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L'hégémonie de l'intelligence

Plus, toujours plus, quand un esprit est déséquilibré, il utilise comme point de repère, comme niveau zéro de sa satisfaction, la satisfaction la plus récemment entreposée dans sa mémoire.
De cette sorte, il ne trouve la satisfaction qu'en augmentant la précédente d'un incrément.
Il fait cela en lieu et place d'être capable de relativiser au moyen de la morale, de l'empathie, et d'une forme de modestie par laquelle il serait content de ce qu'il a déjà, ou encore par laquelle il saurait se satisfaire de « moins ».

L'excitation, apprendra-t-il avec l'expérience, est une modulation du désir qui provient surtout de la sensibilité à ce désir. En d'autres termes plus la sensibilité, la vulnérabilité sont grandes, plus la modulation même faible en apparence peuvent paraître fortes.
Ainsi d'infimes variations peuvent susciter une satisfaction plus grande chez une âme sensible que de grosses variations chez une personne dite déséquilibrée.
(c'est pourquoi la violence morale est d 'autant plus traumatisante chez les êtres les plus intelligents)

De là on peut qualifier ce qu'est cette forme de perdition qu'est le délire.
Cette société est délirante car elle ne ressent plus l'utilité de ce qui est infime, il lui faut « toujours plus », et cela ne lui suffit jamais.
Elle se perd dans une berlue qui effacer les inconvénients du délire, voire même les converti en cette sorte de modestie qui consiste à y voir des grandes lois qui nous dépassent (puisqu'elle demande elle aussi à surgir)

Ce qu'on appelait « progrès » n'est rien devenu d'autre que du perfectionnement de l'existant, si ce n'est un recyclage éperdu de ce qui a été le plus oublié.
A tel point qu'il n'existe que peu de produits de consommation qui ne soit pas prévu pour péricliter dans les deux ans à venir. Même les ponts et chaussées, du domaine de l'urbanisme, n'ont aucune commune mesure avec ce qui se faisait à l'époque des constructions en pierres.
Même le monde des idées, rend obsolète une façon de penser qui pourtant était récupérée avec ardeur par les politiciens dans leurs discours oisifs.

La société occidentale a commencé son délire il y a très longtemps, à l'époque de moyen-âge où la moindre idée nouvelle pouvait soudain faire office de dogme, sans que ne soit soupesé aucune raison tangible. Un peu comme si, armé de son nouveau cerveau capable d'appliquer des concepts à des idées reçues, l'homme tout jeune expérimentait de façon désordonnée les effets et les joies de ce qui est paradigmatique. Sauf qu'il s'y dévouait avec ardeur.

En fait ça part même de Aristote, qui senti son âme vibrer en décrivant le paradigme de la logique, selon laquelle ce qui n'est pas « vrai » est forcément « faux ».
Ceci était fait, et ceci n'a jamais été remit en cause, sans jamais être capable de concevoir les aliments fonctionnels de la logique, que sont les différents points évoqués précédemment, dans « le cadre de réalité ». w41k.info

Là où je veux en venir, c'est à propos du système.
Le Système, ce concept que presque seuls les ados de quinze ans perçoivent au moment où ils comprennent tout fraîchement cette idée, juste avant de s'y accoutument au point de l'intégrer et d'y greffer toutes leurs habitudes et coutumes, puis de l'oublier.
La « révolte contre le Système » est foncièrement une idée typique de la post-adolescence, et cette société, qui possède cet âge mental, en arrive à ce stade.

Mais la comparaison va s'arrêter là, car un bon humain dans une bonne société, ne réagit pas comme nos citoyens fraîchement nés. Cet âge est le moment des grandes révélations, des premiers pas vers la sagesse, et d'une capacité embryonnaire à proposer des combinaisons créatives pour trouver des échappatoires auxquels les plus vieux ne peuvent pas accéder, coincés qu'ils sont dans des ornières qui guident et brident leur pensée.

Pourtant la société arrive à ce stade où, dans ce monde qui sera habité par les jeunes d'aujourd'hui, c'est à eux d'en réviser les règles de fonctionnement, dans une urgence d'autant plus grande que les anciennes ont largement prouvé leurs manquements.

- La question du jour est celle du délire du capitalisme à outrance.
(Et la réponse sera inattendue forcément !)

En fait ça se trouve le système capitaliste aurait pu être un bon système. Parmi le peu de ceux qui le défendent avec intelligence, il y a ceux qui disent que sans la malhonnêteté ce système aurait fonctionné. Qu'il n'est pas mauvais en soi mais que les humains le sont. Bien sûr ils sont très loin du compte, cela dit c'est intéressant.
En effet se baser sur cette réflexion conduit à une impasse, car selon cela il faudrait durcir les lois pour augmenter l'honnêteté (alors qu'elles sont déjà autant innombrables que inefficaces).
Ce paradigme est précisément celui de la perdition, où on considère que l'existant est parfait, qu'il n'y a rien à en redire, et que sa faillite est due à une minorité de malfrats qu'ils faudrait arrêter.

Oui bien sûr il faut arrêter ceux-là, mais pour autant c'est ce système qui a créé le vide qu'ils ont rempli.

LA conclusion qu'ils en tirent, est que le capitalisme ne saurait être le système parfait avant d'avoir totalement inondé les esprits, les lois, et toutes les strates de la société.
(et en fait il en serait de même avec n'importe quel système, à par que, dans la catégorie de ce qui est utopique, c'est le record absolu !)

Donc, voilà le programme qu'ils se donnent, n'observant même pas qu'il serait plus simple et plus rapide de résoudre la famine et les guerres par d'autres moyens ; qui eux-mêmes nécessitent quelques minutes de réflexion paisible à peine.
Et même, le temps qu'il faudrait pour aboutir au plan A est supérieur à celui que mettra l'humanité à s'auto-exterminer entièrement.

Le courant actuel est celui de la privatisation à outrance (et de la socialisation des dettes du privé).
Tout ce qui peut être privatisé tend à l'être, l'éducation, la santé, le fait de circuler sur des routes, l'eau, pourquoi pas l'air...

C'est vraiment un délire car au fond il s'agit de vouloir rendre universel l'application du système capitaliste afin de se trouver content d'observer son efficacité.
En fait c'est le désir d'avoir obtenu un système universellement juste et bon qui prédomine sur la raison et la logique, et c'est par la force que ce résultat veut être obtenu.
La force en question, c'est celle qui consiste à « socialiser les pertes », c'est à dire que quand une entreprise ne produit plus de gros bénéfices, et qu'elle fait faillite mais qu'on a tous besoin qu'elle continue d'exister, alors c'est sur les impôts qu'elle puise le flot d'argent dont elle a besoin.

Dans un sens c'est très bien car justement, c'est ça qu'on veut faire avec l'altermondialisme, que ces grosses sociétés qui produisent les BSPN (biens et services de première nécessité) soient l'objet d'un contrôle de société, et le meilleur moyen d'obtenir ce contrôle c'est déjà de les financer.

Mais ça pour l'instant, nul ne l'entend de cette oreille, leur but est seulement de faire survivre leur industrie, y compris si ça concerne des biens de tierce nécessité et de très faible fiabilité (comme les banques !).

Imaginons que le courant de la privatisation continue sur sa lancée. On voit aux états unis apparaître une armée privée, très onéreuse, qui sont des mercenaires, se substituer peu à peu à l'armée d'état, et qui se donne l'habitude de tuer et qui continuernt même quand ils seront plus sous contrat.
On peut aussi vouloir privatiser les systèmes d'aide sociale, l'entretien de l'urbanisme (etc...) de sorte qu'avec chaque sac poubelle jeté on doivent glisser un billet sinon ils ne le prennent pas, et donc on se prend une amende. Pour chaque feu-rouge où on s'arrête, dix centimes sont débités sur votre compte. Pour chaque pas à pied sur le bitume, un centime d'euro.
Pour chaque ennemi tué en terre étrangère, dix euros demandés à chacun.
Bah ou mais c'est le prix que ça coûte.

En fait ça fait déjà longtemps que le précepte de « l'offre et la demande » est largement dépassé. Dans cette société on n'en est même plus à stimuler la demande sur des biens artificiels, mais à les imposer par la force.
Je n'ai jamais accepté ce principe de devoir prendre des assurances, obligatoires pour le logement, auprès de compagnies privées à but lucratif. A cet instant, la loi oblige à consommer, et ensuite « l'offre et la demande » consiste à savoir où sera dépensé l'argent qui doit obligatoirement être dépensé.

- Ce qui veut être fait est pourtant intéressant, c'est très important de comprendre les choix et de savoir « ce que le peuple veut ».
Si il y a une démocratie, c'est bien ici qu'elle se trouve, sans les choix d'achats que nous faisons.
Si on accepte d'acheter des produits alimentaires empoisonnés par de l'OGM ou des téléphones portables, alors d'office ils sont jugés « utiles ». Peu importe de savoir si on a oublié de dire aux gens que c'était dangereux pour leur santé.

De toutes façons mêmes avec les cigarettes on a beau l'écrire en noir sur blanc sur le paquet « fumer tue », ça n'empêche pas les gens qui sont cons de les consommer.
Par contre aucun fabriquant ne se sent assez futé pour proposer des cigarettes dépourvues des solvants industriels et de radioactivité. Cette « offre » n'est pas proposée à la « demande ».
Ce n'est qu'un exemple mais combien d'autres offres ne sont-elles pas proposées ?

En fait elles sont innombrables.
L'idée, est possible à entrevoir dans les différents appels de quelques chefs d'états éclairés et intelligents (qui sont minoritaires dans le monde) quand ils parle d'un monde « multipolaire ».

Par exemple récemment le stupide « Georges Soros » a essayé de se faire passer pour un devin en prédisant que la Chine serait le prochain « maître du monde » après la chute des états-unis, qu'il souhaite.
Cette idée est celle de l'unilatéralisme. Cette prévision était facile à faire depuis de nombreuses décennies, en conservant le principe de l'unilatéralisme, très occidental, selon lequel on essaye les idées une par une, on les applique partout et sans discernement, et comme elles échouent on les rejette entièrement.
On a fait pareil avec « le communisme », voyant qu'il ne s'appliquait pas « partout », (et ayant été torpillé avec une joie haineuse), il a été banni. Après on applique le capitalisme « partout » et soudain, ô surprise, ça provoque misère, famine et guerres.

L'idée du multipolaire laisse entrevoir la solution. Ce n'est pas tant que les états doivent être puissants et associés, par opposition avec « puissant et unique », qu'en fait LES SYSTEMES doivent être APPROPRIES aux circonstances et aux domaines.

Eh oui, quand on parle d'altermondialisme, encore beaucoup de gens se figurent remplacer le système actuel pour entièrement le remplacer par un autre, ce que la (fine) intuition populaire rejette presque immédiatement.

Pour autant tout ce qui pourra être reproché à un système alternatif, ne sera que des pacotilles en comparaison de ce qu'on peut avoir à reprocher au système du but lucratif privé et égoïste (qui selon moi produit le même résultat que l'absence totale de règles).
En effet, ce n'est pas POSSIBLE, pas logique que tout le monde gagne de l'argent ! Ou alors la quantité d'argent augmente et les prix aussi. Il est clair qu'un système manque, et qu'il faut l'inventer.

Mais quel qu'il soit, et ceci est le but de la manoeuvre qui consiste à écrire ceci, il faut être conscient que :
1) dans un premier temps ce sera un système prototype ;
2) même arrivé à maturité, il faudra encore que ce système soit réservé aux domaines pour lesquels il marche le mieux ;
3) tout système ne peut être qu'une suggestion d'organisation sociale à laquelle on doit tous être libres d'adhérer ou non, de sorte qu'on ait même le choix entre différents.

Avoir ceci à l'esprit, est la promesse que des alternatives peuvent naître sans pour autant représenter une menace à l'hégémonie délirante poursuivie par un système unique, qui par ce fait devient automatiquement un système injuste.

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