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Erreur capitale

Expérience avec Pizza Hut

je n'avais pas consommé chez ce McDo de la pizza depuis près d'une décennie. Là où avant pour 50 francs tu avais un pizza assez bourrative pour deux, aujourd'hui pour 15 euros (100 francs) on a une pizza, que dis-je, une pâte avec quelques ingrédients épars, plus (+) une deuxième gratuite. Sympa.

La station service de la pizza se présence comme un bloc de béton cubique où on a plcé un bureau de change perpendiculaire à l'entrée, et des pseudo bancs métalliques en face pour les files d'attente imaginaires. Ici c'est la place du client. Ils auraient aussi bien pu ne pas mettre de fauteuil métallique et insalissable (vu comme les clients considérés comme sales), mais du coup ça aurait perdu tout son charme ! Alors même si ces fauteuils inutiles-à-nettoyer sont posés là pour rien, leur utilité est seulement symbolique. En effet, le client est celui qui appelle au téléphone, jamais il ne se déplace, on lui livre sa pizza sur une mobylette déglinguée et lâchant de la fumée noire, c'est ça la procédure standard.

Donc le client qui se point, déjà il a tort, c'est un pauvre qui veut s'économiser le service rentable du transport. Dès lors quand on arrive on tombe sur un gars en anorak au téléphone. Il jette un coup d'oeil sur vous et lève le doigt pour dire « attendez j'arrive ». Il saisi la carte devant lui et cite les différents modèles de pizza. Un autre cosmonaute est au « fourneaux ». Il sort les pizzas d'un crématorium instantané sur un poêle à frire, qu'il fait glisser dans un carton, referme vite fait avant que l'odeur ne vienne lui frapper la figure, et se pointe à l'accueil pour s'occuper du client.

Mais là, le téléphone sonne à nouveau. Il lève le doigt d'un centimètre pour dire « attendez » et répond.
Bah oui ça se passe comme ça chez McPizza Hut, la file d'attente électronique est prioritaire. Je lui dit « eh ! J'étais là avant ! ».
Puis il se met à tapoter sur son clavier huileux, en regardant un écran sur lequel s'est déposée 4mm de graisse jaune.

Alors je vais jouer avec la porte électronique. Dehors il fait encore assez bon, genre 12°, et dedans, on a un concentré d'odeur de friture indélébile même au kärcher, et une chaleur de 35°.
Là on se dit, dans une société normale les gens mettent des portes normales afin qu'en été, l'entré soit accueillante, et la porte constamment ouverte, ce qui en plus fait circuler l'air. Mais non chez McPizza Hut on a mis une porte électronique avec vidéo-surveillance, qui se referme aussitôt qu'on est passé, voire même qui s'ouvre intempestivement quand un passant s'approche trop.
Mais par contre, pas moyen d'aérer la salle, la porte se referme forcément.
Pas moyen non plus de dire « ceci est un lieu public, vous êtes les bienvenus », non, c'est plutôt « ceci est une propriété privée, seuls les clients sont tolérés ».
On leur a même mis des fauteuils métalliques non salissants.
Pour qu'ils attendent une trêve dans les appels téléphoniques.

Expérience EDF

On entend parler de privatisation, d'ouverture à la concurrence et d'augmentation des tarifs. Jusque là on ne se doute de rien puis un jour le montant de l'abonnement fait un bond de quelques euros.
Et cumulé avec d'autre trucs, là où je payais 37 je dois payer 48.

Alors, conversation imaginaire.

- Bonjour, puis-je vous demander ce qui justifie d'augmenter les tarifs ? Je ne comprends pas, vous êtes bien plus riches que moi, pourquoi dois-je payer plus ?
- Ah mais monsieur vous n'avez pas vu la pub à la télé « j'ai trouvé mieux ailleurs », eh bien c'est ça maintenant, si vous n'êtes pas contents, on a préparé le terrain, vous pouvez allez voir nos enseignes concurrentes.
- Mais comprenez Madame que je ne puis laisser ces prix augmenter et me laisser faire comme si j'approuvais parfaitement. Comprenez que si vous augmentez vos tarifs, toute la chaîne des prix va augmenter et finalement vous n'aurez rien gagné. Et vous devrez les augmenter encore, à part que les pauvres comme moi ne pourront plus payer notre électricité. Déjà avant je n'avais que 15 euros à payer, là ça a triplé quand même !
- Oui mais justement Monsieur, c'est pour ça qu'on a inventé le capitalisme, comme ça il n'y a aucune discussion à avoir sur la raison des prix, vous êtes sensé croire que le marché est libre, est que les concurrents se battent pour offrir les meilleurs prix. En augmentant nos tarifs, nous vous incitons à souscrire chez nos partenaires concurrents. C'est très sain comme système ! Cela nous permet de ne rien avoir à justifier auprès de vous.

En fait ce qui se passe dans notre société est un pourrissement.
Des préceptes et des raisonnements biaisés conduisent des comportements et des ambiances à apparaître.
Or c'est dans la sous-jacence des faits que se trouve la société.

C'est au départ qu'il faut dire, même dans l'architecture, que les lieux sont publics, que les gens veulent déambuler, que la vie doit être douce et paisible.
Si pénétrer dans un boutique ressemble à venir quémander une autorisation à un parloir de prison de sécurité, si la nourriture servie dans un emballage décoratif est celle de cette même cantine de prison, et si le dialogue est interdit entre le vendeur et l'acheteur comme s'il y avait une barrière hiérarchique entre eux, la ressemblance avec une société libre et heureuse n'est que le fait d'une berlue.

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