10/08/2006 4 min #3254

Appel d'urgence à la décroissance

croissance à tout prix, un objectif qui court à la perte physique de la terre. C'est ce que soutiennent les «objecteurs de croissance», réunis autour du concept de décroissance. Pour eux, les habitudes doivent vite changer.

Difficile aujourd'hui de nier l'impasse pétrolière qui nous guette dans un futur (très) proche. Difficile aussi de contester le dérèglement climatique causé par l'émission de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Artisan de son propre péril, l'homme. Son outil, la croissance. C'est ce que soutiennent les «objecteurs de croissance», regroupés autour du concept de «décroissance». Pour eux, notre modèle actuel n'est pas tenable. Longtemps perçue comme la panacée, la croissance est le problème.

Issue des premières réflexions sur les limites à la croissance d'après 1945, la décroissance est envisagée pour la première fois au début des années 70 par l'économiste Nicholas Georgescu-Roegen. «Il se posait déjà la question du développement durable, il évoquait une limite à l'exploitation des matières premières et envisageait la pénurie au bout du chemin» se souvient Jacques Grinevald, philosophe et historien français qui fut aussi «l'élève» de Georgescu-Roegen. Son maître énonçait la contradiction entre la loi de l'entropie et une croissance matérielle illimitée. L'entropie peut être entendue comme la dégradation inéluctable, par leur usage, des ressources naturelles utiles à l'homme.

Autrement dit, si l'homme continue à se servir avec la même gloutonnerie des ressources naturelles que lui offre la terre, l'écosystème, la biosphère et plus généralement la nature vont se dérégler. D'où l'idée de décroissance, laquelle n'est pas synonyme d'une croissance négative. «Le terme entend rompre avec la croyance du toujours plus, ce n'est pas l'inverse de la croissance» précise Jean-Claude Besset, auteur du livre «Comment ne plus être progressiste sans être réactionnaire?»(1). «C'est un mot obus pour pulvériser l'idéologie dominante, toujours plus n'est pas forcément mieux!» explique Paul Ariés, une figure de la décroissance en France. La décroissance, c'est réduire en urgence les flux de matières et d'énergie, mais également réexaminer l'ensemble des conduites, le rapport à la richesse, au progrès.

Antimondialistes

L'idée doit donc s'appliquer au plus haut niveau décisionnel, mais également dans le comportement de chacun, à chaque instant. «Nous assumons le terme d'antimondialistes, nous insistons sur l'importance de la relocalisation» milite Paul Ariés, «mais elle ne doit pas se limiter à l'économie, elle doit porter sur l'ensemble des activités humaines». Les «objecteurs de croissance» proposent une révision totale du rapport au temps. Pour eux, le monde doit ralentir. Les «slow-foods» émanent de cette idée. Le rapport à l'espace doit également être corrigé en réduisant le transport des marchandises, mais également des hommes. «Entre la voiture et les transports en commun, nous préférons les seconds, mais entre le bus et rien du tout, nous préférons rien du tout!» illustre Paul Ariés. C'est le principe de la «simplicité volontaire», qui implique de vivre en conformité avec un certain nombre de valeurs par rapport à la terre. Avion, téléphone portable, télévision, autant de technologies qui passent à la trappe de la décroissance.

Les racines du mouvement sont anciennes et refont surface après avoir connu un certain succès, aux Etats-Unis, en Allemagne et en Italie notamment, dans les années 80. Le mouvement est en pleine gestation et des journaux aussi sérieux que «Le Monde» lui ont ouvert ces derniers temps leurs colonnes. Divers courants se sont déjà créés en son sein. Aberrante ou utopiste aux yeux de certains, la décroissance amène à réfléchir autrement. Nul ne nie que la terre est malade et que la procédure d'urgence doit être déclenchée.

Ed. Fayard, septembre 2005, 20 €.

© La Libre Belgique 2006

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