100307 12 min Système

Un système est un contexte

De toutes manières il va falloir changer de système social.

L'idée la plus importante est que le système social produit le contexte de toutes les activités terrestres.

Or selon le contexte une même activité peut être décrite comme ayant un effet positif ou néfaste.
Il ne s'agit pas, bêtement, d'une histoire d'usines qui polluent ou de déforestations à but lucratif à court terme. Ce ne sont pas « des choses à éliminer », comme veulent le faire croire la confusion et la colère.

Y compris les activités telles que l'éducation la médecine le transport, l'alimentation produisent des effets néfastes, si ils ne sont pas encadrés par un contexte viable.

La viabilité du contexte est est ce qui répond à la question de ce par quoi ces différents secteurs d'activité sont reliés. L'ensemble doit constituer un réseau logique, et ce réseau dans son ensemble est une machine à produire ce dont ces secteurs ont besoin.
Tout système a forcément un but.
Et aucun but n'est valable s'il ne justifie pas le système lui-même.

Ainsi, le fait que le système ai pour but sa propre santé, est un effet inéluctable ; c'est pourquoi il est primordial de veiller à la conception du système, de sorte que sa survie, en fait, soit assurée.

Les routines à l'oeuvre aujourd'hui, qui essaient de faire perdurer le capitalisme y compris au moyen de la force et de la violence, sont des événements systémiques. Ils auraient lieu quel que soit le système social. Seulement si ce système était profitable véritablement, toute cette énergie dépensée le serait dans un sens positif pour le plus grand nombre de gens.

Tout ceci constituent des repères importants pour le devenir d'une société et c'est lorsqu'on perd ces repères que l'évolution suit un cours qui n'est pas désiré.

Cette erreur d'aiguillage de l'énergie se reflète ensuite dans les comportements anti-hérétiques. En l'occurrence, anti-technologique, anti-mondialisation, en plus de tous les anti-évolutionnistes.

Pourtant ce n'est à aucun de ces objets qu'il faut s'en prendre, l'air de dire « pour que le système actuel puisse bien fonctionner ».

C'est le contexte, « le Système », qui fait de celui qui a faim et vole une pomme « un criminel » et de celui qui fabrique des pommes OGM « un entrepreneur ».

- L'idée principale de la révolution est que c'est une ré-évolution. C'est à dire qu'à un moment l'évolution a été mal aiguillée, les protocoles, les techniques, et même finalement les lois ont ont perdu le contact avec la raison initiale qui motivait leurs existences.

C'est parce qu'on arrive dans un monde où la loi est la loi sans raison, la méthode prédomine sur la circonstance, que soudain on évalue l'intérêt d'une re-évolution à partir d'un point antérieur à celui-ci.

L'exemple que j'aime bien pour illustrer cette idée est celle de l'Amérique latine qui a été empêchée d'évoluer à la même vitesse que les centres géographiques des empires, et qui du coup a choisi une autre voie, et qui finalement voient leur pauvreté diminuer tandis que dans le reste du monde elle est galopante.

Mais une re-évolution ne consiste pas à seulement « trouver des alternatives », il s'agit d'un élan créatif où les considérations les plus enfouies dans le subconscient prennent carrément la marche des opérations.

- Il faut partir de ce en quoi un système social peut être bénéfique. On s'attend d'avance à ce que la vie courante, les échanges, les biens de première nécessité soient abondants, tout en ayant un véritable soucis sur la question du long terme.

Toute société se défini par les usages qu'elle adopte afin de permettre sa subsistance.
Donc il est logique déjà que la question du long-terme puisse être primordiale, c'est à dire que celles du court-terme soient résolues.

Et donc déjà on admet que dans toute organisation faite de règles, en fait dans tout système, il y a une périphérie au-delà de laquelle l'efficacité du système dépérit.

- Le système social actuel est comme une peau de chagrin car il ne profite plus qu'à un nombre de plus en plus restreint de personnes, tandis que le reste du monde se trouve à la périphérie.

Le système qui doit surgir est celui qui répondra de façon intéressante à l'ensemble des « endroits » où le système actuel est défaillant.

Il en va ainsi de la culture, la musique, les logiciels, mais aussi la science, la médecine l'éducation. Aucun de ces domaines n'est propre à « produire des richesses », ou du moins la richesse qui est produite n'est pas quantifiable, et donc, pas quantifiée.
Ce ne sont que des moyens de captation de la richesse.
Et dans quel but ? On ne le sait pas.

Dans l'ingénierie, l'opérateur est embauché avec son cartable des classes de fonctions déjà écrites, et alors doit-il les donner, les vendre en plus de son salaire ou les réécrire pendant un an ou deux ?

Dans les villes il faut prévoir des lieux publics avec des activités ludiques (ne serait-ce que pour réconforter le travailleur !) c'est donc un bon investissement, dans l'absolu.
Mais dans le système actuel la création de ces lieux est décidé en fonction des impôts collectés (par la force publique) à condition qu'il n'y ait pas d'autres choses à faire.

On se demande pourquoi il y a tant de chômage alors que le système produit l'effet qu'il faut toujours choisir l'activité la moins onéreuse.

Si on avait les moyens il y aurait de grandes quantités d'instituts qui se créeraient autour de domaines aussi vastes que l'analyse politique, la protection écologique, les recherches sur les énergies, etc etc...
L'ensemble des logiciels et de la culture seraient du domaine public, et le maximum de ce qui pourrait l'être, serait robotisé.

Mais à chaque fois, oh comme c'est dommage « on n'a pas les moyens ».
Alors que les gens sont là prêts à agir, et même qu'ils en sont malades d'en être ainsi empêchés.

- Même si le système social avait été intelligemment pensé, ce qu'il n'est pas puisque son degrés de sophistication est très bas (et qu'il oblige à une énorme complexité des ajustements pour le faire tenir debout) il serait conduit à sa perte si les gens continuaient de répéter des protocoles et des usages sans comprendre pourquoi ni ou ça mène de le faire.

La question de la vision à long terme du développement d'une société est aussi celle des objectif communs.
Les objectifs doivent être multiples simultanément, à petite et à grande échelle, et surtout, le plus important, est que les effets mesurés doivent pouvoir être imputés à telle ou telle action ou chaînes d'actions.

C'est ce que devrait faire la politique, et c'est ce que devra faire l'ensemble du prochain système.

L'idée c'est que le citoyen doit ressentir du contentement d'avoir servi positivement sa société même au moyen d'un travail très modeste.
L'idée de fond c'est qu'aujourd'hui chacun travaille pour son « pain quotidien » et se retrouve à la rue sitôt ce travail terminé. C'est à dire que la plupart des gens ne construisent rien de positif pour la société, au mieux sa propre retraite, il ne s'agit que de survivre au niveau alimentaire, jusqu'à ce que tout ça « craque », ce qui est certain.

- La conception d'un système est qualifiable d'empirisme éclairé. Il ne s'agit pas d'avoir l'idée en une seconde et de passer un temps fini à la mettre en oeuvre, pour qu'ensuite on n'ai plus rien à modifier ; cela n'est valable qu'au niveau micro-informatique, quand on élit une fonctionnalité locale comme pouvant servir globalement, dans ce cas on ne l'écrit qu'une fois « pour toutes », enfin en théorie.

La conception d'un système est un fil évolutif dans lequel, à chaque moment, il faut faire des choix. Il arrive très souvent qu'au détour d'un paramètre on se trouve en train de requalifier tout un pan du système, voire à remettre en cause toute la programmation.

Quand cela arrive, on est face à une difficulté qu'on ne peut franchir qu'avec le courage et la confiance en sa théorie, car on part pour reprogrammer une grande quantité de fonctions globales, donc utilisées par des opérations innocentes qui peuvent en subir les conséquences (ce sont les fameux «bugs »), et on ne pourra contempler le résultat qu'une fois l'opération achevée dans son ensemble.

En général on fait une sauvegarde, c'est pourquoi l'informatique est un lieu d'entraînement intense, là où « dans la vraie vie... bon c'est vrai que c'est aussi une forme d'entraînement intense à pouvoir ne pas répéter ses erreurs.

Enfin en tous cas si on change de système ça risque d'être assez irrémédiable.
Le plus souvent quand cette opération de mutation est lancée, on est motivés par l'énorme gain en puissance (on peut dire en « densité » car pour un même nombre d'instruction organisées différemment, on produit un nombre supérieur de fonctionnalités) qu'on va obtenir.

Il se passe à ce moment-là une sorte de « pc-isation » des fonctions, où là ça devient plus sérieux, elles doivent toutes réagir à un même protocole.

Toutes les fonctions du noyau du système sont très solides et brèves. Elles n'évoluent pas souvent, à part au détour d'une soudaine mutation.

Les fonctions principales sont plus massives et renvoient à des fonctions du noyau autant qu'à des fonction de la périphérie, qui elles aussi son de petite taille. Mais à l'inverse de celles du noyau, elles sont très biodégradables, et surtout leur « décomposition », en direction de ce qui n'est pas pris en charge par le système, nécessite une densité de programmation de plus en plus faible, donc lourde et usitée qu'une seule fois à un moment exceptionnel.

Ceci est la fait de la loi des systèmes.

- Dans le monde réel le noyau est en train de perdre sa densité à une grande vitesse, les fonctions de cohésion n'arrivent plus à assumer leur rôle, et la charge en transférée à la périphérie, devenue responsable du maintient du système, alors pourtant même que ces fonctions sont celles qui sont le plus mal écrites, à l'improviste, et sans organisation protocolaire.

Dans un joli logiciel entièrement maîtrisé, aucune mutation n'est empêchée, ni pour des raisons de paresse à cause des considérables conséquences que ça peut avoir (et le temps qu'il faut avant de retrouver une stabilité logicielle), ni par crainte que cette mutualisation « alourdisse » la charge envoyée au processeur.
Nous (nous les Geeks) on vit dans un monde d'abondance sans freins.

Si on empêchait chaque mutation d'avoir lieu, et tout le monde connait les numéros de version des logiciels, (le 2.0 est presque un hymne), tous les logiciels existants en seraient à la version 1.0, la fameuse qui rempli une seule tâche bien et qui plante sur toutes les tâches connexes.

Ils n'évolueraient jamais parce que à chaque fois il y en aurait un pour dire « ça ne marchera jamais », « c'est pas comme ça qu'on fait d'habitude », « c'est une hérésie ! », etc...

La fluidité dont on bénéficie est celle de la possibilité de se tromper. C'est une chose qui est très présente tout au long de la conception d'un système.
Il est toujours possible, et ça ne peut qu'arriver, de faire partir l'évolution du système dans un sens et de vite se raviser, en particulier parce qu'on a été sauvé par une meilleure idée juste à temps.

Dans ce cadre, la découverte d'une erreur, à savoir en fait d'un truc illégal, non conventionnel, ou simplement oublié d'une des précédentes mutations, est comme une source de joie qu'on s'empresse de manifester en pratiquant une sorte de petit ménage domestique, dont on sort satisfaits, une fois que tout est bien rangé... et que la fonction périphérique bénéficie des ressources du noyau, multipliant ainsi son efficacité, ainsi que la densité de l'ensemble du système.

- Quand on parle de conception des systèmes on parle donc surtout du moment où la conception du système entre dans sa phase la plus agitée, qui est celle de la mutation soudaine.

Tout au long de la propagation et de la stabilisation, les activités sont douces et paisibles, on met aux normes, on applique des correctifs, parfois on se trouve empêchés d'avancer et on laisse ça en plan, et globalement tout va de mieux en mieux.

A part que, la concentration et la mutualisation font apparaître des nouvelles capacités qui suscitent des besoins nouveaux, et des idées nouvelles.

L'évolution est comme une marche en avant qui ne peut s'arrêter, si on a un pied en l'air, c'est pour le poser devant !

Il se trouve à un moment qu'on est plus qu'à un seul pas de produire une fonctionnalité d'une puissance inattendue, à part que ce « pas » ne peut être franchi que par l'ensemble des mécanismes simultanément.

Alors, en douce, on fait tendre l'évolution du système vers le projet qui nous est passé par la tête, au point que, cela pouvant tenir de la pathologie, on applique des correctifs exagérément complexes set soignés par rapport à leurs besoins.

Ah ça, pour développer un système de façon harmonieuse, il faut en avoir toute la latitude.

Et puis un jour le système commence à nouveau à perdre de la densité, les fonctions s'accroissent localement, indépendamment, des problèmes communs surgissent en des lieux distants, alors on lance le chantier.
Ce qu'on fait est simple, on mutualise les problèmes, pour n'en faire qu'un seul, qu'on résout de façon brillante et générique.

C'est comme si on refait le papier peint, ça veut dire déplacer tous les meubles, vider la pièce, retrouver des objets perdus...

Il n'y a rien de plus sain que de faire cela.

On sait déjà que quand ce sera fini, on remettra tout à sa place, la pièce et les meubles seront exactement les mêmes, pourtant quelque chose aura changé, quelque chose d'une importance si grande qu'elle permet de mieux respirer.

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