090723 16 min

Une co-propriété mondiale

Souvent le conflit qui anime une discussion met en jeu une partie qui cherche à faire monter la motivation profonde vers l'intemporel et un contradicteur qui veut rendre illégale cette manipe et cherche à ramener le propos vers ce qu'il présente comme « rationnel » hormis le fait que ce faisant, il tend à baisser la fréquence vibratoire de l'âme de l'autre en le mettant face à ce qui appartient au flux du temps (et à laisser entendre qu'il n'a pas les pieds sur terre).
Et du coup il élague toutes les considérations philosophiques auxquelles sont pourtant rattachées la vie et le bonheur.

Voici une simplification destinée à ces derniers, pour lesquels le capitalisme est le moins pire des seuls modèles connus, pour qui il faut bien gagner de l'argent et qui en plus sont fiers de dire que leur pensée est conforme à la loi de la normalité la plus banale possible.

Dans mon appart à un moment les canalisations commençaient à faire date ce qui a provoqué des fuites d'eau. Après une petite tentative de résoudre le problème au moyen d'une casserole très précisément ajustée, et devant l'aggravation graduelle de la situation, je suis finalement arrivé à la conclusion qu'il fallait faire intervenir un noble travailleur aux mains sales qui sait comment s'y prendre avec les vieux robinets.

Fier de mes robinets tous neufs la voisine du dessous s'est mise à se plaindre de dégât des eaux, voyant son plafond noircir et des gouttes sombres fièrement motivées par la gravitation à aller perler dans son salon.
C'est à dire que, sûrement, c'est toutes les canalisations qui sont à revoir.

Maintenant voici un petit QCM auquel je convie les grands propriétaires de ce monde, que dois-je faire :

Réponse A :
C'est le libéralisme, c'est la guerre, moi ma propriété privée elle est propre et nette et la propriété privé de la voisine elle est toute dégueulasse, chacun sa propriété privée et chacun ses problèmes, moi je n'ai rien à me reprocher et j'en ai rien à foutre de ce qui se passe chez ces pauvres bamboulas de merde*, il n'ont qu'à aller niquer leur mère.

(*) on appelle "bamboula de merde" tout ce qui se situe à l'échelon hiérarchique inférieur au sien

Réponse B :
Chacun est responsable de ses émanations, de ses prouts de ses pipis et de ses cacas, et ainsi les dégâts causés par une propriété privée autorisent à ce que la responsabilité soit étendue au-delà de la surface légalement admise.
Mais alors dans ce cas notez bien, les voisins du dessus sont responsables d'autant d'étages inférieurs qu'ils sont élevés dans la hiérarchie de l'immeuble !
Et aussi dans ce cas tout ce qui sort des usines, la contamination des sols et de l'air doit logiquement incomber à leur responsabilité et ce n'est pas aux autres humains d'avoir à faire des efforts, payer des taxes sur le carbone, et supporter l'intégralité du maléfice causé par ces multinationales, dont ils sont pourtant des clients acharnés.
Ainsi les parties communes doivent être entretenues par les parties voisines.

Réponse C :
On admet que l'absence de conformité aux fonctionnements naturels constitue une violation morale.
Une société humaine répond aux lois de la nature qu'il est de notre devoir de savoir comprendre au moyen des mathématiques. Le principe de propriété privée n'a pas de fondement dans la nature, ce n'est qu'une abstraction humaine dont la non-conformité est la source de bien des problèmes.
La seule réalité est que nous sommes tous co-responsables, la responsabilité d'un dégât est cumulative, et sa résolution ne peut se faire que grâce à l'entente, ce qui par ailleurs justifie le terme de « société ».
Et donc ainsi, les canalisations qui ne sont ni la propriété de l'un ni celles de l'autre, sont de la responsabilité de la co-propriété, à laquelle chacun contribue pour une part relativement infime.

De plus oserais-je ajouter, si on admet que la responsabilité est, non pas partagée mais cumulée, ça force à faire que la résolution de ce qui fait conflit soit mis en oeuvre le plus instamment possible. Car en effet, plus on s'y prend tôt moins ça coûte cher à tout le monde.

Notez comme la race humaine est perfide quand même, puisque ce principe n'existe que là où on peut faire payer les gens, par contre si ce principe rend des multinationales responsables de leurs dégâts, alors soudain on revient à la réponse A.

- Un jour j'ai envoyé un article à des sites sur la Palestine mais il n'a pas voulu être diffusé, je n'ai même pas obtenu de réponse à mon mail. Sans doute se sont-ils dit qu'au regard de ce qui leur était supérieur, à savoir la normalité, il valait mieux faire comme si rien n'était.
Pourtant peu de temps après quand la même idée sortait d'un Jeff Halper alors tout d'un coup tous les sites ont diffusé cette idée, de bien belles paroles et de jolies émotions, qui provoquèrent un émoi spectaculaire et éphémère, comme un coup d'épée dans l'eau dont les rives se referment aussitôt après.

On parlait de solution à deux états, à un état, et moi et lui à trois états.
Deux états c'est la division, c'est ce que veulent les fanatiques de la réponse A. Un état c'est l'union, ce qui veulent un truc s'approchant de la réponse B. Trois états, ce n'est pas une solution mais un nouveau modèle.

Je cite : «J'ai avancé ce que j'appelle une solution à « plus de deux Etats », avec l'idée d'une large confédération économique régionale comprenant Israël, la Palestine, la Jordanie, la Syrie et le Liban. La clé de cela, c'est la liberté pour tous les habitants de la confédération de vivre et travailler en tous lieux, à l'intérieur des Etats-membres comme en Europe.

Lire : Un Israélien dans Gaza. Tour d'horizon avec Jeff Halper
et donc aussi : La solution à trois états

Ce conflit est l'occasion de donner l'exemple au monde de sorte qu'il ait envie de faire pareil, et de tester en prototype une conception nouvelle de société.

Dans la solution à trois états, le super-état est responsable des questions intemporelles que sont le bien-être des masses, la gestion des terres, des eaux, de l'alimentaire, bref de tout ce qui touche à la vie physique, et qui n'a aucun rapport avec ce qui est culturel.

C'est vraiment archaïque de confier à une mentalité ou une autre le soin de gérer les questions déterministes, bien que cela repose sur le subconscient de ces personnes, étant donnée les proportions que ces infimes variations peuvent prendre en devenant palpables et tangibles (voire dévastatrices). D'où l'intérêt de la philosophie appliquée à la politique. D'où aussi, le terme de ce qui est « moral ».

Les sub-états, dans l'idée que j'ai proposée, sont responsables de ce qui est culturel, car bien que superficielles, ces questions permettent de répondre aux craintes relatives à l'identité morale. Ce sont eux qui disent « nous on veut des mosquées, nous on veut des synagogues ».
Mais ce n'est pas à eux de détruire les mosquées des autres, cette responsabilité incombe au co-état (si elle le juge nécessaire), dont le travail est plus proche d'une organisation du type de l'UNESCO, qui veille à la protection du patrimoine de l'humanité.

Les sub-états sont non-géographiques. A l'intérieur d'un co-état, chacun est libre d'adhérer à n'importe quel moment à l'une ou l'autre communauté, se référant à ses lois, à ses impôts, et à son esprit.

Ainsi si en France on avait des sub-états, automatiquement j'aurais demandé ma sub-nationalité bretonne pour échapper aux lois, aux impôts et aux traditions festives de Sarkozy.

Les gars, toute l'année, font l'éloge de la concurrence comme modèle super-génial qui permet d'assurer une certaine démocratie commerciale. Mais par contre les états sont des monopoles et on n'a aucun droit d'y échapper, sauf si on s'appelle Johnny Halliday évidemment.

Et évidemment ça remet en cause bien des choses, les élections deviennent un enjeu de sub-état, tandis que les co-états ne répondent qu'à des lois déterministes et scientifiques, détachées et impartiales, et leur tâche, dénuée d'idéologie, ne se limite qu'aux grands plans politiques qui consistent à trouver des solutions aux problèmes posés par les sub-états.

C'est un peu cet esprit que le principe de l'Europe tend à vouloir faire mine de rien, à ceci près que sans avoir au préalable commit cette distinction salvatrice, ils veulent en profiter pour accaparer un « pouvoir » qui a une portée politique sur la vie des gens.
Et du coup comme on le voit, en toute logique, se posent des problèmes de constitutionnalité qui font vaciller tout le projet.

- Maintenant, bon comme je suis tout seul dans le camp que j'ai créé, je vais commencer ce travail tout seul : il faut commettre la séparation des biens à cause du divorce de ce qui fait « pouvoir » entre ce qui temporel/matériel et ce qui est de l'ordre de la logique et de la science.
Ce qui n'est pas facile.

Je me réfère à mon travail quotidien de programmeur, en tant qu'un des premiers membres fraîchement nés de cette nouvelle ère de la pensée fonctionnelle, qui est un produit de la pratique de la programmation (que les responsables d'aujourd'hui, fussent-ils « jeunes », ne possèdent clairement pas).

Quand on veut qu'un système fonctionne on obtient aussitôt la posture ultra-modeste de sans cesse vouloir remettre en cause le modèle sur lequel repose le système.
Il faut savoir que ce qui est systémique est immatériel, il suffit d'y penser pour s'économiser bien des soucis, et si on ne le fait pas on le paye très cher.

Quand le nombre de fonctions va en s'accroissant, en premier ça signifie que certaines fonctions sont appelées un nombre croissant de fois, mais si ce n'est pas le cas et que les exceptions deviennent prédominantes, alors il convient de refondre le modèle de base, d'avoir une nouvelle idée super-générique, sans quoi le « truc » devient ingérable.
Une fois cette mutation mentale opérée, on y adapte progressivement les fonctions branquebalantes autant que celles qui marchaient pourtant très bien.
Cela fait qu'au fur et à mesure qu'on les rencontre on leur applique leur nouveau standard, et parfois certaines étant trop spécialisées subsistent dans un état préhistorique sans que ça gêne trop.

L'idée derrière ça quand même c'est ce que l'industrialisation a voulu faire, sans toutefois noter que dans un système viable ce qui est générique n'est pas pour autant matériel.

Quand on a eu l'idée géniale d'un concept, on veille incessamment à ce que la réalité, ou même le devenir de la réalité (le développement), ne vienne pas risquer de provoquer des trous de sécurité, si on peut appeler ça comme ça. Il faut que lorsqu'on s'attaque à une fonction du système, on puisse trouver ses repères et se référer à des classes classiques, car dans l'industrie les choses doivent être claires et compréhensibles pour tous. Bizarrement (pour les non-programmeurs) c'est cela qui assure la diversité salvatrice des fonctions du système, car il y a plein de niveaux de fonctions, qu'on appelle des couches du système, de plus en plus spécialisées et pour autant parfaitement compatibles et susceptibles de devenir génériques.

Pareillement pour un scientifique, c'est uniquement quand les faits corroborent son hypothèse qu'il saute de joie, et si jamais les faits ne collent plus, alors, en tant qu'expert, il est le mieux placé pour reconsidérer son hypothèse, à condition toutefois qu'il ne se soit pas sclérosé l'esprit en ayant dogmatisé sa manière de faire, auquel cas il est bloqué et il faut attendre qu'une jeune nouveau arrive avec les idées claires.
Je n'ose pas dire le nombre de logiciels qui se sont plantés dans leur développement... aboutissant tout comme le système social humain, à un embouteillage de fonctions, une lourdeur et une perte de commodité les rendant caduques.
Mais c'est un bon exercice !

- Ainsi la fonction d'un co-état est d'ériger les règles du jeu des échanges.
C'est à lui que revient la responsabilité de battre monnaie, et d'observer ce qui est consommé ou non, ce qui manque et ce qui est superflu.

Les échanges, eux, doivent avoir lieu d'abord, ensuite seulement les règles de ces échanges permettent de tendre vers un résultat précis. Cela suppose déjà deux couches système, une primordiale qui assure un minimum vital, et une autre qui oriente les énergies, c'est à dire ce qui doit être développé.

Par comparaison, le système social actuel est un concept unique et dogmatique, inamovible, auquel on applique des centaines de millions de paramètres (lois et arrangements) afin d'obtenir un semblant de fonctionnement, laissant sur le côté un milliards d'humains qui crient famine, et étant complètement incapable de tenir les rennes de cette machine infernale en voulant tendre vers un ou l'autre objectif.

Car le plus alarmant dans ces problèmes écologiques, c'est que ce soit ça ou autre chose, si on veut orienter « le but du système » vers l'une ou l'autre cause, de grande ou de petite échelle, on n'a aucune maîtrise sur lui à moins de modifier des milliers de lois, de forcer des changements jugés injustes, et de se montrer « totalitaire ».
Incapables d'imaginer autre chose, les gens issus de l'ancien monde pré-informatique ne voient que ça comme solution pour sauver le monde, tout en étant toutefois armés de bonnes intentions, mais dénués de sens technique et de méthode.
Quand ils veulent apporter une modification à l'orientation du but du système, ils se voient obligés de déplacer tout un édifice monobloc, ce qui évidemment les effraient au plus haut point étant donné comme il est fragile.

Mais bon un scientifique qui voit que sa loi ne colle pas ne fera jamais rien d'autre que collecter les motifs disgracieux jusqu'au moment où il arrivera à en saisir la logique, en bon empiriste sans imagination. Après il doit faire preuve d'imagination pour obtenir une loi qui soit logique avec le travail antérieur et avec les résultats nouveaux. Ainsi il arrive parfois que la façon de voir le monde soit entièrement renouvelée ; c'est ce en quoi ce job est passionnant (et non une contrainte où il faut forcer les gars avec un flingue pour qu'ils « changent »). Et ce travail n'est pas une question de mode ou d'intérêt privé, c'est juste la recherche de la vérité, c'est à dire, de ce qui marche le mieux.
Il ne viendrait jamais par exemple à l'idée d'un scientifique d'occulter des problèmes mettant en cause sa vision du monde en disant que ce sont des mensonges. Enfin normalement.

- Les co-états devraient posséder le droit de refondre le système global aussitôt que nécessaire et pour le moins, d'affecter des rôles nouveaux à certaines fonctions du logiciel.

Les buts peuvent être multiples. Le but de l'ensemble de la machine humaine doivent être orientés vers les générations futures, on peut dire évolutifs. Le résultat du fonctionnement du logiciel doit être l'abondance et la justice.

Au niveau de ses parties, il faut complètement repenser toute la structure. Un logiciel possède des parties, mais ce en quoi elles sont standardisées n'est que le façon dont elles sont compatibles, et pas la façon dont elles sont identiques.
Le système des fourmis n'est qu'un système à trois fonctions, une reine des combattants et des ouvriers. Ici on parle d'un système avec des centaines de fonctions, alimentaires, médicales, architecturales, philosophiques, etc...

Par exemple on ne peut pas dire « normalement les fonctions ne doivent pas dépasser 10 lignes de code, car aucune autre n'est comme ça ! ». Quand on érige une loi, il faut une raison quoi soit approuvée par tous les niveaux de la structure. Cette question de compatibilité est primordiale dans la conception d'un système.

Jusqu'à présent une des plus grosses erreurs de l'humanité est d'avoir confondu standardisation et compatibilité. La standardisation des mentalités, de la culture, du langage, de l'éducation, est aussi stupide que par exemple la standardisation de la médecine, comme si on devait systématiquement appliquer les mêmes remèdes aux mêmes symptômes, sans rien n'avoir à réfléchir.
Le but était d'obtenir une compatibilité sans pour autant faire preuve de méthode.

Chaque métier possède son langage, chaque personnalité possède ses propres capacités, chaque culture ses propres habitudes.
Ainsi chaque fonction du logiciel humain, sensé produire la justice, doit être adaptative tout en étant compatible avec les autres.

Il est absurde par exemple, d'imposer par la loi des manières de travailler aux agriculteurs, des graines et des insecticides déterminés. Si c'est le cas c'est parce que l'étude faite à un endroit a été tellement onéreuse qu'ils ne peuvent pas la répliquer, si bien qu'il s'imaginent que le résultat de cette étude doit s'imposer à tout le monde, mais c'est une forme de paresse... dont le résultat a été l'extermination d'une immense quantité de variétés de riz ou de céréales, qui évidemment dépérissent de générations en générations. Avec cet exemple, on voit bien comment « standardisation » et « compatibilité » ne sont pas la même chose, et combien il ne peut pas revenir aux co-états de dire aux gens comment ils doivent vivre ou s'y prendre.
Leur posture doit être celles de « guides », de conseils, et de proposer des solutions à des problèmes.

Ainsi le rôle d'un co-état ne doit pas, contrairement à ce qui est en cours actuellement de créer une « communauté Européenne » standardisée avec des lois et une mentalité réglée et figée une fois pour toutes et pour tous.
Leur idée de créer un « gouvernement mondial » dans ces conditions a de quoi être effrayante.

Pourtant on sait bien que c'est ça qui va se produire, un jour il y aura un gouvernement mondial responsable de l'homogénéité de la justice ; lui-même responsable et porte-parole de la Terre auprès des autres populations galactiques.

La nuance est que les co-états génèrent un mode de compatibilité entre les sub-états, sans pour autant dicter les lois civiles. Leur rôle doit être le bien commun, l'équité de la redistribution des richesses, et l'affectation de moyens d'agir.
Et les lois doivent être dictées par des gens en contact avec la réalité et avec lesquels il est possible d'avoir une discussion !

Plutôt qu'un schéma en pyramide avec des strates de ciment qui s'effrite, il faut considérer les structures étatiques comme des cellules imbriquées l'une dans l'autre, de sorte que plus le corps est vaste, plus sa responsabilité est grande.
Par exemple à aucun moment le cerveau humain ne dicte aux cellules ce qu'elles doivent faire ou pas ! Car il est certain qu'il produirait d'immenses erreurs.

- En pratique, à la propriété privée doit s'ajouter une propriété publique, qui possède le droit de prédominer sur la première.
La comptabilité des bénéfices à grande échelle doit prédominer sur les bénéfices à petite échelle.
Ce vers quoi l'énergie humaine est consacrée, doit corroborer simultanément les besoins à petite et à grande échelle.

Il faut absolument que l'humanité parvienne à comprendre que l'intérêt de tous et de chacun ne peut être obtenu que par l'intérêt du plus grand nombre ; c'est pourquoi la structure en co-états, de la même manière qu'on a des co-propriétés dans les immeubles, est la seule capable de s'occuper des interstices entre les intérêts des uns et des autres.

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