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Hello Submarine

On était en mission d'exploration d'une base sous-marine extraterrestre en haute profondeur. L'opération consistait à créer une base terrienne juste à côté le temps d'y amener les troupes.
Deux-cent cinquante homme ont été envoyés pour explorer l'ensemble du complexe dans le temps qui était imparti par la durée de vie de la base sous-marine, dont la cartographie n'était pas finie.

Le problème est que la durée de vie de la base terrienne est faible car nous n'avons pas la technologie pour faire ces opérations par 5000 mètres de fond.

Le sous-marin de transport de troupes débarque dans le sas de la base extraterrestre et envoie les hommes par des modules indépendants, qui arrivent dans le sas de la base terrienne.
Suite à quoi un « pont » a été construit entre les deux bases, quand on a réussi à comprendre comment commander une des entrées de la base.

Comme il était impossible de percer la paroi pour y mettre des fixations on a dû faire des soudures de plusieurs couches d'alliages mais en sachant qu'elles ne tiendraient pas longtemps.

A l'intérieur de la base ET nous avons accès à ce qui ressemble à un panneau de contrôle, qui nous a permit de trouver l'éclairage, qui se fait par des pans de murs qui deviennent lumineux, ainsi qu'une flotte de modules qui ont l'air d'être en travaux, et qui doivent certainement servir à relier un navire plus vaste.

Rien que la salle de contrôle sous un toit transparent semble faire dans les 1200 mètres carrés, ce qui est faramineux par rapport aux 100 mètres carrés où sont entassés les 250 hommes avec leur matériel.

Nous sommes une petite délégation d'éclaireurs qui avons investit les lieux et sommes devenus capables d'actionner les portes et les éclairages, et de recueillir quelques indices sur le fonctionnement du reste.

A ce moment-là, l'alerte d'inondation se met à sonner.
On sait qu'entre l'alerte et la destruction totale du pont, qui à son tour peut potentiellement détruire l'entrée de la base terrienne par effet d'onde de choc due à la pression gigantesque dans le tunnel reliant les deux bases, il peut se passer entre une et cinq minutes.

A ce stade on ne sait pas non plus si on va pouvoir actionner la porte de la base ET à temps, et si elle arrivera à se fermer en cas d'infiltration massive.
J'ai deux-cent hommes à faire passer d'urgence pas un pont qui va s'écrouler, pour venir rejoindre une base dont on se comprend pas vraiment le fonctionnement, ou bien rapatrier notre petite délégation dans la base terrienne dont la moindre des choses qu'on peut se dire, est qu'on y sera terrés comme des rats pendants plusieurs jours, si tant est qu'elle ne soit pas détruite par l'onde de choc de la base ET qui exploserait.

Le premier qui a une bonne idée donne l'ordre aux autres, bien que je sois le colonel de cette mission. Quand je dis sans perdre de temps à reprendre mon souffle « faits-les venir ! », les autres font vite le calcul dans leur tête : ils peuvent argumenter que cette décision est plus dangereuse que l'autre, mais ils savent que le temps manque déjà, alors partent aussitôt en criant dans leurs talkie.

Je cours à la suite des autres et crie dans le pont « Ne courez pas ! Pliez les genoux ! ».

Bien qu'ils aient été formés à recevoir ce genre d'ordre complètement insolite, c'est la première fois qu'ils l'entendent d'une manière aussi vitale.

Les soudures vont lâcher et bien sûr il n'est pas question de penser à les refaire, même s'il est possible d'envisager de vaporiser l'eau qui arrive, ça ne sert à rien.

On va tous se mettre dans la salle centrale et l'opérateur commande l'écoutille de se fermer alors qu'il reste une vingtaine d'hommes sur le pont, à la fraction de seconde où il implose. Lui et les quelques autres qui étaient là se font violemment plaquer contre les parois quand l'eau rentre.

Là je me demande si tout le monde n'aurait pas été sauf si on avait simplement étés s'entasser dans le container. Le risque de perdre la base ET ne valait plus grand chose dans ces cas-là, mais il n'en reste pas moins que certains pensent que le choix a été dicté par le fait qu'elle ait plus de valeur que des vies humaines.

L'appât du gain, l'obstination sur la mission, l'appel des technologies fascinantes, ou la vie des homme ? Et même cette question pouvait entrer en ligne de compte au moment du choix ce qui aurait conduit à un héroïsme qui à son tour pouvait se révéler encore plus fatal.

On peut y réfléchir autant qu'on veut, au moment où l'alarme se met à sonner, tout ça vient s'engouffrer dans le processeur du cerveau et c'est là qu'on voit qui est capable d'évaluer chacun de ces arguments de façon relative aux autres, et en tirer la conclusion qui s'impose.

On ne lance pas le débat, on ne laisse pas parler ceux qui ont des intérêts cachés, on ne fait pas dans la démocratie, on se regarde, on se comprend, et on agi immédiatement.

Eh mais quand on y pense dans toute l'armée en général la vie des hommes ne vaut pas un clou face aux intérêts financiers et stratégiques qui se jouent. Ils acceptent que leur vie puisse avoir une valeur inférieure aux intérêts d'une mission, ils font preuve, par essence, d'une abnégation propre aux kamikazes ou aux bombes humaines qui commettent des attentats terroristes.

On sait pourtant que les intérêts de grande échelle peuvent recevoir l'autorisation spéciale d'avoir une valeur supérieure aux vies humaines qui sont en jeu, et dans le fond faire passer au second plan son intérêt personnel devant l'intérêt collectif est d'une moralité à toute épreuve.

Les situations qui s'imposent à nous sont sur les chemins que nous avons pris.

Quand j'ai donné au général la possibilité de dire ce qu'il aurait fait, j'avais peur qu'il ne se disent que j'ai des doutes quant à mes choix, quand on sait à quel point ces doutes peuvent coûter cher.
Il m'a simplement répondu : « Eh bien, c'est vous le colonel ».

C'est bien une réponse de général, c'est du codé, qui signifie qu'il se place au-dessus de ces choix, et que seuls les résultats obtenus sont propres à être utilisables pour lui.

Mais quand même ce jour-là je ne savais pas si j'avais tué vingt homme ou si j'en avais sauvé deux-cent trente.

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