090910 11 min

Une société d'abondance ?

Suite à : Conférence de Richard Stallman sur le mécénat global

Revenons sur notre question et la réponse de Richard Stallman :

Question (8119) :
N'êtes vous pas impatient de voir s'appliquer des méthodes équivalentes à toutes les strates de l'économie ?

Richerd Stallman (réponse immédiate) :
Non !
J'ai développé un autre système de développement des logiciels, mais est-ce qu'on peut construire des bâtiments comme ça ? Peut-être pas parce quand on développe des logiciels on crée toujours quelque chose de différent. Il n'est pas besoin de faire la même chose mille fois de suite.
Quand il s'agit de faire un travail, on préfère encore être payés ! Tandis que je développerai le logiciel pour le plaisir. Les bons programmeurs on pour habitude d'aider beaucoup à écrire les logiciels. S'ils peuvent en vivre, il font des nouveaux logiciels pour leur plaisir.

Peut-être qu'un jour, avec assez de recul, nous feront tout le reste que pour le plaisir, parce que nous auront envie de ne pas être inutiles, dans un monde rempli de robots qui s'occupent de toutes les tâches !
Mais avec les travaux nécessaires actuellement, je ne pense pas que cela puisse fonctionner. Mais si ça fonctionne, je ne m'en plaindrai pas.

Patrick Bloche :
Il existe sinon des coopératives d'auto-construction, où les membres construisent les uns pour les autres. Il y a aussi les services SEG (Services d'echanges globaux) où les gens échangent une heure de maths contre une heure de piano et ainsi de suite. Dans ce cas on est dans le partage et cela se développe pas mal.



Je suis parti de là en convaincu que ce serait une bonne chose de divulguer le code source de mon CMS, qui m'a coûté 5 ans de développement à plein temps et dont je tente de tirer profit, tel un petit artisan à son compte (sans succès parce que je n'ai aucun sens commercial).

En effet il y aura bien une version de distribution partagée, mais seulement les ressources utilisateur seront partagées, tandis que le code source original, hautement technique, restera secret, au moyen de POSTGREE, comme tous les logiciels en ligne à la mode.

L'avantage n'est pas tant de garder le secret que de contrôler l'usage que je désire n'être qu'à but non lucratif, ce à quoi je tiens particulièrement, que de permettre un développement harmonieux, de sorte que les mises à jour soit très fréquentes et ne nécessitent aucune intervention de l'utilisateur.
D'autre part le développement est ouvert au public, mais seulement dans la mesure où il peut réclamer des fonctionnalités, ou éventuellement si c'est pour des études scolaires alors OK il peut être divulgué.

Car la licence GNU/GPL dit que le but de la redistribution peut très bien être lucrative, d'ailleurs les jeunes développeurs en vivent et savent faire du business avec. Mais quand il faut faire des choses plus « sur mesure » alors il faut avoir acquit la compétence créative.

Souvent dans les écoles ils disent « pas la peine de refaire ce qui est fait, les JQUERY il faut juste apprendre à s'en servir », ce qui est bien mais insuffisant car dans ce cas on risque de se retrouver planté la plupart du temps.

De plus cette procédure que j'utilise (ma propre licence) n'interdit pas les développeurs en production d'utiliser, modifier et améliorer leur copie de redistribution, et d'en faire commerce, c'est quand même le but ! Mais il faut comprendre la nuance, c'est que de nos jours le code source tout le monde s'en moque, à part quelques rares spécialistes. Les développeurs producteurs eux, développent des modules qui se greffent sur le système de base. Tout comme JQUERY engendre des foules de plug-ins, sans que personne n'oser trop remettre en cause le JQUERY, ce qui est normal car il faut l'avoir en tête pour pouvoir l'améliorer.

Je ne trouve pas que cela soit productif d'avoir 10 versions de LINUX par exemple, on ne sait jamais laquelle choisir. Le développement doit toujours être incrémentiel et harmonieux, et s'il y a des fourches dans le développement, alors il faut rendre générique la fonctionnalité qui oblige cette fourche afin de la résoudre : ceci est la définition même du terme de « développement ». C'est d'une importance plus que capitale !!! (c'est primordial et élémentaire). (Et tous les politiciens qui utilisent ce terme dans un élan simiesque sont ridicules, je dis ça en passant).

Je suis d'accord avec Stallman quand il dit que les utilisateurs doivent être savants et doivent être connaisseurs, afin qu'ils ne soient as de bêtes consommateurs tous étonnés dès qu'ils sont confrontés à un difficulté. C'est ce que nous, les développeurs, désirons tous, et en général c'est très utopique car la définition informatique de l'utilisateur est que c'est un gros con ! Si si ! Je vous l'assure ! C'est une contrainte qui force le développement à proposer une utilisation qui soit la plus commode et sécurisée possible. Mais cela n'empêche pas qu'on attend de plus en plus de lui qu'il soit un minimum instruit et savant, car la commodité a ses limites, qui sont celles de l'épuisement et de l'ennui dans le développement.

Mais je ne suis pas d'accord, mais alors là pas du tout d'accord avec le fait que le développement créatif d'innovation technique n'est qu'un loisir.
Le business se sépare en deux parties, la recherche et développement et la production. Les gens qui utilisent des softs tels que les CMS pour faire des sites web, font de la production, ils utilisent des outils taillés pour leur faciliter la vie et augmenter leur productivité. Avec le CMS que j'ai créé l'utilisateur peut produire un site web par jour.

Mais la recherche et développement, l'innovation et la résolution de problèmes qui se cache derrière la création de systèmes complexes, n'est jamais financée par les industries, à part des boîtes comme IBM qui font de la recherche fondamentale. Pourtant il s'agit de vraie science pure et dure. C'est même une science bien plus compliquée que la science des scientifiques qu font de l'astronomie ou qui mettent des satellites en orbites. Très nettement plus sophistiquée, en raison de la densité des connecteurs des connaissances liées.

L'industrie profite au maximum du travail bénévole et gratuit offert par les passionnés de l'ingénierie logicielle. Finalement la licence GNU a eu pour effet de permettre aux industries de se développer à une vitesse considérable compte tenu des moyens qu'ils ont investis, qui sont parfaitement nuls. Ça, c'est la face cachée du GNU, et je désapprouve fortement ce résultat.
D'autant que lorsque la licence GNU n'est pas respectée, il faut encore aller porter plainte, pour n'obtenir rien d'autre que la publication de rugueuses lignes de codes, qui ne sont pas publiées parce qu'en fait c'est sûrement un bordel monstre et qu'ils en ont un peu honte !

Par contre le point positif est que si on veut voir advenir un monde meilleur il faut investir ses billes à l'avance, selon le théorème que je juge exact et qui stipule que pour lancer un mouvement (pour lancer un moteur ou ce qu'on appelle un « cercle vertueux» par opposition au « cercle vicieux »), il faut se comporter comme si le système qu'on veut voir advenir existait déjà afin d'enclencher les moyens qui permettent de lui donner une continuité. En ce sens participer à la distribution libre permet de proposer des problèmes nouveaux qui ne peuvent être résolus que par l'adoption de contrats sociaux tels que la licence de mécénat global.

C'est donc une bonne chose de pratiquer la distribution libre, mais uniquement sur le plan éthique, parce que sur le plan rationnel, c'est une perte fracassante qui nourrit l'ennemi de la liberté qu'est le système du but lucratif. Cela dit c'est aussi un virus qui le conduira à sa destruction ! Et c'est surtout les générations futures qui seront fières de cet effort.

Cependant je rejette l'idée que cela ne puisse concerner que les oeuvres, car la science est de l'ouvrage, l'information, l'éducation la médecine sont de l'ouvrage. La notion de ce qui est artistique ne compte pas tant que, en vérité, la notion de ce qui peut être supporté par le système du but lucratif. Que ce soit l'art ou ces autres domaines, le but lucratif n'a pas de sens ou du moins dénature puissamment le fonctionnement de ces approvisionnements. Le système du but lucratif ne devrait s'appliquer qu'aux domaines du luxe et des biens et services de troisième nécessité.
Y compris le domaine alimentaire devrait faire l'objet d'une licence libre, d'une interdiction des brevets, et être généré par un système qui produit de l'abondance afin d'obtenir de la qualité (et non l'inverse pourrait-on dire).

C'est complètement absurde d'attendre un retour sur investissement dans le domaine de l'éducation ou de la médecine, autant que dans le domaine culturel. Ce qui veut être obtenu, c'est la bonne santé et la joie de vivre des gens, ainsi que la paix et un bon niveau scientifique des peuples.
Ceci est du même tenant que la médecine préventive. Si il s'agit de parer au développement des maladies mentales alors qu'elles n'existent pas, il y a bel et bien une sorte de « retour sur investissement » qui est très notable, à ceci près qu'il n'est pas du tout possible ou utile de l'évaluer en terme de valeur monétaire.
Cela pose des questions qui sont vraiment vitales pour le destin du monde.

Dans le système du but lucratif on ne fait qu'essayer de subvenir aux biens et services de première nécessité, sans toutefois y parvenir entièrement, ce qui relègue à l'infini ce qui est vraiment utile à l'humain et qui n'est pas possible à évaluer en terme d'argent.
Au final la vision de l'économie est déformée dans la mesure où on constate des marchés (selon l'ancien adage de l'offre et la demande) qui ne reflètent pas véritablement les besoins réels des peuples, puisque ceux-ci font constamment des choix cornéliens. Au final cette déformation de la vision du « marché » produit une société qui fait son beurre sur l'illusion et le mensonge à soi-même.

J'ai voulu demander si cette licence de mécénat global pouvait s'appliquer à la presse en ligne, mais il semblait que Oui pour les créateurs d'articles, bien qu'il ne s'agisse pas d'art.
Ils n'ont cessé toute la conférence durant d'axer le discours autour de l'art et des atristes, allant jusqu'à déplacer la création scientifique au domaine du loisir dont il ne faut attendre aucun retour commercial. Mais ceci était une erreur de jeunesse, et toutefois, on savait bien que c'était par l'Art que devait passer l'initialisation de tout un nouveau système social.

Pour ma part, au RMI depuis 10 ans et ayant vécu toute ma vie sous le seuil de pauvreté de 700 euros par moi, n'ayant jamais demandé la moindre donation, et ayant produit des idées et des logiciels qui sont réutilisés à des fins commerciales, un site (un logiciel en fait) visité par 5 millions de personnes par an, je me pose quelques questions quand même...

Je pense que la recherche et développement, tout ce qui découle de la créativité, du génie e de l'ingénierie devrait être considéré avec une qualité supérieure à celle que suppose le fait de faire partie d'un système de rémunération par simple mécénat. C'est quand même le monde à l'envers, où l'intelligence continue d'être au service de ceux qui ont un sens commercial. J'ai souvent eu à dire que « normalement » les commerciaux d'un produit ne devrait être que des subalternes, et pas les patrons des sociétés. Que la direction prise par les entreprise, qui est une direction éthique et morale ou pas, dépend essentiellement de ce que ce soient les ingénieurs ou les commerciaux qui en soient les patrons.

Dès lors il m'apparaît inacceptable de placer au rang de « loisir » la créativité et l'ingénierie.
Bien sur ce sont des travaux qui se font dans un état d'esprit parfaitement opposé à la pression morale et la précipitation contre-productive qu'on subit dans les sociétés à but lucratif (et souvent même on arrive très bien à s'en sortir avec ces contraintes non fonctionnelles en plus des contraintes fonctionnelles qu'on s'impose à nous-mêmes), et cet état d'esprit est proche du « loisir » dans la mesure où on ne peut qu'aimer ce qu'on fait, mais ce n'est pas pour autant que cela doit être placé au rang de ce qui n'a aucune chance de rapporter de quoi en vivre... du moins dans le système actuel, qui est celui du but lucratif.

Évidemment, la médecine devrait profiter à tous et à chaque fois, ce doit être le meilleur de la médecine qui doit être appliqué, c'est à dire que cela suppose qu'on parle à ce moment-là de société d'abondance.
Dans une société d'abondance il n'est aucun besoin de brevets, et l'évolution technico-scientifique est incrémentielle, chaque humain participant à l'amélioration de ce qui profite à tous, et qui ensuite est redistribué équitablement à tous.

En fait il reste un chemin à parcourir qui dépasse allègrement la capacité de vision des créateurs de cette licence de mécénat global.
Cela dit c'est à la naissance d'une graine de révolution à laquelle je suis allé assister, et il faut se souvenir que c'est « un mouvement » et que cette initiative doit immédiatement en appeler d'autres comparables, applicables à ces fameuses strates de l'économie qui sont incompatibles avec le but lucratif, c'est à dire quasiment toutes.

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