeante de l'Europe ne disposent plus ni d'une connaissance élémentaire du sens historique et psychologique que charrie le contenu doctrinal du catholicisme, du protestantisme et du calvinisme, ni d'une compréhension de la politique que véhicule la théologie de l'islam.

2 - L'inculture de la classe dirigeante européenne

La première conséquence du réveil plus rapide qu'on ne le pensait du monde musulman, donc du débarquement d'un islam régénéré dans l'histoire vivante de la planète sera de contraindre une intelligentsia européenne oublieuse à reconquérir en toute hâte la connaissance minimale des trois monothéismes dont disposaient les encyclopédistes du XVIIIe siècle. Non point que l'enseignement officiel des professions de foi que formulent les religions dites du Livre soit subitement appelé à renaître au sein des démocraties déchristianisées d'aujourd'hui, bien au contraire; mais, du moins, le siècle de silence et de stérilité philosophique, psychologique, anthropologique, historique, sociologique, de la laïcité évoqué plus haut aura-t-il alerté un Occident superficiellement rationalisé et qui aura découvert à ses dépens les voies occultes et dangereuses qu'emprunte le sacré dans l'inconscient si on le refoule sans l'avoir ni compris, ni réfuté en pleine connaissance de cause.

Il faut se rendre à l'évidence: la civilisation de la pensée scientifique n'a en rien fait progresser un décryptage en profondeur de l'humanité. Elle n'aura compris ni les fondements du messianisme de remplacement que fut le marxisme, ni le poids psychobiologie du mythe de la "rédemption" qui inspirait les principes évangéliques de 1789, ni le contenu "théologique" des identités nationales désormais soutenues par des idéalités enivrées par leur auto-sacralisation, ni même la notion à la fois abstraite et séraphique de personnage historique, dès lors que, depuis 1789, la France est devenue un acteur mi-réel, mi angélique de l'histoire cérébralisée par son apostolat idéologique.

Et pourtant la laïcité aurait pu faire progresser les sciences humaines jusqu'à leur permettre de radiographier la dichotomie cérébrale native qui caractérise le genre simiohumain. Au lieu de porter remède à une victoire faussement triomphale de la "raison", la laïcité est devenue un monstre dont la dichotomie a provoqué, dans le monde entier, un repli épouvanté de la pensée critique; et, faute de s'engouffrer dans la brèche qu'elle avait ouverte et qui fissurait l'empire des songes politico-théologiques du simianthrope, elle s'est empressée de la combler. Par bonheur, ce fut en vain - mais nous baignons dans l'humanisme acéphale qui en est résulté.

Quel est donc le contenu anthropologique des trois monothéismes biphasés et pourquoi leur décérébration collective s'est-elle focalisée sur un mythe de la "délivrance démocratique"? Comment allons-nous féconder l'alliance politique de la planète avec l'islam d'aujourd'hui et de demain? Comment l'échiquier culturel mondial s'en trouvera-t-il bouleversé? Tentons de rappeler ce que la raison planétaire actuelle saurait depuis des décennies si la laïcité avait su se révéler un moteur universel de la raison et de la pensée scientifique.

3 - Le christianisme immolateur

Le christianisme est une religion immolatrice. A ce titre, son assise théologique n'est autre qu'un déguisement tardif des sacrifices sanglants des religions primitives. Qu'est-ce à dire ? Que les dieux originels passaient pour des souverains naturels, omniscients et tout-puissants du cosmos. A ce titre, Adam leur immolait des spécimens de sa propre espèce du plus grand prix possible, parce que les Célestes proportionnaient leurs faveurs au montant des offrandes qu'on leur consentait. Les autels ont mis en place les premiers "retours d'ascenseur" de l'humanité.

- A propos de la mort sacrificielle de Jean Paul II, 12 avril 2005

Puis, notre pauvre espèce s'est inspirée de la spiritualité de l'Egypte; et elle s'est longtemps imaginé qu'elle rassasierait les Immortels à un bien moindre prix si elle égorgeait force animaux de boucherie, dont les plus massifs étaient les bœufs. Mais malgré leur dimension et leur poids, ces quadrupèdes n'ont pas tardé à se dévaloriser à la bourse des sacrifices. C'est pourquoi le christianisme a rétabli le marché décorné, celui de l'assassinat d'un congénère d'une valeur inestimable en la personne d'une Iphigénie de sexe masculin - un prophète docile comme un agneau qu'on immolera le plus saintement du monde au créateur et au roi du cosmos, mais à l'école d'une procédure nouvelle, astucieuse et fort économique, parce que la victime clouée sur un gibet sera proclamée unique et parce que son oblation sera tenue pour le paiement d'une dette contractée depuis longtemps et d'un montant tellement considérable qu'on croyait impossible de jamais la rembourser. Et pourtant, la créance avait été acquittée in extremis et à titre définitif grâce à l'intervention d'un substitut extraordinaire et dont la cote remédiait par magie à la carence native du débiteur insolvable.

Naturellement, cette trouvaille cultuelle se heurtait à une difficulté insurmontable: comment l'humanité allait-elle offrir à son sanglant sacrificateur une réalimentation perpétuelle et satisfaisante de la précieuse viande à immoler? Comment empêcher un tarissement inexorable de la marchandisation et, par conséquent, le naufrage de toutes les religions immolatrices? Pour prévenir un désastre cultuel aussi irréparable, de nombreux prodiges liturgiques devenaient indispensables, mais la finalité commune et exclusive de cette sorcellerie était d'assurer un renouvellement inlassable de la marchandise, donc un recommencement éternel de la mise à mort dite "salvatrice" de la victime.

Autre difficulté: si l'approvisionnement perpétuel en chair et en sang du meurtre de l'autel exigeait une succession de miracles rituels censés assurer la reconstitution corporelle de l'offrande exposée sur les propitiatoires, comment se convaincre de ce qu'on s'est procuré physiquement et à coup sûr la victime à égorger, comment disposer du "vrai et réel sacrifice" dont l'Eglise catholique brandissait la nécessité physique face aux prétentions nouvelles et jugées sacrilèges des protestants? Quant à renoncer purement et simplement à la réitération sanglante de l'assassinat cultuel, comment apaiser une idole furieuse si vous ne lui donniez rien à humer?

Du coup, l'offrande d'un meurtre appelé à calmer l'idole en fureur sera réputée le fruit de la métamorphose en un cadavre torturé à mort du pain et du vin empruntés au rite juif et à l'Egypte, et cela par l'effet tout magique qu'on attribuera à certaines paroles approbatrices de son sort que la victime elle-même aurait prononcées en prélude à son exécution par crucifixion sous Tibère. Il suffirait, pensait-on, que le prêtre les répétât à chaque immolation afin d'en renouveler sans cesse les effets prodigieux - donc "rédempteurs", c'est-à-dire "racheteurs" ou "salvifiques", pour emprunter le vocabulaire résigné des glorificateurs de cette religion.

4 - De la rivalité entre le bourreau et la victime et vice versa

Outre ses retrouvailles cachées avec le vieux meurtre sacré des origines, le christianisme romain a également reproduit la parturition, bien connue des Grecs, de nombreux demi-dieux et demi-déesses: une superbe mortelle, le plus souvent consentante, se laissait violenter par le roi du cosmos et le tour était joué. Mais par le seul effet de l'écoulement des siècles, le mythe grec s'est affiné, de sorte que la victime chargée de payer le tribut à l'idole des chrétiens sera censée etre née de la fécondation d'une vierge dans un village de la Judée, et cela par l'effet automatique du "verbe divin" que l'Eglise qualifiera de "spermatique" et qu'elle attribuera à l'engrosseur.

Cette nouveauté cultuelle résultait en sous-main des progrès constants de la gnose au sein du monde antique; mais elle a également provoqué une lente métamorphose de l'éthique politique du boucher du cosmos, donc une mutation de la nature même du tribut à acquitter au rançonneur des nues. Aussi, la victime physique ne cessera-t-elle de grandir en dignité, de sorte qu'elle finira par se confondre à son sacrificateur, non point corporellement, mais au cœur d'une mystique de "l'esprit divin". Il en résultera, in fine, que l'immolateur sanglant des origines finira par s'immoler lui-même et par rendre son suicide généreux.

Que signifie le dieu rendu donateur à l'école de sa victime ? Qu'à force de sacrifier une progéniture proclamée ascensionnelle et de la hisser au rang de son propre géniteur, le christianisme accouchera d'une philosophie universelle du sang de la politique, puisqu' une classe dirigeante qui ne se sacrifiera pas elle-même sur l' "autel du bien commun", comme on dit se verra évacuée de l'arène des glaives qu'on appelle l'histoire. Une putréfaction accélérée des fausses élites remplacera le couteau égorgeur et " sauveur " des peuples et des nations.

5 - Le protestantisme de Luther

La seconde religion pieusement immolatrice de l'Occident, donc fondée, comme la première, sur le versement d'un tribut sanglant à un créancier inlassable s'appelle le protestantisme, lequel partage sa doctrine et son enseignement entre deux législateurs de l'autel qualifiés de "réformateurs", Calvin et Luther. Ces frères ennemis peinent grandement à déposer sur l'étal la même victime "rédemptrice", donc "racheteuse" que la religion catholique, alors que seize siècles séparent les deux confessions, ce qui rend plus doucereuse et plus pateline la mise en scène de prodiges aussi ahurissants que la naissance virginale de l'offrande immolée et la transsubstantiation du pain et du vin de la messe en chair et en sang du respirant à occire.

La Réforme démontre que les théologies sont tributaires des mutations cérébrales de l'humanité et du niveau social des civilisations. Luther tente d'amollir et de conserver les prodiges les plus stupéfiants du catholicisme. Pour cela, il lui faut imaginer une sorte de transsubstantiation floue, à la fois physique et figurée du pain et du vin du sacrifice - mais une religion sacrificielle par nature et par définition en est nécessairement réduite à tenter de tourner en tous sens et sans résultat le meurtre payant qui la fonde. De plus, le catholicisme dispose d'un clergé sévèrement contrôlé et que dirige d'une main de fer un chef ambitieux de renforcer sans relâche l'autorité qu'il est censé avoir reçue d'une divinité - et donc, de préciser les dogmes de l'Eglise avec une minutie de juriste romain. Or, pour aboutir à un résultat doctrinal libéré des précisions dangereuses des législateurs du ciel, l'esprit de liberté politique des peuples du Nord présente un modèle social incompatible avec le type de commandement et d'obéissance que la loi romaine a forgé.

6 - Calvin le cartésien

Quant à Calvin, il fait entièrement table rase du culte immolateur et de tous les prodiges à couteaux tirés avec le bon sens que réclame une liturgie trucidatoire, de sorte qu'au lieu de métamorphoser, comme Luther, la victime sacrificielle en bouée de sauvetage rebelle à sa divinisation, donc impuissante, le fondateur du calvinisme dépose les armes sans combattre et se livre pieds et poings liés à une divinité césarienne. Mais si vous renoncez à la guerre avec votre maître, comment le ficellerez-vous à l'école des rites, des prières et des offrandes de la dévotion ? Aussi les ligotages théologiques comparés de Luther et de Calvin illustrent-ils les fondements du problème anthropologique insoluble qui rencontrent tour à tour le despotisme et la liberté ; car leur nature même jette les rescapés de la zoologie dans des apories parallèles. Ou bien l'idole supposée à la fois bienveillante et punitive - c'est-à-dire racheteuse d'une créance, et dangereusement incontrôlable - l'idole, dis-je, terrorise sa créature par la gratuité satrapique de sa puissance et de ses dons, ou bien la victime de l'autel tente de suppléer à l'éloignement redoutable et à l'arbitraire du sceptre sommital du cosmos, mais alors, comment calmer un Zeus qu'enivre l'autorité tyrannique censée attachée à son rang?

Remarquez que le Zeus sourcilleux de Calvin et le Zeus désarmé de Luther reproduisent l'un, le modèle patriarcal de la famille des origines, où le père disposait du droit de vie et de mort sur sa progéniture, l'autre le modèle débonnaire du père de famille germanique.

Quant à l'hypertrophie du culte de la vierge Marie dans le catholicisme, il résulte de la lente métamorphose de la matrone romaine. A l'origine, la femme latine était un bien estimable au seul titre de sa fécondité. Plus elle avait d'enfants, plus elle était jugée précieuse; et si elle était stérile, sa répudiation s'imposait. Aussi était-il civique de la prêter à titre de génitrice garantie à tel ou tel ami digne d'avoir de beaux enfants. C'est ainsi que le vertueux Caton avait prêté sa femme au grand orateur Hortensius. Si la femme se livrait à l'adultère et si son mari la reprenait à son domicile, la loi le châtiait, parce que le citoyen offensait la République à légitimer une débauchée de vil prix.

Aussi le christianisme romain a-t-il couru à l'autre extrême: la Vierge catholique est une mère et c'est à ce titre qu'elle se trouve divinisée - mais elle est censée être demeurée précieuse en tant que vierge même après la naissance de nombreux frères et sœurs de Jésus-Christ, parce que la pureté de la matrone romaine des origines s'inscrit dans la continuité d'un culte civique, celui d'une génitrice féconde.

7 - L'islam

La troisième religion aux côtés de laquelle la civilisation occidentale sera appelée à approfondir son "Connais-toi" est la musulmane, dont le livre sacré s'appelle le Coran. Mais, d'ores et déjà, on devine à quel point une spectrographie anthropologique et critique du catholicisme et du protestantisme est nécessaire si l'on entend vitaliser les relations que la pensée et la philosophie de demain seront appelées à entretenir avec Muhammad. Car ce prophète, né en 570 et mort en 632, bénéficie de six siècles d'avance sur le catholicisme, de sorte que Luther et Calvin se révèlent infiniment plus proches de l'islam que de Rome. Car l'un et l'autre illustrent à leur corps défendant l'évidence que l'avenir de la raison passera par l'abolition des sacrifices humains que le christianisme aura subrepticement reconstitués à l'écoute de l'inconscient qui pilote son culte, puis qu'il aura habilement masqué sous des prodiges liturgiques absurdes.

C'est pourquoi l'islam rejette avec horreur les mêmes prodiges barbares que la Réforme n'aura repoussés qu'à demi et seulement deux siècles après les débuts de la Renaissance en Italie. C'est dire que Muhammad conduit tout droit l'Occident de la philosophie et de l'anthropologie critique à une réflexion abyssale sur et la boîte osseuse des hommes de génie et de pouvoir qui se présentent dans l'arène des siècles en tueurs politiques des sortilèges sacrés et qu'on appelle des prophètes. J'y reviendrai. Pour l'instant, il suffit de rappeler que Muhammad est pleinement un homme et qu'à ce titre, il se veut dépourvu de pouvoirs magiques.

C'est un grand avantage, pour l'Occident embrumé, de savoir qu'un prophète n'a nullement besoin de se légitimer à naître d'une vierge de village, de savoir qu'on ne demande pas à son génie de bénéficier d'une ascension théologique continue et de siècle en siècle, laquelle l'aurait rendu confusible avec le créateur de l'univers, de savoir qu'il n'est pas utile de le hisser au rang de chef d'un clergé de sacrificateurs patentés, de savoir que seules les idoles ont besoin de sorciers chargés de leur procurer une victime censée leur rembourser une créance d'un montant gigantesque, de savoir qu'un immortel statutairement ficelé à l'astronomie de Ptolémée et à la géométrie réputée immuable d'Euclide n'est pas l'Allah de Muhammad. En vérité, l'islam se présente très tôt en médiateur des retrouvailles de la civilisation mondiale avec Aristote et Platon - demain, avec celle de Darwin et d'Einstein.

Qu'est-ce qui rendra donc fécondes et pourtant difficiles, prometteuses et pourtant laborieuses les relations de l'islam avec la civilisation de la science et avec la raison anthropologique de demain? Autrement dit, pouvons-nous emprunter les chemins qu'enfantera le monde musulman d'avant-garde pour accompagner l'essor de la pensée critique mondiale sur une planète encore trop partiellement armée d'un regard sommital sur les mythes sacrés de l'humanité?

8 - La théologie de l'islam et la raison humaine

D'un côté, le Coran semble avoir pressenti les dangers politiques, psychologiques et philosophiques d'une rationalisation intensive de la théologie à l'école du temporel. L'islam ne connaît pas de sophistique officielle et enseignée en chaire du statut et des armes d'un entendement humain provisoire et localisé, pas de démonstration scolastique du sexe des anges, pas de systématisation catéchétique des relations du prophète avec Allah, pas de généalogie critique du fameux lien de causalité que l'Occident a élaboré d'Aristote à Hume et à Kant, pas de pesée en séminaire de la projection psychique de la notion d'intelligibilité sur la matière prophétisée, donc rentabilisée, pas d'analyse du pouvoir de persuasion que le "sentiment d'évidence" et le "bon sens" ont exercé du Moyen Age à nos jours, pas de jardinage à l'usage des trépassés, pas de traité canonique des aises et des tracas des habitants du paradis, pas d'enseignement révélé de l'âge où les croyants sont censés entrer dans l'immortalité, pas de considérations diététique sur l'engraissement ou l'amaigrissement des bénéficiaires de la vie éternelle, pas de réflexion sur les blessures de guerre des héros morts sur les champs de bataille et ressuscités dans leur beauté ou couverts de cicatrices, pas de savantes considérations sur la gastronomie céleste et sur le jeûne de Muhammad dans les nues, alors que depuis saint Thomas d'Aquin - ce théologien a été proclamé "docteur angélique" de l'Eglise catholique à titre perpétuel - seul Jésus se fait apporter des plats cuisinés dans l'éternité afin de démontrer sans fin qu'il est bel bien ressuscité en chair et en os et qu'il siège aux côtés de Zeus.

C'est pourquoi la première leçon que l'Occident devra tirer du réveil de la rue arabe sera une leçon de géopolitique, parce qu'il semble que la jeunesse de l'islam sache déjà que le fer de lance de l'esprit religieux n'est autre que la charité. La Révolution française n'a pas connu de fusion émouvante entre "l'espérance, la foi et la charité " des croyants, d'un côté, la "liberté, l'égalité et la fraternité" des laïcs, de l'autre. Il se trouve, de surcroît, que la jeunesse s'élève aux deux tiers de la population égyptienne, ce qui crée un climat de joie et d'humour. L'humour d'abord: on y a vu des manifestants rieurs et moqueurs se couvrir la tête de casseroles face aux fusils des soldats et aux matraques de la police. La joie ensuite: parmi les scènes qui ont fait vibrer la Révolution du Caire, il y a ce jeune fiancé venu avec sa famille célébrer son mariage au milieu des milliers de manifestants à la fête. Naturellement, le peuple égyptien aura à découvrir qu'une révolution terminée en un mois demeurerait superficielle et n'aurait pas d'avenir.

9 - Décrypter le génie des prophètes

Mais le danger d'un compagnonnage étroit et hâtivement improvisé entre l'islam juvénile et la course du monde moderne vers une psychologie abyssale est de passer à côté d'un approfondissement vertigineux des notions mêmes de "raison" et d'"intelligence", donc de compréhensibilité. Quand l'humanité se prosterne devant un potentat imaginaire du cosmos, elle se livre tantôt au sort des moines qu'anéantit une extase artificiellement programmée et chronométrée, tantôt à l'angoisse mortelle des calvinistes jetés en pâture à une divinité hasardeuse et au jugement gratuit, donc imprévisible d'un potentat du salut.

Mais quid si la masse des croyants s'agenouille ponctuellement devant un prophète? Ne court-elle pas le risque de le diviniser et de juger plus blasphématoire de le regarder comme un homme que de nier l'existence même de Jahvé, d'Allah ou du Dieu trinitaire?

Mais précisément, le fait que Muhammad ne soit ni tenu pour le fils unique d'Allah, ni pour Allah en personne devrait inspirer l'Occident de la pensée rationnelle, donc d'une civilisation mondiale vouée depuis plus de trois siècles à approfondir jusqu'au vertige la connaissance des ultimes secrets du genre humain. Comment se fait-il que ce prophète soit un type d'homme demeuré mystérieux et que ne connaissent encoe ni les poètes, ni les romanciers, ni les dramaturges, ni les philosophes, ni les anthropologues, ni les ethnologues, ni les sociologues, ni les psychanalystes, ni les théologiens? Pourquoi ce personnage suréminent est-il demeuré un inconnu de l'humanisme mondial, alors qu'il n'est pas d'acteur plus puissant, plus universel et plus fécondateur de l'histoire de la planète que les prophètes? Mais qui connaît l'âme et l'esprit d'Isaïe, de Jérémie, de Jésus-Christ, de Muhammad, du Bouddha? Pourquoi l'humanisme occidental a-t-il peur de décrypter l'homme au point de reculer d'effroi devant de génie des prophètes?Si l'islam devait devenir le moteur central du monde pensant, ne serait-ce pas à lui de se montrer le roi du souffle de l'esprit, ne lui appartiendrait-il pas de convaincre le genre humain de descendre dans les ultimes secrets de l'âme et du cœur des prophètes?

Et pourtant, il y a plus de quinze siècles que Muhammad adresse aux chrétiens un discours crypté et un défi que notre pauvre psychologie n'a pas osé relever: "Votre Jésus, leur lance-t-il à la figure, est un grand prophète. "Pourquoi la civilisation mondiale de la science refuse-t-elle depuis quinze siècles de se demander: "Qui c'est, un prophète?" Comment imaginer que l'humanisme mondial conquerra jamais une profondeur et un envol, une dramaturgie et un élan, un feu et un ciel si nous n'osons nous demander ce que Nietzsche voulait dire quand son Zarathoustra évoquait le "dernier homme", celui qui "vit le plus longtemps", parce qu'il ne se demande pas ce que sont les prophètes?

10 - Quelques pas dans la tête des prophètes

Qu'arriverait-il si l'humanisme occidental apprenait à se demander ce qu'il en est de l'âme et du cerveau d'Isaïe, de Jérémie ou de de Zarathoustra?

D'abord, tout prophète témoigne nécessairement d' un génie insondable de la politique, sinon, comment saurait-il que le genre humain se donne des chefs locaux et visibles et qu'il n'imagine pas un instant qu'il n'y aurait pas d'administrateur général au-dessus de la tête de ses dirigeants en chair et en os? Tout prophète porte donc un regard d'anthropologue abyssal sur ses congénères, tout prophète les voit comme des enfants épouvantés par le silence et le vide du cosmos. Afin de les guérir de leur terreur, il leur donne un tuteur, un gardien, un maître et un protecteur. N'est-il pas roboratif, pour la raison, de savoir qu'il existe des hommes assez extraordinaires pour donner à l'humanité les dieux dont ils ont besoin à telle heure de leur histoire? Est-il une création plus géniale que celle-là?

Elle se révèle même tellement vertigineuse que les prophètes se voient contraints, s'ils veulent qu'on les croie, d'inverser les rôles et de se faire dicter en retour par leurs dieux ce qu'ils leur font dire. Mais qui croira que le dieu d'Isaïe ne serait pas d'Isaïe, que le dieu de Jean de la Croix ne serait pas celui du "prince des poètes espagnols", que le dieu du Christ ne serait pas de lui et que celui de Muhammad ne serait pas celui de la tête et du cœur de son prophète ? Pour tenter d'avancer de quelques pas dans la tête des prophètes, lisez ceux d'entre eux qui ont vendu la mèche sans s'en douter; et lisez Pascal, le plus recommandable des initiateurs à la connaissance anthropologique du génie prophétique. Car seul l'auteur des Pensées a osé peindre l'espèce humaine comme des enfants égarés sur une île déserte et qui voient assassiner leurs compagnons l'un après l'autre par un "boucher obscur" qu'ils appellent Dieu ou la mort.

Si l'humanisme réflexif de l'Occident suivait en spéléologue le chemin étroit de la connaissance du cœur et de l'esprit des prophètes, quel recul ne conquerrait-il pas, de quelle grandeur, et de quelle élévation nouvelles la raison du monde ne se trouverait-elle pas dotée! L'entendement de notre espèce demeurera balbutiant aussi longtemps qu'il ne s'ouvrira pas au tragique du spectacle qui inspire la raison apitoyée et souveraine des prophètes. Mais Muhammad a opéré deux mutations radicales de l'encéphale simiohumain. Premièrement, son génie a reconduit le sacré à la première victoire de la civilisation, celle qui avait aboli les sacrifices humains, de sorte que l'avenir spirituel des diverses théologies chrétiennes passera nécessairement par le scannages des idoles et d'abord du boucher du ciel chrétien dont l'Egypte ancienne avait aboli les sacrifices bien avant Abraham.

11 - Muhammad et les sacrifices humains

Mais alors, allons-nous revenir aux immolations d'animaux, dont la pratique s'était substituée aux Isaac et aux Iphigénie? Il ne faut pas oublier que depuis Homère les sacrifices humains étaient demeurés parallèles aux sacrifices d'animaux dans tout le monde antique.

Si l'on compare le nombre des victimes humaines du paganisme grec à l'âge classique au nombre de victimes chrétiennes, on en comptera deux cent dix huit pour Poséidon, deux cent cinquante pour Athéna, deux cent soixante et onze pour Hermès, deux cent dix-neuf pour Apollon, trois cent soixante et un pour Artémis, trois cent treize pour Arès, ce qui fait mille six cent quatre vingt un sacrifiés, auxquels il faut ajouter qu'un oracle avait livré annuellement au meurtre sacré et pendant mille ans deux vierges de Locres à la suite de l'outrage du Locrien Ajas à Cassandra. Je ne compte ni la purification d'Athènes par Epiménédès, qui coûta un grand nombre de nobles jeunes gens, tous volontaires, ni les immolations de prisonniers ennemis, que Thémistocle réduisit à trois en prélude à la bataille de Salamine.

Mais qu'est-ce que cela si l'on songe aux dizaines de milliers de moines chrétiens qui ont agonisé dans les monastères, depuis la sœur de Pascal jusqu'à Thérèse de Lisieux, la dernière sainte que son suicide par une tuberculose volontairement contractée a élevée à un rythme accéléré au rang de docteur de l'Eglise, alors que le poète Jean de la Croix a mis trois cent trente cinq années pour être élevé au rang de docteur de l'Eglise. C'est qu'une religion dont la foi se focalise sur un sacrifice sanglant fournit à la guerre un réservoir d'immolés potentiels. C'est pourquoi sainte Thérèse de Lisieux est devenue l'héroïne de la Croix dont l'immolation volontaire avait illustré d'avance le sacrifice patriotique aux yeux des poilus massacrés dans les tranchées - et c'est cette anticipation religieuse qui lui a valu une canonisation rapide à l'heure où la loi de 1905 avait empêché de célébrer à Notre Dame un Te Deum au Dieu de la France victorieuse en 1919.

Muhammad a aboli non seulement les sacrifices humains, mais les sacrifices des bestiaux; car l'offrande d'un mouton n'est pas, dans son esprit, l'offrande du cadavre d'un animal à Allah, mais le symbole d'un partage de la chair de la bête avec les pauvres et d'une communion dans la charité des fidèles rassemblés. On l'a bien vu au Caire, quand les télévisions ahuries du monde entier ont filmé des révolutionnaires prosternés la face contre terre, puis courir embrasser les soldats et les policiers qui les menaçaient. Jamais une religion immolatrice ne produira ce type de prodige politique. Certes, les chrétiens croient manger la chair et boire l'hémoglobine de la victime tuée sur l'autel - mais, du coup, ils se condamnent à communier avec une divinité faussement pacificatrice, puisque c'est de la viande et du sang qu'ils se partagent - et c'est en vain qu'ils s'épuisent à changer des substances d'origine animale en "pain du ciel". Certes, il était impossible au VI e siècle, de supprimer radicalement et d'un seul coup les sacrifices traditionnels d'animaux; mais la réduction subite des offrandes matérielles conduisait la religion à une lente extinction des égorgements cultuels. Il ne s'agit, dans l'islam, que de perpétuer le rite juif annuel de l'immolation de l'agneau le jour de Pâque - celui de la commémoration de l'exode.

12- Le "Connais-toi" de demain

Que dit le "Connais-toi" des Socrate de demain? Que tout prophète vit dans le silence et le vide de l'immensité, que tout prophète sait que le cosmos n'est dirigé par personne. Mais l'Eveillé n'a-t-il pas arraché ses congénères aux entrailles des ténèbres ? Pourquoi les Isaïe, les Jésus, les Muhammad gardent-ils, au plus profond de leur génie, l'œil héroïquement ouvert sur l'abîme, alors que, dans le même temps, ils font aux hommes le don d'illuminer le néant? Pourquoi les prophètes sont-ils les premiers saints de l'athéisme?

Tel est l'ultime avenir d'une religion qui détient les clés des classes dirigeantes de demain, celles qui sauront que le "feu spirituel" naît de la nuit. Mais seul Muhammad a créé les conditions cultuelles de l'épanouissement de l'athéisme ascensionnel de demain. Je ne vois pas qui d'autre a rendu les fidèles responsables devant un Allah intérieur, qui d'autre a retiré la victime humaine et animale des offertoires un millénaire avant Calvin, qui d'autre a disqualifié les rites et les liturgies, qui d'autre a rayé les clergés d'un trait de plume. Si l'Occident entend approfondir la connaissance de l'homme, qu'il se mette à l'école du cerveau et du cœur élévatoires de tous les prophètes. Alors, quelle débandade des petits secouristes des idéalités de la démocratie!

Mais si l'offense au prophète est ressenti comme un sacrilège plus grave que l'athéisme, la cause en est peut-être que l'inconscient des croyants leur fait la grâce de les avertir de ce qu'il n'y a pas de Jahvé caché dans le dos d'Isaïe, pas d' Allah caché dans le dos de Muhammad, pas de dieu qui assassinerait la victime d'une potence derrière Jésus-Christ. Peut-être l'inconscient religieux des peuples est-il prophétique sans le savoir, peut-être assure-t-il la promotion des prophètes, parce qu'il sait qu'Isaïe est seul responsable du Jahvé qu'il a privé du bois ou de la pierre des idoles, que Jésus est seul responsable du Dieu qu'il n'a pu empêcher de laisser choir à nouveau le pain et le vin de la communion dans sa propre chair et son propre sang, que le Bouddha est seul responsable du vide et du silence qui a conduit ses fidèles à faire vrombir leurs stupides moulins à prières, que Muhammad est seul responsable de n'avoir pas réussi, du moins de son vivant, à initier l'humanité à l'âme et à l'esprit des prophètes. Mais alors l'islam montre le chemin à la planète du "Connais-toi" de demain.

le 13 février 2011
aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr