091116 8 min

De la Loi

Au cours des chemins qui conduisent à repenser le système social dans l'idée d'un logiciel qui fonctionne parfaitement, j'ai découvert une condition assez surprenante sur laquelle il faut maintenant s'attarder.

Déjà on a vu que nous sommes quasiment certains qu'il faille tout centraliser et rendre contrôlable via des paramètres, de façon à avoir une incidence sur les évolutions, en poursuivant plusieurs objectifs simultanés, à la fois microsociaux et macrosociaux, sans que l'un ne prime sur l'autre.

Il est évident que la question de la fabrication des prix, même informatique et automatique, est une question piège puisque la valeur d'un objet doit pouvoir provenir de plusieurs systèmes de valeur, de sorte qu'un objet gratuit puisse quand même « rapporter » à son créateur, comme par exemple une découverte scientifique.
L'intérêt de « rapporter » étant uniquement fonctionnel, son paiement ne serait lui aussi n'être que fonctionnel, et double : 1 l'auto-satisfaction d'avoir eu une influence positive, et 2 la reconnaissance de la qualité de son travail.

C'était même un peu le but de départ de l'internet que de vouloir centraliser tous les scientifiques du monde autour d'une base commune leur permettant de travailler en connaissance de ce qui a déjà été découvert ailleurs. Cela aurait été une base suffisante pour initier un système social qui soit capable d'inclure des paramètres tels que la qualité.

(dans la société actuelle « la qualité » est confondue avec « la richesse », de sorte que l'obtention de richesse soit synonyme de « qualité », ce que, évidemment, les citoyens découvrent comme étant complètement fallacieux.)

De la même manière que l'argent, les prix, la propriété sont des questions-piège, le principe de la loi est lui aussi à revoir.

Pour donner un exemple sommaire, la loi ordonne catégoriquement.
Le but de la loi est de fabriquer un effet de justice de sorte que le moins de personne ne se sente lésé.
Pourtant, c'est sans aucun rapport avec les revenus que les amendes sont annoncées légalement, ce qui place chacun, selon ses revenus, dans une position différente face à la loi.
Un autre exemple sommaire, serait une loi qui dirait en préambule « polluer est mal... donc il est interdit de jeter des boîtes de conserve dans la nature ». Alors Ok, l'industriel ne jette plus de boîte de conserve mais comme la loi ne le spécifie pas, il lui est encore permit de jeter des sacs en plastique.
En fait, aucune loi ne dit textuellement « il est interdit d'utiliser les médias comme arme de propagande », « il est interdit d'être 'ostentatoirement' partial, ou de monter en épingle des faits d'actualité dans le but de distraire l'attention des questions les plus cruciales ».
Il y a tellement de choses qui ne sont pas interdites, que nombreux sont ceux dont le métier, très bien payé, consiste à trouver des failles dans la loi afin de s'y faufiler.

La loi se positionne elle-même comme impuissante, à cause du fait qu'elle veuille être trop catégorique.
Elle ne peut agir qu'après que le crime soit commit, et la seule réparation qu'elle peut donner aux victimes, sont des amendes en argent que ne valent rien pour ceux qui commettent leurs crimes.

Mais dans un système social où on aura centralisé les transactions de sortes à en avoir une vue en temps-réel, et à pouvoir moduler les autorisations et les diverses sortes de valorisation, de sorte d'assurer, car c'est l'essence d'un système, l'approvisionnement en Biens et Services de Première Nécessité (BSPN) de tout le monde sans condition, il apparaît que les lois et règles de ce système ne sauraient agir sur le plan de la réprimande, mais au lieu de cela, sur le plan de la recommandation.

Tout est dans l'état d'esprit qui se dégage du système.
Dans le système du but lucratif privé, l'état d'esprit qui se dégage est celui du « chacun pour soi », et du « marche ou crève ». Cela renvoie à l'absence de loi, à part qu'il y a des règles coutumières à respecter. Dans ce cas, le travail a pour but premier d'éviter la mort par famine. Et dès lors, l'énergie humaine est corvéable à merci, y compris pour fabriquer des produits qui ne servent pas l'intérêt commun.

Dans un système à but social, les industries mises en oeuvre sont valorisées par un comité d'experts. L'énergie humaine est répartie selon ses capacités et compétences, en leur laissant le choix de leur profession. Etant donné que leur revenu est garanti d'avance, il peuvent choisir de se cultiver ou de rejoindre un groupe de travail. Leur embauche est assurée d'avance dans la mesure où ils sont attendus, ils n'ont qu'à s'inscrire dans une base de données, ou se mettre en attente de l'ouverture d'un poste. Leur travail est évalué mais uniquement dans la mesure où il est est possible de leur faire gagner en qualité. La productivité étant maximale, énormément de temps de labeur est dégagée.
L'état d'esprit qui se dégage est celui de la co-participation à une ouvre sociale.
Et à partir de là, apparaît la notion de ce qu'est la loi.

La loi, déjà au moins au niveau des logiciels, est comme la mathématique. Elle est aussi rigoureuse que précise. Pourtant elle se découvre par soi-même ; par l'expérimentation et par l'habileté.

Dans ce registre, on aura noté les lois déjà découvertes de sorte à éviter d'avoir reproduire les mêmes erreurs que par le passé. Pour autant, il ne s'agit jamais d'interdire ; ce qui d'ailleurs la ridiculise puisque ce n'est pas possible au sens stricte.

En fait avant d'aller plus loin il faut utiliser une allégorie.
L'eau respecte « la loi » en s'écoulant dans un canal qui est tracé sur le sol. La loi dit que l'eau coule et suit le chemin du canal. Alors OK, ici elle est indéniable.
Mais le genre humain opère surtout dans le domaine spirituel. Les canaux qui sont tracés le sont par soi-même. C'est comme si la goutte d'eau doit couler sur une vitre lisse, on a énormément de mal à savoir à l'avance quel chemin elle va prendre. (Et évidemment quand elle rencontre une partie « mouillée », déjà tracée par quelqu'un d'autre, elle s'empresse de la suivre !).

Ce qui permet d'obtenir un semblant de respectabilité et d'autorité, chez les humains, est la capacité à aller au-delà des chemins qui sont attendus pour finalement aboutir à des solutions meilleures que celles qui ont été tracées auparavant.

Dans la recherche de la mise en oeuvre collective d'une société dont la principale production est « l'effet de justice », il y a forcément des chemins et des lois à découvrir.

C'est pourquoi l'esprit de la loi ne saurait être celui de ce qui est imposé par la force, comme l'est le destin des hommes dans la société du but lucratif.
La loi est le fruit de l'expérience, et dès lors elle a pour raison d'être (d'être) le ciment de la société.

La loi uni les citoyens dans la mesure où ils sont tous d'accord pour dire que les recommandations qu'elle proclament sont le fruit du bon sens, et ont pour objectif d'améliorer la cohésion de la société. La loi est reconnaissable dans la mesure où elle est bonne, où les gens l'aiment et la reconnaissent pour les services qu'elle rend à la société.

Ce que je veux dire est que la loi ne peut se présenter à l'humain que sous la forme d'une recommandation.

Si l'esprit dans lequel les lois sont dictées voulait bien un peu lâcher du lest en terme de pression psychologique, en se plaçant sous le terme de la recommandation, qu'elle soit vitale, pratique ou même culturelle (car la culture contient parfois des raisons non encore élucidées), du même coup elle engloberait en peu de phrases des pans bien plus vastes de ce qui est « légal » ou non.

De cette manière, prévenue par la loi, une personne qui passerait outre prendrait l'entière responsabilité de ses actes, et la société civile aura la droit de se dégager des conséquences néfastes, en les faisant porter sur celui qui a voulu la transgresser.

Cette notion est importante car si une loi, ou recommandation, conduit à produire des effets néfastes, cela permet de résoudre l'énorme problème qui consiste à juger la loi.
Et si une recommandation légale, comme par exemple les lois néolibérales de l'Union Européenne, produit plus de malheur que de solutions constructives, dès lors ce ne sont plus les humains qui l'auront respecté qui seront coupables, mais la société entière, ainsi condamnée par ses propres fondements moraux à devoir se remettre en cause, aussi immédiatement que possible.

Ce que je décris est ce que sont déjà les choses, ce sont des Lois existantes, et non des opinions. Pourtant la perception de la loi est biaisée, moins par les citoyens qui la conçoivent comme une force supérieure, que par la loi elle-même, qui se considère « au-dessus » de toute autre considération morale, éthique ou philosophique, en ne sachant pas se placer sous le terme de la simple recommandation.

La loi, les lois, ne sont déjà que cela, des recommandations, oublier cela conduit la loi à s'autoriser n'importe quel excès. C'est aux peuples de lui rappeler que si elle ne remplit pas son rôle de ciment pour la société (en se montrant plus souple et plus universelle, ce que l'image du ciment ne traduit pas !), elle sera examinée comme étant responsable de sa dislocation.

Car (en vérité) les peines symboliques érigées en épouvantail afin de dissuader de transgresser la loi, cette volonté d'opérer dans le registre de Pavlov (en conditionnant les réflexes), n'est nullement parlante de la raison des lois.

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newsnet 09/11/16 16:54