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La faille du but lucratif

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Depuis pas mal de temps je désigne péjorativement le but lucratif comme étant l'angle par lequel il faut aborder la question de l'organisation sociale, nommée « le Système ».

Le fait est que le but lucratif est la plupart du temps, pour la plus grande masse des activités humaines, un but illusoire, le vrai but étant de rentrer dans ses frais.
C'est le fait même d'avoir à poursuivre un but lucratif qui est problématique.
Dans le cadre d'un système communautaire, le but de chaque activité lui est propre, et les moyens de continuer ne devraient pas lui être propres.

Si on commence par le plus important, devant l'urgence de la famine et de la désagrégation, devant les menaces persistantes de conflits nucléaires (tout en sachant que depuis l'ère nucléaire on est passé à l'ère des armes à plasma, dont personne ne parle, curieusement) et devant le constat d'échec du système de financement qui se nourrit de son propre argent et met tout le monde en faillite, il y a bien une réponse claire simple et définitive.

Quels sont les biens et services dont on peut affirmer qu'ils appartiennent à l'humanité, dans son ensemble indivisible ?
Et bien tous ces bien-là, doivent immédiatement être rendus disponibles pour tous.

L'eau, l'électricité, l'information, l'éducation, les progrès en médecine, le savoir scientifique, l'usage des terres, l'usage des technologies, sans compter une quantité innombrable de choses diverses comme les routes, les lieux publics, les lieux sacrés, les monuments historiques...

Tout ça, d'un bloc, doit passer en mode « commun » au lieu du mode « privé ».
Bien sûr, certains riches prennent soin de protéger des biens artistiques quand aucune organisation sociale ne veut s'en préoccuper, mais ce n'est pas possible pour l'eau et l'électricité.

En réalité ça concerne tout ce qui est de l'ordre de la première nécessité, incluant l'habitation et l'alimentation. Tout cela, appartient de facto à l'humanité, et les transaction inter-humaines pour justifier de leur répartition relèvent du système social.

Quand le système social dit « ceci appartient au riche qui le vend au pauvre, et le pauvre est libre d'acheter ou non ce qu'il veut, ou de ne rien acheter si c'est une feignasse », il se méprend car en réalité toute l'alimentation et tous les biens et services de première nécessité lui appartiennent, mais lui sont retirés en raison de l'absurdité du système.

- Le principe du but non lucratif mérite d'être explicité.

Toutes les entreprises visent l'équilibre des comptes, et pour cela elles arrondissent les prix pour tenter de s'en tirer, l'objectif étant de ne pas perdre d'argent, là où leur activité est profitable, s'ils veulent continuer de l'exercer.
La plupart du temps elles rencontrent des imprévus, essaient de dissimuler des coûts, pour pouvoir rester « lucratives ».

Mais si ces entreprises étaient publiques, leur gestion serait publique, et dès lors les rémunération de chacun seraient assurées légalement et de façon protocolaire (avec des salaires équitables).
Si la survie d'une activité professionnelle est assurée, garantie à vie, alors toute sa comptabilité peut se défaire de l'approximation que provoque l'intérêt lucratif.

Dans toute la chaîne de fabrication qui amène les biens et services de première nécessité, si chacun des maillons fonctionnait à but non lucratif, le produit final couterait énormément moins cher.

Le but non lucratif signifie que les comptes sont équilibrés par voie décisionnaire, c'est quelque chose de décidé publiquement. Les choses coûtent le prix qu'elles coûtent, et chacun obtient le salaire qu'il mérite. Le but non lucratif n'est pas la gratuité, c'est juste l'assurance que la comptabilité sera faite avec les valeur les plus réelles possibles, et que les comptes seront équilibrés en toutes circonstances, du moins tant que cette industrie sera d'utilité publique.

Déjà cela offre l'avantage de produire des valeurs qui sont plus conformes aux objets, et donc des prix qui sont calibrés les uns par rapport aux autres. Cela suppose aussi une comptabilité globale mondiale, une monnaie mondiale unique, et un niveau de vie homogène sur toute la planète.

Ensuite cela suppose une chose primordiale, c'est que les activités ayant besoin d'être créées puissent l'être sans attendre de financement. Ainsi tout ce qui concerne la pollution et l'énergie devrait engendrer des tonnes d'organismes capables de dires aux sociétés, qui sont publiques, ce qu'elles ont le droit ou pas de faire.

Toutes ces activités étant reliés à ces entreprises, le coût de leur fonctionnement revient à ces entreprises, qui le répercutent dans leurs prix, en temps que conséquence légitime de leur activité.

Pensez-y !
D'habitude l'entrepreneur fixe des prix et se retrouve devant de nouveaux frais, pas exemple à devoir vérifier si ses tomates sont comestibles. Cela fout en l'air toute sa comptabilité : soit il intègre le prix de ce soucis dans son produit, qui ne se vendra plus, soit il garde un prix compétitif, et rogne sur la sécurité alimentaire.

Ce dilemme ne devrait jamais avoir à se poser. Toutes les conséquences d'une activité professionnelle doivent être recouverte par le sens des responsabilités, ce qui se traduit par des coûts, qui sont réaffectés aux produits, et cela de façon démocratique.

De toutes manière les coûts sont toujours les minimum possibles. En fait, par un rapide calcul mental, il s'agit de convertir les bénéfices arrogants des multinationales en activités annexes visant à la sauvegarde et la préservation de la santé, l'écologie, et toutes ces choses coûteuses qui font mal aux entreprises à but lucratif.

Le but de chaque activité devrait être celui qui le concerne, celui qui produit l'alimentation doit avoir pour but de « nourrir tout le monde » au lieu d'un but lucratif approximatif, dont l''aspect altruiste n'est qu'un mensonge.

A chaque fois que les politiciens enrichissent les riches avec leurs lois stupides, ils disent, (le croyant ou pas, le sachant ou pas) que cet argent va retomber entre les mains des gens de la masse, comme l'eau dans une fontaine à étages.

Le seul but des humains vivant dans un système du but lucratif est de devenir riches à la place des riches actuels, ce que évidemment ceux_là ne souhaitent pas. Cependant ça n'empêche pas les gens de droite de croire qu'en se mettant du côté des riches ils le deviendront aussi.

Si le but de l'entreprise alimentaire, en tant qu'association à ut non lucratif, est de « alimenter » le plus de gens possible, et le mieux possible, ça change considérablement la donne. Du coup elle réclame que le traitement des déchets lui soit imputé, elle s'exerce à augmenter la qualité de façon incrémentielle, elle s'autorise la gestion de la complexité et donc, de la bienfaitrice et vitale « diversité », qui fait que normalement les tomates n'ont pas toutes la même taille et la même couleur.

Une fois débarrassé du but lucratif les possibilités sont infinies.

Et pourtant, dans le discours public, il ne faut pas non plus que « le but lucratif » devienne un moyen de critiquer l'activité de la majorité des entreprises qui consiste à tenter de survivre, sans aucune aide extérieure et alors que leur buts sont saints et bons.

Toutes les entreprises sont à but lucratif par défaut, c'est une norme qui est imposée par le système.

Mais dès lors qu'on met en commun les activités, on produit une autre sorte de comptabilité, où on a effectivement grandement besoin de se fier à des prix réels, excluant tous le but lucratif.

Pourquoi ?
Parce que beaucoup d'activités vitales et voulues, désirées et légitimes n'ont pas du tout la vocation à fonctionner correctement si elles ne devaient compter que sur leurs propres revenus.

Ainsi on ne peut pas vendre 15 années de scolarité à un enfant puisqu'il ne pourra jamais se les acheter. Pourtant, si on s'arrêtait à cela, plus personne ne serait éduqué. Et c'est exactement cette voie qui est prise, aussi absurde que cela soit. On demande aux salariés de payer pour leur famille, alors qu'ils ne reçoivent que le salaire pour une seule personne. C'est absurde, si bien qu'il a été nécessaire de créer une « sécurité sociale », pour compenser cette absurdité.

Et c'est précisément là que l'intérêt de s'associer en forme de société humaine organisée fait son apparition : c'est que de nombreux secteurs de l'activité humaine ne sont possibles à faire vivre qu'en combinant leurs ressources avec d'autres ressources, c'est à dire en fusionnant les comptabilités, de sorte que les biens publics soient financés, en l'occurrence par des « impôts ».

Malgré toutes les dérives (à savoir le fait que cet argent public va directement dans les poches des fabricants d'armes), c'est sur cette voie qu'il faut continuer la progression. Le système des impôts était trop primitif pour couvrir l'ensemble des activités de la collectivités. Avec le temps le domaine de ce qui appartient au public n'a cessé de diminuer.

Ce ne sont pas des impôts, prélevés sur des activités dont certaines sont vitales et publiques, qui doivent financer ce qui appartient de droit aux peuples, c'est toute la comptabilité dans son ensemble qui doit y être destinée.

La complexité des interactions doit passer à un stade supérieur, où dans le prix même de la tomate on aura inclut tout ce qui est possible et utile d'inclure dans la production de la tomate, et par extension, dans énormément plus de domaines que ceux relatifs à la simple tomate. En effet, derrière une tomate il y a toute une humanité en fonctionnement, rien n'est jamais aussi isolé que pouvait le croire l'esprit occidental du XXième siècle, dite « l'ère pré-informatique ».

Les gens, les familles, les inactifs, leur santé, les catastrophes naturelles, la météo, tout rentre en compte dans la production d'une tomate.

Le fait que chacun soit en bonne santé est une question d'empathie. On ne peut pas supporter de voir quelqu'un en mauvaise santé alors que d'autres pourraient les guérir, mais qu'ils le refusent parce que leur mode de financement ne le leur permet pas.
Dans ce cas il faut changer le mode de financement, de sorte que les médecins d'un hôpital aient pour objectif la bonne santé de leurs patients, et pour ce faire, que la communauté humaine leur fournisse tout, absolument tout ce dont ils ont légitimement besoin. Et cela ne pourra jamais le leur être refusé.

Cela signifie qu'il y a quelque part une fédération des besoins, si on veut qu'à l'autre bout de la chaîne on puisse obtenir une répartition équitable des richesses.

Ceci est élémentaire et primordial. Il n'est pas possible de faire autrement qu'en fédérant les besoins.

Dès qu'on parle de but non lucratif, de sociétés qui produisent des biens et services de première nécessité, et de mise en commun des ressources afin d'assurer leur fonctionnement, cela signifie de facto, au niveau fonctionnel, que quelque par les besoins sont fédérés.

Il est question de répartir l'énergie, de sorte qu'on puisse en libérer là où on en a besoin.
L'exemple le plus fréquent est celui des catastrophes naturelles : le fédération des besoins doit pouvoir dépêcher immédiatement tous les secours nécessaires, et reconstruire tout ce qui a été détruit, le plus rapidement possible, et en passant, en veillant à faire mieux que ce qui existait avant.

Toute cette énergie coûte cher, penserez-vous depuis l'optique d'un monde où les besoins sont fédérés par le but lucratif. Mais depuis l'optique où les besoins sont fédérés depuis l'optique de ce qui est humainement possible et nécessaire, quelqu'en soit le coût (puisque de toutes façons il sera compensé), la libération de cette énergie providentielle ne coûte absolument rien.

Le jobs des gars qui fabriquent des immeubles est le même partout dans le monde. Leur expertise est valable en tous lieux. Avoir besoin d'eux, c'est consolider leur dignité humaine.
Il n'y a rien de pire que la société actuelle, où on a besoin de gens, qui aimeraient être là, mais à qui il est interdit de bouger en raison des « moyens insuffisants », sachant que personne ne viendra à leur secours, encore moins les « états ».

Toute la vague de chômage qui sévit dans le monde devrait être entendue comme une violation de la dignité humaine, imposée par un mode de gestion rendu obselète par l'augmentation en complexité de la société.

Le système social humain est dans l'obligation de répondre aux attentes des humains, surtout en ce qui concerne les attentes qui sont de l'ordre de ce qui est empathique.

C'est une obligation pour l'humanité de passer à un mode de gestion globalisé, qui fera de la moindre tomate le symbole du progrès et de la justice.

Le fait de résoudre le terrible problème de l'injuste répartition des richesses qui pourtant poussent naturellement, n'est que la première étape pour commencer une vraie vie d'humain.

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