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Lettre aux trialistes

J'étais tranquillement en train de manger de cacahouètes devant la télé quand soudain un trialiste fit son apparition au milieu du zapping de la huitième chaîne.
En général ils inondent le cerveau de commentaires stupides sous la vidéo qu'il ne faut surtout pas lire, mais d'autres fois ils mettent la référence de la source : « inspired.com ». Alors (d'abord je la repasse au ralenti, et) ni une ni deux je fonce sur le site pour voir la vidéo complète. Là je vois qu'elle passe la barre des deux millions de visonnages, mais surtout ce qui capte mon esprit est la géométrie du vélo du gars.

Il faut dire que j'ai abandonné le trial il y a au moins deux lustres (1 lustre = 5 ans !) et j'avais presque oublié que ce mot existait. Pourtant ça a été une part incroyable de ma vie, ça a été le fondement de ma pensée et de mon rapport à la réalité. Et c'était exactement l'argument qu'on donnait en tant qu'éducateurs, avant même de l'avoir expérimenté.

Ensuite j'ai navigué dans d'autres mondes (et c'est peu de le dire) comme la musique, le cinéma, les extra-terrestres (ne rigolez pas si vous ne voulez pas avoir l'air ridicules quand ils arriveront !) et bien sûr, le monde des logiciels libres dans lequel j'officie aujourd'hui.

Dans chacun des monde il y a des spécialistes, des héros, une base de combattants, des puristes, des marginaux, des génies, et une certaine quantité de réfractaires à l'évolution.

C'est avec une foi ardente et une approche radicalement novatrice, comme dans tout ce qu'on doit faire, que j'aborde la programmation dans le but que ça rende service (et donc d'améliorer le monde !). On ne vit qu'une fois, il n'y a pas de réincarnation, pas de vie après la mort ou du moins pas la même vie et pas de chance de rattraper les erreurs qu'on a faites. C'est comme ça, tenez-le vous pour dit, et ça signifie qu'il faut en profiter à fond pour visiter tous les mondes qui sont à notre portée, ou au moins, dans le monde dans lequel on officie, qu'on s'y exerce en accord avec soi-même, en âme et conscience.

Je revois cette époque de trial avec une certaine humilité face aux progrès qui ont été faits, j'ai vraiment l'impression d'être projeté un le futur où tout à changé.

En voyant les nouvelles géométries je me souviens des critiques que je recevais pour oser rouler sur un cadre « 12 pouces » alors qu'aucun n'avais moins de « 15 pouces ». J'avais retiré les deux plateaux, le dérailleur avant, laissé deux pignons à l'arrière (un de 24 et un de 13), j'avais scié la base pour raccourcir l'empattement et mis des rondelles parce que l'attache rapide passait au travers, viré dix maillons de la chaîne, coupé la tige de selle, passé les jantes à la disqueuse et adopté des pneus de large diamètre bas de gamme, contre toutes les recommandations de mes frères !

J'avais même cherché à obtenir des roues de 24 pouces sans succès, alors j'avais dessiné les plans de mon vélo trial de rêve, puis la vie m'a téléporté brutalement ailleurs.

Et me revoilà dix ou douze ans après, observant avec émotion les progrès accomplis tant en terme de matériel qu'en terme de technique. A l'époque on ne tapait même pas la roue avant sur la marche, ça n'existait pas ! En voyant ça j'ai immédiatement eu envie d'essayer !

Et il semble que des routines perdues se sont réveillées, puisque maintenant je lorgne sur l'achat d'une bête de trial de luxe, alors qu'à l'époque où je n'avais pas un rond en poche je devais tout fabriquer moi-même ou négocier en échange de publicité dans mon fanzine.

Le Journal du Trial a été ma première approche systémique d'un groupe social, (puis-je dire avec le vocabulaire d'aujourd'hui), mon premier instinct a été de regrouper tous ces gens éparpillés avec un périodique qui annonçait les dates des compétitions et qui les relataient, avec des interviews faits à l'arrache et un appareil photo argentique ! Et Hop, vélo dans le RER, pas de ticket, et en avant la jeunesse !

La cohésion me semblait importante, et j'avais le désir de voir les trialistes se rencontrer, et c'est ce qu'on a fait pendant de nombreuses années, en mode urbain-parisien et parfois en compagnie de freestylers (qui avaient du mal avec le trial !).

Alors, tout ça m'est revenu subitement après la vidéo magistrale de Inspired (je ne connais pas le nom du gars mais ça a l'air d'être un bon gars !).

Je me suis souvenu qu'à 17 ans je rencontrais Marc Vinco alors âgé de 14, en croyant avoir inventé quelque chose en étant capable de monter les escaliers par petits rebonds, et qui était venu faire une démonstration à Tignes avec les frères Janin et quelques autres. C'est seulement après qu'on le voyait avec son « Alpinestars » à bases hautes ! Avec sa voix douce il m'avait donné quelques conseils et suite à cela, je l'avais revu autant de fois qu'il m'était possible années après années.

J'ai alors cherché des informations sur lui, qu'est-il devenu ? Quelle émotion d'aller chercher ça, et de filtrer toutes les pages, et ça me permet en passant de faire un état des lieux sur le trial. J'ai aussi cherché sur Thierry Girard, avec qui la discussion pouvait vite devenir philosophique (et d'un bon niveau en plus !), dont je me souviens qu'il s'était promis, en riant à moitié, qu'àprès quarante ans il deviendrait « rentier » !

Alors le premier a tourné deux ans avec le Crique du Soleil, cela était remonté à mes oreilles et je ne m'en souvenais plus, et ça m'est apparu comme une excellente chose. Son style, sa présence et sa créativité on sûrement dû être encouragés, et Marco ce que je te souhaite si tu lis ceci, c'est de développer ton talent artistique, de te renouveler continuellement, de faire la surprise. C'est vraiment rare les gens qui ont une âme aussi pure, quand je vois à quels politiciens nous avons à faire et comment ce monde est mené, et leur noirceur, ça tranche de voir des gens comme toi !

En voyant une démo en vidéo, j'ai compris un truc.
Par exemple je me souviens qu'un jour je m'amusais à la Défense sur les dalles de pierre qui étaient en travaux, et qu'en relevant la tête, vers midi à l'heure où les gars cherchent une once d'air frais pour se dépolluer la tête, il y avait (j'ai compté brièvement) au moins deux cent personnes qui s'étaient assemblées autour. Et quand je les ai vues, le public s'est mit à applaudir de façon chaleureuse et prononcée. C'était vraiment énorme.

Eh bien ce que je veux dire, c'est que le trial c'est de la magie. Par les faits, et non par des discours oisifs, on raconte une histoire, on propose une difficulté, un problème, et on le résout. C'est comme une pièce de théâtre, avec de l'aventure et du suspense. En faisant ça, - ce n'était pas un show programmé où on ne fait que ce qu'on sait faire avec négligence, c'était un entraînement où je me croyais seul et où je cherchais à battre mes records - en donnant ce spectacle, on va chercher profondément dans l'âme des gens les problèmes qui sont les leurs, leurs peurs, leurs limites, leur inexploré, et on lui envoie l'éclairage qui est celui de la maîtrise et de la foi. C'est là que prend racine l'extraordinaire, c'est comme ça qu'on avance.
Il faudrait être aberrant dans sa tête pour ne pas croire que ces exploits ont une influence positive sur le monde.

C'est pour cela que je suis content d'avoir vu Marc happé par l'école des gens de la route, où l'artistique transcende la réalité. Cela promet un destin extraordinaire (pour lequel son père, Séraphin que je salue, s'est dévoué corps et âme), mais surtout cela m'a fait voir ceci :

La fameuse vidéo de Inspired, me semble marquer une étape importante dans le développement du trial.
J'ai de nombreux arguments qui peuvent me faire dire cela (je ne vais pas m'étendre).
Le trialiste véhicule pas seulement du rêve et de la magie, mais aussi un message qui est fondamental et qui commence à pouvoir être entendu. Ça dit en gros, « Vois ce que tu peux le faire ». Tout cela est de l'ordre du symbolique, mais c'est surtout une vérité profonde et même vitale.

On vit à une époque où plein de choses atteignent leurs limites, et comme souvent dans c'est cas-là il y a deux comportements parfaitement humains mais opposés, ceux qui paniquent et se rétractent et ceux qui font un effort sur eux-même, un peu comme dans un moment de folie, et malgré qu'on ne sache pas trop où ça mène, et avec toutes les prises de risque que ça comporte.

Et c'est ce chemin qui est « tiers-exclus » auquel personne ne croit qui est le bon !

Je dédie ce coup de boost à Vincent Guibert, que j'aurais sorti de l'enfer de la drogue sans faire exprès en lui transmettant le virus du trial, et qui est mort en moto, c'est à dire au volant de sa passion.

Ps. j'ai trouvé ça que j'ai trouvé très drôle ! trial-ch.org

ps2.

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