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L'oppression étymologique et la pensée globale

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Le mot « socialisme » est étymologiquement péjoratif

Certains articles impriment plus la mémoire que d'autres, ainsi je me souviens de l'interview du gars qui a créé le terme de « socialisme du XXIième siècle », cher à Hugo Chavez, qui lui-même s'est porté volontaire pour porter sur ses épaules tous les espoirs d'un monde ravagé par un système économique aussi absurde qu'injuste. http://w41k.info/37882

Sa prédiction est que les espoirs ainsi fédérés par ce slogan ne soient pas comblés en raison du manque d'imagination et de volontaires pour réfléchir ouvertement à ce qu'il faut transformer, par où commencer, comment rivaliser avec des idées reçues ancrées depuis la naissance de chaque individu, du plus riche au plus pauvre ? Même les pauvres n'aspirent qu'à devenir riches, c'est dire à quel point la santé mentale du monde est mal en point.

Quant aux riches, ils pensent comme les pauvres.

Voici une petite expérience sociale que j'ai menée en fumant une clope au balcon. Muni d'une caméra il s'agissait de voir comment les voitures se garent dans ma rue, dont le stationnement est payant, où les policières passent toutes les heures, et où la place manque tellement que les voitures stationnent au milieu de la route en guettant la moindre ouverture, les mains agrippés au volant, moteur allumé.

Déjà, la municipalité n'a rien trouvé de mieux que de planter les réverbères sur le stationnement, en pensant que 50 cm de large ce ne serait pas grave. Mais c'est mal connaître la psychologie sociale que de croire cela. L'avidité de trouver une place libre est telle que ceux qui se garent devant ou derrière ce réverbère se gardent toujours une marge de sécurité d'un mètre au moins, où personne ne peut se garer, au cas où l'autre abruti viendrait se coller son par-choc au sien, dans une tentative désespérée de s'incruster dans un espace possible à élargir si on pousse un peu.

Quand il y a deux places de libres, la voiture arrivant préfère toujours se placer en plein milieu de façon à se garder cette même marge de manoeuvre, interdisant à une autre voiture de se garer devant et derrière.

C'est à dire qu'à aucun moment les gens ne placent leur pensée à un niveau social, en privilégiant l'intérêt commun plutôt que le leur propre, ce qui se manifesterait par l'idée d'économiser de la place pour rendre service aux autres. Faire cela, dans nos sociétés de béton, revient à se présenter soi-même comme le bon con qui demande à se faire arnaquer, ce qui est contraire à la philosophie du « devenir riche ».

Depuis la naissance, chaque action en ce sens a toujours été réprimandée par les événements et par le comportement des « autres », qui sont plus vus comme une crainte que comme un moyen d'élever se pensée. Ces réflexes, sont conditionnés.

- Ceci est le fait de la gourmandise, c'est à dire que quand on prend plus que nécessaire, on confisque aux autres ce dont ils ont besoin, et par conséquent on se retrouve plus souvent en situation d'avoir des besoins insatisfaits, ce qui motive encore plus la gourmandise... du moins jusqu'à ce que surgisse la fameuse « prise de conscience », le fameux « changement de paradigme », par lequel la pensée prend une dimension sociale, ce qui a pour effet de dissoudre la source même des névralgies.

Forts de la conscience populaire qui consiste à ne pas se présenter soi-même comme quelqu'un qui se retrouve seul à placer sa pensée à un niveau social et qui donc fait offrande de sa personne aux malades de la gourmandise, il y a des gens qui ont cru bon de classifier ces premiers de « socialistes ». Les « socialistes », dès que le mot apparaît, ne sont plus que la partie non majoritaire de la population à « ne pas avoir compris » que seule la gourmandise leur apporterait, dans les faits les plus « rationnels », ce qu'ils veulent obtenir.

En effet, puisque « il ne faut pas rêver », tout le monde n'est pas « socialiste », placer sa pensée à un niveau social expose ces bons cons à se faire bouffer par les autres. Et leur obstination dans cette idéologie n'a de cesse de se trouver plantée par la pensée dominante.

Le mot « socialiste » confère un caractère exceptionnel (voire même tellement exceptionnel que ça semble être une sous-sous-catégorie de population, après homme-femmes, vieux-jeunes, riche-pauvres, intéressé ou pas par la politique, et enfin « socialistes ») au fait de penser à l'intérêt collectif plutôt que prioritairement à soi-même.

Il ne s'agit en fin de compte que de la capacité à admettre qu'on fait partie d'un corps social, et que c'est lui qu'il faut signer en priorité, au détriment de la doctrine qui consiste à croire que si chacun se soigne lui-même, tout le monde irait bien. Alors qu'en fait, le « soin » est mal compris, car il ne peut venir que de l'extérieur, et du coup il se comporte comme une couverture, qu'il faut tirer à soi-même.
Mais en tant qu'objet spirituel, le soin n'a de limitation que la politique par laquelle il est mit en oeuvre.

Comme on l'a vu, la gourmandise, en tant que maladie mentale est une névrose, qui s'accentue d'elle-même en raison de ce qu'elle considère comme cause ce qui n'est qu'une conséquence de ce qu'elle produit. C'est comme cela qu'on reconnaît du premier coup d'oeil une maladie mentale, grâce au principe d'un « toujours plus » éternellement insuffisant.

Et parmi les conséquences qu'elle produit, se trouve l'apparition du terme « socialiste », qui consiste, de fait, à dénigrer la part de la population qui est moins intéressée par son bien personnel que par le bien du plus grand nombre, produisant la conséquence non spécifiquement désirée de profiter des retombées positives de ce comportement.

- Quand j'étais petit un jour que je chantais « la lutte finale » mon père se mit en colère immédiatement et dit « je t'interdis de chanter ça sous mon toit ! ».

Et tu veux faire quoi comme métier plus tard ?
Cosmonaute !
Ben c'est pas sûr que tu vas y arriver.
(peut-être, mais pas beaucoup de scientifiques sont capables d'entrevoir ce que je sais déjà)

Car voyez-vous, un jour les hommes ont rêvé un peu trop fort et le camp de ceux qui produisent le bien personnel de manière consciente et directe, plutôt que inconsciente et indirecte, ont converti cet élan d'espérance naïve, mal calculée et démesurée, en un bain de sang et de misère dont nombreux sont encore vivants pour en témoigner.

Mais ce n'est pas le communisme lui-même que l'égoïsme qui a produit les conséquences néfastes qui auront rattaché le seul terme de « communisme » avec celui d'ennemi d'état, ce que tous les feuilletons américains se font fort de répéter sans s'en lasser.

Mais après avoir souffert de n'être qu'une insulte, le mot communisme refait son apparition dans le vocabulaire politique, au même titre que « capitalisme » fait son apparition, là où avant, le simple fait de le prononcer, signifiait qu'on voulait se désolidariser de ce qui avait produit, de manière directe et consciente, tant de richesses.

Ce mot-là aussi était interdit, tant il était sous-jacent, et tant on était « dedans ».
C'est comme le mot pédophilie, dès l'instant où il est apparu (en traînant avec lui une grave erreur étymologique puisque « philie » n'est pas « manie ») alors soudain la conscience populaire s'est rendu compte, tout simplement, que cela existait, alors qu'avant personne n'en parlait, de la même manière que personne n'évoquait toutes les sortes de maltraitances sur les enfants, et de la même manière qu'aujourd'hui personne n'évoque, ne comprend, ni n'arrive à isoler clairement le terme d'oppression étymologique.

En fait le terme d'oppression étymologique peut se définir comme le fait de porter atteinte à l'espoir, la créativité et à l'humanité en employant des termes que l'usage commun a blanchi de toute violence, plutôt que d'avoir une construction morale et une structuration de l'esprit suffisante pour se fatiguer à employer les termes les plus appropriés.

Le parent de cette considération est une autre sorte d'oppression, toute aussi invisible tant qu'elle n'aura pas pu être nommée et être rendue possible à désigner, est une forme d'inconséquence qui peut facilement être reliée à l'absence de conscience sociale.

Derrière le terme de « pédophilie », qui est prononcé environ 500 fois par jour à la télé, on peut si figurer qu'une idée est en train de jaillir dans la conscience sociale et qu'elle se trouve comme une mouche sur un carreau, confrontée à un blocage, une impossibilité d'aller plus loin dans l'analyse, ce qui fait que ce terme devient porteur d'un sens de plus en plus large, et ce de façon injuste.

La conséquence est que, comme au moyen-âge, non pardon il y a moins de cinquante ans, on enfermais les « fous » pour s'en débarrasser sans aucune autre forme de compassion ou de désir d'élucider, de guérir et de prévenir la « folie » (qui est un terme qui a lui-même, en son époque, été porteur d'une trop grande quantité de significations pour lui seul), les maniaques sexuels d'aujourd'hui, qu'ils passent à l'acte autant que si ils y pensent ou même si ils en ont l'air, sont immédiatement condamnés à la pire des vindictes.

Une publicité passe à la télé pour dire « pédophiles, vous êtes coupables de tous les crimes », un peu comme si on disait « islamistes avec vos femmes voilées, vous êtes responsables de toute l'oppression exercée sur la femme depuis des millénaires »...
Alors qu'à côté de ça les états commettent des crimes de masse avec les deniers publics tout en s'exclaffant « défendre la démocratie », protégés par des hordes de policiers au cas où on ne serait pas d'accord.

Et par-delà ces accusations, qui servent à se décharger des vraies causes des crimes, et qui se servent de l'insuffisance du vocabulaire et donc de la pensée à isoler, relier, structurer les causes et les conséquences de ce qui est névrotique, il faut se demander ce que la conscience sociale pourrait apporter comme réponse.

La conscience sociale est proche du terme d'holocauste. Si on fume une cigarette c'est pour se détendre et si on en fume trop en meure dans d'atroces souffrances. Et si tout le monde en fume la durée de vie moyenne diminue. C'est à dire qu'une chose considérée de façon locale n'a pas du tout la même signification à l'échelle globale.

La maltraitance sur les enfants tient de cette absence de conscience sociale, et plus généralement, toute l'éducation qui consiste à « préparer les jeunes à se battre » « pour défendre les siens », au lieu d'en faire des citoyens responsables, citoyens du Monde, chargés par leur âme de lui apporter ce qui lui seul peut lui apporter, peut être affilié à une maltraitance, par extension, sur toute l'humanité.

La notion de crime contre l'humanité doit aussi savoir s'émouvoir de ce que les crimes se définissent par ce qui porte atteinte à l'humanité des humains : entre briser l'enfance par sadisme sexuel, ou briser l'enfance en opprimant tout un peuple de Palestine, il n'y a aucune différence, ni dans les causes ni dans les conséquences.

- Le « socialisme » s'auto-désigne comme une façon de voir particulière par laquelle les problèmes peuvent être résolus, de façon presque timide et optionnelle. C'est ce « particulière », rendu par le « isme » qui est trop insuffisant pour revêtir l'ensemble de ce que signifie le fait de placer sa pensée au niveau de l'échelle sociale, alors que cela est précisément la finalité d'une bonne éducation.

Cette capacité, est normalement spécifiquement celle des dirigeants. Les gens de la masse ne peuvent pas, du moins pas avant que l'éducation n'ait été formatée par la science qui se fixe comme objectif de structurer l'esprit et de produire des cerveaux capables d'une raison qui puisse être mesurée, et d'une imagination et d'une compassion qui puisse contrebalancer cette intelligence, prétendre être les détenteurs d'une conscience sociale.

Dans le système de la démocratie où c'est la majorité qui l'emporte, la majorité n'ayant pas les aptitudes à la compassion et les compétences qui sont spécifiquement celles des chefs d'états dignes de ce nom, et malgré que ceux qui sont capables d'embrasser de leur esprit l'ensemble des problèmes du monde sont si peu nombreux, le « socialisme » reste le seul rival de la pensée dominante, qui elle a prit le soin de ne pas avoir de nom en "isme" (le dominantisme !).

Les « socialistes » (mais alors là il me faudrait une autre sorte de guillemets !) qui font de la politique, eux sont connus pour, au moyen d'une pensée individualiste propre à satisfaire les exigences d'un électorat composé de consommateurs qu'il faut quand même séduire, dans le but d'arriver au pouvoir pour ensuite révéler leur vraie nature d'authentiques dirigeants (du moins c'est ce qu'on peut espérer de mieux !), n'être finalement que d'autres sortes de filous dont le seul but, comme tout le monde, est d'accéder à la gloire afin de trouver une justification à leur auto-satisfaction naturelle.

C'est partant de cela que le terme de « socialisme du XXI ième siècle » est intéressant.
Le XXI ième siècle est celui de la révolution de la conscience sociale, car la société est devenue communicante, donc pensante, les gens sont densément reliés entre eux, au moyen de réseaux locaux et globaux illimités en bande-passante.

Dès lors le phénomène qui consiste à s'enquérir d'une conscience sociale, et donc à faire apparaître les lacunes d'une société qui n'arrive à nommer – de travers - que ce qu'elle a besoin de comprendre d'elle-même, connaît une fulgurante progression.

Nombreux sont les citoyens qui, en étant informés pas plus que, comme avant, on ne lisait le journal chaque matin en prenant son petit déjeuner, mais cette fois en consultant l'actu produite par internet, sont devenus capables de rivaliser haut-la-main avec les dirigeants en ce qui concerne la capacité d'avoir une pensée globale, et à extraire des remous de l'actualité la sous-jacence par laquelle il est possible de résoudre tous les problèmes en peu de mouvements.

Ainsi le meilleur sort qu'on puisse espérer à l'humanité est qu'un jour on se dise « ah, avant on appelait les bribes primitives de la pensée globale : 'socialisme', comme c'est drôle ! »

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