090907 3 articles 13 min

Le principe de société

Souvent on entend des gens croire à haute voix que l'humanité (surtout les pays riches) sont une « société civilisée ».
Mais franchement quel besoin de préciser « civilisée » si ce n'est,
1 : pour se distinguer de ce qui ne l'est pas, et donc implicitement reconnaître l'existence de ce qu'une société peut ne pas être civilisée ; et donc faire le demi-aveu de ce qu'on veut occulter à soi-même,
2 : pour renforcer le poids du terme de « société » et ainsi, implicitement, reconnaître le fait que ce n'en est pas vraiment une, comme si ce terme n'était pas suffisant pour posséder sa signification propre.

Car non, la façon dont les humains sont organisés ne constitue point une « société ».

Et quant à sa « civilité », elle émane certainement de l'héritage de la culture de la politesse et du savoir-vivre, qui naquit à une époque où l'humanité était en train de se rendre compte qu'il fallait penser en terme de collectivité.

Penser en terme de collectivité n'est pas véritablement opposable à « penser en terme égoïste », puisque finalement produire de la politesse et du savoir-vivre apporte une qualité consistante au déroulement de la vie.

Une société est un mode de gestion par lequel les humains sont organisés collectivement dans l'optique d'augmenter le bonheur de vivre de chacun.
Cette « optique » doit autant que possible se situer à un niveau inconscient, de la même manière que les gestes appris par coeur deviennent un réflexe naturel.

- Par la force de la logique, certaines institutions se sont organisées en société, et on va suivre leur exemple. Il s'agit notamment de l'organisation militaire.

Ce thème revient souvent lorsqu'il est question d'utiliser comme modèle de société la réduction ultime dite « société minimale » où on a un chef, des sous-chefs et une armée de bons petits soldats.
C'est sur ce modèle que l'humanité s'est organisée, par simièsquerie impensée, et ayant préalablement observé que ça marchait bien... du moins pour les militaires.

Cela dit, cette imitation s'est mal déroulée, et ce sont les mauvais préceptes qui ont été transposés à la société, à savoir en conférant une structure hiérarchique devenue moteur* de la névrose, et en bazardant tout ce qui peut unir les gens autour d'une cause commune, qui soit à la fois tangible et néanmoins plus vaste que le bien-être individuel au premier degrès.

* moteur, au sens où la névrose et le système hiérarchique se renforcent l'un l'autre

L'idée est que si la société était en situation de grave crise, par exemple après un cyclone terrible ou encore, en petit comité d'un millier de personnes abandonnées à elles-mêmes dans l'océan spatial à bord d'un cargo, unique rescapé d'une destruction globale de la planète, dans ce cas on peut observer en grandeur nature ladite « société minimale » :
Les réflexes d'organisation sociale qui ressurgiront alors sont ceux qui sont actuellement les fondements impensés de ladite « société civilisée ».
Inutile d'ajouter que cela ne tiendrait pas longtemps.

Ils sont « impensés » parce que si il avaient été pensé, les préceptes de ce qui fait une société, lors d'une réduction, n'auraient plus rien d'un régime militaire, du moins pas dans son acception autoritaire et dictatoriale (avec un chef qui commande et un autre qui ne rêve que de prendre sa place).
Si on parle de changement de paradigme de l'organisation sociale c'est à cette significative nuance qu'il faut s'attendre dans le cadre théorique d'une société minimale.

Ce qui permet d'obtenir le caractère de « pensée » pour une organisation sociale réside dans la rationalisation des moyens que la société se donne pour atteindre les objectifs qu'elle se sera fixés ; sachant que ces objectifs peuvent évidemment varier.

Le fonctionnalisme est ce qui permet d'obtenir une certaine adaptabilité dans l'organisation sociale en fonction de ses objectifs.

De là apparaît une notion pour la première fois qui est le terme de sous-objectif.
En réalité, je vais le démontrer, le vrai but d'une société se se situe au niveau de ses sous-sous-objectifs.

En effet il n'appartient qu'à la mentalité occidentale de se fixer des objectifs sociaux appartenant complètement à l'utopie et à vivre dans le malheur de se voir sans cesse s'éloigner de ces objectifs ; et ainsi de devoir les réduire encore et encore, jusqu'à ne se sentir plus capables de rien.

C'est dans cette phase de l'évolution que se trouve la société humaine.
Son problème est pourtant clair et simple, il ne s'agit pas de se fixer des objectifs de moins en moins hauts, en reléguant à un avenir de plus en plus lointain l'avènement du simple bonheur de vivre.
Il s'agit d'incorporer le principe d'objectifs suprêmes, de sous-objectifs, et de sous-sous-objectifs.

En ces terme, le principe de hiérarchisation des humains ne semble plus n'avoir été que symbolique de la production de ce résultat, comme une sorte d'instinct enfantin, un jeu dans lequel les personnages sont des fonctions pro-mathématiques.

Mais dans la réalité il ne faut pas s'en tenir à cela, car les fonctions pro-mathématiques de nivèlement des objectifs – en non des personnes – sont vitales pour l'existence d'une société.

- Aucun objectif au monde ne peut être atteint, on ne peut jamais que tendre vers lui, car dès lors qu'on se le fixe un objectif on calibre la taille de l'univers du possible au diamètre qu'il y a entre nous et cet objectif, de sorte qu'il faudrait une énergie infinie pour atteindre les 100% qu'on s'est fixés.

Cela va paraître stupide comme exemple à ceux qui ne comprennent pas trop l'holistique, mais si on a un haut-parleur de 4 Watts de puissance et qu'on a besoin de 4 Watts de puissance, on doit donc le pousser à fond, et dès lors on obtient un effet de réverbération très notable (qu'on peut imager avec une collision intense du son sur le plafond de sa limite), de sorte que le bruit produit par l'appareil est de plus en plus proche d'un « bruit blanc », qui techniquement est défini par l'addition de tous les sons (ça fait une sorte de « PCHHHH »).
Tout le monde sait bien que si on veut 4 watts de puissance, il faut au minimum utiliser un haut parleur capable de huit Watts, et le régler à 50%, de sorte que le son en sortie soit parfaitement clair et articulé.

Vous rigolez mais regardez la production alimentaire, optimisée pour un rendement maximal.
Dans la nature les tomates poussent à des vitesses variables et à des tailles variables. Dans une culture de tomates il vaut mieux n'en prendre que 50% et laisser le reste, aux animaux, à la nature, et en raison de sa piètre qualité.
Les occidentaux voient cela comme une perte d'énergie, comme si un chef autoritaire arrivait en rouspétant « Je ne vous paye pas pour produire des tomates qu'on ne peut même pas manger ! » car pour lui le but à atteindre c'est 100% d'efficacité. Les gens vivent constamment dans ce genre de stress et de pression morale, en dépit de tout bon sens. Cette mentalité ou ce paradigme, sont du névrotisme, fondé sur de l'inculture surtout au niveau philosophique.

- Revenons à nos militaires.
Dans une caserne de 1000 hommes nous n'allons pas consacrer les mille hommes à tenir des armes et aller faire la guerre. Il en faut pour la stratégie, il faut des médecins, il faut des bataillons de réserve, il faut s'occuper de toute la logistique qui permet à chacun de s'habiller, se loger se nourrir, et également se changer les idées.

Tout cela est un investissement. On peut dire que 50% de l'effectif militaire rempli au sens strict le rôle d'une armée, tandis que les autres 50% de cet effectifs sont attachés aux sous-buts et aux sous-sous buts implicites qui permettent le bon fonctionnement de l'armée.

Ce qui est le plus notable avec cet exemple, c'est que nous sommes au sein d'un enclos fonctionnel, exactement comme les pays sont des enclos symboliques avec leurs frontières.
Ce qui va changer le monde c'est ce principe d'enclos fonctionnel, substitué au principe d'enclos symbolique.
C'est une nécessité pour une organisation quelle qu'elle soit de posséder un horizon raisonnablement fixé.

Au sein de cet enclos militaire, le premier sous-but de cette organisation est de permettre l'approvisionnement de chacun de ses membres, quels qu'ils soient, aux biens et services de première nécessité.

Comme cet enclos n'est pas non plus LE MONDE, ce n'est pas ici qu'on s'attend à ce que les humains acquièrent le sens moral, la culture, l'éducation, l'intelligence, l'envie de vivre.
Cependant cet enclos est tellement bien organisé que lorsqu'on en sort on se retrouve dans un monde désorganisé, anarchique, il n'y a pas grand chose d'autre à attendre que de pouvoir se tirer des gonzesses ou regarder la télé en buvant une bière.
(Du moins dans un premier temps, comme quand on quitte un travail rythmique abrutissant, il faut toujours un certain temps pour réveiller sa créativité).

Cela dit l'enclos militaire est l'exemple le plus probant d'organisation en société dont on dispose.
Il a son propre système éducatif, ses lois ses coutumes, ses règles et ses traditions.
Dès qu'il y a groupement humain, toutes fonctions apparemment anecdotiques ne peuvent s'empêcher d'apparaître.

Peut importe dans notre soucis descriptif de ce qu'est une société que l'organisation militaire ait pour but de tuer et de servir l'intérêt des industriels au détriment des populations.

Ce qui compte est qu'il s'agisse de l'organisation la plus communiste de toute la galaxie.

Ce n'est pas pour autant une organisation socialiste, où le bien des individus veut bêtement être posé au premier plan, mais c'est une organisation qui produit, dans son intérêt, le bien des individus.
Ce ne sont pas les masses qui décident de ce qui est bon ou pas pour eux, c'est un commandement qui est régit par la nécessité de résoudre des contradictions entre les moyens qui lui sont donnés et les objectifs qu'il doit poursuivre. C'est purement fonctionnel et pro-mathématique.

Et pour autant ce n'est pas une dictature, où ces lois sont imposées par la force à des « citoyens » qui y sont récalcitrants (même si les militaires peuvent être utilisés dans une dictature allant contre les populations). Lorsque les moyens manquent, cela est signalé, et des solutions sont apportées, autant que possible. Chacun des « citoyens » de cette zone fait de lui-même abnégation de certaines franges de son confort personnel sachant qu'il est pour lui un devoir de se soucier prioritairement du bon fonctionnement collectif.

Quand on gère une armée de mille hommes et femmes, il faut une logistique.
On sait d'avance qu'il va falloir nourrir suffisamment 1000 personnes, les habiller les loger, leur fournir les équipements dont ils ont besoin pour remplir leur tâche.

Tout ceci est calculé de la façon la plus juste possible et réajusté en permanence.
Les approvisionnements sont si nombreux que parfois il faut faire des choix et ainsi, apparaît la notion de ce qui, par des coefficients, est prioritaire et ce qui l'est moins.

Par exemple dans ce micro-réseau social la joie de l'habillement et du logement n'est pas vraiment ce qu'on peut appeler « prioritaire » donc on leur donne des coefficients assez faibles, et dès lors on a la même marque de T-Shirts pour tous, les mêmes matelas pour tous, les mêmes chaussures etc...
(d'ailleurs c'est l'industrie militaire qui possède le brevet de la machine à coudre, pour dire le haut degrés de soucis d'économie).

Dans ce cas précis, on voit bien qu'il s'agit d'un communisme poussé à l'extrême. On a le même stylo BIC pour tous, c'est amplement suffisant et bien plus économique que de produire une myriade de variantes distrayantes.

Déjà on a fait apparaître la notion de coefficient d'utilité, selon laquelle, si le coefficient est bas, le communisme est maximal, et si il est élevé, c'est à dire qu'on a besoin de développer de grandes quantités de variantes voire même de développer des secteurs de recherche fondamentale, où se joue la créativité et le génie humain, comme par exemple la production des armes, alors les moyens n'hésitent pas à y être investis.

Cela signifie que si cette gestion était reportée au monde entier, ce à quoi seraient affectés ces coefficients seraient tout autres, mais dans le fond le principe d'organisation resterait identique.

- On peut faire un aparté pour appuyer l'inanité du système social capitaliste.
Imaginons qu'au sein de cette armée on dise aux soldats (ou aux citoyens) dont l'objectif premier est de remplir des objectifs sociaux d'envergure, qu'à leur petite échelle ils doivent s'organiser « par eux-mêmes » pour se procurer leur nourriture, leur logement, leurs équipements, est-il possible de croire que l'efficacité de ce corpus serait comparable à celle d'une organisation où tous les biens de première nécessité sont délivrés « gratuitement et implicitement » « à tous et sans exception » et « autant que possible » ?

Quels sont les objectifs premiers d'une société humaine organisée ?
Quels qu'ils soient, le seul fait de se les fixer oblige systématiquement à ce que la distribution équitable de biens et services de première nécessité soient systématique et inconditionnelle, ou du moins non conditionnée par des raisons autres que celles qui sont purement fonctionnelles.

Soudain l'humanité fraîchement devenue communicante s'aperçoit que la pollution est d'une gravité innommable, que les niveaux de vie des habitants de cette planètes sont très inéquitables, que les maladies se multiplies, que les systèmes politiques des pays associés sont inefficaces et autoritaires, et surtout que la joie de vivre s'effrite aussi rapidement que la couche d'ozone.

On entre dans ce cercle vicieux où l'humanité voudrait se fixer des objectifs selon lesquels les biens seraient équitablement distribués, mais il reste encore très nébuleux de s'en fixer des plus vastes.

Si jamais c'était possible avec ce paradigme classique d'arriver à un résultat probant, (déjà on peut dire que cela se saurait) ensuite le nouvel objectif serait d'obtenir l'élimination des maladies physiques et mentales, une meilleure cohésion des liens sociaux, une plus grande joie de vivre ou encore le sentiment d'appartenir à une humanité puissante et capable.

Et même cela n'est pas suffisant en soi, puisque cela se place encore à l'intérieur de l'enclos qui consiste à aborder les questions sur la raison de la vie, la signification de la vie, notre place dans le Cosmos et notre rapport avec la spiritualité.
Tout tend vers la résolution des questions les plus hautement philosophiques, auxquelles seule la science* peut apporter des débuts de réponse satisfaisantes.

* la science au sens large, on peut dire « le Savoir ».

Alors qu'en fait, ce n'est pas dans cet ordre qu'il faut procéder.
C'est nécessairement en se fixant des objectifs bien plus vastes, des objectifs d'évolution à l'échelle des générations, et des objectifs d'ordre philosophique que par incidence les maux de notre société seront automatiquement résolus.

Le Cosmos lui-même n'est pas un objet comme un enclos fini à l'intérieur d'un autre, mais un processus en cours d'élaboration. Dès lors la définition même de Société peut potentiellement être modelée par ce que la science découvrira sur le fonctionnement des lois de la nature.

Ainsi le savoir scientifique et philosophique ne sont pas un but en soi, en revanche on peut affirmer avec une certitude proche de 100% qu'il est, en toute logique, le but le plus rationnel et le plus concret que l'humanité ait à se fixer.

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