100201 4 min

L'auto-décrédibilisation

C'est intéressant de prendre du recul pour suivre le trajet des angoisses.

Je viens de faire un petit voyage temporel dans les bases de données, et en moins de 3 mois, la discussion à propos d'internet est passée de : "vous êtes tous surveillés, vos données personnelles accessibles par tous, comment rester anonyme sur internet ?", par l'intermédiaire déclaration mondiale de facebook sur les données qui sont publiques, pour arriver à la réponse apportée par les gouvernements : le filtrage du net, et la censure à tout-va.

Aucun rapport ? A part que l'énergie de l'angoisse créée sur les données privées est utilisée afin de motiver une censure de l'internet.
On peut dire aussi que l'angoisse sur la sécurité personnelle a été l'objet d'une transsubstantiation ; Son seul moyen de devenir palpable étant de devenir légale, elle a prit forme de censure.

En quelque sorte d'abord on crée la demande, et ensuite on propose l'offre.
Le mouvement naturel est que la demande précède la réponse, mais quand le plan précède la demande qui est provoquée, c'est facile à reconnaître, la réponse se fait sur un plan tout autre que la demande.

Il faut entrer dans le détail :

En premier il y a les droits de l'homme sur le privé des communications, et en second les droits de l'homme sur la liberté d'expression ; et en l'espace de 3 mois, ces deux notions ont été mises en concurrence, de sorte que ce soit soit l'un soit l'autre, et que la solution à ce "problème" soit "ni l'un ni l'autre".

D'un côté, « toute communication est privée », devient « toute les données sont publiques » et l'énergie de la sûreté de communications est transportée sur le principe du copyright : « toute donnée commerciale ou même commercialisable est privée ». (or tout est commercialisable)
Ainsi les humains perdent un droit que les industries obtiennent.

C'est quand même paradoxal ! Les données personnelles, les mails, les formulaires qu'on rempli, peuvent être consultées par qui le veut, mais par contre les articles, les photos, les films qu'on fait, n'auront plus le droit d'être distribués gratuitement ! (du moins c'est ça qui se trame).

De l'autre « la liberté d'expression » devient « seule l'expression autorisée est tolérée », et le principe de liberté, lui, va s'appliquer à une entité externe que cette loi sur le filtrage de l'internet est sensé protéger. « la loi protège la liberté ». Peu importe la contradiction si la loi tue la liberté.

Ainsi on passe de deux droits, à deux interdits, de sorte que le privé des données s'applique sous forme de copyright dévastateur, tandis que la liberté d'expression n'empêche pas d'émettre des lois qui encadre très durement la liberté d'expression.

Cela fait suite à l'article « Les droits des groupes sociaux », où j'explique :

De la même manière (on pourra multiplier les exemples) l'humain possède en priorité une liberté et par conséquence, des petits devoirs, tandis que le groupe social doit posséder en priorité des devoirs, et par voie de conséquence une certaine forme de liberté.

(...)

L'histoire, c'est que les groupes sociaux veulent s'approprier les Droits de l'Homme à leur avantage, et ce faisant par une voie toute mécanique ils les confisquent aux individus pris isolément.

- Dans l'antiquité les dérives politiques étaient dénoncées par la Comedia, qui singeait les manières des puissants.

En fait ceci est le fait d'un mouvement, on s'inquiète, sans savoir pourquoi, de quelque chose, et soudain cette inquiétude prend une ampleur irrationnelle, au point qu'elle devient justifiée par les conséquences qu'elle a provoqué. De cette façon elle est auto-tournée en dérision en quelque sorte.

8119