Pour une anthropologie transcendantale : Gaza et l'avenir de la pensée politique mondiale

31 min

Par Manuel de Diéguez

1 - L'apprentissage du recul
2 - Une espèce leurrée ab ovo
3 - Vers une science du singulier
4 - Une science du désenchaînement
5 - Le regard sur les dieux grecs
6 - Que signifie le verbe exister appliqué aux dieux?
7 - Une révolution de la méthode
8 - De l'immoralité des idoles
9 - Quelle est l'immoralité du Dieu unique ?
10 - Le sacrifice et le meurtre
11 - La théologie du meurtre payant
12 - Une psychanalyse de la condition simiohumaine
13 - Le mystique et le flambeau de l'intelligence

1 - L'apprentissage du recul

Quel casse tête que de tenter de placer sous la lentille d'un microscope encore à inventer l'encéphale d'une espèce à distancier aussi bien des criailleries de son ventre que des miroirs flatteurs dans lesquels elle se mire! Prenez l'éléphantologie, la lupologie, l'entomologie, la léonologie, la tigrologie, la simiologie d'un côté, l'angélologie, la séraphologie, la théologie de l'autre: que voilà des sciences heureuses de savoir ce que parler à son miroir veut dire! Comment se fait-il que seule l'anthropologie transcendantale soit une science tellement déshéritée qu'elle ne sait dans quelle glace se regarder? De plus, la science dans laquelle toutes les autres espèces se réfléchissent porte sur des traits que leurs spécimens ont la chance de posséder en commun. Les loups ont des fourrures et des crocs, les abeilles savent ce qu'elles doivent faire pour s'appeler des abeilles, les fourmis s'affairent du matin au soir à se démontrer ce qu'elles sont, tandis que notre espèce n'est reconnaissable ni à ses exploits banalisés, ni au regard moyen qu'elle porte sur sa boîte osseuse. De plus, elle ne s'entend même pas sur les avantages et les inconvénients de sa nature.

Pis que cela : il lui appartient tantôt de se définir à l'école de ses exemplaires suréminents, tantôt à celle de ses modèles les plus répandus; et, dans l'un et l'autre cas, elle ignore à quelle station de la perfection ou de la médiocrité de ses vocalises elle aura fait halte. Comment apprendre à se reconnaître dans sa rareté ou dans son moule?

2 - Une espèce leurrée ab ovo

La seule espèce dont on ne sait comment la cerner et dont les disciplines censées définir son chant ou ses cris ne peuvent que s'interroger sans relâche sur leur propre comportement à l'égard du mystérieux objet du savoir a été qualifiée d'humaine à titre préjudiciel, parce qu'elle est née de la terre, humus, qu'elle reste à terre, humilis, qu'elle est humble et humiliée, humiliata, et qu'on l'inhume, c'est-à-dire qu'on la jette à la fosse. L'homme est le prématuré de la poussière à laquelle il retournera.

Aussi l'anthropologie transcendantale et prospective comportera-t-elle la même scission interne que la pensée philosophique classique: l'une de ses faces observera l'animal abaissé et voué au sépulcre, mais à la fois prédateur et découvreur des recettes sur lesquelles l'univers s'est construit, l'autre inspectrice de la bête attachée à décrypter les arcanes de son propre encéphale et qui rêve de le rendre transtombal. Mais si l'on étudie de plus près les exploits de la boîte osseuse d'un bipède vaporisé dans des mondes surréels et pourtant acharné à capturer et à domestiquer le cosmos, on ne construira jamais qu'une anthropologie amputée de l'étude de sa folie, tellement les deux pôles qui pilotent la masse des neurones de ce primate dédoublé entrecroisent leurs paramètres respectifs et s'en font un seul et même rets.

Comment tenter de mettre en cage les deux moitiés de notre encéphale sans brouiller l'unité apparente qu'elles affichent en surface? Pis que cela : vous dresseriez un inventaire décevant des ressorts de l'un et de l'autre de ces jumeaux si vous vous contentiez d'y repérer un logiciel commun à la bipolarité qu'ils affichent dans leur berceau partagé. Certes, dans la portion éthérée de sa masse cérébrale - celle qui se révèle ambitieuse de se célestifier - vous rencontrerez force personnages le plus souvent gigantesques; mais vous en retrouverez le sceau et les effigies dans l'autre genre de savoir dont dispose ce mammifère, celui qui porte notamment sur la connaissance des atomes, des planètes et de mille objets étrangers par nature aux préoccupations proprement psychiques de cette espèce. Comment se fait-il, se demandent les topographes de notre vie rêvée, que des acteurs fantastiques peuplent la vie intérieure de cet animal et que ces acteurs aient accouché d'un cosmos fort peu séraphique? Car les sécrétions cosmologiques du simianthrope songeur sont principalement de type juridique, donc censées diriger les cités. Celles-ci sont pilotées par des législateurs habiles à rédiger des modèles généraux et abstraits des tractations qui régissent nos sociétés. C'est ainsi que toute la physique classique répondait au type d'architecture de l'entendement rationnel de la "créature" qu'une divinité était réputée avoir forgé à l'établi du droit public et privé afin de schématiser les comportements de la matière sur le modèle juridico-théologique, c'est-à-dire sur les relations légalisées que les individus sont appelés à entretenir entre eux et à l'égard de leurs propres masses.

Il s'agit donc de mettre la main sur l'encéphale supposé pensant d'un vivant qui se bâtit une compréhension mi-administrative, mi-onirique de lui-même et qui se met à l'école des machineries verbales des législateurs dont il projette obstinément la magistrature sur l'inerte. Pourquoi s'imagine-t-il qu'un cosmos désespérément errant dans le silence de l'immensité se coulerait dans le moule supposé éternel d'une loquacité des lois commune aux cités et aux dieux?

Une anthropologie ambitieuse de connaître les cellules grises des évadés de la nuit se dotera d'un téléobjectif et d'un écouteur qui lui permettront de recueillir à la source les représentations falsifiées de lui-même et du monde extérieur qui égarent une bête livrée de naissance à des images narcissisées du cosmos. Mais pour porter un regard distancié sur une tromperie aussi gigantesque, il faut disposer d'un appareil de prises de vues et d'un capteur de sons situés hors de l'arène et, par conséquent, savoir déjà ce qu'est en elle-même une spécularité d'origine psychobiologique, ce qui suppose l'existence d'un troisième œil, dont le regard porterait sur la nature propre aux deux lobes cérébraux du chimpanzé dédoublé par ses Olympes.

3 - Vers une science du singulier

Cherchons le lunetier qui nous permettra d'observer nos potentialités et nos latences. Pour cela, nous devrons nous fabriquer un télescope qui grossira nos virtualités les plus microscopiques, mais aussi les plus prometteuses. Où se cache-t-il, le vrai regard du dehors sur notre minusculité et notre grandeur?

Quand Claude Lévi-Strauss photographiait les accouplements de ses congénères, les Amérindiens, il montait sur le trône bénisseur et absolutoire du pan-culturalisme. Mais s'il leur avait enseigné à entourer leurs feux de pierres afin de réduire des deux tiers le temps de cuisson de leurs aliments, il aurait endossé la tenue du missionnaire calviniste; et s'il avait médité sur le tragique de la condition simiohumaine, il aurait troqué la tenue de l'anthropologue bon teint pour celle, plus contemplative, du lecteur de Cervantès, de Swift, de Shakespeare, d'Eschyle, de Sophocle ou de l'Ecclésiaste. Et puis, quelle est l'anthropologie critique de Jean de la Fontaine qui, le premier, observa notre espèce en son animalité propre, quelle est celle de Jonathan Swift qui, le premier, tenta de peser le "grain de raison" du Yahou, quelle est celle de Cervantès qui, le premier, étudia les relations de la folie avec la sottise, quelle est celle de Rabelais qui, le premier, radiographia le panurgisme simiohumain, quelle est celle des Juvénal, des Martial, des Pétrone chez les Anciens, quelle est celle des La Bruyère, des Chamfort, des Vauvenargues, des La Rochefoucault et même des Molière parmi les modernes, qui les premiers observèrent la bête qui fait l'ange.

Quoi que fasse l'anthropologie, il lui faut emprunter un siège subrepticement sacerdotalisé et rien ne prouve que le plus charitable soit le plus heuristique. Et si l'anthropologie transcendantale, elle, s'armait enfin d'une connaissance spectrographique de l'inconscient ecclésial qui sous-entend la démocratie mondiale, sur quelle balance pèserait-elle son axiomatique?

Une première conclusion va s'imposer à notre infirmité : jamais l'anthropologie moderne ne conquerra le rang d'une science si elle se contentait d'emmagasiner et d'amonceler des connaissances généralissimes. Une telle discipline ne dresserait que des nomenclatures de ses petits avoirs. Inutile d'entasser un matériau hétéroclite, bon marché et d'usage courant, inutile de ranger cette pacotille dans des casiers à portée de main, inutile de la hiérarchiser, afin d'en faciliter l'accès et l'emploi, inutile de la classer à titre utilitaire. Mais s'il nous faut un gouvernail de la connaissance transcendantale, essayons de tracer une frontière nouvelle entre l'homme et l'animal ; et si nous voulons la rendre plus sûre que la précédente, nous devrons en tester l'altitude.

Conclusion provisoire: toute anthropologie qui se voudra scientifique se fera, de son axiomatique, son quartier général et se donnera à peser sur une balance plus distanciatrice que la précédente, parce que seul un recul intellectuel nouveau posera sur un plateau la bête qui se construit ses nids, ses ruches et ses boules de cristal, sur l'autre celle qui se prend la tête entre les mains pour apostropher ses oracles contrefaits et leur dire: "Enseignez-moi à me regarder dans le miroir qui m'attend."

C'est dire que seule une science médiocre et docile peut se donner le luxe de mouiller dans sa rade, seule une pseudo anthropologie peut se charger à ras bords d'instruments qui ne manqueront pas de se mettre à son service. Mais une anthropologie transcendantale et critique ne pourra lâcher ses amarres que si elle a trouvé son océan à franchir, son capitaine au long cours et le tracé de sa croisière. Puis il lui faudra apprendre à naviguer à l'école des vents imprévisibles qui l'attendront. Quel paradoxe de hisser les voiles inconnues qui seules permettront au navire d'une science du singulier de prendre le large!

4 - Une science du désenchaînement

Seule la petitesse connaît ses sacres et ses arènes.

Voir: La mort du roi des culturalistes, 16 novembre 2009

La méthode est le tigre ou la panthère dont le rapt arrache le simianthrope au cabotage des disciplines préapprises et sans recul. Selon Heidegger, Angelus Silesius aurait dit: "La fleur est sans pourquoi". On pourrait dire, de l'anthropologie pseudo-scientifique, qu'elle est sans pourquoi, alors que la question du pourquoi inaugure non seulement le recul de l'encéphale simiohumain à l'égard du visible et de l'invisible, mais à l'égard de la dichotomie originelle de l'animal scindé de naissance entre le tangible qui le rend mesurable et le néant qui le renvoie à l'insaisissable. Mais l'insaisissable s'appelle l'étendue; et celle-ci branche l'organe sommital du simianthrope sur le "manchon de néant" que Valéry disait enclore le monde. On attend le cogito qui fera de l'anthropologie transcendantale la spectatrice des encéphales habités par le pourquoi.

Une simianthropologie du pourquoi devenue scientifique pour s'être découverte philosophique, et devenue philosophique pour s'être jetée dans le vide se détournera nécessairement des amarres du monde; et il lui appartiendra de découvrir l'objet qu'elle aura vocation de connaître, celui dont seule sa navigation lui révèlera l'existence. De plus, une science aussi insolite sera condamnée à demeurer en mouvement ; et chaque fois qu'elle se trouvera au mouillage dans quelque port, elle dénoncera ses ancrages afin de reprendre son voyage.

Mais sans doute vaudrait-il mieux ramener notre encéphale à l'écurie du visible et lui passer le licol du sens commun que de l'envoyer vagabonder dans le néant sans gouvernail ni capitaine. Donnons-lui donc un champ à retourner à la bêche, du grain à semer, du blé à récolter et à moudre! Mais alors, qu'en sera-t-il d'une discipline vouée à la désarticulation perpétuelle de son pourquoid? Il nous faudra lui apprendre à se raconter les péripéties qui auront ponctué les désenchaînements successifs et toujours provisoires du cerveau simiohumain.

C'est dire que l'anthropologie scientifique et critique, donc philosophique par nature et par définition, devra ouvrir la route à une histoire des arrimages trompeurs et des désarrimages prometteurs d'une espèce qui passe de leurre en leurre depuis des millénaires et qui élabore pourtant peu à peu et méthodiquement une science de ses désenchaînements. Pourquoi?

5 - Le regard sur les dieux grecs

Par bonheur, les témoins en chair et en os des ancrages cérébraux et des désarrimages imprévisibles de notre espèce se dressent en plein soleil et se présentent dans le temps chronométré de l'histoire du bipède auto-cognitif. Aussi rien n'est-il plus spectaculaire et plus aisé à décrire que les ports d'attache où l'encéphale simiohumain a jeté l'ancre un instant pour la lever après une courte plongée dans les fonds marins de l'endroit. Voyez comment, à chaque escale, l'écriteau d'une idole s'est plantée à l'entrée de la rade; voyez comment toute la difficulté de l'anthropologie prospective est de découvrir les instruments de la connaissance transcendantale de lui-même qui permettront à notre encéphale de larguer partiellement l'idole locale qui lui aura brièvement offert le gîte et le couvert.

Supposons que l'anthropologie scientifique ait trouvé son chemin du moment; supposons qu'elle ait commencé d'observer de l'extérieur et de décrire l'histoire des dieux et de leurs ancrages théologiques sous les crânes. Pour découvrir maintenant ce qu'est une idole en tant que telle et dans sa complexion spécifique, il faudra que cette discipline apprenne à scanner la boîte osseuse de ses adorateurs sur le chemin qui l'aura conduite d'une idole à la suivante, parce que toute idole n'est observable qu'à l'aide d'un télescope nouveau, de sorte que si l'océan à parcourir a été dûment repéré et la trajectoire bel et bien tracée, toute la difficulté sera de trouver l'observatoire qui permettra de faire le point de l'histoire commune à toutes les idoles et aux encéphales qui en seront devenus les servants.

Prenez les premiers et les plus rudimentaires des dieux, ceux qui campaient en chair et en os sur l'Olympe des Grecs. A quels cerveaux leurs écriteaux se trouvaient-ils attachés et comment les Grecs mesuraient-ils le recul de leur encéphale à leur égard? Pour observer leur art de se distancier de leurs idoles, il ne vous servira de rien de prendre l'un après l'autre entre vos mains les lobes cérébraux perfectionnés de Pythagore, d'Archimède, de Platon ou d'Euclide, tellement les boîtes osseuses les plus performantes de ce temps-là croyaient dur comme fer en l'existence réelle de ces gigantesques acteurs du cosmos. Il vous faudra donc, à chaque escale, découvrir l'encéphale rarissime qui seul se sera rendu capable de se mettre à quelque distance des dieux locaux et de les filmer en tant qu'idoles. Comment cela, si la méthode dont vous aurez fait le pénible apprentissage et qui vous aura enseigné les secrets des dieux de l'époque précédente ne vous servira de rien pour décrypter l'idole suivante et si, par conséquent, votre anthropologie prospective et critique ne découvrira qu'au terme de son parcours la clé ultime de l'histoire du cerveau simiohumain?

Voyons comment les Grecs mettaient en scène le recul partiel dont disposait leur boîte osseuse à l'égard de leurs idoles. Où se situaient-ils entre le vide et le plein ? Si vous observez la distance moyenne que leur civilisation avait conquise à l'égard de son propre cerveau religieux, vous remarquerez que les Platon, les Aristophane ou les Euripide n'ont pas attendu les moqueries d'un certain Lucien de Samosate au IIe siècle de notre ère. Mais comment se fait-il que l'auteur de l'Apologie de Socrate lui-même n'ait été qu'un dégrossisseur d'idoles réputées exister de son temps? Dans l'Euthyphron, il se contente de reprocher à ses congénères de commercer avec leurs Célestes et de leur offrir des cadeaux ridicules et coûteux, comme si leurs bienfaits étant tarifés, ils se laissaient acheter au plus haut prix. Tout se passe comme si les idoles réputées incorruptibles acquerraient l'existence réelle à l'école de leurs vertus.

6 - Que signifie le verbe exister appliqué aux dieux ?

Voilà qui est préoccupant : car si une République pouvait devenir irréprochable et si, de ce fait, elle se mettait à exister, il faudrait s'interroger sur le statut qui la définirait dans les têtes et préciser ce qu'il en serait de l'existence propre aux personnages cérébraux rendus incorruptibles à l'école de la sainteté de leurs vénérateurs. Mais alors, comment leur perfection s'installerait-elle hors de leur boîte osseuse? Et si c'était leur moralité qu'il faudrait alors apprendre à peser sur une balance intérieure du pur et de l'impur, n'aurions-nous pas radicalement changé d'axiomatique? Or, jamais les Grecs ne se sont appliqués à peser leurs dieux sur la balance d'une éthique de leur Olympe, mais seulement sur celle des exploits de leur corps; et ils les ont réfutés quand leurs performances physiques leur ont paru invraisemblables.

Lucien, par exemple, les blessait au talon d'Achille à ridiculiser Charron, auquel il fait demander à Hermès quelques boulons tout neufs afin de réparer sa barque - la coque en était presque hors d'usage - et du fil pour recoudre ses voiles rapiécées et même trouées de partout. La critique des idoles de l'époque dénonçait donc seulement une distanciation insuffisante du cerveau grec moyen à l'égard de lui-même, donc un recul intellectuel demeuré embryonnaire et dont témoignait un culte des dieux gravé dans l'esprit du peuple. Il en sera encore de même au XVIe siècle, quand Erasme observera les copies chrétiennes des dieux païens, qui ont reparu sous la figure des saints - mais leur culte ne suscitera pas de Lucien de Samosate chrétien. Que va-t-il se passer quand l'esprit critique cessera de s'en prendreaux dieux enfermés dans leurs muscles plus puissants et leur ossature plus durable que ceux de leurs adorateurs, que se passera-t-il, quand la raison s'en prendra à leur immoralité?

7 - Une révolution de la méthode

Il va falloir se décider à conquérir un regard de l'extérieur sur l'immoralité propre à l'idole unique qui aura succédé à l'immoralité inaperçue des dieux charnels d'autrefois. On sait que l'idole nouvelle s'est proclamée solitaire, mais qu'au plus secret de sa politique, elle est demeurée non moins sauvage et barbare que les divinités corporelles du passé. Quelle sera, aux yeux de l'anthropologie transcendantale, la spécificité cultuelle de l'acteur du cosmos qui revendiquera maintenant pour lui-même le monopole de l'immoralité sanctifiée? Dira-t-on que l'idole nouvelle aura eu le plus grand tort de s'être tapie si longtemps dans les coulisses de l'univers et d'avoir tellement tardé à sortir de son trou? Féliciterons-nous l'humanité d'avoir enfin mis la main sur le Dieu véritable ou bien reprocherons-nous à un ciel apparemment unifié d'avoir joué à cache-cache avec la créature pendant des millénaires? Nous étonnerons-nous de ce qu'un miracle si précieux n'ait pas précipité tout le monde dans les monastères? Peut-être l'ironie des Lucien de Samosate chrétiens trouvera-t-elle d'autres paramètres encore de l'esprit critique des modernes, peut-être le sarcasme inaugurera-t-il une pesée entièrement nouvelle de l'immoralité viscérale des idoles. Dans ce cas, comment réfuterons-nous un ciel coupable d'une lenteur impardonnable à se manifester en public et néanmoins devenu monocéphale à une tout autre profondeur anthropologique que le ciel polymorphe des Anciens?

Quel tournant! Car si l'encéphale simiohumain avait gravé son histoire dans celle de l'éthique des dieux, le tracé d'une science de la morale donnerait une tout autre signification à l'évolution cérébrale du singe sonorisé, parce que le regard qu'une intelligence devenue transcendante à l'immoralité de l'histoire aurait porté sur les adorateurs des idoles d'autrefois aurait changé le globe oculaire de notre espèce. Alors une lumière inconnue éclairerait l'histoire des désenchaînements et des ligotages successifs de la boîte osseuse des évadés de la zoologie, et cela précisément parce que le capitaine disposerait d'une rétine fort différente de celle de ses prédécesseurs. Laquelle, et quel serait son pourquoi ? Certes, il dénoncerait le ridicule des idoles du passé et il les accuserait de s'être révélées humaines, trop humaines. Mais que signifierait "trop humaines", si le "trop humain" avait changé d'étage et si une éthique nouvelle était devenue la balance de la moralité des mythes sacrés du passé, du présent et de l'avenir? Comment la divinité monocéphale se révélerait-elle non moins simiohumaine de s'être incarnée en sa progéniture?

Car enfin, le nouveau Zeus est en chair et en os, lui aussi. Qu'a-t-il gagné au change d'avoir perdu son immortalité physique trois jours durant ? Que vaut une éternité un instant interrompue et qui a grand besoin d'une résurrection cellulaire afin de reprendre son cours? L'hémoglobine adresserait-elle un clin d'œil à la morale? Mais si nous avons basculé dans le symbolique, qu'allons-nous faire du corps qui nous restera sur les bras?

Les nouveaux observateurs de l'alliance que les idoles en chair et en os scellent depuis la nuit des temps avec l'encéphale de leurs adorateurs nous diront que nul ne saurait à la fois nier l'existence extérieure d'un personnage cosmologique plus unifié et non moins incarné que le précédent, si dans le même temps, il refuse de se demander pourquoi le nouveau Zeus s'incruste à ce point et de siècle en siècle dans la tête de ses vénérateurs. La traque du mimétisme des idoles de tous les temps et sous toutes les latitudes avec leurs inventeurs hauts comme trois pommes a commencé avec Isaïe, mais elle en appelle maintenant à une révolution de la connaissance rationnelle de la navigation cérébrale de notre espèce.

8 - De l'immoralité des idoles

Quelles surprises n'attendent-elles pas une anthropologie à la fois scientifique et prospective, donc constructrice de ses méthodes! Car cette discipline empruntera sa lumière à son propre itinéraire parmi les signes; et son ambition autopsiera son passé à l'école même des signaux qui auront jalonné son parcours.

Que dit désormais le télescope du symbolique au cœur de l'éthique? Que l'idole est sotte, puisqu'elle confesse avoir stupidement tenté de noyer toutes ses créatures, cruelle, puisqu'elle se venge de génération en génération sur le corps dérisoirement éphémère de ses victimes, escroc, puisqu'en paiement de ses promesses d'une éternité à fonds perdus, elle se fait quémandeuse d'un tribut inépuisable, créancière prévaricatrice, puisqu'elle laisse espérer à ses débiteurs un retour en grâce toujours aléatoire, coupable d'un orgueil immense et invétéré, puisqu'elle demande qu'on salue à genoux la démesure de sa puissance et l'ubiquité de sa gloire, hypocrite, puisqu'elle délègue à un tiers omniprésent et qu'elle feint de honnir le diabolique entretien des feux de son camp de concentration souterrain, imprévoyante, puisqu'elle aurait tout aussi bien pu créer de ses mains une humanité mieux lotie en son argile et qui lui aurait épargné force tracas, écervelée, puisqu'elle sue sang et eau à s'incarner en une progéniture sacrifiée d'avance en paiement d'une offense ancienne qu'elle aurait subie et dont il lui faut se venger afin de se refaire une réputation fantasque, puisqu'elle fait d'Abel son chouchou prédestiné et proclame la gratuité des bienfaits qu'elle lui accorde d'avance, obtuse et lâche, puisqu'elle damne tous ceux qu'elle a voués à lui désobéir et surtout rançonneuse, puisqu'elle se fait rembourser sur la potence ensanglantée de l'histoire du monde le meurtre supposé rédempteur des innocents qui lui servent d'appâts et de prébendes. Bref, le tribunal du symbolique ne se moque plus de Charon et de sa barque en perdition, il se présente en juge averti de l'immoralité de "Dieu".

9 - Quelle est l'immoralité du Dieu unique ?

Dans mon texte précédent, que j'ai consacré à la mort du roi des sorciers modernes,

Voir: La mort du roi des culturalistes, 16 novembre 2009

j'ai observé que les magiciens des cultures vassalisent maintenant les peuples primitifs en catimini et à l'école d'une cléricature plus subrepticement bénédictionnelle que jamais, ce qui signifie qu'ils glorifient les ethnies sur un mode plus inconsciemment et plus symboliquement sacerdotal que le précédent, puisqu'ils leur prêchent saintement la prosternation devant leurs amulettes et leurs grigris. A ce propos, je n'ai évoqué qu'en passant un écrit peu connu d'Erasme, sa Disputatiuncula de taedio et pavore Christi de 1499 (Petite controverse sur le dégoût et l'effroi du Christ).

En quoi ce texte malicieusement apostolique peut-il servir de balance à peser l'immoralité ancienne et nouvelle des trois dieux uniques? Je rappelle brièvement l'objet de la querelle: un théologien anglais, donc un bon protestant - de surcroît, prêcheur attitré en l'Eglise Saint-Paul de Londres - John Colet, s'était indigné de la poltronnerie éhontée et de l'égoïsme religieux du crucifié : au lieu de "bondir de joie" à la perspective de faire l'objet d'un marchandage avantageux avec l'idole, il avait fait preuve d'une lâcheté pitoyable. Songez qu'au prix dérisoire de son trépas sous la torture, il allait transporter d'un seul coup et à jamais le genre humain tout entier au paradis ! Et voici que, loin de se féliciter d'une disproportion aussi titanesque entre le profit garanti par l'acheteur et celui escompté par le vendeur, la victime avait manifesté une récalcitrance impie : n'était-elle pas allée jusqu'à se plaindre, "comme une femme" et à supplier le bourreau généreux d'épargner sa pauvre carcasse?

Erasme répondait à cette argumentation sans trop paraître quitter les conventions de la problématique de la grâce et du salut en usage à l'époque: le vrai courage de l'humanité, se demandait-il à l'école du Lachès de Platon, serait-il aveugle et stupide ou bien la vaillance propre aux fils d'Adam doit-elle se montrer intelligente et lucide ? Dans le premier cas, il fallait mettre le supplice de la croix à l'école des leçons de courage militaire de ce grand baroudeur de général Lachès qui, à l'opposé du fin escrimeur et stratège Nicias, proclamait "courageuses" les bêtes les plus sauvages, parce qu'elles se ruaient en aveugles et sans hésiter sur leur proie. Dans le second cas, le courage de la victime saintement trucidée sur l'autel de la rédemption résultait de sa connaissance détaillée et proprement surnaturelle des tortures rédemptrices qu'elle allait fatalement endurer pour la gloire de son "boucher céleste", comme dira Pascal.

Mais il faut comprendre les textes à la lumière de la postérité intellectuelle à laquelle ils servent secrètement de vecteurs. Erasme est le premier simianthropologue du sacré qui ait soulignécomme en passant - in transitu, dit-il - l'immoralité centrale du monothéisme des chrétiens, celle d'un retour caché et largement inconscient aux sacrifices humains qu'Abraham avait abolis par la substitution d'un agneau aux nouveaux-nés dont l'idole se léchait jusqu'alors les babines sur ses offertoires.

10 - Le sacrifice et le meurtre

Depuis les origines, cette immoralité-là se situe au cœur du sacré monothéiste. C'est que le sacrifice d'un vivant est le moteur à l'histoire simiohumaine tout entière. Si l'anthropologie transcendantale entend spectrographier l'immoralité de Dieu, il lui faut descendre dans les entrailles de la notion politico-religieuse de sacrifice, ce que ni Freud, ni Nietzsche n'ont osé.

J'ai déjà dit que les Grecs ne se sont pas préoccupés de l'immoralité de leurs dieux. Si Platon s'indigne de ce que Zeus, pris d'un désir violent pour son épouse Héra, l'avait aussitôt plaquée au sol, c'est seulement afin de réfuter un récit indécent et non afin de déposer l'histoire du genre humain sur la balance de l'éthique de Zeus. Mais si l'immoralité du dieu des chrétiens est celle qui, depuis la nuit des temps, s'attache aux sacrifices humains, il faudra non seulement scanner les liens immémoriaux que le meurtre sanglant de l'autel entretient avec l'histoire des démocraties contemporaines, mais confectionner de surcroît une torche - celle de la première description minutieuse de la révolte de l'agneau ou du mouton. En cette année 2009, elle date de cinq cent dix ans.

Comment en ferons-nous la lanterne de Diogène du monde moderne? Car enfin, le théâtre des immolations s'étale maintenant à ciel ouvert au Moyen Orient. Aussi la simianthropologie transcendantale a-t-elle rendez-vous, non plus avec les idoles en chair et en os des Grecs, mais avec celles, pieusement conceptualisées et rendues verbalement charitables des Eglises monothéistes d'aujourd'hui, qu'on voit épaulées par les démocraties pseudo évangélisatrices issues des principes de 1789. Tentons d'armer le XXIe siècle d'une connaissance un peu plus sérieuse des propitiatoires et des immolations. Où ont-ils passé, les dieux nouveaux? Pourquoi les idéalités au couteau entre les dents ont-elles pris la relève des autels et des potences d'autrefois ? Que voulait dire Frédéric Nietzsche quand il prophétisait que le christianisme périrait de son immoralité?

11 - La théologie du meurtre payant

Voici soixante-dix ans qu'Israël fonde sa légitimité politique sur le meurtre originel dont il déclare mériter la récompense, voici soixante-cinq ans que la Palestine sème le blé de son martyre afin de récolter demain la moisson de ses retrouvailles avec la souveraineté de ses ancêtres sur son sol. Et vous prétendez que le dieu des chrétiens n'est pas celui du meurtre payant sur l'autel de l'histoire? Mais tant que l'humanité se reconnaîtra dans le miroir de ce dieu-là, comment une anthropologie transcendantale enfanterait-elle le cerveau de demain du chimpanzé religieux?

Regardons l'idole droit dans les yeux. Rome garde un silence meurtrier sur l'offertoire de Gaza; et si les prêtres du ciel des potences gesticulent devant leur étal, ce n'est pas pour s'apitoyer sur le gibet sanglant de la Palestine, mais seulement afin de rendre grâces au Dieu dont l'assassinat sur l'autel leur donne à boire et à manger le sang et le corps de la victime livrée bien saignante à l'idole.

Mais alors, l'histoire de l'éthique se révèle l'axe central de l'anthropologie transcendantale. J'évoquais la question insidieuse du pourquoi. Pourquoi Lucien de Samosate démontrait-il seulement que les dieux des Grecs n'existaient pas dans leur charpente? Pourquoi, d'Aristophane à Freud, le simianthrope a-t-il perdu son temps à démontrer que les idoles n'ont ni bras, ni jambes au lieu de se demander comment elles siègent dans les têtes? Et voici que l'histoire de l'intelligence a pris rendez-vous avec le vrai miroir de l'encéphale de l'humanité. Regardez le simianthrope et son dieu faire la paire à Gaza, regardez les bénisseurs de la tiare dédoublée de Rome et de la démocratie mondiale, regardez la population massivement rassemblée sur un propitiatoire d'un million six cent mille victimes.

Mais, en décembre, une armée en provenance de toutes les nations de la terre, marchera sur Gaza; et cette armée criera aux victimaires que cette idole-là n'est pas la leur. Quatre patriarches ouvriront le cortège, Nelson Mandela, Jimmy Carter, Desmond Tutu et Mgr Gaillot, évêque de nulle part. Comment se fait-il, diront-ils, qu'un autre dieu soit né de l'abolition du meurtre de l'autel? Quel spectacle que celui d'une histoire du monde réfléchie à jamais dans le miroir de l'immoralité de son dieu!

Mais alors, qu'en est-il du symbolique ? Symbole renvoie à un verbe grec qui signifie "jeter ensemble". Isaac n'est-il pas un corps et un signe jetés ensemble sur l'offertoire? Et les Gazaouis, leurs corps sont-il dissociables du sens qui les élève au rang de signes? Qu'est-ce donc qui fait signe dans les signes? La proie humaine livrée à la mâchoire de l'idole sur l'offertoire des chrétiens est-elle le signe de leur théologie du meurtre bénit, du meurtre saintement rémunéré, du meurtre rédempteur ou bien le signe de l'immoralité de l'idole? En décembre, le monde entier aura rendez-vous avec la question du meurtre payant. N'est-il pas réconfortant que l'histoire de la planète ait pris rendez-vous avec la nativité du monde de demain à Gaza? Alors, la chair et le signe, le sang et le symbole, le corps et la voix de "Dieu" feront de Gaza le tombeau des idoles.

12 - Une psychanalyse de la condition simiohumaine

L'anthropologie transcendantale est en apprentissage perpétuel de sa route. Cette découvreuse inlassable de son devenir cérébral s'est mise à l'école de son propre chemin. Voyez comme elle va bouleverser une fois de plus ses méthode de décryptage des meurtres sacrés. Voici qu'elle observe les travaux des pédagogues du ciel d'autrefois. Comment se fait-il que ces éducateurs-là ne se contentaient pas de ravaler la façade vieillie de l'idole ? Pourquoi vous la repeignaient-ils à neuf des pieds à la tête, pourquoi vous redressaient-ils son échine et amélioraient-ils son port de tête, pourquoi aiguisaient-ils son regard, pourquoi rééquilibraient-ils sa démarche, pourquoi lui lissaient-ils la barbe, pourquoi consolidaient-ils son sceptre et requinquaient-ils ses affutiaux ? Les anthropologues anciens des dieux et de leur politique étaient les visionnaires de l'avenir de l'intelligence. Pourquoi, se demandaient-ils, l'encéphale simiohumain est-il demeuré embryonnaire au point qu'il avait doté son géniteur du sceptre de la stupidité, de la cruauté, de l'esprit de vengeance, de l'escroquerie, de l'orgueil, de l'hypocrisie, de la lâcheté, du décervellement et tutti quanti?

L'anthropologie transcendantale se voudrait l'instrument de la découverte des secrets meurtriers des idoles. Le spectacle que lui présente une espèce réfléchie dans le miroir sanglant de ses potentats des nues lui permet de décrypter le politique à l'échelle de notre astéroïde d'hier, d'aujourd'hui et de demain. Mais alors, qu'en sera-t-il du regard trans-animal que nous porterons enfin sur un administrateur vénal des récompenses et des châtiments, sur un gestionnaire coupable de trafic d'influence et de malversations, sur un Président directeur général du cosmos corrompu jusqu'à l'os?

C'est que l'immoralité de l'idole révèle les apories natives de la condition simiohumaine, tellement il est bien impossible à cet animal politique de jamais exercer la justice sans faire trembler, impossible à cet animal politique de jamais se faire obéir s'il se fait par trop aimer, impossible à cet animal politique de jamais tenter de s'armer des grâces de l'éternité sans déchaîner un torrent d'appas trompeurs, impossible enfin, à cet animal politique de jamais se faire respecter pour sa sagesse sans s'abaisser à un humiliant et maladroit étalage de ses ruses et de ses faux fuyants. L'anthropologie transcendantale est le nouveau bathyscaphe du singe banqueroutier et prévaricateur. Elle permet de plonger dans les profondeurs marines où les poissons de l'abîme se laisseront capturer dans les filets nouveaux de l'intelligence.

Mais alors, quel bienheureux abcès de fixation de la mort, quelle gangrène salutaire, quel chancre du salut que le martyre de Gaza! On y voit les nations naître sur l'enclume du Dieu tueur, on y voit les sacrifices de sang forger le destin des peuples et des nations; mais dans ce creuset mondial de l'esprit, on entend Clio demander à la planète de changer d'Olympe. De cet offertoire naîtra un regard nouveau de l'humanité sur elle-même, de ce propitiatoire jaillira la science de l'immoralité de Dieu.

13 - Le mystique et le flambeau de l'intelligence

Nous étions partis de la question de savoir comment élaborer en haute mer une science qui, non seulement ne connaîtrait d'avance ni l'objet de sa recherche, ni le tracé de son parcours, ni la méthode qui la conduirait à bon port, mais qui, de surcroît, lèverait l'ancre chaque fois qu'elle s'imaginerait avoir trouvé la rade qui lui permettrait de carguer les voiles. Et voici que l'anthropologie prospective a trouvé son matériau, son vaisseau et son espace.

Et pourtant, après un long voyage, le navigateur a jeté l'ancre dans le vide. Comment les ténèbres se changeront-elles en levier de la connaissance, en feu de l'esprit, en arme de l'intelligence? Le néant n'est-il pas aveugle, sourd et muet ? Sera-ce avec cet aveugle, ce sourd et ce muet que l'encéphale de notre espèce aura pris son ultime rendez-vous?

Peut-être quelques mystiques, et d'abord Jean de la Croix, furent-ils les premiers découvreurs et allumeurs du feu intérieur qui les brûlait et qui leur ordonnait de se jeter dans la flamme qu'ils étaient devenus à eux-mêmes. Si l'anthropologie transcendantale ouvrait à la science psychologique et à la psychanalyse le chemin des géniteurs de leur propre feu, peut-être l'Occident rationnel éviterait-il le naufrage des deux millénaires et demi d'incendiaires qui avaient voyagé jusque dans la "nuit obscure de l'entendement" et qui ont cru y découvrir une imperceptible lueur. A l'heure où une République pastoralisée sur les autels ruisselants de sang de la démocratie mondiale à Gaza tente de sceller à nouveaux frais l'antique alliance des Etats avec l'Eglise du meurtre sacrificiel des origines, laisserons-nous réhabiliter le ciel des idoles et des sots, ou bien l'humanisme européen de demain reprendra-t-il en mains le flambeau des allumeurs de l'intelligence ?.

Le 23 novembre 2009
pagesperso-orange.fr