090719 11 min

Les gens sont-ils cons ?

Bien avant l'époque où mon cerveau s'est subitement mis à fonctionner, quand j'étais encore au lycée, le monde me paraissait une vaste jungle dont l'exploration paraissait comme une aventure sans fin. Je n'aspirais même pas à un jour cerner, comprendre, être capable de l'isoler et de le tenir dans ma main comme une petite chose. La plupart des gens sont comme ça. Souvent pour eux « la politique » reste, souvent pendant toute leur vie, une activité pour les « grands ».

Quand ils vont voter il ne s'agit de rien d'autre que de donner une appréciation de type « première impression » laissée par les candidats. Il a l'air propre sur lui, il parle franchement, il ne se laisse pas faire, c'est marrant. Alors ils votent pour Sarkozy.

Quand il va se faire réélire, il va mettre en avant ce que tous ses subalternes volontaires auront préalablement décanté pour lui faciliter la tâche : il a tenu ses promesses électorales, il a bel et bien foutu dehors la racaille des banlieues, il a bel et bien donné plus de pouvoir aux industries, et ceux qui se croyaient faire partie du camp des riches en votant pour lui ont été confortés à longueur d'année par des médias aux ordres dans leur illusion.

Maintenant qu'on est à mi-chemin de sa présidence, il est évident que la campagne électorale de 2012 est lancée. Les arguments les plus frappants, selon lesquels il a libéré les infirmières bulgares de leur geole injuste et Ingrid Bétancourt de sa forêt humide, sont prêts à bondir en apothéose de preuve que quand on veut, on peut. Il suffit de forcer les gars en leur donnant ce qu'ils veulent en échange. La morale en passant est qu'on ne peut rien obtenir du seul fait de la justice, mais uniquement au moyen d'un échange de type commercial.

Les gens ce qu'ils veulent en échange de leur vote, c'est être flattés dans leur torpeur mentale, que leurs vagues doutes approximatifs soient balayés avec conviction, qu'ils aient des phrases toutes prêtes à répéter avec la même conviction, ainsi que quelques preuves symboliques sensées faire contrepoids à toute une gamme de non-sens et de déraison que là, il faut trop longtemps pour comprendre.

- C'est sans lire personne et sans croire quiconque que je suis arrivé à observer comment fonctionne un cerveau social. Dans un cerveau humain les connexions sont de plus ou moins bonne qualité, ce qui produit une pensée plus ou moins cohérente. Dans un cerveau social, les connexions entre les gens sont d'une qualité extrêmement médiocre, emplies de tensions nerveuses savamment entretenues, et s'obstinent à n'utiliser que le seul champ de la communication orale, de type hiérarchique qui plus est.

D'ailleurs les feuilletons télé passent toute leur année à promouvoir un monde idéal où 100% des échanges entre les personnages ne se font que par la voie orale, de sorte que la compréhension d'un événement ne puisse se produire dans le cerveau de l'auditeur qu'après avoir été explicitement décrit par le personnage principal. En attendant ce moment, la musique et l'action entretiennent la confusion à propos de ce qui vient de se produire, de sorte que le téléspectateur soit en attente d'avoir confirmation pour savoir si ce qui vient d'arriver est bien ou mal.
Ne riez pas, tout cela est véridique et d'une gravité extrême !!

- Je veux raconter maintenant mes problèmes de travail, en tant qu'illustration, juste le temps d'un aparté.
A la fin on m'a dit « c'est vraiment remarquable d'avoir su t'adapter aussi vite au logiciel et d'avoir produit un travail d'une telle teneur ». Mais au final non seulement le projet a foiré, non seulement je n'ai pas été payé qu'à 50% de ce qui était prévu bien qu'ayant travaillé cinq fois plus que ce qui était prévu, non seulement la méthode choisie était la plus laborieuse, non seulement j'avais prédit l'échec du projet en prenant la précaution d'en recommencer un autre en parallèle, ce à quoi il a été répondu que ce serait « mal vu » si on changeait de direction (et à quoi j'avais répondu que ce serait encore plus ma vu que le projet échoue), mais surtout au final c'est à d'autres personnes qu'on fait désormais appel pour les autres projets.
L'explication est simple, c'est que dans une chaîne de commandement si un des noeuds du réseau est défaillant c'est tout le réseau qui n'aboutit pas à réaliser ce qu'il devait. Et dans une chaîne hiérarchique, si le noeud défaillant est le donneur d'ordre, le coupable de l'échec est l'exécutant.
Le principal problème était le manque de communication et la peur de se faire mal voir. Un des principaux maux contre lequel je ne cesse de me battre, ce sont les gens qui parlent sans savoir et qui ont des avis aberrants sur toutes choses, et qui refusent le dialogue de peur d'avoir eu tort, de peur, derechef, de se faire mal voir par leur supérieurs à eux.
Et pendant ce temps-là je reste au RMI.
Et après les assistantes sociales viennent me faire la morale en me disant que je suis la cause de ma propre « exclusion », et mettent en porte-à-faux le paiement de mon RMI (ou RSA) avec « la volonté énergique de trouver du travail ». Et même « de changer de secteur professionnel », parce que voyez-vous « l'informatique ça n'a pas d'avenir ».

Les commanditaires n'avaient qu'une opération mentale gratuite et rapide à faire pour obtenir le succès de leur projet, et en l'absence de cela, ça leur a coûté des dizaines de milliers d'euros en plus et ça a mis plein de gens dans l'embarras.

Je m'en veux de ne pas avoir été comme Sarkozy, de savoir convaincre les gens en les faisant passer pour plus intelligents qu'ils ne le sont ! Par contre ceux qui savent s'y prendre dans le domaine commercial, là où moi je ne fais qu'espérer que la raison prédominera en toute logique, arrivent à obtenir des gens ce qu'ils veulent, y compris l'inverse de ce qui est bon pour eux.

C'est sûrement parce que ce monde est déjà saturé de gens capables de convaincre les faibles d'esprit d'agir à leur propre encontre que la méfiance est si puissante, et que la raison a tant de mal à percer.

- Un autre aparté en passant, sur les conseils d'une personne qui m'a aidé dans des travaux scientifiques j'ai décidé de faire mon test de Q.I., bien qu'ayant un foi peu élevée pour le genre d'intelligence qui est recherchée. Je sais que l'intelligence du coeur ou l'intelligence de la rigueur morale ne sont pas du tout détectés. Mais quand même j'ai été surpris par le résultat, disant en gros que je suis plus intelligent que 98,4% de la population mondiale.
Je suis vachement content... de voir quel sort ce monde m'a réserve (passant toute ma vie en-dessous du seuil de pauvreté de 700 euros par mois).

Et là soudain j'ai mieux compris le problème de communication qu'il peut y avoir.
En général quand je postule à un job j'essaie d'être aussi précis que rigoureux dans ce que je dis, et bien sûr le plus concis possible. Mais quand même en général on me répond par des signes de la main, une paume pour dire « stop » et un doigt dirigé vers la porte pour dire « c'est super intéressant ce que vous dites on vous rappellera ». Alors qu'ils pensent « casse-toi tu me soûles » ou encore « je vais passer pour quoi si tu as plus souvent raison que moi ? ».

- LA question « les gens sont-ils cons » est bien sûr une question-piège.
Oui et non, indépendamment ils sont charmants et le plus souvent faciles à instruire, mais dès lors qu'ils se doivent de penser avec le groupe auquel ils appartiennent alors subitement le Q.I. Du cerveau auquel ils appartiennent chute brutalement. En-dessous de 10 points seules les fonctions vitales fonctionnent, comme les oiseaux qui chantent sur les branches. « cui-cui ! ».

L'exemple le plus probant est celui des « médias », qui sont les obscurantistes de notre époque, prêts à accuser de sorcellerie tout ce qui n'est pas compris, et refusant d'avoir à comprendre quoi que ce soit de nouveau de peur de passer pour des idiots.
Il y a quelques temps déjà les médias ont commencé à prendre pour thème eux-mêmes, et dès lors l'esprit critique qu'ils croyaient posséder s'est révélé dans sa plus profonde nature, anti-critique, auto-complaisante, et super-satisfaite d'elle-même. Très vite l'activité de critique des média a donc dû s'externaliser des médias eux-mêmes pour aller appartenir au monde du web, qui lui-même est considéré comme un coupe-gorge de grande-banlieue, de façon à atténuer la douleur qu'occasionne la critique.

Je veux dire c'est que « les médias » sont l'objet d'une arriération mentale flagrante et inquiétante.
On peut observer cette arriération par le manichéisme avec lequel les sujets d'actualité sont traités, par la faiblesse de la densité morale et intellectuelle, puisque principalement l'actualité est faite de commentaires de jours fériés, de grandes fêtes, de grands deuils, et de faits-divers choisis pour leur capacité à condenser toutes les angoisses approximatives, et de l'explication du pourquoi du tracé du jogging du président.
Le manichéisme qui est celui des médias, presse papier et télé à but lucratif, est laissé entendre comme étant une simplification d'une grande complexité obtenue par des « spécialistes », mais je doute que la nuance entre manichéisme et simplification apparaisse dans toute sa portée.

- Quand on croise les gens dans la rue, « Chavez est un con, il se fait copain avec Ahjmadinejad », mais par contre les guerres menées par les pays riches sur les pays pauvres ne sont qu'une légende de mauvaises-langue. Sarkozy a sauvé Ingrid Bétancourt, alors que la révolution bolivarienne n'a pas redonné la vue, la médecine, l'éducation, et des terres cultivables à des dizaines de milliers de paysans. « Le système économique reprend » mais les USA n'ont pas une réserve fédérale qui échange du papier monnaie sans valeur contre du travail et des biens qu'ils puisent dans le monde entier. « Les banques sont sauvées de la faillite » mais ce n'est pas en en vendant l'argent qu'elles fabriquent elle-même aux états ainsi condamnés à leur verser encore plus d'intérêts. Une menace d'épidémie mortelle plane sur les civilisations mais elle la cause de son apparition est sans doute une sorte de sainteté divine, qui comme par hasard serait en parfait accord avec les riches et les puissants de ce monde sur la question de la surpopulation, alors que tous les moyens sont à disposition pour résoudre la famine galopante, à part que les riches ne le veulent pas pour des raisons qui n'intéressent qu'eux-mêmes.

Et ainsi donc quand on demande « aux gens » de voter, bien que indépendamment les uns des autres le nombre de ceux qui aiment à répéter que les médias nous mentent à longueur d'année, finalement le résultat de l'opération globale montre une fortement évidente incapacité à juger de ce qui est bon pour eux-mêmes.

Or justement ! Dans ce monde a lieu un combat de grande échelle entre deux visions du monde, sachant bien entendu que le vainqueur est celui dont la vision est prédominante, puisque ce qu'on croit devient toujours observable, et ainsi se renforce :
- soit les gens sont des moutons à qui il faut dire ce qu'ils doivent penser sans quoi ils y perdent leur identité (et donc leur job) ; ceci est décrit comme la tendance naturelle qu'ont les sociétés à vouloir basculer vers la dictature, comme un effet de la gravité,
- soit la pensée de groupe obtient la capacité à devenir plus fluide et raisonnable, au moyen d'une conséquente amélioration de la communication entre les « neurones », auquel cas bien sûr les gens de pouvoir n'auront plus d'influence sur le destin du monde ; et ainsi on sera sauvés d'une pensée manichéenne et réductrice qui se montre incapable de prendre en compte autre chose que leur propre intérêt à court terme.

C'est cela qu'internet fait. Internet est né de la capacité populaire améliorer sa connectivité et donc son intelligence, et en face de cela, les états font tout ce qu'ils peuvent pour freiner cette évolution qui a, selon eux, pour seul but de les décrédibiliser.
Alors que si c'étaient les internautes, plus nombreux que les politiciens, qui faisaient les lois, évidemment tout un secteur du domaine public serait consacré à la fabrication des logiciels libres et embaucherait des milliers de personnes, et ainsi les échanges entre les noeuds du réseau social terrestre gagneraient de façon conséquente en efficacité.

Je ne vois pas comment il est possible d'aller voter pour quelqu'un qui s'exclut lui-même d'internet, qui en est absent, ne s'y exprime jamais, ou a toujours besoin de conseillers en communication pour le faire de peur de passer pour un gros nul.

Le monde moderne est a peine né, et les gens n'ont pas encore tout-à-fait les idées claires sur ce monde nouveau.
Cette fameuse capacité dont je parlais qui consiste à mettre en relief les idées les unes par rapport aux autres pour savoir convaincre, et à savoir nommer la balance qui permet de sous-peser ce qui doit vraiment être pris en compte pour produire une décision rationnelle, ne peut avoir de valeur que si c'est le résultat d'un travail collectif... et non un spectacle mené par un vendeur ambulant de produit-miracles.

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