12/10/2006 10 min #4802

Eloge de la gratuité

Lorsque j’ai un moment pour penser, souvent, je me demande comment nous pouvons faire pour lutter efficacement contre la société de consommation, voulue et dirigée par les responsables d’hier et d’aujourd’hui de la mondialisation marchande et financière. De fait, ce n’est vraiment pas évident... Mais je reste convaincu, plus que jamais, que ce sont les peuples qui détiennent le pouvoir de prolonger ce type de société ou de l’abroger et non pas ceux qui se proclament nos élites, qu’ils soient politiciens, financiers ou autres pseudos intellectuels.

Si, aux débuts de la société de consommation peu d’individus pouvaient imaginer vers quoi nous serions embarqués, il n’en est plus de même aujourd’hui. C’est donc en toute conscience, puisqu’il suffit de constater les dégâts et de prendre position, que nous sommes résistants ou complices.

Nous connaissons les maux de cette société tout comme les motivations de ceux qui nous les imposent depuis plusieurs décennies.

Nous avons compris, grâce à de nombreux analystes, et parfois par nos propres réflexions ou observations, quels sont les rouages qui permettent à ce type de société de fonctionner et de durer. Aux maux déjà anciens, comme le salariat, s’est ajoutée toute une série de faits qui constituent ces rouages. On peut citer par exemple, la publicité, les déréglementations massives, l’abrutissement produit par les émissions de télévisions, les manipulations imposées au travers de la majorité des médias qui, pour l’essentiel, appartiennent aujourd’hui à des forces financières souvent dirigées, comme en France, par des fabricants d’armes. Plus récemment, se sont ajoutées les politiques sécuritaires qui n’existent que pour créer, d’une part, un sentiment de peur permanente chez les peuples, mais également pour susciter l’admiration et la complicité active des nostalgiques du fascisme. Au travers de ces deux derniers points, ce qui est recherché ce n’est pas la sécurité des peuples, mais leur incarcération à ciel ouvert...

Les moyens de la résistance par la non-violence et la désobéissance civile

Contrairement à ce que l’on peut penser, les moyens à notre disposition sont forts nombreux et efficaces. Ce n’est donc que la volonté personnelle de chacun de nous qui manque à l’appel de ces luttes.

Quelques moyens, en vrac, dans une liste non exhaustive :

Grève de la consommation

Désobéissance civile face aux lois manifestement injustes

Certaines grèves et manifestations bien ciblées comme pour le CPE

Grève des élections

Grève des impôts

Réfléchir et agir par des comportements neufs et alternatifs

Gratuité la plus largement étendue...

Parlons de la gratuité...

Un constat pour commencer : L’espèce humaine est la seule, sur cette terre, à vouloir vendre ce qui, le plus souvent, ne lui appartient pas.

La terre, pour quelque temps encore, fournit tout ce qui est nécessaire pour la vie et la survie des espèces vivantes et elle le fait gratuitement. Je crois, de ce fait, arrivés au point catastrophique qui est le nôtre, que nous serions bien inspirés d’observer la nature et tout le vivant qu’elle contient. Les animaux trouvent leur nourriture avec ce que la nature produit. Il en va de même, le plus souvent, pour les abris. Les humains, eux, ont choisi de s’accaparer les richesses naturelles pour les vendre.

C’est vrai en particulier pour ceux que nous nommons les puissants ou les privilégiés, mais sommes-nous certains que nous agirions différemment si nous étions à leur place ?...

L’espèce humaine a transformé ce qui, depuis toujours, était un don de la nature ou du créateur, selon la foi qui est ou n’est pas la nôtre, en outils de richesses indues. Un tel comportement amène aux violences, aux guerres, aux mensonges, mais aussi à la fabrication d’une majorité d’humains pauvres. Aujourd’hui, avec la mondialisation, nous sommes arrivés au maximum de cette dérive puisque les dirigeants des multinationales avec l’accord, voire la complicité d’un grand nombre de politiciens, ont décidé de s’accaparer toutes les formes de vie, y compris la vie humaine, pour les transformer en marchandise... Ces gens et ceux qui les aident, de même ceux qui sont complices de cette dérive, refusent toute idée de gratuité. Et on comprend bien que si la gratuité s’installait puissamment, tous leurs calculs, tous leurs plans d’enrichissement maximal s’effondreraient.

Quelles conséquences ?...

Si l’on observe bien la nature, on se rend compte que tout ce qui est inverse à la gratuité et au don est en totale contradiction avec ce que toute l’histoire de l’univers nous enseigne. Tout y est gratuité, tout y est don. Cette constation devrait nous faire réfléchir surtout si l’on comprend que la majorité des injustices comme des crimes est liée à l’argent, à la possession, donc à la négation de la gratuité. J’ai souvent l’impression que dès lors que les humains s’écartent des enseignements majeurs de l’univers, cela produit toutes sortes de catastrophes.

Ainsi, lorsque l’humain oublie d’être humain pour ne devenir qu’une machine à consommer, qu’il ne vit plus que pour la « croissance infinie », non seulement il tombe malade de ses excès, mais de plus c’est toute la nature qui en souffre et qui commence à se « rebeller ». Nous le voyons de façon très inquiétante par le changement bien plus rapide que prévu du climat, donc du réchauffement climatique. De même, l’utilisation de produits chimiques dans l’agriculture, uniquement pour des raisons de rendement, donc d’enrichissement, est en train d’empoisonner les citoyens victimes de l’avidité des fabricants de ces produits. Non seulement ces produits sont contraires à la vie, mais de plus ils provoquent de plus en plus de cancers et d’autres maladies dont, probablement, des maladies neurologiques de plus en plus fréquentes. Par ailleurs, dans la même logique, on peut vraiment craindre des catastrophes sanitaires si par malheur les OGM devaient se multiplier sous la pression des multinationales et de leurs complices...

Dans le même ordre de raisonnement, à propos du refus de la gratuité, on constate qu’une bonne part des humains (de ceux qui sont responsables de cet état de fait, mais aussi de nous tous si nous sommes complices de ce refus), perd tout sens de la raison. C’est la folie qui guette à chacun de nos pas.

En sommes, il semblerait, si nous vivons en contradiction des « grandes lois » de la vie, que nous soyons menés peu à peu, mais inexorablement, à notre auto-destruction comme fruit de notre folie. Ce que j’appelle folie, ici, signifie multiplier les actes contraires à nos intérêts vitaux, tous ces actes qui mènent inéluctablement à notre destruction.

La gratuité comme moyen de lutte contre le système dominant.

Il ne serait pas raisonnable de penser qu’en pratiquant la seule gratuité à grande échelle nous pourrions vaincre la mondialisation marchande et financière. Pourtant, je suis persuadé qu’une telle pratique aiderait à fragiliser les bases de l’idéologie marchande. Celle-ci ne vit et ne survit que par les profits toujours plus gigantesques à réaliser. Pour y parvenir, notamment au travers des medias et de la publicité, les responsables de la marchandisation à outrance cherchent à faire de nous, non seulement des consommateurs sans cervelle, mais encore et surtout des complices en tentant de nous convaincre que seule l’idéologie marchande représente la vérité de l’homme.

Compte tenu du fait qu’ils s’appuient sur les faiblesses humaines, la cupidité entre autres, ils font des adeptes sans problème. Il suffit de voir l’attrait incroyable des jeux d’argent à la télévision, sur internet et ailleurs. Le slogan favori des « marchands », même s’il n’est pas écrit en toutes lettres, c’est : « Rien n’est gratuit ! »

Et, en effet, comment nous domineraient-ils si nous n’étions pas aussi nombreux à suivre ce mensonge en forme de chimère ?

Il est certain que telle qu’elle est constituée, la société contemporaine nous interdit dans la plupart des cas d’œuvrer par la gratuité.

Cette société a été systématiquement organisée pour que la gratuité n’ait pas de place en son sein ou qu’elle soit tellement marginalisée qu’elle ne peut pas nuire à l’esprit marchand.

Pire, dans certains cas, la gratuité est instrumentalisée pour palier aux carences de l’Etat déjà livré depuis plusieurs décennies aux intérêts du privé. Cela est vrai depuis des siècles, mais est plus prononcé et grave désormais.

A cause de cette réalité, ceux qui voudraient œuvrer avec la gratuité sont plus que limités. Manque de temps, mais surtout manque d’argent pour vivre, sont les principaux écueils. Il est évident que le système nous tient par l’argent que nous soyons pour ou contre l’esprit de marchandisation. En revanche, sous certaines conditions, nous sommes désormais nombreux à pouvoir agir en toute gratuité et, paradoxalement, à cause des destructions sociales voulues et opérées par les responsables de la marchandisation globale. Je pense en particulier aux chômeurs que la société marchande rejette dans l’isolement avec pour seule raison l’augmentation de ses bénéfices ; je pense aussi aux retraités ou aux invalides. Compte tenu de l’amélioration de l’espérance de vie, ils sont nombreux les retraités qui pourraient agir en divers domaines et en total bénévolat. Il en va de même pour les invalides qui peuvent encore rendre bien des services autour d’eux s’ils n’ont plus la capacité de « travailler » officiellement tant les rythmes du travail sont devenus débiles.

Qu’attendre de la gratuité ?

Je crois que nombreux sont ceux qui pourraient agir par la gratuité. Chaque acte de cette nature est un camouflet à l’esprit marchand ; chaque acte de cette nature est comme un effort qui scie, peu à peu, métaphoriquement, les barreaux qu’installe dans notre esprit, la volonté de l’idéologie marchande. Lorsque je parle de bénévolat, je parle d’actes volontaires et réfléchis, d’actes réels de gratuité sous forme de désobéissance civile.

Ce ne sont pas nos votes aux diverses élections qui nous donneront la moindre chance de changer cette société. C’est en inventant de nouvelles pratiques, de nouveaux rapports entre nous que nous fragiliserons le « colosse économique ». C’est ce qu’on appelle des pratiques alternatives ; la gratuité est l’une de ces pratiques possibles. Vaincre une société aussi perverse que la nôtre ne se fera, sans doute, que par un travail de fourmis. Il vaut mieux en être conscient.

Alors j’invite tous ceux qui le peuvent à agir, le plus souvent possible gratuitement. Même si c’est peu de chose, c’est toujours ça de gagné sur l’esprit marchand. Et si cela s’ajoute à la modération volontaire de la consommation ainsi qu’à d’autres pratiques alternatives beaucoup de choses peuvent changer et en premier, c’est nous-mêmes qui changerons. La gratuité mène à l’ouverture aux autres. C’est une chance de mieux se comprendre puisque l’avidité liée à l’argent n’a pas sa place dans la gratuité et, en même temps, autre point majeur, l’esprit de compétition n’a plus de raison d’être.

L’une des conditions de l’efficacité de la gratuité comme arme contre le système marchand reste que les actes en question remplacent ce que le système marchand tente de s’accaparer pour générer des profits. Je crois, par exemple, que les sites internet d’informations du genre d’altermonde, et nous sommes nombreux, rentrent dans ce type de combat. Non seulement nous donnons les informations rejetées par les médias du système marchand, mais de plus en plus, nous prenons, et ceci gratuitement, une part de ce qu’ils appellent le « marché ».

Travailler pour et avec la gratuité est donc un enjeu qui pourrait devenir majeur, en tout cas pour tous ceux qui peuvent la pratiquer. Et même s’ils ne font pas une majorité, ils aideront, peu à peu, à changer la mentalité actuelle.

C’est un pari à tenter et à tenir !

e-torpedo.net

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