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L'homme et le corps social #cci

Un robot de l'espace qui a investit le corps d'un politicien pour venir dire des horreurs à la télévision sur le ton de la sagesse, certainement dans le but de tester le niveau évolutif des gens, se fait interrompre par un spectateur présent dans l'assemblée. Et l'expérience a réussi, puisque après de nombreuses années à entendre les porteurs de cravate distiller l'infamie sur un ton décomplexé, enfin il y en a un qui s'est réveillé.

Il se dirige vers lui, l'interrompt, la caméra est surprise et doit dévisser pour le saisir, et l'animateur s'accroche à ses fiches la bouche bée, en priant pour son timeline publicitaire.

Le quidam dit :

« Monsieur, j'ai été désigné par tirage au sort à la courte paille pour venir vous porter une terrible nouvelle. Après délibération avec le Grand Esprit nous, peuple de la Terre, avons fermement celé la considération qui va suivre :

Voilà. Il s'avère que vous n'avez pas l'habilitation pour parler en public. »

- Mais revenons en arrière sur des considérations que nous avons peu à peu défrichées à propos des caractéristiques l'entité sociale.

Nous avons établi dans une première approximation que les Droits de l'Homme n'avaient pas à être accaparées par les groupes sociaux, sans quoi cela se faisait au détriment des premiers. C'est à dire qu'une corporation ne peut pas disposer des droits promis aux individus, comme celui de s'enrichir, de posséder, de profiter de la liberté d'expression qui autorise à parler sans se soucier des conséquences, ou encore de sentir le vent dans ses cheveux.

Le fait est que les groupes sociaux doivent disposer de leur propre Droits, de sorte, non seulement à être compatibles avec les Droits de l'homme, mais surtout de sorte à s'en porter garants.
C'est à dire qu'avant tout les groupes sociaux possèdent des devoirs et des obligations afin de permettre aux Droits de l'Homme d'être parfaitement accomplis.

Mais à notre époque les Droits de l'Homme sonnent moins comme des lois ou des recommandations que comme un cahier des charges de ce que doivent permettre ou ce à quoi doivent aboutir les activités des groupes.

A travers la nouvelle notion de réseau social que nous venons tout juste d'acquérir, selon laquelle les individus sont si intimement liés les uns aux autres qu'il est futile d'espérer le bonheur et la prospérité sans que ce qui les permettent, ne le soient pas pour tous, débarquent tout un flot de nouvelles lois qui sont plus proches de la sagesse que ne pouvaient l'être le simple cahier des charges nommé « Droits de L'homme ».

Ces lois sociales font par exemple que le grade hiérarchique rend les peines légales plus sévères, la responsabilité plus grande et le devoir de protection d'autant plus élevé que le grade est haut.

Ce qu'on nomme la liberté d'expression est une particularité qu'il convient de cerner.
La crainte de 1789 était de libérer la parole des entraves du jugement laconique et sans fondement.
Pour qu'on puisse parler librement, entre nous, il faut que le « nous » soit d'accord sur le fait que les opinions de chacun ne peuvent que diverger, que c'est normal et légitime de rencontrer des opinions différentes et variées, et de ce fait, que le bonheur social puisse avoir lieu dans un cadre où les uns et les autres s'acceptent comme ils sont.

L'esprit de la France est très imbibé de cette législation mentale, selon laquelle on préfère rire des différences voire se moquer, que d'accuser de façon véhémente les uns et les autres de ne pas être comme on est nous-mêmes. Le rire résout tous les problèmes et facilite l'intégration, évite bien des problèmes et permet de créer un unisson.

Mais lorsqu'il s'agit d'un homme face à un groupe d'hommes, de parler en public, on passe à un tout autre cadre d'application de cette fameuse liberté d'expression. Et cela ils ne s'en sont pas rendus compte.
Les porteurs de cravate de nos jours vomissent un nombre insupportable d'incohérences et de haine psychanalytiquement très pertinentes, tout en se protégeant derrière le blason de la liberté d'expression. Et pourtant ils ne voient pas la différence qu'il y a entre le fait de dire de la merde entre amis et le fait de dire de la merde en public.

Pourtant, au préalable, on aura noté la différence entre un monde où les gens s'accusent les uns les autres de ne pas être « comme soi », qu'on nomme l'obscurantisme médiéval, et le monde post-révolutionnaire où a soudain surgit l'acceptation sociale de la différence comme valeur fondamentale qui uni les peuples.

Et ainsi la liberté d'expression devient autant le facteur provoquant le sentiment de ne pas être rejeté (puisque les autres le font aussi) que le moyen de s'affirmer, selon les termes de l'accord des Droits de l'Homme qui préconise que chacun doit pouvoir « se développer » librement, et partir à la recherche du bonheur.

Mais soudain il s'est passé le genre de chose qui met tout cela en déphasage, c'est à dire un changement de cadre qui produit l'effet selon lequel ce qui existait avant s'inverse diamétralement, exactement comme l'humanité passait de l'obscurantisme à la lumière grâce à la révélation, elle passe de la lumière à l'obscurantisme du fait du changement de cadre, lui-même occasionné par le précédent mouvement. Comme je dis souvent, quand on on a un pied en l'air, c'est pour le poser devant et ainsi de suite.

Il y a différents événements que l'humanité a eu extraordinairement de mal à assimiler. A chaque fois qu'une des révélations suivantes sont apparues, elle s'est écriée « ET MERDE ! » :
l'instruction à l'école de la culture universelle
la Terre est ronde et donc l'horizon est fermé
le Droits de l'Homme de chercher le bonheur
l'humanité conforme une conscience globale

Enfin disons que ceux qui sont les plus mécontents à chacune de ces étapes ce sont bien sûr ceux qui étaient les plus à l'aise préalablement.

- Être un homme public consiste à avoir la grandeur d'âme qui autorise le fait de prendre à bras le corps la conscience collective afin de l'instruire dans le but de l'aider, l'aimer, l'instruire, la réconforter et lui révéler les discernements salvateurs qui soigneront ses blessures.

Les grands hommes qui sont autant de têtes qui dépassent de la foule de l'histoire de l'humanité sont restés dans les mémoires non pour ce qu'ils ont dit à une personne mais pour ce qu'ils ont été en mesure de dire au corps social intemporel.

Il s'agit d'un exercice qui requiert énormément d'énergie mais heureusement cette énergie-là est illimitée, et avec de l'exercice on peut apprendre à en faire passer des quantités de plus en plus grandes. Et inversement, se faire brimer pour ses opinions crame une telle quantité d'énergie qui aurait pu être bénéfique au corps social, que celui-ci se révolte en personne quand cela arrive.

Par exemple ces gens qui sont victimes de torture dans les prisons secrètes américaines sont soutenues par l'entièreté de l'âme de l'humanité intemporelle. Cela représente des centaines de milliards d'âmes qui viendront tourmenter les fautifs.

A une époque pré-révolutionnaire (par rapport à la révolution actuelle) la décence prenait la forme d'une sorte d'opinion invisible qui veillait, avec plus de vigueur que sa propre conscience qui s'efface face à cela, au travers des mots « si le monde nous voyait ».

Peu de temps après les caméras connectées à l'internet global sont présentes avec une densité qui s'approche de la densité humaine, elles sont partout, il n'y a plus de secret nulle part, et surtout ce qui se passe est que l'expression publique est aussi courante que l'expression secrète.

La quantités de personnes ayant la possibilité d'embrasser dans son âme l'âme de l'humanité, grâce à l'énergie illimitée dont elle bénéficie, est en constante augmentation.

Et pour autant des lois s'affinent et se forment, et on distingue assez facilement ceux qui ont la capacité réelle à s'adresser à l'humanité et ceux qui, décidément, ne l'ont pas ou ne l'auront peut-être qu'une fois dans leur vie.

Parmi ceux-là, nous avons nos porteurs de cravates.

Qu'est-ce qui fait l'habilitation à parler en public ?
Reprenons notre Cycle des Conversations Imaginaires avec notre dévoué volontaire désigné par tirage au sort au nom du Grand Esprit :

Monsieur disait-il, « vous n'êtes pas habilité à parler en public ».

Et dès lors dans l'âme des téléspectateurs, se crée un focus d'assouvissement de ce qui doit être, de l'histoire qui se joue sous nos yeux, et à laquelle ils participent du fond du coeur.
Même l'animateur reste québlo, plaqué au mur de ses obligations par la puissante énergie qui se dresse devant lui.

Pourtant le porteur de cravate s'exprime sur les ondes et sur les flux en permanence toute l'année, c'est le président qui lui a donné cette mission, en lui préparant des fiches de choses à dire absolument, qu'ensuite il serait libre de raccommoder à sa sauce. Alors il ne comprend pas.

Étant donné qu'il s'exprime aveuglément et sans faire attention aux conséquences de ses paroles, en bon soldat de la guerre des mots, en super acteur de l'émotion feinte, et qu'il en a l'habitude, et que l'autre quidam ne porte pas de cravate, il a l'impression que la situation est l'inverse de la réalité.

Et comme d'habitude il parle en ne pensant qu'à une seule chose à la fois, avec une puissante arrière pensée de vengeance personnelle envers ce qui martyrise son âme, et que ses interlocuteurs-animateurs sont conditionnés pour avoir le limbique saturé par l'émotion de parler avec un porteur de cravate, et que ceux-ci n'osent jamais rien rétorquer de contradictoire avec ce qui fait d'eux ce qu'il y a de plus proche d'être un homme public, forcément, le gars (le porteur de cravate) est choqué. Il a l'impression que c'est une agression personnelle qui se joue sur sur un plan qui n'a rien à voir avec ce que le public est en droit d'entendre, il se dit que cette conversation aurait mieux fait de rester privée, au même titre que si on accusait un mafieux d'être un mafieux, il préférerait que cela ne se sache pas.

Mais voilà, le corps social s'est déchiré et une lumière puissante vient de jaillir.

Nous, grâce à notre construction qui s'est échappée du temps, nous connaissons déjà la réponse, et à ce moment-là, bien qu'il ne se soit passé qu'une fraction de seconde depuis qu'un anonyme s'est intercalé de façon radicale dans la conversation automatique, tout le monde comprend immédiatement, au fond de lui, pourquoi en effet le porteur de cravate n'est pas habilité à perler en public.

Mais le corps social veut plus. Il veut intégrer la brebis égarée, et il a envoyé un délégué pour le lui expliquer avec des mots qu'il peut comprendre :

« Monsieur, vous n'êtes pas habilité à parler en public, et je vais vous dire pourquoi.
Qui sont ceux pour qui la liberté d'expression dont vous faites usage représente un espoir ?
Êtes-vous capable de voir les exceptions par lesquelles ce que vous dite est absurde ?
Pensez-vous sincèrement avoir les épaules pour aller vous mesurer avec ce qui est universel ?
Et si vous admettez que ce n'est pas le cas, à quel moment avez-vous laissé la moindre chance à vos contradicteurs ?

Vos discours sont comme ces murs de béton et de barbelés à travers lesquels rien ne peut passer sans se faire cribler de mitraillades.

Vous voudriez à la fois être la parole et la raison qui justifie la parole. Les fondement logiques sur lesquels reposent vos propos tiennent de l'onanisme tautologique. Sorti du contexte étroit dans lequel votre discours est utile à la cause que vous servez, n'importe quel biais peut le faire s'effondrer comme un château de carte.

Les gens vous écoutent et vous croient, ils se répètent vos dire et souffrent dès lors qu'ils s'en font les relais. Cela monsieur, l'avez-vous vu ? Quelle est l'ampleur de votre tristesse une fois que vous le savez ?

Si on devait légiférer pour vous empêcher de parler cela créerait dans le monde réel la prison de fer qu'il y a dans votre monde mental. Vous n'êtes protégé que par la clémence et la compréhension des peuples, qui autorisent vos opinions dégénérées d'être exprimées afin de préserver le monde de votre folie.

Vous vous servez de cet état de fait pour continuer à prospérer comme les bandits comptent sur la gentillesse et la bonté de coeur de leurs victimes. Mais savez-vous seulement à qui vous avez à faire monsieur, savez-vous que le Grand esprit vous cerne et vous aime, vous guide vers l'évolution.
Et vous, qu'avez-vous à lui répondre, alors pourtant que ce qui sort de votre bouche le fait tant souffrir ?

Ne me parlez pas à moi, ne me dites pas que je ne suis pas habilité à vous transmettre ce message, ne m'accusez pas de ne pas porter de cravate et ne riez pas que les banquiers ne me fassent pas de courbettes quand je rentre dans leur propriété. La voix que je représente maintenant est celle qui crie derrière les barricades que vous avez construites autour de votre coeur. Vous ne l'entendez même plus, et vous ne savez pas, mais vous allez le découvrir, que la force dont vous faites usage se tarit à chaque fois que vous voulez la faire taire.

Quel argument vengeur allez-vous mijoter ? Ne répondez pas ! Nous savons tous qu'il vous faudra de nombreuses heures avant de trouver la réplique qui pourrait vous contenter d'une maigre victoire sur le plan de l'égo. Vos fiches vous indiquent ce qu'il faut dire en cas d'attaque sur tel ou tel illogisme légitimement détectable dans votre discours guerrier. Mais maintenant, c'est de sauver votre âme dont il est question, et vous pouvez être sûr monsieur, que ceux qui vous dictent votre parole n'en n'ont rien à faire !

Vous voulez briller en public ? Vous voulez avoir une bonne raison d'être fier de vous ? Vous voulez la gloire et la clémence pour vos crimes qui sont dû à votre niveau évolutif trop peu avancé pour être autorisé à parler en public ? Cela est légitime, et personne ne viendra jamais critiquer votre niveau évolutif, qui se doit de passer par ces étapes, s'il veut ensuite aller aux suivantes.

Vous voulez avoir raison ? Alors dites la vérité ! Vous verrez c'est beaucoup plus simple de parler avec son coeur. Comment voulez-vous que le Grand Esprit vous entende si vous ne parlez pas avec votre coeur ? Dans ce cadre, vous avez le droit de passer pour l'imbécile que vous êtes, on ne vous en tiendra pas rigueur, pourvu que cela sonne juste.

Cette cravate que vous portez, ce costume que vous enfilez, ce job pour lequel vous vous êtes porté volontaire, sont-ils tout ce que vous êtes ? Allez-vous leur déléguer la responsabilité de ce qui sort de votre bouche ? Allez-vous les érigez en motifs de votre raison ?

Regardez ce monde qui vous entoure, il vous écoute, mais aussi il parle. L'entendez-vous ?
Car si monsieur, vous ne l'entendez pas, quel espoir avez-vous d'être entendu ?

Regardez où va le monde à cause de vous, et regardez où va le monde sans vous, ne voulez-vous pas faire partie ceux qui crient victoire ? Si c'est le cas, joignez-vous à nous, les portes du Grand Esprit sont ouvertes à tous.

Pensez au Grand esprit qui vous aime comme une partie de lui-même, que doit-il faire si vous devenez son cancer ? Il va vous supprimer tout simplement, et vous effacer de toutes les mémoires. Au moment où vous mourrez, dans la seule seconde qui précède, vous prendrez conscience du Corps dont vous faisiez partie et dont vous vous êtes fait éjecter. Vous découvrirez dans l'espace de cette même seconde votre raison de vivre et votre tristesse de ne pas avoir agi pour faire vivre cette raison.

Mais nous, conscients de ce que nous sommes tous liés, s'aimant les uns les autres, nous vivront éternellement.

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