22/08/2006 5 min #3658

L'internationalisation des biens humains

Superbe réponse du ministre brésilien de l'Education interrogé par des

étudiants aux Etats-Unis...

A faire suivre... Car la presse nord-américaine a refusé de publier ce

texte.

Internationalisation

Discours du ministre brésilien de l'Éducation aux États-unis.

Pendant un débat dans une université aux États-unis, le ministre de

l'Éducation Cristovam Buarque, fut interrogé sur ce qu'il pensait au

sujet de l'internationalisation de l'Amazonie.

Le jeune étudiant américain commença sa question en affirmant qu'il

espérait une réponse d'un humaniste et non d'un Brésilien.

Voici la réponse de M. Cristovam Buarque.

En effet, en tant que Brésilien, je m'élèverais tout simplement contre

l'internationalisation de l'Amazonie. Quelle que soit l'insuffisance

de l'attention de nos gouvernements pour ce patrimoine, il est nôtre.

En tant qu'humaniste, conscient du risque de dégradation du milieu

ambiant dont souffre l'Amazonie, je peux imaginer que l'Amazonie soit

internationalisée, comme du reste tout ce qui a de l'importance pour

toute l'humanité.

Si, au nom d'une éthique humaniste, nous devions internationaliser

l'Amazonie, alors nous devrions internationaliser les réserves de

pétrole du monde entier. Le pétrole est aussi important pour le

bien-être de l'humanité que l'Amazonie l'est pour notre avenir. Et

malgré cela, les maîtres des réserves de pétrole se sentent le droit

d'augmenter ou de diminuer l'extraction de pétrole, comme d'augmenter

ou non son prix.

De la même manière, on devrait internationaliser le capital financier

des pays riches. Si l'Amazonie est une réserve pour tous les hommes,

elle ne peut être brûlée par la volonté de son propriétaire, ou d'un

pays. Brûler l'Amazonie, c'est aussi grave que le chômage provoqué par

les décisions arbitraires des spéculateurs de l'économie globale. Nous

ne pouvons pas laisser les réserves financières brûler des pays

entiers pour le bon plaisir de la spéculation.

Avant l'Amazonie, j'aimerai assister à l'internationalisation de tous

les grands musées du monde. Le Louvre ne doit pas appartenir à la

seule France. Chaque musée du monde est le gardien des plus belles

oeuvres produites par le génie humain. On ne peut pas laisser ce

patrimoine culturel, au même titre que le patrimoine naturel de

l'Amazonie, être manipulé et détruit selon la fantaisie d'un seul

propriétaire ou d'un seul pays.

Il y a quelque temps, un millionnaire japonais a décidé d'enterrer

avec lui le tableau d'un grand maître. Avant que cela n'arrive, il faudrait internationaliser ce tableau.

Pendant que cette rencontre se déroule, les Nations unies organisent

le Forum du Millénaire, mais certains Présidents de pays ont eu des

difficultés pour y assister, à cause de difficultés aux frontières

des États-unis. Je crois donc qu'il faudrait que New York, lieu du

siège des Nations unies, soit internationalisé. Au moins Manhattan

devrait appartenir à toute l'humanité. Comme du reste Paris, Venise,

Rome, Londres, Rio de Janeiro, Brasília, Recife, chaque ville avec sa

beauté particulière, et son histoire du monde devraient appartenir au

monde entier.

Si les États-unis veulent internationaliser l'Amazonie, à cause du

risque que fait courir le fait de la laisser entre les mains des

Brésiliens, alors internationalisons aussi tout l'arsenal nucléaire

des États-unis. Ne serait-ce que par ce qu'ils sont capables

d'utiliser de telles armes, ce qui provoquerait une destruction mille

fois plus vaste que les déplorables incendies des forêts Brésiliennes.

Au cours de leurs débats, les actuels candidats à la Présidence des

États-unis ont soutenu l'idée d'une internationalisation des réserves

florestales du monde en échange d'un effacement de la dette.

Commençons donc par utiliser cette dette pour s'assurer que tous les

enfants du monde aient la possibilité de manger et d'aller à l'école.

Internationalisons les enfants, en les traitant, où qu'ils naissent,

comme un patrimoine qui mérite l'attention du monde entier. Davantage

encore que l'Amazonie. Quand les dirigeants du monde traiteront les

enfants pauvres du monde comme un Patrimoine de l'Humanité, ils ne les

laisseront pas travailler alors qu'ils devraient aller à l'école; ils ne les laisseront pas mourir alors qu'ils devraient vivre.

En tant qu'humaniste, j'accepte de défendre l'idée d'une

internationalisation du monde. Mais tant que le monde me traitera

comme un Brésilien, je lutterai pour que l'Amazonie soit à nous. Et

seulement à nous!

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