Ce qui ne se dit jamais sur Sciences-Po et les médias...

13-01-2010 2 articles 8 min #35102

Le débat sur la mise en place de quotas à l'entrée des grandes écoles a, une fois de plus, montré la puissance médiatique de Richard Descoings, le patron de Sciences-Po. Reste à savoir si ses soubassements sont idéologiques ou si elle repose aussi sur les liens professionnels entre l'école et nombre de journalistes.

 La d Un bon début d'année pour Richard Descoings. L'école de journalisme de Sciences-Po, qui attendait ça depuis 5 ans, a été reconnue par la convention collective des journalistes et le directeur de l'école est au centre du débat politico-médiatique qui s'est ouvert sur les quotas de boursiers. C'est son combat. Le combat pionnier, celui qui l'a lancé. Seul contre les grandes écoles, Richard Descoings adore la posture du chevalier blanc. Un chevalier blanc épaulé par une puissante armée des ombres des proches de Sciences-Po.

L'unanimisme médiatique sur la question des quotas boursiers en est encore une démonstration. France-Inter, Libération, Le Monde, La Croix et tant d'autres ont bu les paroles du « dirlo » et  repris ses attaques contre ce qu'il a qualifié de « réaction anti-sociale ».

 Une rapide revue de presse. L'évidence saute aux yeux : du Descoings à tous les étages. La Croix  qui fustige la « démocratisation en trompe l'œil des études supérieures et s'appuie sur l'exemple de Sciences-Po,  Rue89 qui estime que Sciences-Po avait fait preuve d'audace « en 2001 en ouvrant un accès spécial pour les bacheliers issus des ZEP ». Belle opération de charité, en effet. Le Monde, qui ouvre ses pages à Richard Descoings pour y dénoncer « le lobby des Grandes Ecoles ».

Sur France Inter,  Nicolas Demorand, le présentateur de la matinale, ancien prof à l'école de journalisme de Sciences Po jusqu'en 2009, se révèlera un soutien surprenant à son invité du jour. Les exemples pourraient se multiplier.

Anciens élèves, maîtres de conférences, professeurs, intervenants, le directeur de Sciences-Po possède de puissants relais de la « pensée Descoings » dans la plupart des médias. La quasi-totalité des quotidiens français sont dirigés par des étudiants passés par l'école de la rue Saint-Guillaume : Joffrin (Libération), Mougeotte (Le Figaro), Eric Fottorino (le patron du Monde).

Un traitement médiatique sans équivalent

Mais Descoings a multiplié les formations en communication pour y attirer les représentants de l'actuelle et de la future élite médiatique. L'école possède donc  une formation en communication, à laquelle participent de très nombreux dirigeants d'agences de publicité et relations publiques.  Mais aussi un Master en management des médias dirigé par Nicolas Beytout, le patron des Echos, diplômé et professeur associé à la formation en journalisme de l'école. De loin le plus cumulard, un véritable « Descoing's Boys ».

 La liste impressionne: presque la plus grande -et prestigieuse- salle de rédaction de France. Des patrons de presse, des directeurs de rédaction, des rédacteurs en chef et des journalistes en veux-tu, en voilà: Hervé Brusini le directeur de l'information de France 3 qui est également professeur associé à l'École de journalisme de Sciences Po, Jean-Marie Colombani, fondateur de Slate, Jacques Esnous, directeur général de l'information de RTL, Etienne Mougeotte et Alain Weill (patron du groupe de NextRadioTv), David Abiker (France Info), Raphaëlle Bacqué (le Monde), Pierre Assouline, Alain Généstar, Patrick Cohen (Europe 1), Thomas Legrand (France Inter) etc.

La présence de médiacrates à Science Po aboutit-elle à une traitement de faveur de l'école ? Ce n'est pas si évident : Yves de Chaisemartin figurait dans le comité de préfiguration de l'Ecole de journalisme et cela n'entrave nullement la capacité critique de Marianne sur le cas Descoings. D'autre part, force est de constater que les critiques de Richard Descoings et de Science Po sont rarissimes. On peut interpréter cette bienveillance par le fait que la génération des journalistes des années 80 a souvent effectué le cursus Science Po-CFJ et que l'on est en général peu enclin à cracher sur l'institution qui vous a formé. Mais on peut aussi considérer que le soutien aux méthodes pédagogistes de Descoings est cohérente sur un plan idéologique avec les options actuelles des médias dans ces domaines, qu'il s'agisse de Libération, du Monde ou de La Croix. Le problème est que cette question du conflit d'intérêt, si souvent mise en avant par les journalistes quand ils critiquent les chefs d'entreprise ou les hommes politiques, est totalement ignorée s'agissant de la profession journalistique, comme si elle était inimaginable. La preuve : alors qu'une centaine de profs de l'institution oeuvrent dans les médias, jamais aucun article ou interview ne le mentionne.

En tout cas, la création de l'école de journalisme en 2004, viendra après un rapport commandé à Michèle Cotta qui recommanda... l'ouverture d'une école de journalisme. Une décision discutable d'un point de vue stratégique, mais qui formalise de fait des liens avec la profession. Ils y ont étudié, ils viendront enseigner. Grâce à l'école de journalisme, la galaxie Médias de Sciences-Po n'a plus de limites : télévision, radio, presse, web.  Près d'une centaine d'intervenants réguliers sans compter les invités. Le résultat ne s'est pas fait attendre : aucune école, et encore moins son directeur ne bénéficie du traitement médiatique de Sciences Po. Il n'y a aucune raison que cela cesse avec des étudiants formés en batterie qui sauront se souvenir d'un tel mentor.

Sciences-Po, l'agence de relations publiques de Richard Descoings ? Même les profs de Sciences-Po l'admettent. Dans une très longue enquête consacrée à l'institution, Jade Lindgaard, journaliste à  Médiapart rapportait les propos d'un professeur lucide qui estimait que Sciences-Po était « sous critiquée »: « le problème dépasse l'enjeu de la couverture médiatique de son directeur. Les anciens élèves sont peu enclins à la critiquer. Ceux qui y enseignent n'ont aucun intérêt, et pas forcément l'envie, de le faire. Ceux qui n'y sont pas peuvent espérer y officier un jour. Une enseignante se remémore que le précédent directeur, Alain Lancelot, disait que « les gens paieraient pour enseigner à Sciences-Po ». Plus brutal, un responsable de master estime qu'« il faut vraiment être crétin pour ne pas enseigner à Sciences-Po ».

Dans l'article, la journaliste décrypte la montée en puissance médiatique de Sciences-Po. C'est justement l'ouverture de l'établissement aux classes ZEP qui a été un élément déclencheur : « Une interview accordée en amont au Monde. Une conférence de presse calée juste après la parution de l'article. « Une petite vingtaine de journalistes s'étaient inscrits à la conférence de presse. Mais après la sortie du « Monde », on a reçu 10.000 coups de fil, le standard a sauté » se souvient Xavier Brunschwig l'ancien directeur de la communication de l'école.

Largement de quoi expliquer le combat de tous les instants que mène Richard Descoings chaque fois que le sujet revient sur le tapis. De même que les relais médiatiques fidèles à jamais dont il dispose.

Descoings avait été pressenti pour un poste ministériel. Inutile, il sert bien plus le gouvernement dans cette fantasmagorique position de neutralité avec ses journalistes labellisés Sciences-Po dont il est aussi souvent l'invité que l'employeur. Comme si Sciences-Po, en plus d'être un établissement « démocratisé » - ce qui reste largement à démontrer - était aussi une formidable agence de relations publiques.

 marianne2.fr

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