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Le monde et les mondes

La visite touristique d'une civilisation implique qu'on aille se loger dans les différents mondes qu'elle contient. Par leur culture, leur possibilité, et leur attrait les gens s'immergent au centre d'un cercle qui est défini par les nombreux minimum et le seul maximum de joie que procure l'appartenance au micro réseau social qu'ils ont choisi.

L'agriculteur va se trouver entouré de collègues, compatriotes, fournisseurs, de la météo qui fait partie de ce qui est important pour son monde, de tonnes de magazines sur les graines, d'une connaissance approfondie des machine-outils, des astuces auxquelles seuls les grand-maîtres de la discipline peuvent accéder, du savoir, du passé et du futur de son monde.

Il en va ainsi pour des centaines ou des milliers de micro-réseaux sociaux, dont l'environnement est constitué de particularités autant que de généralités.

L'intéressant est que ce qui fait Société (un terme d'une telle importance que je le réitère encore ici) est l'ensemble des facteurs appartenant communément à l'ensemble des mondes.

Et nous voilà, au centre du sujet principal, qui est la Théorie Informatique du Tout, qui veut que lorsqu'on veut grimper d'une échelle dans la mesure des choses il faut adopter un comportement radicalement mathématicien, en classifiant, évaluant, et sous-pesant la nature des facteurs qui importent à chacun des mondes et donc, au Monde entier.

Ce qui est notable est que le monde de la politique, malgré qu'il se targue du slogan (usurpé par avance) de « démocratie », n'est pas autre chose qu'un micro-réseau social constitué de frères qui se tutoient, de leurs spécialisation, leur accoutumance, leur autorité acquise par des voies symboliques auxquelles ils tiennent beaucoup (par opposition à l'autorité acquise par la voies logique, c'est à dire obtenue par la démonstration bien que non spécialement désirée), leur maîtrise de ce qui fait leur coup-de-maître, bref, au final, ni plus ni moins qu'un club d'échecs pour retraités qui parlent leur propre langage et dans lequel ne sont pas admis ceux qui y sont étrangers.

La classe politique n'offre rien de plus que la classe agriculteurs ou joueurs d'échecs à la retraite, ou cercle de philosophes romantique ou les spécialistes de la bicyclette.
Pour faire partie de leur monde il faut d'abord être dans la pratique, être initié, être de ceux qui ne posent pas les questions comme des touristes mais qui apportent des réponses.

(pour ça il faut voir la vidéo d'un député qui a réponse à tout sur l'internet bien que n'y connaissant rien, pour lui l'appartenance à son monde a plus de valeur que de dire a vérité sur son ignorance).

- Mais voilà tout ça va changer, car il y a internet, et bien que les puissants jouissent mentalement à l'idée de le détruire, ce sera peine perdue puisque cet internet n'est que le symbole de notre époque. Que voulez-vous, dans le vrai monde unique, ce ne sont pas les réponses des spécialistes qui le font, mais la vérité et la logique, ce qui est mesurable.

Il s'en suit une onde de choc paradigmatique qui inonde tous les mondes de cette nouvelle manière de concevoir le réel, au moyen du tangible qu'offre la raison à la place des appellations spécialistiques égogènes (si l'on puis le dire ainsi).

C'est une réalité, la « façon de faire » propre à la participation au Monde entier vient s'appliquer avec un succès intarissable à tous les micro-mondes qui le constitue. C'est là qu'on retrouve des percepts jésuesques tels que « ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais point qu'ils te fissent », ou en tous cas, le principe selon lequel l'appréciation portée par Un monde sur Une chose n'a plus le droit d'être incompatible avec l'appréciation portée sur cette chose par d'autres mondes.

Vous la notez bien cette phrase !

Car que voit-on ? D'un côté le monde réel des gens qui assistent impuissants et même qui participent sans le vouloir mais en étant forcés à la destruction écologique, à l'extinction des arbres qui absorbent le CO2 et qui produit l'oxygène dont nos poumons ont pourtant besoin, et de l'autre le monde des affaires qui dit qu'avec un pot d'échappement de meilleure qualité l'émission de CO2 sera moindre ce qui justifie la continuation de l'envie de couper des arbres.

Il est certain qu'ils sont dans le discours oisif et que toutes leurs tentatives rhétoriques n'enlèvera rien au verdict de la logique que l'Histoire est le plus souvent à même de dénoncer, mais que l'époque actuelle est capable de dénoncer aussi sans avoir à attendre que ce ne soit l'histoire qui le fasse.

The Future is Now, c'est ça que cela veut dire, ça signifie que l'histoire se joue maintenant et que le recul qui lui est propre nous est accessible sans attendre demain.

- On a coutume de savoir entre nous que les Geek gagneront. On le sait pertinemment car on travaille et on est des amoureux, des spécialistes, des puristes et des maîtres de la logique.

On la pousse jusqu'à attendre une heure trente le matin avant de se mettre à programmer le temps que la physiologie ait finie de se mettre en fonctionnement, par opposition à ces bêtes sauvages qui partent travailler dès le saut du lit, allant contre toutes les recommandations de leur corps, et au risque de voir se dégrader leur esprit logique au fil des jours et des ans.

On a une hygiène de la logique, un culte et un amour profond de la logique, qui nous pousse à constamment produire la meilleure efficacité dans toutes les opérations métamathématiques qui sont à même de sauver le monde.
Les geeks produisent une efficacité et une fonctionnalité qui ne se mesure que de façon tangible, la seule joie du geek est ce qui fonctionne le mieux possible. Et donc, par corollaire, trouver ce qui ne fonctionne pas produit la même joie que celle du médecin qui découvre un malade qu'il va pouvoir guérir.

Maintenant il se produit même que certaines entreprises parmi les plus intelligentes sont prêtes à remettre en cause leurs façons, et à écouter les conseils des geeks dans le but salvateur d'augmenter leur efficacité, là où il y a quelques années encore on les embauchait pour des tâches bien strictement limitées, et aux conditions qui n'étaient pas celles qu'ils désiraient, voire en les insultant des qu'ils voulaient sortir du champ de ce qui est habituel.

Ce à quoi on assiste c'est l'irrépressible victoire de la technosicence sur la légitimité de tenir dans la main les manettes du devenir du monde.

Oh, oui, il y a encore une majorité de gens qui sont effrayés par la technosicence et qui l'accuse d'être le diable qui nous détruira tous, répondant ainsi à une pulsion de mort qui leur a pourtant sauvé la vie de nombreuses fois au sein du système injuste, et avant même de s'occuper à devenir conscient des cheminements de la logique, mais bon, dans le monde nouveau qui débarque (et selon l'expression de quelques uns de nos visiteurs qui possèdent la paternité de cette expression - comme celle de « réseau social ») « leurs argument n'ont pour valeur que la logique sur laquelle elle se fonde ».

Ils peuvent remuer ciel et terre, leur foi en un monde passé qui a déjà amplement prouvé son inaptitude à avoir un quelconque contrôle sur le devenir du monde va s'évanouir comme les chasseurs de sorcières du moyen-âge se sont évanouis des centaines d'années avant que ne soit reconnus les pouvoir psychiques de certaines personnes exceptionnelles.

En général l'obscurantisme se caractérise par le fait d'exercer de la véhémence à l'encontre de ce qui doit justement accaparer notre attention et notre amour.
C'est un peu comme si l'énergie était présente mais mal dirigée à cause de l'inculture et de la carence de savoir technoscientifique.

- Ce qui est raisonnable n'est pas ce qui flatte l'égo de celui qui profère des colères impulsives et qui doit lutter contre ses doutes légitimes, bien que ça ait le même effet. Il faut lutter contre la satisfaction de ressentir l'émotion que produit ce qui est raisonnable tant qu'il est possible de constater l'absence de preuve évidentes.

Ce genre de chasteté est assez difficile à faire comprendre à une peuplade dont le système limbique est télécommandé par des émotions toutes faites et publicitaires, et qui arrivent même à nous faire rire alors qu'on en n'a pas envie.
En fait je suis sûr que la chasteté que préconisait Jésus n'a pas à s'appliquer avec autant de puissance à la chose sexuelle et autant d'indifférence à la chose logique.
Ce doit être un tout, c'est ça le maître mot, il faut que cela soit logique avec le reste ; il y va de l'équilibre mental.

La satisfaction des affairistes à l'idée d'engendrer des sommes colossales grâces à des jeux d'écriture ayant nécessité un effort intellectuel de très moyenne envergure, à condition d'appartenir au « milieu » qui le permet, n'a aucune raison d'être et pèse bien peu face à la satisfaction du geek de concevoir un logiciel qui fonctionne et qui rend service à des centaines de personnes.

Si dans le système injuste il s'avère que le premier gagne sa vie et le second perd son temps, dans le monde logique, c'est à dire, dans Cosmos, le second produit un paradis, et en fait, construit un futur bien plus confortable pour lui et son monde.

On peut résumer ainsi la dislocation névralgique qui caractérise l'ancien monde et trace les lignes du nouveau monde, c'est la cohérence émanant du fait que les succès du juste soient récompensés et reconnus, et lui confèrent la légitimité, et que les succès de l'égoïste ne soient pas reconnus, ne soient pas récompensés, et lui fasse perdre de sa légitimité.

Et contre quelque chose d'aussi grandiose les grandiloquents ne pourront rien faire.

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