V - La théocratie ethnique dans le chaudron de l'histoire

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"La chose la plus difficile au monde est de suivre à la trace n'importe quelle idée jusqu'à sa source." (Edward Mandell HOUSE)

2ème Partie : Aux sources du sionisme

"Ne pas se moquer, ne pas déplorer, ne pas détester mais comprendre". Baruch Spinoza

1- Sur les traces de la Dulcinée sioniste
2 - Revue d'effectifs dans le camp palestinien
3 - De l 'histoire rêvée à l'histoire vécue - herem contre Spinoza
4 - "Ne pas se moquer, ne pas déplorer, ne pas détester, mais comprendre" (Spinoza)
5 - Vent d'Est
6 - La théocratie à Jérusalem après Esdras
7 - Le grand sommeil de la Judée
8 - La montée en puissance de la civilisation grecque
9 - Alexandre le Grand et la Judée
10 - Les Judéens hors des frontières de la Judée
11 - La résistance à l'assimilation face à la civilisation grecque, puis romaine.
12 - Le début des grandes conversions
13 - De la domination grecque à la domination romaine
14 - Le roi Hérode le Grand (-73 à -4). Il est roi de Judée à partir de -37.
15- Les gigantesques contructions d'Hérode le Grand
16 - Conclusion : d'un désastre à l'autre

*
Dans la véritable guerre de cent ans menée par les immigrants sionistes contre la population palestinienne autochtone, les belligérants des deux camps seraient bien inspirés de méditer les principes que le stratège chinois Sun Tzu a énoncés dans son Art de la guerre. Car cette guerre n'est pas née en 1947, ni même à la fin du XIXe siècle. Ses armes psychiques ont été forgées durant les siècles mythologiques de la préhistoire religieuse de populations qui occupaient un petit territoire ingrat, coincé entre deux immenses régions fertiles - la Mésopotamie et la vallée du Nil. 

N'ayant pratiquement rien sur la terre qui pût combler leur instinct de puissance, les hommes de cette tribu se sont approprié le ciel. 

Ce coup d'Etat cosmique fondateur est la bombe nucléaire mentale qui a donné aux membres de cette tribu la force de demeurer groupés au fil des siècles tout en attirant une limaille d'individus et de peuples qui caressaient l'idée qu'ils étaient, eux aussi, différents des autres hommes. Mais il est également le talon d'Achille d'un groupe trop peu nombreux pour espérer imposer son imaginaire au reste du monde.

En effet, à l'heure où les dieux locaux sont devenus des sortes de mégalithiques qu'on peut situer sur l'échelle de l'archéologie mentale de l'humanité, un dieu archaïque et tribal qui ressortit à l'anthropologie religieuse, se révèle un lourd fardeau. Des dieux sont morts, d'autres sont nés. Aujourd'hui, un gigantesque dieu aussi universel que vaporeux - la DEMOCRATIE - a surgi des entrailles de la jeune Amérique. Il a déjà conquis la terre et impose son règne et ses valeurs à la planète entière. 

Or, c'est derrière le panache blanc de leur antique dieu local que les sionistes sont partis, sabre au clair, à la conquête de la Palestine. C'est au nom des principes universels du dieu DEMOCRATIE que les Palestiniens résistent à l'assaut. 

Mais ni les uns, ni les autres ne le voient clairement, et tous deux croient qu'il suffit d'appliquer sur le terrain les règles stratégiques et tactiques classiques, connues de tous depuis la nuit des temps - nombre et positions des troupes, qualité et quantité de l'armement, entraînement, choix du terrain et du moment de l'attaque, etc. Or, en génial anthropologue, le général chinois plante la flèche de la lucidité au coeur de la cible. La victoire, écrit-il, exige une connaissance autre que matérielle : "Je dis que si tu connais ton ennemi et si tu te connais, tu n'auras pas à craindre le résultat de cent batailles. Si tu te connais toi-même sans connaître ton ennemi tes chances de victoires et de défaites seront égales. Si tu ne connais ni ton ennemi ni toi-même tu perdras toutes les batailles." 

La Palestine est aujourd'hui le théâtre d'une guerre des dieux : l'antique dieu local refuse de perdre ses privilèges et de se reconnaître vassal des idéaux du nouveau suzerain, persuadé qu'il est qu'en son fief montagneux, il est inexpugnable.

C'est à ce combat de Titans que nous assistons et c'est de ce combat-là que les Palestiniens sont les enjeux et les victimes. 

1 - Sur les traces de la Dulcinée sioniste
Dans quelles circonstances historiques et psychiques particulières un groupe humain, dispersé, volontairement pour l'immense majorité de ses membres, dans d'innombrables régions du globe terrestre durant près de deux millénaires et uni par la seule grâce d'un imaginaire religieux commun, s'est-il, à un certain moment, mis en mouvement en direction de la Dulcinée du Toboso qui logeait dans sa cervelle - sa "terre promise"?

Le Dieu national désiré et créé par ce peuple l'aurait, par un de ces retournements mystérieux dont l'histoire a le secret, reconduit sur les lieux dont il se dit issu, refermant ainsi la boucle mythologique ouverte deux millénaires et demi auparavant. "Les peuples se donnent les dieux qu'ils méritent"[(1)]

D'innombrables études sur le sionisme situent sa naissance en 1897. Ne croirait-on pas que cette idéologie coloniale a surgi, armée et casquée, du génial cerveau de Theodor Herzl, telle Athéna la guerrière du cerveau de Zeus? Le théoricien austro-hongrois, anti-sémite dans sa jeunesse et si virulent que le Fürher allemand n'avait eu qu'à puiser dans ses formules-choc, [(2)] aurait poussé, dans son non moins génial ouvrage inaugural, Der Judenstaat ("L'État des Juifs"), le célèbre cri de guerre de la déesse jaillissant du crâne de Zeus ouvert d'un coup de hache du dieu forgeron Héphaïstos. C'est ne rien connaître du contexte politique des événements et ne rien comprendre à la psychologie des peuples et à l'évolution des grands mouvements de l'histoire, qui toujours serpentent longuement dans les souterrains des psychismes et du temps avant d'apparaître à la lumière.

L'ouvrage de Herzl est venu au jour dans un environnement politique sur lequel je reviendrai et au moment où un sionisme d'essence principalement religieuse existait déjà puissamment depuis les temps les plus reculés dans certaines couches de la société et dans certaines régions du globe. Mais, entre le sionisme messianique des prophètes et le sionisme politique tardif de Herzl, des personnalités comme le médecin polonais Léon Pinsker (1821-1891) auteur en 1882 de la brochure Auto-émancipation et président des "Amis de Sion" ou le fondateur du sionisme social, Moshe Hess (1812-1885) ainsi que des rabbins influents comme le Prussien Tsvi Hirsh Kalisher (1795-1874) qui prônait un retour à Sion dans une perspective messianique, ou le Serbe Alkalaï Yehouda (1795-1874) ont préparé les esprits et labouré le terrain sur lequel Théodor Herzl a pu semer.

Cependant, celui-ci n'était pas armé pour récolter et sans l'efficace action politique de Chaim Weizman auprès du gouvernement britannique et l'appui décisif des financiers de la City et de Wall Street, notamment de Bernard Baruch, ainsi que celui de l'influente loge maçonnique B'nai B'rith (Les fils de l'Alliance) fondée en 1843 à New-York, réservée aux seuls membres juifs, sur les gouvernements américains successifs depuis la création de la FED, à partir de 1913, l'ouvrage de Theodor Herzl se serait couvert de poussière, oublié sur un obscur rayon de bibliothèque.

voir : Du Système de la Réserve fédérale au camp de concentration de Gaza Le rôle d'une éminence grise: le Colonel House

Aux sources de l'escroquerie de la Réserve Fédérale - Le machiavélisme des hécatonchires de la finance internationale.

2 - Revue d' effectifs dans le camp palestinien
Il est frappant que, depuis un siècle, les Palestiniens combattent un adversaire - le sionisme - dont ils n'ont compris ni la mentalité, ni les objectifs. Pire que cela, ils n'ont même jamais pensé qu'il était indispensable de les étudier, comme le prouvent les sorties de l'obséquieux Mahmoud Abbas devant l'AIPAC aux USA, ainsi que sa gestion des affaires palestiniennes depuis qu'il a logé ses petits pieds dans les bottes d'un Yasser Arafat prestement "refroidi", comme diraient les maffieux. Quant à l'ancien fonctionnaire du FMI, Salam Fayyad, parachuté Premier Ministre par le gouvernement américain, il n'a pas craint de se muer en historien des religions et en exégète pour reconnaître officiellement la "validité du récit biblique"!

Ce contexte permet de mieux appréhender les raisons pour lesquelles les dirigeants du peuple palestinien, et le vieux raïs Yasser Arafat lui-même, se sont définitivement fourvoyés dans la voie sans issue du fameux "processus d'Oslo", qui les a conduits à l'impasse et au mur infranchissable sur lequel le mot DEFAITE s'affiche désormais en gigantesques lettres lumineuses. Mais, même le nez à un millimètre de la muraille que l'adversaire israélien et son acolyte américain continuent de consolider à grand renfort de mirobolantes promesses de pots-de-vin colossaux, baptisés "aide financière", et de livraisons d'instruments de mort de plus en plus performants, ils ne voient toujours pas que jamais ils n'escaladeront cet Everest et que c'est leur propre extermination en tant que peuple qu'ils sont en train de bétonnner. Ils continuent de chanter à tue-tête: "Négociations ! Traité de paix ! Deux Etats pour deux peuples! Echange loyal de territoires! Obama, notre père qui êtes au paradis américain, sauve-nous!" et offrent le spectacle d'une nouvelle version de la scène du Colonel décrit par Céline dans les premières pages du Voyage au bout de la nuit, lequel lit imperturbablement ses dépêches en faisant les cent pas sous la mitraille de l'ennemi. Stupidité héroïque de l'officier pulvérisé par une rafale. Stupidité bornée et traîtrise des Abbas et des Fayyad, les Dupont-Dupont du désastre palestinien, qui continuaient de "négocier" depuis des lustres sous la mitraille d'une colonisation tantôt insolente, tantôt hypocrite, afin d'obtenir au mieux une indépendance de pacotille sur un territoire réduit à une poignée de confettis et qui se retrouvent aujourd'hui "grosjean comme devant".

Benjamin Netanyahou, Hillary Clinton, Mahmoud Abbas lors de la "conférence pour la paix", fin novembre 2010

"La stupidité bornée, source d'aveuglement, est un facteur qui joue un rôle remarquablement important dans la gouvernance. Elle consiste à évaluer une situation en termes de notions fixes préconçues, tout en ignorant ou en rejetant tous signaux contraires. C'est le fait d'agir selon son souhait tout en s'interdisant de se laisser dévier par les faits. 

Cette attitude est résumée dans la déclaration d'un historien au sujet de Philippe II d'Espagne, le plus stupidement borné de tous les souverains : Aucune expérience de l'échec de sa politique ne pouvait ébranler sa foi dans son excellence essentielle." (Barbara Wertheim Tuchman, historienne américaine. The March of Folly: From Troy to Vietnam", éd. Alfred A. Knopf, New York, 1984).

Le sage indou Patanjali, père du yoga, reprenant les paroles de Socrate, disait déjà, lui aussi, que "l'ignorance est la cause de tous les maux", car "celui qui ne peut pas voir n'est pas un aveugle, l'aveugle est celui qui ne veut pas voir".

Mais il existe une troisième catégorie de politiciens bornés, celle des hypocrites, qui font semblant de ne pas voir parce qu'ils ont un intérêt personnel puissant à persévérer dans un aveuglement affiché. Les villas luxueuses et les grosses limousines allemandes aux vitres teintées rendent les neurones de leurs propriétaires particulièrement paresseux. Le cocon de "négociations éternelles" a servi de coussin moelleux à leur lâcheté. Il leur a permis de mener discrètement de rentables petits négoces avec l'occupant en échange d'une "coopération sécuritaire", synonyme de collaboration et feuille de vigne d'une active chasse aux résistants, tout en se lamentant sur la méchanceté d'un Israël qui "préfère la colonisation à la paix" - ouhhh le vilain, quelle surprise! "Nous nous sommes consacrés à des négociations sur vingt années, et voici nous tombons aujourd'hui dans le piège d'un processus qui n'a rien changé à l'occupation", gémit aujourd'hui Saeb Erekat, le principal "négociateur" du Fatah, feignant de découvrir une situation qui crevait les yeux depuis le début. Les câbles de Wikileaks révèlent même que la guerre et les massacres de Gaza ont eté expressément demandés aux services secrets israéliens par les dirigeants du Fatah! De la stupidité à la trahison, le pas a été franchi.


Voir - La métamorphose d'un être humain en vermine

La trahison engendre le mépris du commanditaire lui-même et ses exigences deviennent insatiables. Ainsi, lors de sa participation à la conférence annuelle des ambassadeurs sionistes le 26 décembre dernier, Avigdor Liebermann, a violemment attaqué Mahmoud Abbas lequel, dans un petit sursaut de dignité, avait osé refuser de reprendre les négociations pendant que les colons-termites grignotaient à belles dents la Cisjordanie. « L'Autorité palestinienne est une entité illégale et instable, qui ne possède aucune légitimité juridique ». Enfonçant le clou de la délégitimation, il a ironisé sur l'échec de l'ancien compère qui a « perdu aux dernières élections législatives et refuse d'en organiser de nouvelles par crainte de la victoire du Hamas" et il a conclu en forme de coup de pied de l'âne : "Israël ne peut négocier avec une autorité illégitime pour une solution de paix durable ». Le roi est nu.

La fine équipe de bras cassés qui gravite autour du Président d'une "Autorité palestinienne" dépourvue d'autorité, devrait méditer ce jugement de Machiavel: "Dans les affaires d'Etat, en les prévoyant de loin, ce qui n'appartient qu'à un homme habile, les maux qui pourraient en provenir se guérissent tôt; mais quand, pour ne les avoir pas prévus, on les laisse croître au point que tout le monde les aperçoit, il n'y a plus de remède." (Nicolas Machiavel, Le Prince)

3 - De l 'histoire rêvée à l'histoire vécue

Mais il ne suffit pas de décrire les actions des hommes politiques de la fin du XIXe et du XXè siècle pour comprendre, comme nous le conseille le grand philosophe juif, Baruch Spinoza - frappé du herem par les siens et obligé de se protéger d'eux en terre batave - de comprendre, dis-je, comment s'est effectuée la transition entre un sionisme religieux diffus et une idéologie politique qui a conduit à l'émergence de l'Etat sioniste actuel.

Baruch Spinoza Portrait de 1665 tiré de la Herzog-August-Bibliothek

Pour mesurer le degré d'inculture du personnel politique français actuel, il faut rappeler qu'au cours du discours prononcé lors du Congrès juif européen le 12 décembre 2010, Mme Michèle Alliot-Marie, ministre d'Etat, ministre des Affaires étrangères et européennes a prononcé les paroles ailées suivantes: "Le destin des Juifs d'Europe a largement contribué à l'identité européenne. Destin des Juifs portugais d'Amsterdam qui, fuyant l'intolérance, apportèrent à l'Europe le génie de SPINOZA."

Or, en matière d'intolérance, celle dont Spinoza a été victime, au point qu'un fanatique juif a tenté de l'assassiner, est venue de l'intérieur même de la communauté des fidèles de la grande synagogue d'Amsterdam, située sur le quai du Houtgracht. En effet, le 27 juillet 1656, le philosophe fut ostracisé et frappé de l'infamie et de la malédiction du herem (Voir le texte du herem en note 3). Blessé, heureusement superficiellement, il a conservé durant de longues années son manteau troué par le poignard afin de garder sous les yeux les preuves des méfaits de tous les fanatismes, y compris et surtout de celui de ses co-religionnaires. En 1948 Ben Gourion a tenté de faire lever ce "herem", qui maudit le philosophe, y compris post mortem, mais les rabbins de l'Israel actuel s'y opposèrent.  Le philosophe Baruch Spinoza demeure donc, aujourd'hui encore, frappé de pestifération par les rabbins juifs et Mme Alliot-Marie ne le sait pas.

Rabbin Haïm Sitruk, Mme Michèle Alliot-Marie, Congrès juif européen, 12 décembre 2010, site du CRIF

J'ai suivi scrupuleusement les étapes de la maturation d'une Dulcinée idéale dans la cervelle des croyants jusqu'à sa métamorphose en la Maritorne coloniale crasseuse et belliqueuse qui s'épanouit aujourd'hui en terre palestinienne. Entre l'apparition de Dulcinée et la découverte que, sous ses habits rutilants se cache une grossière et brutale fille de ferme, une histoire réelle de deux millénaires et demi a déroulé ses péripéties - et le double environ pour ce qui concerne l'histoire rêvée et mythologique qui remplit à ras bords la cervelle des croyants.

C'est pourquoi j'ai décidé de remonter le plus haut possible dans le temps réellement vécu - c'est-à-dire le temps de l'histoire effective et non celui de l'histoire biblique rêvée - du peuple successivement appelé Hébreux, Judéens, Juifs et enfin Palestiniens au gré des découpages administratifs des empires assyrien, babylonien, perse, grec et romain qui prirent le contrôle de ce petit territoire, et ce jusqu'à sa disparition politique complète comme nation en l'an 70 de notre ère, après la destruction de sa ville-capitale et de son temple par les légions romaines de Vespasien et de Titus.

Mon objectif n'est pas de raconter à ma manière une histoire précise de la Judée ou du judaïsme, mais de repérer les jalons particulièrement éclairants qui, dans la courte existence politique de ce peuple ont eu des conséquences telles sur le contenu des cervelles qu'elles devaient inexorablement conduire à la politique actuelle de l'Etat sioniste. C'est pourquoi j'essaie, chaque fois que c'est possible, de montrer les rapports entre les événements ou les prescriptions de l'histoire antique et la politique actuellement menée en Palestine.

Sortir de la déploration, de l'indignation, voire de la haine que cette politique suscite chez certains, afin, comme le conseille le philosophe, de comprendre par quels chemins de traverse, et cependant parfaitement prévisibles, les Judéens du temps d'Esdras ont resurgi d'un néant politique de vingt siècles pour réapparaître avec la même mentalité, le même psychisme, les mêmes mœurs et les mêmes exigences ethniques. Vingt siècles d'histoire mondiale ont glissé sur le contenu des neurones des disciples de la Thora et du Talmud comme l'eau sur la plume d'un canard.

En effet, la recommandation 181 de l'Assemblée générale de l'ONU votée le 29 novembre 1947 interprétée fallacieusement comme légitimant un Etat juif [(4)],

Voir : De l'inexistence de l'Etat d'Israël en droit international

la pluie des soixante-dix résolutions condamnant leur politique du même ONU, et qu'ils ont superbement et impunément ignorées avec une constance remarquable depuis 1947, sont aux yeux de leurs dirigeants un fatras juridique "rituel" destiné à occuper et à amuser les gentils.

- Ils ont crucifié Marianne... Les nouveaux exploits de Tartuffe en Palestine

Leurs législateurs sont ailleurs. Josias ou Esdras voilà leurs vrais légistes. C'est pourquoi il était capital de remonter aux sources du chaos mondial provoqué par le débarquement fracassant dans la modernité, tant au Moyen Orient que dans l'ensemble de la politique de la planète, d'une préhistoire chargée jusqu'à la gueule de vapeurs mythologiques.

4 - "Ne pas se moquer, ne pas déplorer, ne pas détester, mais comprendre" (Spinoza)
Les quatre étapes précédentes de mon expédition m'ont permis de mettre en lumière quelques-uns des grands mythes qui, jusqu'à la fin du XIXe siècle, voyageaient en vase clos dans les neurones des adeptes du dieu Jahvé. Depuis une vingtaine d'années aucun historien sérieux, aucun archéologue, aucun exégète ne considère plus que les récits bibliques sont historiques au sens scientifique du terme. Ce sont des textes théologiques destinés à l'édification des croyants de la religion du dieu Jahvé. Ils nous renseignent sur la manière dont une petite tribu du Moyen-Orient, parfaitement localisée, a intériorisé ses relations avec le ciel et avec son environnement politique. C'est pourquoi on y trouve à fois des personnages historiques réels comme les souverains des empires voisins auxquels cette tribu a été confrontée; mais on y rencontre également d'innombrables personnages totalement inventés, mais symboliques et d'ailleurs empruntés aux mythologies des Etats voisins, et qui s'expriment à ce titre - Adam, Eve, Noé, Moïse, Josué, Abraham, Agar, etc. D'autres personnages, qui eurent une existence historique modeste, ont été transformés en mythes gigantesques - David, Salomon.

Voir - 1 - La Bible et l'invention de l'histoire d'Israël
- 2 - L'invention du "peuple élu" et de la "Terre Promise"
- 3 - Israël, du mythe à l'histoire

Tous les mammifères marquent physiquement leur territoire. Le mammifère humain marque son territoire symboliquement. C'est pourquoi tous les textes religieux sont des documents historiques à interpréter d'un point de vue anthropologique. C'est ainsi que la Bible fournit des informations précieuses sur la psychologie des habitants de cette petite région, sur la manière dont ils ont construit leurs relations de pouvoir entre eux et avec leurs voisins à travers le dieu-miroir de leur mentalité qu'ils ont conçu. Les textes bibliques sont donc révélateurs de la manière dont la petite tribu des Judéens des temps antiques a découpé le morceau de ciel dans lequel elle souhaitait se lover et les armes qu'elle s'était données afin d'atteindre cet objectif.

A une époque où l'unicité religieuse des cerveaux des peuples était un mantra politique indépassable, le particularisme communautaire créé par ces mythes a été la cause de nombreuses confrontations violentes avec les populations chez lesquelles s'étaient installés de nombreux immigrants porteurs d'une identité d'autant plus inassimilable à celle de leur environnement que les injonctions méprisantes et haineuses à l'égard des non juifs, appelés "gentils", "goys" ou "goyim" concoctées au fil des siècles, confinent chez certains rabbins au délire pathologique et constituent une école du mépris et de haine à l'égard des voisins chez lesquels ils avaient posé leurs pénates depuis les temps les plus reculés, à la recherche de situations lucratives. Ils éclairent certains ressorts profonds de la brutalité de la politique de l'actuel Etat colonial à l'encontre des Palestiniens.

Voici, à titre d'exemples, quelques formulations gracieuses issues du Talmud babylonien, parmi des milliers de recommandations rédigées dans le même esprit :

Baba Bathra 10b  : "Les actes d'Israël sont vertueux, mais les Gentils ne sont capables que du péché."
Kiddushin 49b : "Les israélites possèdent 90 % de toute la sagesse,les 10 % restants sont dispersés parmi les Gentils."
Sanhedrin 58b : "Un Gentil qui frappe un Juif mérite la mort. Frapper un Juif est aux yeux de Dieu, l'attaque de la Présence Divine."
Sanhedrin 37a : " Quiconque détruit un seul Israélite, c'est comme s'il avait détruit le monde entier "
Yebamoth 98a : "Tous les enfants de Gentils sont juridiquement des bâtards, puisque les Gentils sont seulement des animaux."
Baba Bathra 54b : "La propriété de Gentils ressemble au désert; quiconque arrive là en premier se l'approprie."
Sanhedrin 57a : "Si un Gentil vole un Juif, il doit le rembourser. Mais si un Juif vole un Gentil, le Juif peut garder le butin."
Et aussi: "Si un Gentil tue un Juif, le Gentil doit être tué. Mais si un Juif tue un Gentil, le Juif doit demeurer libre."
Sanhedrin 11: "Tous les Israélites sont vertueux et hériteront la vie éternelle."
Baba Kamma 38a : "Les gentils sont à l'extérieur de la protection juridique de la Loi de l'Israël."
Sanhedrin 52b : "L'adultère n'est pas défendu... avec la femme d'un Gentil, parce que Moïse défend seulement l'adultère avec la femme d'un 'voisin' et les Gentils ne sont pas des voisins."

etc. etc. ad nauseam

"Ne pas se moquer, ne pas déplorer, ne pas détester, mais comprendre", conseille Spinoza. Comprendre que les vols de terres, les brutalités, les tortures dont sont victimes tous les Palestiniens, petits enfants compris, ne sont pas le fait d'individus isolés, particulièrement pervers ou la conséquence d'une brutalité coloniale classique et passagère. Accompagnées d'une bonne conscience inentamable - "increvable", pour employer le mot de l'écrivain polonais émigré en Argentine, Witold Gombrowiz dans son Ferdydurke - ces exactions sont la résultante logique d'un système mental qui imprègne la vie quotidienne des membres les plus actifs de cette tribu religieuse. Il imbibe les cervelles depuis la petite enfance, si bien que les bourreaux n'éprouvent ni honte, ni remords à tuer, à voler, à torturer même des enfants, à les utiliser comme boucliers humains lors d'incessantes opérations de police, à expérimenter leurs nouveaux médicaments sur les prisonniers, à prélever en catimini des organes sur les cadavres provoqués des Palestiniens, à enterrer leurs déchets radioactifs sur des terres agricoles confisquées ou à contraindre les habitants d'une grande ville comme Hébron à vivre sous des grillages qui leur masquent le soleil, parce qu'ils sont recouverts des ordures jetées sur leurs têtes par une poignée de fanatiques qui se sont installés au coeur d'une grande ville palestinienne de plus de cent mille habitants, encouragés et protégés par des phalanges d'autres fanatiques en uniforme.

Cohorte de "terroristes palestiniens"... le plus dangereux est évidemment le colosse qui se trouve au centre de la photo

Hitzak Rabin : "Brisez-leur les os !" Et les soldats exécutèrent avec discipline l'ordre donné : briser, avec la crosse de leurs armes, les bras et les jambes des Palestiniens.

"Je n'arrive pas à imaginer la raison qui motive un bataillon de soldats sionistes armés jusqu'aux dents lorsqu''ils poursuivent un petit enfant, le jettent à terre, le battent, et l'abandonnent sur le bord de la route", se lamente le père d'un enfant de sept ans gravement blessé par la soldatesque de l'armée d'occupation. Ce père palestinien n'avait pas lu le Talmud!

On comprend mieux, dans cet environnement psychique, le sens des paroles de l'immigrant moldave et actuel Ministre des affaires étrangères, Avigdor Lieberman, disant que les Israéliens "obéissent à une autre loi" qu'à celle des lois internationales ou à une morale universelle.

Comprimé depuis deux millénaires dans les souterrains de cervelles remplies à ras bords de ratiocinations talmudiques, de rêves messianiques et d'un amour idéal pour la Dulcinée imaginaire d'une "terre promise" offerte par le "dieu" que des Judéens s'étaient donné dans les temps immémoriaux, le mythe d'un Canaan magique, sorte de paradis sur terre, a d'abord magnétisé une population originaire des steppes de l'Europe orientale. Il a très rapidement fait tache d'huile sur la planète entière et provoqué, en direction de l'Orient, un mouvement migratoire d'une force que l'Occident n'avait plus connue depuis les grandes invasions des IVe et Ve siècle. Non seulement des occupants originaires d'Ukraine, de Russie, de Pologne, du Minnesota, de l'Alaska, du Groenland, d'Europe de l'Ouest, du Kamchatka, de Patagonie, du désert de Gobi et tutti quanti se sentent innocents de piller des biens palestiniens, mais qui plus est, ils se proclament victimes. Ne sont-ils pas contraints de supporter des "intrus" qui ont l'audace de ne pas s'éclipser discrètement et d'offrir de grand cœur leurs maisons et leurs terres à des immigrants auto-proclamés "peuple élu" et "peuple saint"? De quel droit, des indigènes impurs se permettent-ils de polluer une "terre juive", se demandent-ils candidement, en brandissent bien haut le grimoire dans lequel se trouve consigné le récit mythologique de leurs tribulations passées, auquel ils attribuent la fonction d'un cadastre?

C'est ainsi qu'une dame Arlène Kushner, qui se dit "journaliste", dénonce avec violence sur le site de l'alliance française, l'attitude laxiste des gouvernements israéliens successifs qui ont osé "accepter, en théorie, une certaine notion de droit aux arabes palestiniens à vivre sur une partie de notre terre". Cette immigrée française est scandalisée qu'"une certaine notion de droit" -  mais pas des droits complets, il ne faut pas exagérer - soit accordée à la population qui vit sur ses propres terres depuis la nuit des temps et qui se trouve expropriée au bénéfice d'immigrés sans titre.[(5)]

Se glissant habilement dans le puissant mouvement colonial qui, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe avait abouti à la formation des grands empires coloniaux européens, les mythes politico-religieux de la religion issue des réformes d'Esdras sont sortis des boîtes crâniennes et ont explosé sous la forme d'un puissant mouvement nationaliste préparé depuis des lustres, en direction de la conquête de la terre mythique de leur texte théologique. Un sionisme politique encore balbutiant, mais solidement arrimé à des racines religieuses dans lesquelles il puisait sa nourriture et sa justification, s'est installé par la violence sur la terre du peuple autochtone. Armé du fanatisme des zélotes, encouragé et soutenu par la gigantesque puissance financière et politique d'une riche diaspora éparpillée depuis des siècles sur la planète entière - et notamment en Angleterre, puis aux Etats-Unis - il s'est incrusté en Palestine où, au vu et au su du monde entier, il se livre impunément au sociocide et au génocide larvé de la population originaire.

5 - Vent d'Est
Dans cette cinquième station de mon voyage aux sources de sionisme, j'aborderai les contrées peu ou pas explorées du tout, du mûrissement de cette idéologie aux confins de l'Asie, après une sorte de traversée du désert de plusieurs siècles, durant lesquels la société judéenne a subi de redoutables tangages politiques que j'évoquerai brièvement pour mémoire, en ne retenant que ceux qui eurent une influence dans la sédimentation de l'idéologie sioniste.

La simple présentation du tableau d'une biographie succincte de tous les Premiers Ministres qui se sont succédé depuis qu'un vote de l'ONU a crucifié les Palestiniens, permet de comprendre au premier coup d'œil pourquoi je dirigerai mes pas en direction des marches de l'Asie plutôt que vers les rives qui auraient semblé plus accueillantes et plus logiques des bords de la Méditerranée, ou vers les paysages verdoyants et cléments de notre Europe occidentale qui ont connu, elles aussi, de nombreuses implantations juives au cours des siècles.

On sait, en effet, que toutes les grandes vagues migratoires se sont toujours déroulées d'est en ouest. La mythologie judaïque ne s'y est pas trompée, puisque les communautés de nos régions se proclament les descendantes légitimes d'ancêtres "chassés" de la province de Judée par les armées victorieuses de Vespasien et de Titus lors de la 2ème Guerre des Juifs en l'an 70. Or, il n'en est rien. Aucun des premiers ministres qui ont dirigé l'Etat d'Israël ne peut exciper de racines méditerranéennes ou occidentales susceptibles de donner une apparence de crédit à cette prétention. Tous, sans exception aucune, sont issus des régions talmudiques de l'orient européen ou des marches de l'Asie. Ce fait n'est évidemment pas le fruit du hasard.

1 - David Ben Gourion(né David Grün) 16 octobre 1886-1er décembre 1973) est né à Plonsk en Pologne dans une famille sioniste (son père, professeur d'hébreu, était un membre des Amants de Sion). Il émigre en Palestine britannique en 1906.

2 - Moshé Sharett (né Moshé Shertok), (15 octobre 1894 - 7 juillet 1965) est né à Kherson, dans l'Empire russe (aujourd'hui en Ukraine). Il émigra en Palestine britannique en 1908.

3 - Levi Eshkol (25 octobre 1895- 26 février 1969) est né dans un village à proximité de la ville de Kiev, dans l'empire russe, aujourd'hui Ukraine. Il émigre en Palestine ottomane en 1914.

4 - Ygal Allon  (né Ygal Païcovitch) (10 octobre 1918- 29 février 1980) est né Kfar Tabor, au pied du Mont Tavor dans l'est de la Basse Galilée d'une famille originaire de Roumanie qui émigre en Palestine en 1901.

5 - Golda Meir (Golda Meirson, née Golda Mabovitz (3 mai 1898 -8 décembre 1978) est née à Kiev, au cœur de l'empire russe, aujourd'hui capitale de l'Ukraine. Sa famille émigre aux Etats-Unis en 1903, le couple Meirson arrive en Palestine en 1921.

6 - Yitzhak Rabin (Yitzhak Rubitzov, 1er mars 1922 - assassiné à Tel Aviv le 4 novembre 1995) est né à Jérusalem. Ses parents, Nehemiah et Rosa Rubitzov originaires d'Ukraine émigrèrent d'abord vers les Etats-Unis

7 - Menahem Volfovitz Begin (Mieczyslaw Biegun, 16 août 1913 -9 mars 1992). Il est né à Brest-Litovsk, alors ville polonaise à majorité juive, aujourd'hui Biélorussie. Il n'arrive en Palestine qu'en 1942.

8 - Yitzhak Shamir (Yitzhak Jazernicki (15 octobre 1915...), est né à Ruzhany, en Pologne, actuelle Biélorussie. Il émigre en Palestine en 1935.

9 - Shimon Peres (Szymon Perski ) Il est né le 2 août 1923 à Wisniew (Pologne, actuelle Biélorussie). Il émigre en Palestine en 1934.

10 - Benyamin Netanyahou (né le 21 octobre 1949 à Tel Aviv) Petit-fils d'un rabbin émigré de Lituanie en Palestine en 1920

11 - Ehud Barak (Ehud Brog, né le 12 février 1942 au kibboutz Mishmar Hasharon) Fils d'Israel Brog et d'Esther Godin, immigrés respectivement de Lituanie et de Pologne.

12 - Ariel Sharon (Ariel Scheinermann (né le 26 février 1928 à Kfar Malal en Palestine). Son père Shmouel Scheinerman est originaire de Brest-Litovsk alors en Pologne, actuellement Biélorussie. Sa mère Véra est un médecin originaire de Mohilev en Biélorussie.

13 - Ehud Olmert (né le 30 septembre 1945 à Binyamina en Palestine. Son père Mordechaï - né à Buguruslan en Russie, émigre en Chine en 1919, à Harbin, et arrive en Palestine en 1933.

Un simple coup d'oeil suffit à constater que tous ces premiers ministres sans exception aucune, sont originaires, soit directement, soit par leurs parents, de Russie de Roumanie et surtout de la Pologne prise dans ses frontières d'avant la guerre de 1940 - aujourd'hui Biélorussie, Ukraine ou Lituanie. C'est donc bien le judaïsme oriental qu'il sera particulièrement indispensable de suivre à la trace, afin de comprendre l'influence que ce judaïsme-là a exercée sur le sionisme naissant.

Cette influence persiste de nos jours sur la politique de l' Etat auto-baptisé "Israël", terme directement issu du récit religieux (Gn 32,28 et 35,10). C'est un nom propre, l'autre nom donné à Jacob. Or, l'Antiquité politique n'a jamais connu d' Etat indépendant d' "Israël". Un "Royaume d'Israël", appelé également "Royaume de Samarie", a brièvement existé au VIIIe siècle avant notre ère. Il a connu son heure de gloire avec la dynastie Omride dont la tragédie de Racine, Athalie, décrit la fin cruelle, mais sa destruction par les armées assyriennes du roi Sargon en -722 et la déportation de la totalité de sa population, ont signé sa disparition définitive de l'histoire comme Etat autonome.

Voir: - 2 - L'invention du "peuple élu" et de la "Terre Promise", 30 mars 2010

Tous les évènements qui se rapportaient aux Samaritains, ont été soigneusement occultés dans les textes bibliques. Depuis la nuit des temps, le Royaume du Nord était méprisé par les habitants de la province judéenne du Sud en raison d'une pureté raciale et religieuse jugées insuffisantes, et ce, déjà bien avant le mélange ethnique imposé par le roi assyrien Sargon II après sa conquête de la Samarie. Le yavhisme des Samaritains a toujours été dénigré et accusé d'avoir été pollué par des cultes païens. S'y ajoutait surtout la rivalité et la jalousie à l'égard d'une province plus riche et plus prospère. Ces raisons s'additionnaient et expliquaient la haine tenace et active de la part de Juda pour l'éphémère Royaume d'Israël et qui a perduré, toujours aussi violente, durant les siècles suivants, à l'encontre des Samaritains.

Les documents assyriens, babyloniens, perses, grecs et romains qui l'ont évoquée désignent la petite province - en réalité une ville-Etat - qui avait Jérusalem pour capitale du nom de Juda, Judée, puis Palestine à partir de la fin de la période hellénistique et durant les temps d'occupation romaine. Je n'ai pas découvert, pour l'instant, les raisons qui ont poussé les juifs orientaux qui sont à l'origine de l'idéologie sioniste, à répudier le nom du territoire qu'ils cherchaient à investir et à choisir celui des habitants de la province rivale et haïe qui, dans leurs écritures mythiques, font l'objet des pires exécrations, quasiment à égalité avec les goyims, en vertu de l'adage bien connu selon lequel "on ne se hait bien qu'en famille". L'homonymie avec le nom du traître - Judas - qui livra Jésus à la vindicte du sanhédrin y est peut-être pour quelque chose.

6 - La théocratie à Jérusalem après Esdras
Le Talmud vénère tout particulièrement le personnage d'Esdras et le considère comme le grand restaurateur du judaïsme: "La Torah aurait pu être donnée à Israël par Ezra, si Moïse ne l'avait précédé" (Sanhédrin 21b). On ne peut mieux dire, puisqu'il en est sinon le rédacteur unique, du moins le compilateur principal. Son combat contre les mariages mixtes, et donc l'instauration d'une théocratique ethnique, figure sa réforme principale.

Esdras est le grand initiateur d'un judaïsme fondé sur la "pureté du sang" des fidèles. La difficulté classique rencontrée dans l'étalonnage d'une espèce est celle de déterminer une origine de la souche. Les écritures bibliques grouillent de généalogies censées remonter à plusieurs siècles. Mais il faut toujours en arriver à trouver un commencement, d'où l'invention de la Genèse et les personnages d'Adam et Eve. Les chrétiens, plus modestes, n'ont imaginé de faire remonter la généalogie de la mère de Jésus qu'à la mythique "Maison de David".

Un hénothéisme rigoureux (héno=un), car propre à la seule ethnie des Jehoudim, a donc régné en maître pendant près de deux siècles dans la petite sous-préfecture judéenne du grand ensemble de la Trans-Euphratène dirigée par un Péha perse. Mais la ville de Jérusalem sommairement reconstruite, puisque les anciens palais impériaux n'avaient pas été relevés, est longtemps demeurée à l'état de ruines. Tous les habitants vivaient sous la loi exclusive de la Thora et sous la férule du Grand Prêtre d'un temple modestement rebâti par les artisans phéniciens, notamment des Tyriens. Un groupe de cent vingt "sages" réunis dans une "Grande assemblée" ou "Knesset" était chargé de diriger la vie religieuse du peuple.

Le fait que l'actuel parlement de l'Etat d'Israël ait repris à la fois le nom et le nombre de participants de cette antique assemblée religieuse, prouve, s'il en était besoin, à quel point les racines religieuses du sionisme sont profondes et vivantes.

Etalonnées par rapport à l'idéal théologique et social que représentait la réforme d'Esdras, les évolutions imposées par les empires grec puis romain qui conquirent à tour de rôle la province de Juda, furent ressenties comme une déchéance. Pour les théologiens juifs, la théocratie codifiée par Esdras représentait une manière de perfection dans la gestion politique de leur société. A leurs yeux, l'histoire s'était définitivement arrêtée avec cette réforme, si bien que tout ce qui a suivi fut vécu comme des bégaiements informes de l'idéal ancien. L'impératif absolu du refus de tout mélange avec les autres peuples soupçonnés de corrompre et d'avilir la pureté "divine" du peuple juif et les manquements aux rituels obligatoires ne servirent qu'à mesurer les degrés de dégradation et de corruption des gouvernements et des sociétés ultérieurs.

C'est cet "idéal"-là que l'Israël d'aujourd'hui conserve en point de mire. La purification ethnique est son obsession secrète. Pendant des années, il a avancé masqué. Aujourd'hui, tout se dit et se fait au grand jour. En effet, comme le clament non pas un rabbin isolé particulièrement raciste, mais un groupe qui comptait dès l'origine cinquante éminents représentants du judaïsme, rejoints par une foule de deux cents collègues en rabbinat, en brandissant bien haut le texte fondateur du judaïsme: "La Thora interdit de vendre à un étranger une maison ou un champ de la Terre d'Israël (Eretz Israël)". Ils explicitent leur position par l'argument d'Esdras du refus "mélange des espèces": "Quiconque vend ou loue un appartement dans un quartier où vivent des juifs cause un grand tort à ses voisins, vu que le mode de vie (des non-juifs) est différent de celui des juifs, qu'ils nous persécutent et viennent s'immiscer dans notre existence". Aucune personnalité officielle n'a jugé immorale et illégale cette déclaration. [(6)] La "communauté internationale" - c'est-à-dire occidentale - sourde comme un pot dès lors que le vent qui porte les paroles souffle à partir d'Israël, n'a pas pipé mot. Il a fallu un Juste, Gidéon Lévy, pour oser écrire dans un journal israélien, le quotidien Haaretz, que "l'apparence d'une société démocratique et égalitaire s'est trouvée soudainement remplacée par un portrait authentique, terriblement nationaliste et raciste" et que le gouvernement "se gausse, comme il le mérite" d'un "processus de paix" qui n'a jamais existé que dans l'imagination des aveugles et des sourds. [(6b)]

La location des appartements n'est pas le seul lieu où s'exerce un apartheid absolu. Les crèches pour les bébés ou les écoles trient, elles aussi, soigneusement les populations. Veaux, vaches, canards, poireaux, salades, oeufs, fromages, tout est étiqueté "pur" pour les juifs, "impur" et bon pour les goyims. La Cisjordanie est le seul endroit au monde où existent des routes réservées à une ethnie dominante. Que diraient la foultitude des défenseurs des "droits de l'homme" et les ligues anti-racistes si cette situation se produisait en Afrique du Sud, en Inde, en Papousie...ou en France et si c'étaient les juifs qui étaient interdits de circulation sur les autoroutes?

On retrouve la même horreur de tout ce qui n'est pas juif dans les conséquences d'un événement aussi dramatique que celui qu'ont vécu les familles des victimes brûlées vives dans le gigantesque incendie du Mont Carmel des premiers jours de décembre 2010. Comme le signale le Yediot Aharonot, du 5 décembre 2010, alors que quarante victimes ont été enterrées en grande pompe, la quarante et unième, une adolescente de seize ans, Tanya Lansky, a été inhumée comme une pestiférée dans un coin. En effet, "le rabbinat a refusé de l'enterrer dans la partie principale du cimetière, parce que sa mère n'est pas juive. La mère éplorée, qui s'est d'abord fermement opposée à la décision du rabbinat, a finalement accepté d'enterrer sa fille dans le carré non juif après de nombreuses discussions avec des officiels et l'intervention du maire d'Ashkelon, Benny Vaknin." Même les cadavres sont classés en "purs" et "impurs". [(7)]

Le sang impur de Tanya 

"Moi aussi, comme Hitler, je crois dans le pouvoir de l'idée du sang." [(8)]

"Un juif élevé au milieu des Allemands peut adopter les coutumes allemandes, des mots allemands. Il peut être totalement imbibé de fluide allemand, mais le noyau de sa structure spirituelle restera à jamais juif, parce que son sang, son corps, son type physique racial sont juifs." [(9)]

Ces deux phrases n'ont pas été écrites par des racistes à l'esprit perverti par un antisémitisme malsain. La première figure dans l'ouvrage L'heure présente du poète national officiel d'Israël, Haïm-Nahman BIALIK - l'inventeur de l'immortelle expression "plomb durci" qui a connu son heure de gloire en décembre 2008 lors des massacres de Gaza - la seconde se trouve dans une lettre du chef du sionisme nationaliste de l'Etat d'Israël Zeev Vladimir Jabotinsky. Bialik et Jabotinsky sont originaires des mêmes provinces ukrainiennes que tous les anciens premiers ministres.

C'est avec l' histoire arrêtée il y a deux mille ans que l'Israël talmudique actuel, incarné par tous ses premiers ministres successifs, prétend renouer; c'est cette histoire fantasmée qu'il prétend imposer au monde. Jamais il n'a eu l'intention de négocier l'établissement d'un Etat palestinien réel et autonome. Depuis soixante-cinq ans, il amuse et promène la fameuse "communauté internationale" dont l'aveuglement volontaire n'est plus à démontrer. Son objectif secret et constant depuis l'arrivée des premiers colons en Palestine au début du XXe siècle est l'élimination physique de ses occupants originels ou le grand coup de balai du nettoyage ethnique purificateur, poussant hors des frontières les habitants originels. N'entend-on pas crier de plus en plus fort que la patrie des Palestiniens est la Jordanie?

Voir Israël et son cadavre

Il est clair que seule la crainte de voir ses exploits exposées sur les écrans de tous les pays du monde ont préservé pour l'instant les Palestiniens de l'extermination totale à laquelle se sont livrés les colons des Amériques sur les Indiens ou les colons britanniques sur les peuples autochtones de l'Océanie. [(10)]

7 - Le grand sommeil de la Judée
La ville-capitale de l'après-Esdras grouillait de prêtres et de lévites ombrageux qui veillaient à la stricte application d'un ritualisme rigoureux. Un faisceau de lois innombrables enserrait à la fois le culte et la vie quotidienne: édits sur les fêtes, sur les heures des prières ou sur les pèlerinages, lois sur les vœux, modus operandi des sacrifices fixé dans ses moindres détails. Les prescriptions sur les rapports sexuels, les règles sur la pureté et l'impureté, notamment des femmes, les formes et les broderies des habits sacerdotaux, rien n'échappait à la vigilance des prêtres.

La puissance de la prêtrise était telle que de simples manquements aux rituels étaient sanctionnés par la mise à mort du contrevenant. Le sabbat et la circoncision étaient devenus des obligations absolues. Plus tard, du temps de la domination romaine, le célèbre Rabbi Schammaï, une sorte de champion du monde du scrupule religieux, se demandera dans quelle condition il est permis de manger un œuf pondu le jour du sabbat. (Talm. de Bab., Betza, 16a ; Talm. de Jér. Schabbath, I,8-12). Mais son contemporain, Rabbi Hillel, considéré comme un grand spirituel, résumait ainsi la Loi: "Ce que tu n'aimes pas pour toi, ne le fais pas à ton prochain. C'est là la loi tout entière" (Talm. de Bab., Schabbath,31a). Il ne s'agit nullement là d'une révolution morale propre au judaïsme. Ce commandement fait partie, en effet, de la sagesse universelle de toutes nations du monde. Au cinquième siècle avant notre ère, le philosophe chinois Confucius enseignait déjà: "Agissez envers les autres comme vous aimeriez qu'ils agissent envers vous."

Or, le commandement talmudique est directement issu du Lévitique : "Tu ne te vengeras pas et tu ne garderas pas de rancune envers les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même (Lv. 19,18)." Cependant, il convient ajouter à cette belle sentence un gros bémol: il ne faut jamais oublier que dans l'esprit des rédacteurs du Lévitique et de leurs continuateurs, l'application de ce commandement est limité aux seuls membres de la communauté des fils de Jahvé. (voir ci-dessus les quelques citations du Talmud ).

En effet, la doxa affirme que les fidèles de Jahvé appartiennent tous, et eux seuls, à un peuple de justes et constituent une entité divino-humaine. Ils sont réputés unis par le lien d'une sanctification liée à leur statut de gardiens de la Loi dite "de Moïse", directement dictée par leur Dieu. C'est pourquoi, dans la parabole du bon Samaritain des évangiles chrétiensà un docteur de la loi qui hésitait sur le périmètre de l'application du commandement et qui lui demandait: "Qui est mon prochain?", Jésus, en véritable spirituel révolutionnaire, a fait éclater le carcan ethnique des textes de la Thora et élargi à tous les hommes l'impératif de la charité et de l'amour. Il enseigne que la miséricorde ne connaît pas de barrières raciales: "Celui-là qui a pratiqué la miséricorde (...) s'est montré le prochain de l'homme tombé aux mains des brigands ". (Luc 10, 25-37) Or, l'homme miséricordieux n'était pas le Pharisien, qui a passé son chemin, "le nez dans son bréviaire" et qui a laissé le blessé agoniser au bord de la route, car il ne voyait pas en lui son "prochain" - son "voisin". Le mourant a été secouru par un "bon Samaritain".

Aujourd'hui, les Pharisiens d'Israël sont infiniment plus exubérants que le "pieux Pharisien" décrit dans les Evangiles. Ils dansotent sur les collines en regardant brûler Gaza. Barbe au vent ils trépignent de joie et sautent d'un pied sur l'autre afin de fêter l'averse de plomb fondu et de phosphore blanc qui transforme les prisonniers du plus gigantesque goulag qui ait jamais existé sur la "boule ronde" depuis la nuit des temps, en torches vivantes. Les agonisants, les blessés, les amputés, les affamés, les orphelins de Gaza ne sont ni les "prochains", ni les "voisins" des Pharisiens israéliens d'aujourd'hui. Ils ne sont pas non plus les "prochains" de l'immense majorité de la population de l'Etat sioniste, ou de leurs co-religionnaires répandus sur la terre entière, à la fois indignés et surpris de la réprobation des "gentils". "Israël ne fait que se défendre" gémissent-ils crescendo en do majeur, accompagnant leurs lamentations de la harpe de la mauvaise foi et du psaltérion de la cruauté, dont chaque corde répercute en écho le mot vengeur, AN-TI-SE-MI-TE, par lequel ils entendent foudroyer les adversaires de la bonne conscience en béton armé du "peuple saint".

Gaza sous les bombes au phosphore, bonheur des rabbins

8 - La montée en puissance de la civilisation grecque
Un sacrifice perpétuel se déroulait dans le Temple. Une boucherie permanente nécessitait un approvisionnement énorme et constant de ruminants. Les condamnations d'Isaïe sur les mains dégoulinantes du sang des bêtes sacrifiées par les prêtres-bouchers étaient oubliées depuis belle lurette: seul comptait désormais le respect des règles et le montant de la dépense consentie pour le sacrifice. On achetait les faveurs de Jahvé en se pliant à l'obligation d'apporter une multitude d'offrandes tout en se conformant à des rituels plus contraignants et plus rigoureux les uns que les autres. Une piété d'apparence envahissait la vie quotidienne et, par réaction, engendrait de plus en plus de petits malins qui essayaient de contourner cet attirail de règles en "offrant" des bêtes malades ou estropiées, comme s'en indignaient les bouchers-sacrificateurs. C'est à cette époque que fut remise en pratique la superstition de l'Azazel: un bouc chargé des fautes de la communauté était envoyé dans le désert où la pauvre bête mourait de faim et de soif. L'agonie de l'animal était censée purifier l'ensemble des habitants de ses turpitudes.

Tout était prêt pour le grand sommeil intellectuel: la Judée devenue tout entière une sorte d'église bigote s'était repliée sur elle-même. Une théocratie vétilleuse dans laquelle une casuistique scolastique produisait une société fanatique et intolérante prouve, s'il en était besoin, que les lois religieuses ne peuvent être appliquées à la gestion d'un Etat normal. Aucune œuvre artistique, littéraire ou architecturale de qualité ne peut être mise au crédit de la Judée de cette époque. Le seul bâtisseur de qualité connu de cette région fut, beaucoup plus tard, le roi Hérode, qui n'était pas un Judéen, mais un arabe superficiellement converti au judaïsme et membre de l'ethnie honnie des Iduméens, l'Edom des textes bibliques.

Pendant que la Judée difficilement repeuplée et sommairement rebâtie après l'exil babylonien somnolait sous la poigne du rigorisme dictatorial lié à la multitude des prescriptions religieuses, une civilisation occidentale éclatante et féconde naissait en Grèce. Esdras et Néhémie sont contemporains du siècle de Périclès qui vit briller Socrate, Hérodote, Eschyle, Hippocrate, Platon.

Le choc entre les deux civilisations se produira lorsqu'Alexandre le Grand surgira dans le grand fracas de ses victoires et de l'effondrement d'un empire perse lointain de la domination duquel les juifs s'étaient parfaitement accommodés.

Il semble que plus une religion impose d'entraves et de complications quotidiennes aux individus, plus elle se sclérose et plus elle a de chances de se maintenir dans les esprits simples et ignorants. Le yavhisme spirituel des grands prophètes se réveillait sporadiquement. Mais des hommes comme Rabbi Hillel ou Gamaliel, le maître de l'apôtre Paul, n'eurent pas une influence décisive sur l'évolution politique du judaïsme. Un judaïsme ouvert n'a survécu que dans des sectes marginales comme celle des Esséniens. Il ne se manifeste plus aujourd'hui que dans des groupuscules comme celui des Naturei Karta fervents défenseurs des Palestiniens et contempteurs de la barbarie sioniste, ainsi que du principe même du sionisme. Il a été remplacé par un judaïsme des règles et des contraintes centré sur la séparation d'avec les non-juifs et la solidarité communautaire.

C'est ce judaïsme-là qui a traversé les siècles et qui a fait le lit moelleux dans lequel s'est couché, parfaitement à l'aise, le sionisme politique qui donne sa pleine mesure aujourd'hui en Palestine.

9 - Alexandre le Grand et la Judée
Le génocide larvé des Palestiniens ne peut étonner quiconque a un jour lu dans son intégralité les textes de la Thora et pas seulement les fameux commentaires talmudiques. Assassiner les non-juifs sur ordre du dieu semble y figurer une manière de sport national obsédant et être considérée comme une des formes principales de la piété tellement les conseils et même la description des moyens à utiliser abondent, tant dans l'ensemble du Pentateuque que chez certains prophètes.

Le Talmud (Yoma 69a) raconte comment les notables de Jérusalem firent croire à un Alexandre le Grand en route vers l'Egypte, que les Samaritains étaient ses ennemis et qu'il convenait de les exterminer. Après un siège de plusieurs mois qui lui a permis de triompher d'une résistance particulièrement inventive et coriace des villes de Tyr et de Gaza, le grand conquérant grec aurait fait un détour par Jérusalem, dans le seul but d'honorer son grand-prêtre et de se prosterner à ses pieds.

Alexandre le Grand, monnaie

"Dès qu'Alexandre vit de loin cette foule en vêtements blancs, les prêtres en tête, revêtus de leurs robes de lin, le grand-prêtre dans son costume couleur d'hyacinthe et tissé d'or, coiffé de la tiare surmontée de la lame d'or sur laquelle était écrit le nom de Dieu, il s'avança seul, se prosterna devant ce nom, et, le premier, salua le grand-prêtre. Tous les Juifs alors, d'une seule voix, saluèrent Alexandre et l'entourèrent. À cette vue ; les rois de Syrie et les autres furent frappés de stupeur et soupçonnèrent que le roi avait perdu l'esprit ; Parménion (un des généraux d'Alexandre), s'approchant seul d'Alexandre, lui demanda pourquoi, alors que tous s'inclinaient devant lui, lui-même s'inclinait devant le grand-prêtre des Juifs ? 

- Ce n'est pas devant lui, répondit Alexandre, que je me suis prosterné, mais devant le Dieu dont il a l'honneur d'être le grand prêtre. Un jour, à Dion en Macédoine, j'ai vu en songe cet homme, dans le costume qu'il porte à présent, et comme je réfléchissais comment je m'emparerais de l'Asie, il me conseilla de ne pas tarder et de me mettre en marche avec confiance : lui-même conduirait mon armée et me livrerait l'empire des Perses. Aussi, n'ayant jamais vu personne dans un semblable costume, aujourd'hui que je vois cet homme et que je me rappelle l'apparition et le conseil que je reçus en rêve, je pense que c'est une inspiration divine qui a décidé mon expédition, que je vaincrai donc Darius, briserai la puissance des Perses et mènerai à bien tous les projets que j'ai dans l'esprit. 

Après avoir ainsi parlé à Parménion, il serra la main du grand-prêtre et, accompagné des prêtres qui couraient à ses côtés, il se dirigea avec eux vers la ville. Là, montant au Temple, il offrit un sacrifice à Dieu, suivant les instructions du grand-prêtre, et donna de grandes marques d'honneur au grand-prêtre lui-même et aux prêtres. "

Flavius Josèphe, Antiquités juives

Rien ne semble donc plus naturel à un cerveau religieux de l'Israël contemporain que le génocide d'une population entière. Le rabbin Ken Spiro, auteur d'un cours d'histoire juive dans le site officiel Lamed.fr, en profite pour ajouter à l'épisode romanesque de Flavius Josèphe quelques interprétations de son crû et invente, avec une légèreté d'alouette, un génocide des Samaritains: "Les Juifs ont alors reçu carte blanche (d'Alexandre) pour se débarrasser des Samaritains, ce qu'ils ont fait promptement, et Israël et Jérusalem ont été paisiblement absorbés dans l'Empire Grec." [(11)]

La "promptitude" avec laquelle les Judéens de l'antiquité se seraient "débarrassés" - c'est-à-dire auraient procédé à un "prompt" génocide de toute la population d'une province - semble à ce fonctionnaire actuel de son dieu un acte tellement naturel qu'il en paraît bénin. Il faut reconnaître que l'accoutumance à la lecture quotidienne des massacres expéditifs dont les écritures bibliques regorgent ne peut conduire qu'à une corruption du sens moral naturel, à commencer par ses "guides spirituels", comme le vieux rabbin Ovadia Yossef, vient encore d'en donner l'exemple. « Les non-juifs n'existent que pour servir les juifs», babille le vieux gourou des juifs sefarades israéliens, alors que des formes de compassion et de protection des petits, y compris d'une autre espèce que la leur, sont observables chez certains mammifères.

Voir - Le territoire, les rats et les hommes

Les incitations aux génocides "promptement" réalisés dont fourmillent les textes bibliques sont incrustées d'une manière si indélébile dans les cervelles qu'ils en deviennent une seconde nature. L'annexe en note fournit un liste non exhaustive des recommandations les plus avisées et les plus précises qu'un bourreau dépourvu d'imagination peut trouver soigneusement recensées dans les textes bibliques afin de réaliser un petit génocide rondement mené. ([Voir les nombreuses citations de massacres en annexe])

Mais la légende talmudique d'un Alexandre faisant pénitence à Jérusalem, qui aurait rendu les honneurs au grand-prêtre et aurait sacrifié dans le temple est une pure invention de l'historien Flavius Josèphe dans ses Antiquités juives (XI, VIII, 4,6. La révolte des Samaritains). Le récit biblique est coutumier de ces appropriations intempestives des grands hommes et de ces détournements de faits historiques, comme ce fut déjà le cas au sujet de l'empereur perse Cyrus le Grand par Esdras.

Voir - Comment le cerveau d'un peuple est devenu un bunker

Le même événement relaté par Voltaire dans son Dictionnaire philosophique est vraisemblablement plus proche de la vérité historique. En effet, à la base de cette légende, il y aurait eu la soumission du grand-prêtre de Jérusalem "Yaddu'a" à Saphein, dans la plaine côtière, non loin de Jaffa. C'est lui qui était venu se prosterner devant Alexandre et non le contraire.

" Après qu'Alexandre eut vaincu la ville de Tyr, maîtresse de la mer, les juifs refusèrent de fournir des vivres à son armée. S'ils refusèrent imprudemment des contributions au vainqueur, (...) c'est que les Samaritains leurs rivaux les avaient payées sans difficulté, et qu'ils crurent que Darius (l'empereur perse), quoique vaincu, était encore assez puissant pour soutenir Jérusalem contre Samarie. Il est très faux que les Juifs fussent alors le seul peuple qui connût le vrai Dieu, comme le dit Rollin. Les Samaritains adoraient le même Dieu, mais dans un autre temple; ils avaient le même Pentateuque que les Juifs, et même en caractères hébraïques, c'est-à-dire tyriens, que les Juifs avaient perdus. (...) La haine était égale des deux côtés, ayant le même fond de religion. Alexandre, après s'être emparé de Tyr par le moyen de cette fameuse digue qui fait encore l'admiration de tous les guerriers, alla punir Jérusalem, qui n'était pas loin de sa route. Les Juifs conduits par leur grand prêtre vinrent s'humilier devant lui, et donner de l'argent; car on n'apaise qu'avec de l'argent les conquérants irrités. Alexandre s'apaisa; ils demeurèrent sujets d'Alexandre ainsi que de ses successeurs. Voilà l'histoire vraie et vraisemblable. "

Voltaire, Dictionnaire philosophique

Or, l'historien romain du premier siècle de notre ère, et qui vécut du temps de l'empereur Claude, Quinte-Curce, auteur d'une passionnante et minutieuse histoire des campagnes d'Alexandre, fortement inspirée de L'Histoire d'Alexandre de Clitarque, un historien grec contemporain du grand conquérant et de ses guerres, ne fait pas la moindre allusion à un détour d'Alexandre par Jérusalem, ni même à une rencontre avec une délégation de juifs jérusalémites. Furieux d'avoir été arrêté plus de six mois par la résistance héroïque des villes de Tyr et de Gaza, il se dirigeait au pas de charge en direction de son objectif: le royaume des pharaons qu'il allait conquérir avec la rapidité foudroyante qui a caractérisé toutes ses campagnes. Il est surtout fort vraisemblable que la rencontre du conquérant grec avec un petit groupe de religieux juifs n'ait pas été considérée suffisamment importante par ces historiens pour mériter d'être mentionnée.

Itinéraire de l'armée d'Alexandre 

Quant à l'historien juif Josèphe, il a rédigé son épopée mythologique au premier siècle - en l'an 93 de notre ère - du temps de l'empereur romain Titus, soit près de quatre siècles après les campagnes d'Alexandre et cinquante ans après Quinte-Curce. D'ailleurs, il fait remonter son Histoire des Juifs à Adam et Eve et se contente de paraphraser la Bible. Voilà qui donne une idée de la valeur "scientifique" et "historique" de cette fable.

En l'an 66, il avait participé à la guerre de résistance particulièrement inventive et héroïque de ses co-religionnaires contre les Romains. Ayant réussi à fuir le siège de Jérusalem et étant passé dans le camp ennemi, il était devenu un affranchi de la famille impériale des Flaviens et avait pris, conformément à la coutume en vigueur, le nom de Flavius qui signait son appartenance à la famille de ses anciens maîtres. Comme il avait servi d'interprète aux Romains durant les derniers épisodes de la guerre de Judée, les juifs l'ont, durant des siècles, considéré comme un traître.

Mais pour les Romains non plus il n'a jamais été tout à fait l'un des leurs, même si les empereurs l'ont comblé de faveurs et ce d'autant plus qu'en dépit de leur tolérance à l'égard de toutes les fantaisies religieuses, ils ont toujours considéré que le judaïsme, avec son temple dépourvu des statues dans lesquels un esprit romain voyait la matérialisation de ses divinités, représentait une perversité étrange, un sectarisme fanatique et une absurdité politique. On comprend que, dans sa vieillesse, Flavius Josèphe quelque peu repentant et cherchant à donner des gages à ses co-religionnaires, ait reproduit avec le grand conquérant grec Alexandre la supercherie qu'avait commise Esdras avec le conquérant perse Cyrus le Grand.

L'historien juif n'a été réhabilité par les siens que récemment, avec la naissance de l'Etat sioniste, qui trouve dans son œuvre romancée un moyen de nourrir l'imaginaire national. L'histoire mythique de Flavius Josèphe prend opportunément la relève et la suite de l'histoire mythique des écritures bibliques arrêtées.

10 - Les Judéens hors des frontières de la Judée
Mais aucun groupe humain n'est composé que de héros et d'ascètes, si bien qu'après la conquête de l'Egypte par Alexandre le Grand en -333 et la création de villes nouvelles - notamment Alexandrie ou Antioche - de nombreux juifs, fuyant le pouvoir absolu des grands prêtres ainsi qu'une vie pauvre et rude, harassée par les charges qu'imposait l'administration du temple, émigrèrent en masse dans ces cités où les activités commerciales offraient de vastes possibilités d'enrichissement déjà largement expérimentées par les exilés définitivement demeurés à Babylone.

L'émigration servait de soupape à une population prolifique qui demeurait néanmoins en contact spirituel avec Jérusalem et y envoyait son argent. Une forte colonie s'installa à Alexandrie rejointe par les juifs déjà présents dans d'autres cités égyptiennes, où ils vivaient paisiblement, protégés par les pharaons. Mais ils demeuraient toujours groupés entre eux, formant de petites sociétés fermées, comme du temps de l'exil de Babylone, dans lesquelles ils continuaient à pratiquer librement leur religion.

C'est à l'époque de la domination grecque que la Thora fut traduite à Alexandrie à la demande du roi Ptolémée II Philadelphe (-285-246). "On raconte que cinq anciens traduisirent la Torah en grec pour le roi Ptolémée, et ce jour fut aussi grave pour Israël que le jour du veau d'or, car la Thora ne put être traduite convenablement. On raconte également que le roi Ptolémée rassembla soixante-douze anciens, il les plaça dans soixante-douze maisons, sans leur révéler l'objet de ce rassemblement. Il vint voir chacun et leur dit: "Ecrivez-moi la Torah de Moïse votre maître en grec. L'Omniprésent inspira chacun, et ils traduisirent de la même manière". (Talmud,Traité Scribes chap.1, lois 7)

Les sages n'étaient donc pas cinq, mais soixante-douze - d'où le nom de "Texte des Septante" donné à leur traduction. Si celle-ci n'est pas fidèle, comme s'en lamentent aujourd'hui encore les rabbins, c'est que les vénérables traducteurs ont volontairement édulcoré le texte. Ainsi, dans Deutéronome 32,21, la traduction de la menace de Jahvé: "Je les irriterai par une nation insensée" correspond, dans l'original, à "Je les irriterai par d'infâmes et vicieux gentils". Il semble donc que "l'Omniprésent " ait choisi d'inspirer aux vénérables traducteurs plutôt la prudence et la courtoisie envers leurs hôtes que la fidélité au texte. Les pieux rabbins ont dû subodorer, in petto, que les fameux "infâmes et vicieux gentils" qui leur offraient l'hospitalité n'auraient peut-être pas apprécié ces délicats qualificatifs.

Durant la période de l'occupation romaine, considérée par les juifs comme une période particulièrement néfaste, ils émigrèrent de nouveau en masse et se fixèrent dans pratiquement toutes les villes du bassin de la Méditerranée. Des inscriptions grecques du 1er siècle montrent que la Syrie, Chypre, la Grèce, les îles grecques, Cyrène, l'Asie Mineure et même la Crimée comptaient de puissantes colonies juives (Voir Renan, t.V, pp. 224-225). La colonie de Crimée jouera un rôle particulièrement important dans la conversion du royaume des Kazars.

Damas était devenue une ville plus qu'à moitié peuplée de juifs. Dans les notes érudites de la traduction des Histoires de Tacite (Ed. Belin, 1882), M. Person précise que même à Rome on en comptait déjà plus de huit mille. Dans ses Antiquités judaïques (XIV, 7), l'historien juif Flavius Josèphe, citant le Grec Strabon, écrit: "Ils ont touché toute ville, et il n'est pas facile de trouver un endroit de la terre qui n'ait pas reçu cette tribu et n'ait pas été dominé par elle." Et dans son Contre Apion, le même Josèphe ajoute que "l'opinion universelle était qu'ils professaient une haine féroce contre celui qui n'était pas de leur secte." (II,10) Ce qui devait arriver arriva, une animosité violente éclata entre les populations indigènes et les immigrants, phénomène qui se reproduira à d'innombrables reprises durant les siècles qui suivront, les mêmes causes produisant les mêmes effets, comme il suffit de le constater de nos jours en Palestine occupée. Comme l'écrit l'historien anglais Michael Grant (1914-2004), dans son From Alexander to Cleopatra The Hellenic World (p. 75), "The Jews proved not only unassimilated, but unassimilable... Les Juifs ont prouvé non seulement qu'ils n'étaient pas assimilés, mais qu'ils étaient inassimilables." Le site officiel Lamed.fr rapporte ce jugement dans un sens positif et élogieux.

11 - La résistance à l'assimilation face à la civilisation grecque, puis romaine.
Après la mort brutale d'Alexandre, l'immense empire qu'il avait conquis fut partagé en quatre royaumes entre ses généraux. Ses successeurs furent, au début, si favorables aux juifs que des colonies entières en furent utilisées pour la fondation des villes nouvelles. Mais après une période de tranquillité, de prospérité et de tolérance sous la dynastie égyptienne des Ptolémée, la Palestine, devint un chaudron constamment en révolte. En effet, tous les territoires de la région conquis par Alexandre le Grand furent spontanément séduits par la civilisation hellénique. L'Egypte, la Phénicie, la Syrie, l'Asie Mineure, l'Italie, Carthage, et même l'Arménie et l'Assyrie s'hellénisèrent très rapidement. Seul le judaïsme de Palestine résistait obstinément dans la partie la plus dévote de sa population.

Toutefois, la ville de Jérusalem se partageait en deux camps, celui des hassidim hostiles à la civilisation grecque et celui des éléments les plus jeunes et les plus dynamiques fascinés par les allures, les vêtements, le langage, les activités, le sport, la littérature et tous les usages grecs. Cette jeunesse rêvait d'imiter la vie des jeunes éphèbes grecs, le théâtre, les bains, le gymnase, les exercices du corps qui se pratiquaient nus et ils allaient jusqu'à se soumettre à de douloureuses opérations afin d'effacer la marque honteuse à leurs yeux de la circoncision.

Le choc entre les juifs libéraux et les juifs conservateurs connut son acmé entre -169 et -167 lorsque le souverain d'alors, Antiochus Epiphane, décida non seulement d'helléniser par la force les juifs de Judée, mais d'abolir purement et simplement le judaïsme. Il inventa la première persécution religieuse de l'histoire. Toute évocation du culte juif fut interdite sous peine de mort. Et "abomination et désolation", Jupiter Olympien, un dieu étranger, fut installé dans la "maison de Jahvé", ce qui provoqua une nouvelle émigration volontaire d'une partie de la population de Jérusalem.

On trouve le même balancement dans toutes les religions entre les spirituels, en général prosélytes généreux, ouverts et universalistes, et les rigoristes étroits qui n'ont pour objectif que l'exécution strictement matérielle de la loi et du rite, ainsi que le repli sur l'ethnie. On a appelé ces derniers des Pharisiens (de péroushim, séparés).

Or, le rigorisme ritualiste constitue, en effet, à court terme, une force politique non négligeable, car ce sont presque toujours les "durs" qui ont le dernier mot sur le moment. Ainsi, une révolte violente qui dura plus de vingt-cinq ans contre la domination grecque fut provisoirement victorieuse; mais elle donna naissance à une nouvelle dynastie royale particulièrement corrompue, celle des Hasmonéens dans laquelle le roi était en même temps le grand prêtre. De plus, cette innovation constituait une véritable corruption de la tradition religieuse qui exigeait la séparation de ces deux fonctions. Le nom de cette dynastie viendrait de Hasmonaï, un ancêtre de l'instigateur de la Révolte dite des Maccabées, une famille de juifs pieux composée d'un père et de ses cinq fils dont le troisième, Juda, était surnommé Maccabée, le marteau, en raison de sa force physique. Ces hommes se mirent à la tête d'une insurrection contre l'hellénisation pratiquée par les souverains de l'époque et acceptée par une partie importante de la population, mais énergiquement refusée par les Pharisiens.

Cette révolte, tout en symbolisant depuis lors la résistance juive à des influences étrangères jugées impies, fut en même temps une guerre civile larvée qui opposait les Pharisiens traditionnalistes, aux Sadducéens favorables à l'ouverture au monde moderne de l'époque et à l'hellénisation. Ces derniers regroupaient les riches notables et les jeunes gens émancipés et fascinés par la civilisation grecque. Les Pharisiens, quant à eux, étaient à l'époque le parti politique qui bénéficiait de l'appui de la masse du peuple pauvre, pieux et ignorant et qui suivait à la lettre les principes lévitiques imposés par Néhémie et Esdras. Le balancement entre ces deux coteries rivales - les assimilationnistes, en général riches et ouverts sur le monde, d'une part, et les ségrégationnistes, fervents partisans d'une séparation radicale des juifs d'avec les autres peuples et de l'observance d'un strict ritualisme, de l'autre - ce balancement, dis-je, est une donnée fondamentale de l'histoire juive.

La même division s'est manifestée avec violence lors de la naissance politique officielle du mouvement sioniste et des discussions du congrès de Bâle de 1897 qui opposa les "Pharisiens" sionistes et extrémistes de l'Europe orientale, obsédés par un retour sur une "terre promise" concrète et pour lesquels l'expression "Demain à Jérusalem" était à prendre au pied de la lettre, aux communautés juives évoluées et désireuses de s'assimiler aux nations parmi lesquelles ils vivaient en Allemagne, en France ou en Angleterre et peu soucieuses de se lancer dans l'aventure coloniale. Seules les persécutions raciales en Europe avant et durant la seconde guerre mondiale en firent changer d'avis un nombre important après 1945.

On retrouve le même balancement dans l'actuel Israël où cohabitent aujourd'hui ces deux catégories sous l'appellation de "juifs laïcs" et ouverts à une morale universelle dont certains créateurs, poètes, cinéastes et grands journalistes comme Gidéon Lévy ou Hamira Hass sont des exemples éminents, et les juifs ultra orthodoxes, qui vivent en parasites, refusent toute activité sociale ou militaire et jouent aux féroces gardiens d'un respect scrupuleux des rites et du sabbat, auxquels il faut ajouter les colons racistes et fanatiques de Cisjordanie et le petit parti Shass dirigé par Avigdor Lieberman, l'actuel ministre des affaires étrangères. Elle se manifeste également dans tous les pays qui comptent une importante colonie juive.

On retrouvera les Pharisiens, auxquels s'était joint le groupe plus fanatique encore des Zélotes, à l'origine des révoltes contre l'empire romain qui aboutiront à la destruction de Jérusalem et de son temple et signeront qui la fin politique de la province de Judée. C'est pourquoi les "succès" obtenus par des coups de force se révèlent toujours politiquement désastreux à long terme, ce que Georges Clemenceau résumera en une phrase célèbre: "On peut tout faire avec des baïonnettes, sauf s'asseoir dessus". 

Des hommes comme Netanyahou ou Lieberman et son petit parti religieux, les colons extrémistes de Cisjordanie et de Jérusalem, ainsi que les rabbins pousse-au-crime contre les Palestiniens et gorgés des préceptes talmudiques dont j'ai fourni un petit florilège ci-dessus, sont les représentants actuels de la mouvance qui ne croit qu'à la force et à la violence afin de se "débarrasser promptement" des Palestinienspour reprendre la formulation du rabbin Spiro rappelée ci-dessus à propos des Samaritains. C'est leur intransigeance qui vient d'envoyer au tapis le Président des Etats-Unis, contraint d'avouer officiellement et piteusement à la face du monde entier, son impuissance à obtenir un microscopique infléchissement des exigences israéliennes.

Cependant, alors que le train de la colonisation va bientôt ressembler à la Lison, la locomotive folle décrite par Zola dans la Bête humaine, un article du journal Haaretz du 5 décembre 2010 signé Adifa Al-Dar, expose les états d'âme chagrins des sionistes. Ils manifestent ouvertement leur inquiétude. "Le monde entier regarde de plus en plus "Israël" comme illégitime", gémissent-ils. Mais il ne leur vient pas à l'esprit qu'un lien pourrait exister entre leur politique, et notamment leurs massacres de civils à Gaza ou au Liban ou leur comportement barbare en Cisjordanie, et le jugement que porte sur eux le "monde entier". Plus ils maltraitent les Palestiniens, plus ils s'auto-victimisent et crient à tue-tête que le monde entier est odieusement "an-ti-sé-mi-te". Personne ne les aime, se lamentent-ils, alors qu'ils sont si intelligents, si ingénieux, si démocrates et qu'ils aspirent si ardemment à une paix qui leur permettrait de croquer leurs voisins. Tout est de la faute de l'intransigeance des Palestiniens: pourquoi ces intrus leur pourrissent-ils la vie et abîment-ils leur réputation internationale en s'accrochant à une terre juive comme des moules à leurs bouchots? C'est d'ailleurs pour cette raison impérieuse que le Premier ministre Netanyhou exhorte les "amis d'Israël" que sont les Etats-Unis et la plupart des Etats européens, à "faire pression sur les Palestiniens"! "Quand les bornes sont franchies, il n'y a plus de limites", proclamait le Sapeur Camembert, qui avait prévu le niveau inégalé de la chuzpah juive.

Ainsi, faute de se livrer à une introspection, même élémentaire, condition absolue de tout succès, comme le démontre le général chinois Sun Tzu, les politiciens israéliens, s'enferment dans le déni des conséquences funestes de leur politique et se dirigent inéluctablement vers un désastre futur. La grande ombre de Nemesis s'est déjà levée à l'horizon.

12 - Le début des grandes conversions
Durant les siècles agités du passage de la domination grecque à la domination romaine, des roitelets d'opérette, petits potentats belliqueux, rompirent avec l'axiome originel de la pureté ethnique et se livrèrent à des conversions forcées au judaïsme de populations vaincues. Le premier peuple converti dans sa totalité et en bloc par la force fut, au grand dam des Pharisiens, celui des Iduméens. C'est ainsi qu'un Iduméen - un Arabe - Hérode, devint roi de Juda.

L'impératif absolu de la pureté ethnique prônée par les Néhémie et les Esdras était oublié. L'alternative était le judaïsme ou la mort. Cependant c'est bien grâce à ces premières conversions de masse et à l'apport d'un sang nouveau que la population judéenne a pu perdurer dans le temps et compenser l'importante émigration. La conversion forcée des Iduméens fut la première d'une longue série que connut l'Afrique du nord, l'Espagne et surtout l'Europe de l'est, comme le prouvent les origines familiales de tous les premiers ministres de l'Etat sioniste implanté en Palestine.

Cependant, et en même temps, des conversions spontanées de plus en plus nombreuses se déroulaient dans la diaspora parmi laquelle régnait un judaïsme beaucoup plus ouvert et donc plus attirant et plus accueillant aux nouveaux convertis. De plus, le sentiment religieux commençait d'évoluer dans tout le monde méditerranéen. Les dieux grecs et romains paraissaient de plus en plus rustiques et dépourvus de mystères, si bien qu'à côté du succès grandissant des cultes orientaux de Mithra, de Sérapis ou d'Isis, la religion de Jahvé attirait de plus en plus d'adeptes. Cette évolution explique la pérennité de la religion yahviste et du groupe humain qui s'en réclamait durant les siècles qui suivirent. En effet, sans ces apports exogènes de populations variées la petite ethnie de Judéens du temps d'Esdras ou de Josias aurait depuis longtemps fondu ou survécu sous forme de groupuscules épars sur la planète.

13 - De la domination grecque à la domination romaine
Pendant ce temps, la Judée continuait de vivre petitement au rythme des conflits entre le pouvoir royal hellénisé et les Pharisiens violemment hostiles. Un des derniers souverains Hasmonéens, particulièrement cruel, Alexandre Jannée, en fit exécuter près d'un millier tout en festoyant à la manière grecque pendant que les familles des infortunés étaient torturées. Mais le comble du désordre politico-théologique fut atteint lorsque, tels les grenouilles qui demandent un roi de la fable de notre Jean de La Fontaine, deux candidaticules fratricides hasmonéens, briguant le même trône et ne parvenant pas à se départager, en appelèrent, en -63 au général romain Pompée alors occupé à lutter contre les restes de l'empire grec en Arménie.

Comme prévu, Pompée s'acquitta de sa mission à merveille, en ce sens qu'il fit main basse sur la province et l'annexa purement et simplement à l'empire romain, laissant sur le trône la marionnette la plus faible des deux et placée entre les mains d'un général Iduméen, Antipater. Le domaine de ce roitelet fut réduit à la ville de Jérusalem et à ses faubourgs, toutes les autres villes et territoires environnant de la Judée ayant été purement et simplement annexés à l'empire.

Les Romains ont été de grands conquérants et de grands bâtisseurs d'empire. Rome a fini par conquérir toutes les contrées autour de la Méditerranée devenue Mare Nostrum.

Empire romain Ier - IIe siècle (extension maximale) 

Le pouvoir effectif en Judée fut confié à un proconsul siégeant à Damas, mais la liberté religieuse demeurait garantie. La gestion des questions relatives à la religion demeura entre les mains d'un grand prêtre mais nommé par Rome. Cependant Rome lui retira le pouvoir de condamner quiconque à mort et donc la permission de commettre des meurtres sacrés. Six ans après la conquête de Pompée, l'autorité du Sanhédrin fut même abolie par un décret romain.

Rome était tolérante en matière de religion ; cette question était laissée à la liberté de chaque peuple en vertu de l'adage : Cuique genti sua religio; nostra nobis. (A chaque peuple sa religion ; nous avons la nôtre) Mais la tolérance n'était pas gratuite: en contrepartie de la liberté religieuse qui leur était reconnue, les juifs étaient assujettis à un impôt spécifique, le fiscus judaicus. Rome avait pour principe de ne pas intervenir dans la gestion des affaires courantes aussi longtemps que les provinces conquises payaient les impôts qui leur avaient été imposés et respectaient les lois de l'empire.

14 - Le roi Hérode le grand (-73 à -4)
Parmi les souverains judéens de l'époque, Hérode le Grand, fils du général Antipater, mérite une mention spéciale due à la fois à la durée de son règne - trente trois ans, le plus long de toute l'histoire de la Judée - à la prospérité exceptionnelle que connut la région pendant cette période, à la liste impressionnante de massacres qui lui sont imputés et surtout aux fabuleuses constructions dont il dota la petite province et de nombreuses villes non judéennes de la région qui bénéficièrent de ses largesses et de son goût pour l'achitecture grecque.

Cependant, peu de souverains auront été autant haïs de leur vivant et cette haine s'est prolongée dans la mémoire collective, bien qu'avec les Hasmonéens Jean Hyrcan ou Alexandre Jannée, la Judée ait déjà eu à supporter des rois particulièrement cruels et repoussants. Mais, dans l'imaginaire national, Hérode qui n'était pas un vrai juif, figure comme une sorte de monstre. En même temps toutes les traces architecturales dont se prévaut l'actuel Etat d'Israël et qui sont censées attester la légitimité antique du sionisme, datent de son règne.

Ce roi est également célèbre dans l'imaginaire des chrétiens par l'épisode dit du "massacre des innocents" rapporté par l'évangéliste Matthieu (2, 13-23). Dans l'épisode des rois mages venus apporter leurs offrandes d'or, d'encens et de myrrhe à l'enfant-roi qui venait de naître et qu'un ange avait annoncé comme futur "roi des juifs", ce fou sanguinaire aurait fait tuer, dans Bethléem et dans la Judée entière, tous les enfants de moins de deux ans. A partir du moment où il est prouvé qu'il avait fait étrangler ses deux fils aînés, sa femme et d'innombrables autres personnes, ce crime de masse pouvait passer pour vraisemblable. Mais un tel forfait n'est pas anodin, même à une époque gorgée de sang. D'ailleurs l'historien juif et principal informateur sur ce souverain, Flavius Josèphe qui, dans ses Antiquités judaïques (L.XIV), n'est pas avare de récits sanglants à son sujet, n'y fait pas la moindre allusion - pas plus, d'ailleurs que les trois autres évangélistes, ni aucun autre témoin païen de l'époque. Or l'alibi d'Hérode le Grand est en béton armé: il était mort depuis quatre ans lorsque Jésus est né. Il n'a donc pas pu essayer de tuer "le divin enfant".

Un recensement exigé par les Romains en vue d'imposer une augmentation du tribut à payer à l'empire a bien eu lieu en l'an 6. Le souverain régnant était alors Hérode Archelaüs, ce qui permettrait de conclure, soit qu'il y a eu confusion entre les deux Hérode et que l'évangéliste a choisi le plus célèbre des deux, soit qu'il faut supposer que Jésus serait né en l'an 6, soit, plutôt, qu'il n'y a jamais eu de boucherie de bébés en Judée et qu'il s'agit d'un ragot rapporté par Matthieu ou d'une pure invention. C'est bien pourquoi aucun texte de l'époque - autre que celui de l'évangéliste - n'y fait la moindre allusion.

C'est également pourquoi il est bien imprudent d'assimiler quelque texte religieux que ce soit à un manuel d'histoire. Sa fonction est tout autre.

Le portrait psychologico-physique d'Hérode le Grand par Ernest Renan dans son Histoire du peuple d'Israël (t.V) est un morceau d'anthologie et de finesse psychologique :

" Hérode était un superbe Arabe, intelligent, habile, brave, fort de corps, dur à la fatigue, très adonné aux femmes. (...) Capable de tout, même de bassesses, quand il s'agissait d'atteindre l'objet de son ambition, il avait un véritable sentiment du grand ; mais il était en dissonance complète avec le pays qu'il avait voulu gouverner. Il rêvait d'un avenir profane, et l'avenir d'Israël était purement religieux. (...) Dur, cruel, passionné, inflexible, tel qu'il faut être pour réussir dans un mauvais lieu, il ne considérait en tout que son intérêt personnel. Il voyait le monde tel qu'il est et, nature grossière, il l'aimait. (...)

C'était en somme, une fort belle bête, un lion à qui on ne tient compte que de sa large encolure et de son épaisse crinière, sans lui demander le sens moral. (...) Il ne tenait pas à gouverner le peuple juif plutôt qu'un autre peuple. Souvent même il dut trouver que le sort l'avait loti de sujets désagréables. Les Juifs étaient à sa portée, il voulut être leur roi. " 

Une malveillance universelle de tous les partis hiérosolymitains accueillit le demi-juif que la nomination du Sénat (romain) venait de leur donner pour roi. (...) Au fond, Hérode n'était pas juif de coeur; nous croyons même qu'il haïssait le judaïsme; c'était un Hellène, comme Antiochus Epiphane, mais un Hellène plus sage, qui ne songea jamais comme le roi de Syrie à la suppression du judaïsme. Il eût voulu un judaïsme libéral, tolérant. (...)" (Renan, t.V, pp. 249-250) 

Rien, chez ce juif hellénisé, riche, mondain, qui, hors de Palestine n'observait pas la loi juive, élevait des temples païens, donnait des fêtes somptueuses, se moquait des grands prêtres, passait pour mécréant et épicurien, n'était de nature à plaire aux différents groupes juifs. Et pourtant les Pharisiens ne lui firent pas une véritable guerre. Ils s'ignorèrent réciproquement.

Hérode le grand est un fabuleux personnage shakespearien. Il regroupe en sa personne tous les grands héros du dramaturge anglais. Il est le Jules César qui aime passionnément le pouvoir, il adore dominer et inspirer la crainte à des adversaires dont il voit l'ombre menaçante partout. Il jouit sans retenue de la fortune que procure la puissance. Il est Coriolan mettant en permanence son pouvoir en scène; il le théâtralise afin d'impressionner et de terrifier. Ainsi, lors de son entrée dans Jérusalem, un de ses premiers actes fut de faire exécuter quarante cinq des partisans les plus en vue d'un rival. Il alla jusqu'à ordonner de secouer les cadavres afin de faire tomber l'or et l'argent qui auraient pu êtres cachés dans les vêtements et le linceul des morts. Jaloux de ses fils, il les fait étrangler. Il est un Othello fou de jalousie qui fait assassiner, à la suite d'intrigues et de calomnies de sa soeur, l'horrible Salomé, sa femme Mariamme, une princesse Hasmonéenne d'une rare beauté qui le détestait alors qu'il en était éperdûment amoureux. Il est un Hamlet délirant, errant comme un dément dans les couloirs de son palais à la poursuite du fantôme de son amour, puis se jetant dans la débauche.

Hérode était également un courtisan assidu à Rome, toujours en excellents termes avec tous les empereurs successifs, si bien que la Judée connut durant son règne une prospérité et un éclat inégalés. Sa situation privilégiée de carrefour sur la route des épices vers l'Arabie, avec les taxes de transit sur les marchandises que cela permettait, la réputation de ses productions agricoles, notamment de son huile d'olive, le monopole sur l'extraction de l'asphalte de la Mer Morte, qui était utilisé dans la construction navale, un commerce et une industrie florissants, ainsi que l'argent des nombreux pélerins riches qui affluaient régulièrement à Jérusalem, tous ces atouts additionnés lui fournirent des revenus considérables grâce auxquels il s'adonna à sa passion pour l'architecture.

15 - Les gigantesques contructions d'Hérode le Grand
Hérode couvrit la judée de constructions fabuleuses pour un si petit pays. Il fit construire théâtres, amphithéâtres, hippodromes dans toutes les villes de Judée et aux alentours. Il subventionna même les jeux olympiques à Athènes. Comme dans les cirques romains, il y eut des combats de bêtes et des concerts. Malgré les protestations des Pharisiens, une population bigarrée, richement vêtue, sans distinction de religion, s'y pressait en foule. Il fit également édifier de nombreux temples à la gloire des empereurs romains parmi les plus beaux de l'époque dans presque toutes toutes les villes de Judée et se fit construire à Jérusalem un palais fortifié qui passait pour une merveille, avec son parc rempli d'arbres, de ruisseaux, de bassins.

Palais d'Hérode

Jéricho fut également gâtée et se vit gratifiée d'un hippodrome, d'un théâtre et d'un amphithéâtre. Il aménagea et consolida l'extraordinaire forteresse de Massada dans le désert, au sommet d'un piton rocheux, et construisit celles d'Antonia, d'Herodium, d'Alexandrium, d'Hyrcanie et Machero, cette dernière dans un site désertique particulièrement sauvage. Construite à proximité des eaux thermales de Callirhoé, au bord de la Mer Morte, à la fois forteresse inexpugnable et somptueuse résidence, une partie faisait fonction de palais et comprenait des chambres d'une beauté merveilleuse et des citernes inépuisables en plein désert. L'ensemble suscitait l'ébahissement et l'admiration universels.

Il reconstruisit Samarie et créa un port magnifique à Césarée avec un temple sur une colline, au fond du port qui, vu de la haute mer créait un tableau somptueux.

Plan du port Césarée construit par Hérode

Une expérience politique réalisée par Hérode dans la ville nouvelle de Césarée devrait faire réfléchir les Candide au coeur sur la main qui, aujourd'hui, prônent la création d'un seul Etat commun aux Juifs et aux Palestiniens. En effet, en bon disciple de la raison grecque, Hérode avait conçu l'idée de peupler la ville nouvelle de Césarée pour moitié de Juifs et pour moitié de païens au nom d'une conception de l'amixia qui devait permettre aux deux groupes de vivre côte à côte en toute liberté. Ce fut une catastrophe sociale complète, émaillée de querelles, de rixes et de massacres terribles, si bien que la purification ethnique se fit spontanément, puisque les juifs quittèrent les lieux.

La construction la plus inattendue de la part d'un roi mécréant comme l'était Hérode, fut celle du temple. Un petit édifice assez mesquin reconstruit par Zorobabel qui, à la tête d'une petite colonie, était revenu le premier en Judée après la publication de l'édit de Cyrus le Grand autorisant les exilés à retourner dans leurs provinces d'origine, fonctionnait depuis cinq siècles

voir : aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr IV - Comment le cerveau d'un peuple est devenu un bunker

A côté de la majesté du palais et des constructions luxueuses dont Hérode parsemait la capitale, cet édifice avait piteuse allure et heurtait le sens esthétique d'un amoureux de la beauté architecturale. Le roi conçut donc le projet grandiose de démolir le vieux bâtiment et d'en construire un nouveau somptueux et colossal comme le reconnaît l'historien Flavius Josèphe auquel nous devons toutes les informations concernant Hérode et ses constructions (Antiquités judaïques XIV à XX)

Les prêtres, d'abord violemment hostiles à ce projet, finirent pas s'y rallier à condition que le sacrifice ne fût jamais interrompu. Commencé en l'an -19 le gros oeuvre des parties principales fut terminé après une dizaine d'années, mais la finition des bâtiments, des soubassements, des gigantesques remblais et des murailles d'enceinte ne furent achevés qu'en l'an 63, sept ans avant la grande révolte qui aboutit à la destruction de cette colossale entreprise. Rien n'avait été conservé des bâtiments anciens, mais Hérode avait pris la précaution, afin de ne pas susciter l'ire des prêtres et la révolte des bigots et des puritains, de conserver toutes les dispositions du temple de Zorobabel, mais considérablement agrandies.

La dédicace fut à la hauteur de la majesté grandiose du bâtiment. C'est ainsi qu'Hérode fit, à lui tout seul immoler trois cents boeufs. Il réussit à susciter l'enthousiasme des juifs pieux et connut même un moment de popularité dont on trouve l'écho dans le Talmud (Talm. de Bab., Soucca, 51b; Baba bathra, 4a). 

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Maquette du temple construit par Hérode le Grand

Il y eut, pour toutes les constructions de ce roi hellénisé, un style "hérodien" qui ressemblait à un style dorique, mais avec des colonnes corinthiennes précieuses en granit, en porphyre ou en marbre d'Egypte, alors que pour le corps des bâtiments et du mur d'enceinte on utilisait le matériau fourni par le sous-sol de Jérusalem, appelé "pierre maléki" et qui permettait des constructions colossales. En effet, on peut couper la roche en gigantesques blocs de six à huit mètres de long.

entrée d'un tunnel

Le fameux "mur occidental", appelé également aujourd'hui "mur des lamentations", seul morceau subsistant d'un mur de soutènement de cinq cents mètres de longueur, destiné à contenir une énorme esplanade artificielle et construit, non pas par le mythique roi Salomon, mais par le souverain haï, offre aujourd'hui un souvenir de ce type de construction fait de gros blocs empilés.

Tous ces somptueux édifices, le temple mis à part, laissaient la masse pieuse des Judéens de l'époque de marbre, si je puis dire. Ils n'y voyaient qu'une manifestation égoïste de gloire profane contraire à l'idéal religieux qui était le leur. C'est pourquoi il est à la fois paradoxal et quelque peu dérisoire de voir que les religieux qui haïssaient hier ce souverain et ceux qui demeurent de nos jours dans le même état d'esprit à l'égard de sa mémoire, soient précisément les mêmes qui font de ce lambeau d'un mur d'enceinte dépourvu de tout caractère religieux d'un temple qui, achevé en l'an 63 et détruit en 70, n'a donc été opérationnel que sept ans, un lieu fétichisé et considéré aujourd'hui comme "sacré".

16 - Conclusion: d'un désastre à l'autre
"L'Histoire est la science des choses qui ne se répètent pas" écrivait Paul Valéry. Et pourtant...

La courte histoire de la Judée se présente sous la forme d'une sinusoïde parfaite dans laquelle la même structure politique se reproduit régulièrement. Eternel retour du même. Depuis le règne de Josias et avec une régularité stupéfiante, le David judéen se lance avec une témérité folle à l'assaut du Goliath de l'époque qui le subjugue... et finit écrasé. Il se pose alors en victime et accuse le monde entier de chercher à éteindre la "lumière parmi les nations", comme il se nomme lui-même. Chaque fois, ce sont les éléments les plus fanatiquement religieux qui poussent à l'affrontement et au déclenchement de guerres vécues comme des croisades entreprises au nom du dieu Jahvé.

Je ne prendrai pas en compte dans ce qui suit les récents massacres peu glorieux de civils ou de groupes de résistants faiblement armés, écrasés par des missiles largués du haut des cieux, bien que ces exterminations de civils se situent dans un vaste projet de purification ethnique et de conquêtes territoriales fondées sur un arrière-monde religieux. Il est, en effet, indécent de qualifier du nom de "guerre" des bombardements d'infrastructures et de civils, bien que la vaillante résistance libanaise ait mis en déroute les meilleures unités envoyées sur le terrain d'une "Tsahal" surévaluée et habituée à montrer ses muscles avec arrogance face à de courageux témoins aux mains nues ou à des gamins lanceurs de pierres.

I - La première expédition téméraire du David judéen fut celle du grand réformateur du judaïsme, le roi Josias, se lançant à l'assaut de l'empire égyptien et du Pharaon Nechao II. L'armée conduite par Jahvé est vaincue, Josias est tué et la désolation s'installe dans la province.

II - La seconde tentative follement écervelée fut celle de ses successeurs contre Nabuchodonosor et l'empire babylonien. Cette fois, la déroute fut non seulement complète, mais la ville-capitale est détruite et le temple rasé.

III - Au cours de son troisième assaut contre un empire - la révolte des Maccabées - le David judéen combattant au nom de Jahvé était sorti apparemment victorieux de la guerre contre les mécréants d'un empire grec décadent. Ce résultat avait consolidé le mythe d'une victoire possible de David sur les Goliath qui l'avaient dominé jusqu'alors. La conséquence catastrophique à long terme de ce "succès" momentanée fut l'établissement d'une dynastie si corrompue qu'un siècle de malheur s'ensuivit pour la nation et que les derniers rejetons de cette calamiteuse dynastie en appelèrent eux-mêmes à un nouveau maître, l'empire romain.

IV - La quatrième initiative guerrière de David contre Goliath fut la plus folle de toutes. La petite province de Judée déclara la guerre à l'empire romain en l'an 66. Le rapport des forces est à peu près celui d'un Luxembourg déclarant la guerre à l'ensemble des pays européens. La résistance des juifs aux légions romaines fut, certes, héroïque et l'historien Flavius Josèphe, qui y participa, fait des combats qui se déroulèrent dans le palais, le temple et les forteresses édifiées par Hérode le récit hallucinant. J'y reviendrai dans le chapitre suivant. Une fois de plus le résultat de cette initiative désastreuse fut dramatique: Judea delenda est. Le palais, le temple,, symbole du judaïsme, à peine achevé, et tous les bâtiments richement reconstruits par Hérode, tout est rasé. Jérusalem est rebaptisée Aelia Capitolina .

V - La cinquième agression du David Judéen, beaucoup moins connue que les précédentes datant de l'antiquité, bien qu'elle soit récente, fut l'oeuvre de la diaspora anglo-saxonne. Elle se crut assez puissante pour achever - au sens vétérinaire du mot, comme on achève les chevaux - autrement dit, pour donner le coup de grâce à un empire germanique qu'elle imaginait blessé à mort par un traité de Versailles, auquel elle avait activement collaboré et qui imposait à l'Allemagne des clauses territoriales et financières léonines. On n'en connaît, hélas, que les terribles conséquences - les camps de concentration et le génocide programmé des juifs européens par le IIIe Reich - mais on passe rapidement sur les circonstances qui ont précédé et nourri les manifestations de la folie antisémite du Führer allemand.

Cet épisode est si complexe qu'il est impossible de le traiter succinctement sans susciter des malentendus. Je me contente donc aujourd'hui de rappeler quelques dates-clés et de rapporter les principaux titres des journaux anglo-saxons, ainsi que ceux des émissions de radio de l'époque.

En effet, le 24 mars 1933, un quotidien anglais, le Daily Express écrivait en gros titre à la une : "JUDEA DECLARES WAR ON GERMANY", sous titré "JEWS OF ALL THE WORLD UNITE" (La Judée déclare la guerre à l'Allemagne - Juifs du monde entier unis dans l'action). Cet événement est si profondément occulté qu'il paraît incroyable au citoyen lambda occidental, formé depuis des dizaines d'années à admettre le récit de la victimisation gratuite de cette communauté de la part d'un dirigeant fou, durant la seconde guerre mondiale.

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"Judea Declares War on Germany!" - Daily Express headline, March 24, 1933.

"Jews of all the World Unite! Boycott of German Goods! Mass Demonstrations!" - These were all headlines in the Daily Express on March 24, 1933.

"The Israeli people around the world declare economic and financial war against Germany. Fourteen million Jews stand together as one man, to declare war against Germany. The Jewish wholesaler will forsake his firm, the banker his stock exchange, the merchant his commerce and the pauper his pitiful shed in order to join together in a holy war against Hitler's people." - Daily Express, March 24, 1933.

"Each of you, Jew and Gentile alike, who has not already enlisted in this sacred war should do so now and here. It is not sufficient that you should buy no goods made in Germany. You must refuse to deal with any merchant or shopkeeper who sells any German-made goods or who patronises German ships or shipping.... we will undermine the Hitler regime and bring the German people to their senses by destroying their export trade on which their very existence depends." - Samuel Undermeyer, in a Radio Broadcast on WABC, New York, August 6, 1933. Reported in the New York Times, August 7, 1933.

Joining with Samuel Untermeyer in calling for a war against Germany, Bernard Baruch, at the same time, was promoting preparations for war against Germany. "I emphasised that the defeat of Germany and Japan and their elimination from world trade would give Britain a tremendous opportunity to swell her foreign commerce in both volume and profit." - Baruch, The Public Years, by Bernard M. Baruch, p.347 (New York: Holt, Rinehart and Winston, 1960). (Samuel Untermeyer was a Jewish leader and close friend of presidents Wilson and Roosevelt. Bernard Baruch was a presidential adviser to Wilson, Roosevelt and Truman.)

"This declaration called the war against Germany, which was now determined on, a 'holy war'. This war was to be carried out against Germany to its conclusion, to her destruction" (Diese Erklärung nannte den Krieg gegen Deutschland, der nun beschlossen sei, einen heiligen Krieg. Dieser Krieg müsse gegen Deutschland bis zu dessen Ende, bis zu dessen Vernichtung, geführt werden). - Dr. Franz J. Scheidl, Geschichte der Verfemung Deutschlands.

"War in Europe in 1934 was inevitable." - H. Morgenthau, Secretary of the U.S. Treasury, Hearst Press, September, 1933 (also quoted in "The Palestine Plot" by B. Jenson, p. 11 (printed by John McKinley, 11-15 King Street, Perth, Scotland).

"For months now the struggle against Germany is waged by each Jewish community, at each conference, in all our syndicates, and by each Jew all over the world. There is reason to believe that our part in this struggle has general value. We will trigger a spiritual and material war of all the world against Germany's ambitions to become once again a great nation, to recover lost territories and colonies. But our Jewish interests demand the complete destruction of Germany. Collectively and individually, the German nation is a threat to us Jews." - Vladimir Jabotinsky (founder of the Jewish terrorist group, Irgun Zvai Leumi) in Mascha Rjetsch, January, 1934 (also quoted in "Histoire de l'Armée Allemande" by Jacques Benoist-Mechin, Vol. IV, p. 303).

"Hitler will have no war (does not want war), but we will force it on him, not this year, but soon." - Emil Ludwig Cohn in Les Annales, June, 1934 (also quoted in his book "The New Holy Alliance").

"We Jews are going to bring a war on Germany." - David A. Brown, National Chairman, United Jewish Campaign, 1934 (quoted in "I Testify Against The Jews" by Robert Edward Edmondson, page 188 and "The Jewish War of Survival" by Arnold Leese, page 52).

"We want to bring about a deep hatred for the Germans, for German soldiers, sailors, and airmen. We must hate until we win." - Lord Beaverbrook, quoted in Niemals! by Heinrich Goitsch.

"There is only one power which really counts. The power of political pressure. We Jews are the most powerful people on earth, because we have this power, and we know how to apply it." - Vladimir Jabotinsky, Jewish Daily Bulletin, July 27, 1935. (trad: Un seul pouvoir compte réellement, le pouvoir de la pression politique. Nous, juifs, sommes le plus puissant peuple de la terre, parce que nous avons ce pouvoir et nous savons comment nous en servir. "

voir: guardian.150m.com

Pour appréhender le sens de cette extraordinaire décision dans ses multiples ramifications, il faut remonter quelques années en arrière, au congrès sioniste de Bâle du 29 au 31 août 1897, aux conséquences de la lettre privée de Lord Balfour à Lord Arthur James Rothschild du 2 novembre 1917 et baptisée pompeusement "Déclaration Balfour" par les sionistes et garder présent à l'esprit que l' unique obsession des dirigeants sionistes, pratiquement tous résidant en Angleterre et aux Etats-Unis, était d'établir un Etat juif en Palestine et, pour cela, de provoquer par tous les moyens l' émigration des juifs européens, et notamment allemands, vers le Moyen-Orient.

Je me permets de renvoyer à mon texte Du Système de la Réserve fédérale au camp de concentration de Gaza Le rôle d'une éminence grise: le Colonel House #10

Ce n'est donc pas un hasard si c'est au représentant de la puissante Maison bancaire Rothschild de Londres, Lord Lionel Walter Rothschild, par ailleurs sioniste militant fervent, que le Ministre des affaires étrangères anglais qui avait remplacé Sir Edward Grey, Lord Arthur James Balfour, écrivit une lettre personnelle "addressed to his London home at 148 Piccadilly", dans laquelle on peut, certes, voir une évidente "déclaration d'amour" du gouvernement anglais de l'époque à l'égard du sionisme... mais rien de plus.


Cher Lord Rothschild, 

Par Lord Balfour Le 2 novembre 1917 

J'ai le plaisir de vous adresser, au nom du gouvernement de Sa Majesté, la déclaration ci-dessous de sympathie à l'adresse des aspirations sionistes, déclaration soumise au cabinet et approuvée par lui. Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays. Je vous serais reconnaissant de bien vouloir porter cette déclaration à la connaissance de la Fédération sioniste. 

Arthur James Balfour 


Ce document ambigu abusivement appelé "Déclaration Balfour" reflète toute la duplicité de la politique étrangère de la "perfide Albion". Il contredisait la promesse faite en 1916 au Chérif Hussein de la Mecque par Kitchener, ministre de la guerre, de former un royaume arabe recouvrant toute la péninsule arabique et le Croissant fertile.

Pourquoi le Ministre des affaires étrangères de la France n'adresserait-il pas une lettre personnelle au Président du CRIF, lui promettant un "foyer national juif" en Bavière, au Danemark, en Californie ou sur la planète Mars?

En effet, en novembre 1917, la couronne britannique n'exerçait aucun droit légal sur un territoire qui dépendait de l'empire ottoman, dont le démembrement n'est devenu officiel qu'à la suite du Traité de Sèvres du 10 août 1920. Et quid, en l'espèce, du fameux "droit de peuples à disposer d'eux-mêmes" brandi, mais jamais mis en pratique, ni au Moyen-Orient, ni lors du saucissonnage de l'Europe? Parmi les motivations politiques qui expliquent le reniement de la parole donnée aux Arabes, il faut ajouter les convictions personnelles des membres du gouvernement anglais et leur adhésion psychologique au puissant mouvement religieux inspiré par l'Ancien Testament qu'on appelle le "sionisme chrétien" dans les pays anglo-saxons.

Cette décision se situe également dans la continuation de la manière dont la pléthorique délégation américaine, conduite par le Colonel House, a mené les négociations de paix avec l'Allemagne à Versailles et que j'ai succinctement abordée dans mon étude sur ce dirigeant de l'ombre. J'y reviendrai dans un prochain chapitre.

Voir: Du Système de la Réserve fédérale au camp de concentration de Gaza - Le rôle d'une éminence grise: le Colonel House 

En effet, les lois raciales de Nuremberg qui mettent en place un système discriminatoire par lequel les juifs sont écartés de la société allemande ne seront promulguées que le 15 septembre 1935, soit deux ans et demi après la déclaration de guerre de la diaspora internationale.

Or, Hitler avait publié en 1925 le premier tome de l'ouvrage - Mein Kampf - férocement antisémite; le second volume a suivi en 1927. Aussi, lorsqu'Adolf Hitler, l'ennemi juré des sionistes, fut, le 30 janvier 1933, nommé Chancelier, la réaction immédiate des "zélotes" de la diaspora internationale, obsédés par leur projet de convaincre les juifs allemands, particulièrement réticents à l'époque, d'émiger en Palestine, fut-elle, deux mois après, le 24 mars 1933, de déclarer la guerre à L'Etat allemand, et surtout de prôner un boycott mondial de tous ses produits. Cette mesure se révéla si efficace et si douloureuse pour l'économie d'un pays qui peinait à se relever, qu'après un mois, les échanges internationaux de l'Allemagne avaient déjà diminué de 10%. Mais tous ces évènements ne sont jamais mis en correspondance.

Même s'ils n'avaient pas prévu dans toute son ampleur la violence de la réaction du dirigeant nazi, son antisémitisme virulent et une réaction d'hostilité aux juifs nationaux ne pouvaient que servir les plans des plus durs parmi les sionistes anglo-saxons.

De même qu'Esdras avait imposé la dissolution des mariages entre des juifs et des femmes étrangères afin de préserver la "valeur du sang" juif - pour reprendre l'expression du poète national israélien, Bialik - et avait fait expulser les femmes ainsi que tous les enfants issus de ces unions, les lois de Nuremberg «pour la protection du sang et de l'honneur allemands » promulguées le 15 septembre 1935, soit deux ans et demi après la déclaration de guerre de la diaspora internationale, stipulèrent dans les mêmes termes que ceux d'Esdras, que "les mariages entre Juifs et citoyens de sang allemand ou assimilé sont interdits. Les mariages qui seraient tout de même célébrés sont déclarés nuls, même s'ils sont contractés à l'étranger pour contourner cette loi."

La machine infernale s'était mise en route en Europe, broyant d'innombrables victimes innocentes. Le projet sioniste a ainsi vu le jour sur les cadavres de la colonie pénitentiaire allemande, avant de se transformer lui-même en une nouvelle colonie pénitentiaire, broyeuse du sang palestinien. Mais les lois de la démographie sont impitoyables et le fait que 5 500 000 Palestiniens subsistent sur les terres de leurs ancêtres, en dépit des conditions infernales qui leur sont réservées depuis soixante quatre ans, signe le véritable échec en profondeur d'un siècle de sionisme guerrier et meurtrier.

VI - La sixième folle initiative des "Zélotes" de l'actuel Israël sera peut-être la guerre qu'ils déclencheront contre le monde musulman - chiite seulement, espèrent-ils - dans laquelle l'Etat israélien actuel entraînera à sa suite au Moyen Orient le sionisme international et tout l'Occident otanisé, à la manière dont les textes ci-dessus prouvent qu'ils ont ardemment travaillé au déclenchement de la seconde guerre mondiale, activement aidés, il est vrai, par la mégalomanie des dirigeants allemands. Mais l'Iran millénaire n'est pas l'Allemagne nazie. Les éléments les plus lucides de cet Etat supplient - mais anonymement par peur des représailles de la part des zélotes d'aujourd'hui - une "communauté internationale" ignorante et aveugle de boycotter Israël afin de le sauver de lui-même et de la course à l'abîme dans laquelle ils le voient courir. [(12)]

Pour conclure, je redonne la parole à Machiavel : "...Quand, pour ne les avoir pas prévus, on laisse les maux croître au point que tout le monde les aperçoit, il n'y a plus de remède." (Machiavel, Le Prince)

A suivre

Le prochain chapitre sera consacré à la fin de l'existence politique de la Judée et du judaïsme en Palestine et à l'expansion du judaïsme talmudique en Europe orientale et notamment en Russie et en Pologne dans leurs frontières anciennes.

NOTES

(1) Manuel de Diéguez Benjamin Netanyahou et l'héritage d'Esdras, Qu'est-ce qu'un personnage historique2? aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr
aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr

(2) Théodore Herzl, Le côté antisémite du sionisme, aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr
soutien-palestine.blogspot.com

(3) Note sur le herem prononcé le 27 juillet 1656 à l'encontre de Baruch Spinoza, par le Mahamad d'Amsterdam(l'autorité juridique propre aux juifs hollandais). Cette condamnation à mort à la fois sociale et religieuse n'a jamais été levée. Spinoza continue donc d'être pestiféré aux yeux du judaïsme mondial contemporain. aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr

Le terme " herem " signifie beaucoup plus qu'une exclusion de la communauté, équivalente à une excommunion dans le christianisme. Il induit la "destruction", l'"anéantissement" du renégat, au point que le philosophe a été réellement frappé d'un coup de poignard.

" Les messieurs du Mahamad vous font savoir qu'ayant eu connaissance depuis quelques temps des mauvaises opinions et de la conduite de Baruch de Spinoza, ils s'efforcèrent par différents moyens et promesses de le détourner de sa mauvaise voie. Ne pouvant porter remède à cela, recevant par contre chaque jour de plus amples informations sur les horribles hérésies qu'il pratiquait et enseignait et sur les actes monstrueux qu'il commettait et ayant de cela de nombreux témoins dignes de foi qui déposèrent et témoignèrent surtout en présence dudit Spinoza qui a été reconnu coupable ; tout cela ayant été examiné en présence de messieurs les Rabbins, les messieurs du Mahamad décidèrent avec l'accord des rabbins que ledit Spinoza serait exclu et retranché de la Nation d'Israël à la suite du herem que nous prononçons maintenant en ces termes: 

A l'aide du jugement des saints et des anges, nous excluons, chassons, maudissons et exécrons Baruch de Spinoza avec le consentement de toute la sainte communauté d'Israël en présence de nos saints livres et des 613 commandements qui y sont enfermés. 

Nous formulons ce herem comme Josué le formula à l'encontre de Jéricho. Nous le maudissons comme Elie maudit les enfants et avec toutes les malédictions que l'on trouve dans la Torah.

Qu'il soit maudit le jour, qu'il soit maudit la nuit, qu'il soit maudit pendant son sommeil et pendant qu'il veille. Qu'il soit maudit à son entrée et qu'il soit maudit à sa sortie.

Que les fièvres et les purulences les plus malignes infestent son corps. Que son âme soit saisie de la plus vive angoisse au moment où elle quittera son corps, et qu'elle soit égarée dans les ténèbres et le néant.

Que Dieu lui ferme à jamais l'entrée de Sa maison. Veuille l'Eternel ne jamais lui pardonner. Veuille l'Eternel allumer contre cet homme toute Sa colère et déverser sur lui tous les maux mentionnés dans le livre de la Torah. 

Que son NOM soit effacé dans ce monde et à tout jamais et qu'il plaise à Dieu de le séparer pour sa ruine de toutes les tribus d'Israël en l'affligeant de toutes les malédictions que contient la Torah.

Et vous qui restez attachés à l'Eternel, votre Dieu, qu'Il vous conserve en vie.

Ce texte a été affiché dans tous les lieux d'Amsterdam où vivaient des juifs et envoyé dans les principales villes d'Europe où il y avait d'importantes communautés juives.

En 1948 Ben Gourion a tenté de faire lever ce " herem ", mais les rabbins de l'Israel actuel refusèrent. 

(4) Voir l'excellente démonstration de Jean-Marie Gläntzlen, Analyse de la résolution/recommandation 181 de l'Assemblée générale de l'ONU et quelques autres textes-clé à l'origine de la Nakba aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr
alterinfo.net

(5) Arlene Kushner, Dans quel pétrin on s'est mis ! Publié le 29 novembre 2010 sur le site alliancefr.com aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr
www1.alliancefr.com soutien-palestine.blogspot.com aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr

(6) Des rabbins israéliens s'opposent à la vente de maisons à des non-juifs Dépêche de l'AFP aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr
lemonde.fr

(6b) Gidéon Lévy, Israël, l'années où les masques sont tombés aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr
haaretz.com

(7) Mounadil al Djazaïri, Sionisme, le racisme même après la mort aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr
ynetnews.com
soutien-palestine.blogspot.com
On voit que les principes d'Esdras sont toujours vivants dans les têtes des dirigeants de l'Etat sioniste actuel. aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr

(8) Haïm Nahman Bialik, surnommé le poète national est né en Ukraine en 1873 et meurt en 1934 à Vienne. S'est installé en Palestine en 1924. aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr

(9) Zeev Vladimir Jabotinsky, né en Ukraine le 18 octobre 1880 et décédé le 4 août 1940. aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr

(10) Hassan Abdou La nouvelle variable du sionisme 28 mars 2010 aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr
ism-france.org

(11) Cours d'histoire juive, chap. 27 aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr
lamed.fr Cours d'histoire juive, chap. 27 aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr

(12) Anonyme, S'il vous plaît, boycottez mon pays, maintenant, vous êtes notre seul espoir ! aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr
info-palestine.net

Annexe: Les exploits d'un Jahvé chef de guerre génocidaire

Note : Les traductions de la Bible sont toutes édulcorantes. Ainsi, la pestifération des non-juifs, régulièrement invoquée, est bénignement traduite par "voué à l'anathème" - sanction religieuse purement verbale, équivalente de l'excommunication des chrétiens - au lieu de "frappé du herem", lequel induit les notions de destruction et d'anéantissement physique. (voir ci-dessus le texte du herem qui a frappé Baruch Spinoza). J'ai choisi la traduction du chanoine Osty, aidé de Joseph Trinquet, réalisée à partir du texte original et qui m'a semblé moins plate (Ed. du Seuil 1973) que la Bible oecuménique de Jérusalem ou celle, plus ancienne, de Louis Segond. (traduttore, traditore)

Genèse

" Or, le troisième jour, tandis qu'ils étaient souffrants, deux fils de Jacob, Siméon et Lévi, frères de Dina, prirent chacun son glaive, marchèrent sur la ville en toute sécurité et tuèrent tous les mâles. (...) Les fils de Jacob passèrent les cadavres et pillèrent la ville." Gn, 34,25-27

Exode

"Josué défit Amaleq et son peuple avec le tranchant du glaive." Ex 17,13

" Moi, Jahvé, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, châtiant la faute des pères sur les fils sur la troisième et sur la quatrième génération." Ex 20,5

"Jahvé dit à Moïse: J'aivu ce peuple, et voici: c'est un peuple à la nuque raide. Et maintenant laisse-moi, que ma colère s'enflamme contre eux et que je les extermine." Ex 32,9-10

"Il leur dit: "Ainsi parle Jahvé, le Dieu d'Israël: mettez chacun le glaive à la hanche. Allez et et venez dans le camp, de porte en porte, et tuez, qui son frère, qui son ami, qui son proche. (...) Et du peuple il tomba, ce jour-là, environ trois mille hommes." Ex. 32-27-28

Lévitique

"Vous poursuivrez vos ennemis et ils tomberont devant vous par le glaive. Cinq d'entre vous en poursuivront cent, cent d'entre vous en poursuivront dix mille, et vos ennemis tomberont devant vous par le glaive." Lv 26,7-8

Nombres

"Si tu daignes livrer ce peuple entre mes mains, je vouerai ses villes à l'anathème. Jahvé écouta la voix d'Israël et livra les Cananéens. On les voua à l'anathème, ainsi que leurs villes." Nb 21, 2-3

"Ils firent campagne contre Madian, selon ce qu'avait commandé Jahvé à Moïse, et ils tuèrent tous les mâles. En plus de leurs victimes, ils tuèrentles rois de Mâdian Évi, Réqem, Sour, Hour et Réba, cinq rois de Mâdian; ils tuèrent par le glaiveBalaam, fils de Béor. Les fils d'Israël emmenèrent captives les femmes de Mâdian avec leurs enfants et prirent en butin tout leur bétail, tous leurs troupeaux et toutes leurs richesses. Ils brûlèrent par le feu toutes les villes où ils habitaient et tous leurs campements." Nb 31,7-11

"Maintenant, tuez tout enfant mâle, tuez toute femme ayant partagé la couche d'un homme. Mais toutes les petites filles qui n'ont pas connu la couche d'un homme, laissez-leur la vie pour vous." Nb 31,17-18

Deutéronome

" Lorsque Jahvé, ton Dieu, t'aura fait entrer dans le pays où tu vas entrer pour en prendre possession (...) et qu'il aura délogé devant toi beaucoup de nations (...) et que Jahvé ton Dieu les aura livrées à ta merci et que tu les auras battues, tu les voueras à l'anathème, tu ne traiteras point d'alliance avec elles, tu n'en auras point de pitié. " Dt,7, 1-2

" Tu dévoreras tous les peuples que Jahvé ton Dieu te livre ; ton œil sera pour eux sans merci... " Dt, 7, 16

"Quand Yahvé ton Dieu l'aura livrée (la ville) entre tes mains, tu frapperas toute la population mâle du tranchant de l'épée. C'est seulement les femmes, les enfants et tout le bétail et tout ce qui sera dans la ville que tu prendras pour toi en butin et tu vivras des dépouilles de tes ennemis que t'aura données Jahvé ton Dieu." Dt 20,13-14

" Des villes de ces peuples que Jahvé ton Dieu te donne en héritage, tu ne laisseras rien vivre de ce qui a souffle de vie, car tu devras les vouer à l'anathème." Dt 20,16-17

Cantique de Moïse
"...Quand j'aurai aiguisé mon glaive fulgurant et que ma main saisira le jugement, je retournerai la vengeance contre mes adversaires et je paierai leur dû à ceux qui me haïssent. J'enivrerai mes flèches de sang, et mon glaive dévorera de la chair du sang des tués et des captifs. " Dt, 32, 41-42

Josué 

" Le peuple monta à l'assaut de la ville (de Jéricho), chacun droit devant soi et ils s'emparèrent de la ville. Il vouèrent à l'anathème tout ce qui se trouvait dans la ville, hommes et femmes, enfants, vieillards et jusqu'aux bœufs, au menu bétail et aux ânes, frappant tout du tranchant du glaive. Josué, 6,21

" Lors donc qu'Israël eut achevé de tuer tous les habitants de Aï, dans la campagne, dans le désert où ils les avaient poursuivis et que tous furent tombés sous le tranchant du glaive, (...) le nombre de ceux qui tombèrent en ce jour, tant hommes que femmes, fut en tout de douze mille, tous gens de Aï. Josué ne ramena pas la main qu'il tendait avec le javelot, jusqu'à ce qu'il eût voué à l'anathème tous les habitants de Aï. C'est seulement le bétail et les dépouilles de cette ville que les Israélites prirent pour eux en butin, selon l'ordre qu'avait donné Jahvé à Josué. Josué brûla Aï et en fit un tell à jamais, une désolation à ce jour. Quant au roi de Aï, il le pendit à un arbre et l'y laissé jusqu'au soir. " Josué 8, 24-29

Jahvé les habitants de Gabaôn mit en déroute devant Israël.(...) Or, tandis qu'ils fuyaient en déroute dans la descente de Bet-Horôn, Yahvé lança du ciel sur eux de grosses pierres jusqu'à Azéqa, et ils moururent. Il en mourut plus par les pierres de grêle que les fils d'Israël n'en tuèrent par le glaive." Josué, 10,10-11

" Quant à Maqqéda, Josué s'en empara ce jour-là, et il la frappa du tranchant de son glaive, ainsi que son roi. Il les voua à l'anathème ainsi que tous les êtres vivants qui s'y trouvaient ; il ne laissa pas de survivant. " Josué, 10,28

" Josué et tout Israël avec lui passa de Maqqéda à Libna, et il attaqua Libna. Elle aussi Jahvé la livra ainsi que son roi aux mains d'Israël qui la frappa du tranchant de son glaive, ainsi que tous les vivants qui s'y trouvaient ; il n'y laissa pas de survivant."Josué, 10,29

" Josué et tout Israël avec lui passa Libna à Lakich, il campa contre elle et l'attaqua. Jahvé livra Lakich aux mains d'Israël, qui s'en empara et la frappa du tranchant de son glaive, ainsi que tous les vivants qui s'y trouvaient, tout comme il avait fait pour Libna. " Josué 10, 31-32

Idem Eglôn, Josué 10-34-35

Idem Hébron, Josué 10, 36

Idem Debir, Josué 10,38

"Josué battit tout le pays : la montagne de Neguev, le bas-pays et les pentes, ainsi que tous leurs rois ; il ne laissa pas de survivant ; tout ce qui avait souffle de vie, il le voua à l'anathème, selon ce qu'avait commandé Jahvé, Dieu d'Israël." Josué, 10, 40

"Josué les traita selon ce que lui avait dit Jahvé : il coupa les jarrets de leurs chevaux et brula leurs chars par le feu. (...) il s'empara de Haçor et frappa son roi du glaive. (...) On frappa du tranchant du glaive tous les êtres vivants qui s'y trouvaient, les vouant à l'anathème ; rien n'y resta de ce qui avait souffle de vie. Quant à Haçor, il la brûla." Josué 11, 10-11

" Toutes les villes de ces rois et tous leurs rois, Josué s'en empara et les frappa du tranchant du glaive ; il les voua à l'anathème, selon ce qu'avait commandé Moïse, serviteur de Jahvé." Josué, 11,12

" Toutes les dépouilles de ces villes, les fils d'Israël les prirent pour eux en butin. Seulement ils frappèrent tous les hommes du tranchant du glaive ; ils ne laissèrent rien de ce qui avait souffle de vie." Josué, 11,14

Juges

" Les fils de Juda attaquèrent Jérusalem et s'en emparèrent, ils la frappèrent du tranchant du glaive et mirent le feu à la ville." Jg 1,8

" Il leur montra l'accès de la ville. Ils frappèrent la ville du tranchant du glaive." Jg 1,25

" Baraq poursuivit les chars et l'armée jusqu'à Harochèt-hag-Goïm et toute l'armée de Sisera tomba sous le tranchant du glaive; pas un seul ne resta." Jg 4,16

" Son camarade prit la parole et dit: "Ce ne peut être que l'épée de Gédéon, fils de Yoach, l'homme d'Israël. Dieu a livré entre ses mains Madiân et tout le camp." Jg 7,14

" Pendant que les trois cents sonnaient du cor, Yahvé fit que dans tout le camp on tourna le glaive l'un contre l'autre." Jg 7,22

" Ils marchèrent contre Laïch, contre un peuple tranquille et confiant; ils le frappèrent du tranchant du glaive ; ils brûlèrent la ville par le feu." Jg 18,27

" Mais, ce second jour, les Benjaminites sortirent de Gibéa à leur rencontre et il massacrèrent encore dix-huit mille hommes des Israélites." Jg 20,25

" Jahvé battit Benjamin devant Israël et les fils d'Israël firent périr ce jour-là vingt-cinq mille et cent hommes de Benjamin tous ceux-là tirant le glaive."Jg 20,35

"Quant aux fils d'Israël, ils revinrent vers les fils de Benjamin et les frappèrent du tranchant du glaive: population mâle des villes, bétail et tout ce qu'ils rencontraient; ils mirent aussi le feu à toutes les villes qu'ils rencontraient." Jg 20,48,

"Alors la communauté envoya douze mille hommes d'entre les vaillants avec cet ordre: "Allez, et vous frapperez du tranchan du glaive les habitants de Yabech en Galaad, y compris les femmes et les enfants. Voici ce que vous ferez: vous vouerez à l'anathème tout mâle et toute femme ayant connu la couche d'un homme, mais vous laisserez la vie aux vierges." Jg 21, 10-11

1 Samuel

"Il prit vivant Agag, roi d'Amaleq, et il voua tout le peuple à l'anathème, en le frappant du tranchant du glaive. " 1Sam 15,8

"Samuel dit: "De même que ton glaive a privé des femmes de leurs enfants, ainsi entre les femmes, ta mère sera privée de son enfant!" Et Samuel mit en pièces Agag devant Yahvé à Guilgal. " 1 Sam 15,33

"Ainsi David eut raison du Philistin avec la fronde et la pierre ; il abattit le Philistin et le mit à mort; il n'y avait pas de glaive dans la main de David. David courut et debout sur le Philistin; il prit son glaive, le tira du fourreau, le mit à mort et du glaive lui coupa la tête. " 1 Sam 17, 50-51

" Doeg l'Edomite se tourna et frappa lui-même les prêtres. Il mit à mort ce jour-là quatre-vingt cinq hommes qui portaient l'éphod de lin. Quant à Nob, la ville des prêtres, Saül la frappa du tranchant du glaive, hommes et femmes, enfants et nourrissons ; du tranchant du glaive aussi, boeufs, ânes et menu bétail." 1 Sam 22,19

"David dit à ses hommes: "Que chacun ceigne son glaive!" Ils ceignirent chacun son glaive, David aussi ceignit son glaive, et quatre cents hommes montèrent à la suite de David, tandis que deux cents restaient près des bagages." 1Sam 25,13

2 Samuel 

Chacun saisit son adversaire par la tête et lui plongea son glaive dans le flanc, de sorte qu'ils tombèrent tous ensemble. On appela ce lieu le Champ des Flancs. Abner le frappa alors au bas-ventre du revers de sa lance et sa lance sortit par derrière. Là il tomba et il mourut sur place. " 2 Sam 2,16

"Abner le frappa alors au bas-ventre du revers de sa lance et sa lance sortit par derrière. Là il tomba et il mourut sur place. " 2 Sam 2,23

"David dit au messager: "Voici ce que tu diras à Joab: "Ne te contrarie pas pour cette affaire! Le glaive dévore tantôt celui-ci, tantôt celui-là. Pousse avec force ton attaque contre la ville et détruis-là." Ainsi tu lui rendras courage". 2 Sam 11,25

"Joab attaqua Rabba des fils d'Ammon et il prit de la ville royale. - Joab envoya alors des messagers à David pour dire : " J'ai attaqué Rabba, même j'ai pris la ville des eaux. Maintenant, réunis le reste de l'armée, dresse ton camp contre la ville et prends-la, pour que ce ne soit pas moi qui prennent la ville et lui donne mon nom. " David réunit toute l'armée, vint à Rabba et la prit. (...) Quant à sa population, il l'emmena et l'affecta à la scie, aux pics de fer et aux haches de fer et il la fit travailler avec le moule à briques. Et ainsi faisait-il pour toutes les villes des fils d'Amon. " 2 Sam 12, 27-31

Note : j'ai inclus la citation ci-dessus dans la liste, bien qu'elle ne contienne pas de récit de massacre. Or de nombreuses traductions anciennes font de cet épisode le symbole d'une cruauté apocalyptique par laquelle un chef de guerre tortionnaire s'y serait pris à trois reprises afin d'exterminer les habitants particulièrement coriaces de la ville qu'il venait de vaincre: en les sciant, puis en écorchant avec des herses ceux, increvables, qui venaient d'être sciés. Toujours pas morts après le passage de la herse, il aurait encore fallu les brûler dans une sorte de four crématoire primitif.

"Il fit sortir les habitants, et il les plaça sous des scies, des herses de fer et des haches de fer, et les fit passer par des fours à briques ; il traita de même toutes les villes des fils d'Ammon. David retourna à Jérusalem avec tout le peuple." 2Samuel 12, 31

Le bon sens élémentaire permet de conclure qu'il s'agit d'une traduction fautive. D'ailleurs tous les massacres cités dans la bible - et ils sont nombreux - ont été commis à l'arme blanche (tantôt traduit par glaive, tantôt par épée). En l'espèce, le récit veut signifier que les habitants de cette ville ont été réduits en esclavage et furent contraints de travailler durement - avec des scies, des herses et des haches - pour leur vainqueur. Ainsi, de nos jours, les Palestiniens sont placés sous des scies, des herses et des haches, à la fois réellement et métaphoriquement.

Voir: http://bible.cc/2_samuel/12-31.htm


"Amasa ne prit pas garde au glaive qui était dans la main de Joab, et celui-ci l'en frappa au bas-ventre et répandit ses entrailles à terre. Il n'eut pas à y revenir et Amasa mourut. " 2 Sam 20,10

"Lui se dressa et frappa parmi les Philistins, jusqu'à ce que sa main fatiguée collât au glaive. Jahvé opéra une grande victoire en ce jour-là, et l'armée ne revint derrière Eléazar que pour dépouiller les morts. " 2 Sam 23,10

1 Rois

"Achab apprit à Jézabel tout ce qu'Élie avait fait et comment il avait massacré tous les prophètes par le glaive. " 1 Rois 19,1

"Celui qui échappera au glaive de Hazaël, Jéhu le fera mourir, et celui qui échappera au glaive de Jéhu, Élisée le fera mourir. " 1 Rois 19,17

2 Rois

" Lorsque Jéhu eut achevé d'offrir l'holocauste, il ordonna aux gardes et aux écuyers: "Entrez, frappez-les! Que pas un ne sorte!" Les gardes et les écuyers entrèrent, les frappèrent du tranchant du glaive et les jetèrent là. " 2 Rois 10,25

"Mais Yehoyada fit sortir les officiers de centaines, qui commandaient la troupe, et leur dit: "Faites-la sortir entre les rangs, et si quelqu'un la suit, qu'on le mette à mort par le glaive"; car le prêtre avait dit: "Ne la tuez pas dans le Temple de Yahvé." 2 Rois, 11,16

2 Chroniques

Idem 2 Ch 23,14

"Tout le peuple du pays était en joie, mais la ville ne bougea pas. Quant à Athalie, on la fit périr par le glaive. " 2 Ch 23,21

"Yahvé envoya un ange qui extermina tous les vaillants preux, les capitaines et les officiers, dans le camp du roi d'Assyrie; celui-ci s'en retourna, le visage couvert de honte, dans son pays. Comme il entrait dans la maison de son dieu, quelques-uns de ceux qui étaient sortis de ses entrailles l'y firent tomber sous le glaive." 2 Ch 32,21

Ezéchiel

"Passez dans la ville et frappez. Que votre œil soit sans merci, soyez sans compassion : vieillards, jeunes gens, jeunes filles, enfants, femmes, vous les tuerez jusqu'à la destruction. Mais quiconque portera la croix au front, ne le touchez pas. Commencez à partir de mon sanctuaire." Ils commencèrent donc par les vieillards qui étaient devant la Maison (de Jahvé, donc le temple). (...) Remplissez les parvis de victimes, puis sortez et frappez dans la ville. " Ezéchiel 9, 6-7

Jérémie

"Ce jour est au Seigneur Jahvé des armées, jour de vengeance, où il se venge de ses adversaires. Le glaive dévore et se rassasie. Il s'abreuve de leur sang." Jérémie 46,10

" Un dévastateur entrera dans chaque ville et pas une ville n'échappera ; la vallée périra et le plateau sera ravagé (...) Maudit qui refuse le sang à son glaive. " Jérémie, 48, 8-10

Sophonie

" Malheur à la ville rebelle, la souillée (...) J'ai supprimé des nations, leurs tours d'angle ont été dévastées, j'ai ravagé leurs rues, leurs villes sont détruites, sans un homme, sans un habitant.(...) J'ai décrété de réunir les nations... pour répandre sur elles mon courroux, toute l'ardeur de ma colère, quand au feu de ma jalousie sera dévorée toute la terre. " Sophonie 3, 8

Bibliographie

Professor Abdel-Wahab Elmessiri:
The function of outsiders : weekly.ahram.org.eg
The kindness of strangers: weekly.ahram.org.eg
A chosen community, an exceptional burden : weekly.ahram.org.eg
A people like any other : weekly.ahram.org.eg
Learning about Zionism: weekly.ahram.org.eg

Mario Liverani, La Bible et l'invention de l'histoire, 2003, trad. Ed. Bayard 2008

Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman,La Bible dévoilée. Les nouvelles révélations de l'archéologie, 2001,trad. Ed. Bayard 2002

Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, Les rois sacrés de la Bible, trad.Ed.Bayard 2006

Ernest Renan, Histoire du peuple d'Israël, 5 tomes, Calmann-Lévy 1887

Douglas Reed, La Controverse de Sion

Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, Fayard 2008, coll. Champs Flammarion 2010

Avraham Burg, Vaincre Hitler : Pour un judaïsme plus humaniste et universaliste, Fayard 2008

Israël Shahak, Le Racisme de l'Etat d'Israël, Guy Authier, 1975

Karl Marx, Sur la question juive

SUN TZU, L'art de la guerre

Jacques Attali: Les Juifs, le monde et l'argent, Histoire économique du peuple juif. Fayard, 2002

3 janvier 2011

aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr