090714 7 min

L'homme est la nature

L'exercice philosophique qui consiste à observer « la nature » ne devrait jamais occulter à quel point l'homme en fait partie. Quand on observe « la conscience », ou l'âme, on le fait consciemment et avec son âme. C'est une fonction récursive très intense où les moindres altérations dues au manque de savoir peuvent prendre des proportions gigantesques, menant à des erreurs fondamentalement puissantes. La vraie Loi est absolument intransigeante.

C'est « la nature » qui a engendré l'homme, avec un grand entrain et une grande impatience de voir se résoudre les innombrables limitations du monde animal. Le fait même d'obtenir la conscience récursive peut être défini comme étant le but de la nature ; elle cherche et a besoin de se connaître elle-même. Elle veut comprendre et elle veut savoir.

L'urbanisme, la science et la politique sont les faits de la nature avant d'être les faits des humains.
Les humains, dans l'élan proposé par la nature cosmique et morale, possèdent l'instinct d'obtenir et développer la conscience de leurs actes.
L'expérience et l'empirisme qui permet cela engendre un nombre de lois à connaître si élevé, que cette tâche paraîtrait impossible si elle ne résonnait pas avec le plus simple et humain des instincts.

Quand on libère un enfant dans un parce avec des toboggans et des bacs à sable, aussitôt qu'ils arrivent dans le parc, ni une ni deux, ils se précipitent vers ces aires de jeu et reproduisent immédiatement les jeux qu'ils connaissent, jouent à la balle, grimpent sur les monticules, cavalent dans tous les sens. Ils n'inventent rien en somme mais de leur point de vue ils sont comme l'eau qui s'écoule dans le lit de la rivière, ils se précipitent dans leur aventure et leur découverte.

C'est avec la même énergie que l'humain développe la conscience de ses actes, quitte à buter sur des impossibilités qui éveillent la conscience morale, de sorte à se corriger soi-même et à suivre le lit du fleuve des Lois, et enfin, à trouver la paix, qui est un endroit où les actes spontanés sont en parfait accord avec les Lois.

- Avec des amis nous étions libérés en pleine nature chargés d'envie de jouer sans se soucier de rien.
Pour trouver un endroit où installer une base alimentaire, on sillonnais avec notre vieille voiture les prairies fleuries de la montagne, laissant derrière nous un saccage floral aussi rebutant qu'insignifiant, comparé à l'abondance dans laquelle nous baignions.
Rassurez-vous lecteurs, ce n'était qu'un rêve car en vérité je n'aurais jamais permit cela !

Dans mon rêve j'étais seulement récalcitrant et opprimé de ne pouvoir lutter contre cette envie de rouler à travers les fleurs, de faire des virages et des dérapages, sans la moindre once de honte de mes camarades, et à laquelle j'étais adjoint par la force des courants.

Quand je vis les lilas violets écrasés, les tiges aplaties et déchirées, des Edelweiss allongées au sol fièrement accrochées à leur vie et prêtes à se relever, j'eût un geste qui consistait à les redresser délicatement en arrondissant la tige, priant pour qu'elle ne prenne pas ombrage de cet outrage et m'excusant auprès d'elle.
Autour de moi la dévastation était telle qu'il aurait fallu plusieurs journées à moi et mes camardes pour remettre en vie ce qui nous avions saccagés en quelques minutes de bouffée délirante.

Il y avait une petite maisonnette qui semblait paisible. Ses habitants se cachaient des citadins et attendaient que nous repartions pour remettre la nature en état.
J'allais les voir, empli de honte et de remords. La fermière me dit « Il a fallu de nombreuses années pour que ces plantes viennent à pousser ici ! Au début les graines ne prenaient pas ! ».

Dans son langage, il fallait entendre tel un message des indiens sioux « Il a fallu informer la Nature et obtenir son consentement avant qu'elle n'accepte de faire pousser ces plantes ».
« Comment allons-nous gagner à nouveau sa Confiance ? » « Malheureux incultes que vous êtes, vous propagez la mort en riant ».

Soudain je vis une grosse fourmi noire sur ma chaussure. Elle était si lourde que je pu la faire sauter d'un geste. Et sitôt, j'en vis dix mille autres qui sortaient de terre de toutes parts.

La vieille fermière me dit qu'on avait mit la Terre en colère, et rentra chez elle calmement, assurée de ne pas être touchée par ce déluge.
Il y en avait partout, on ne savait plus où mettre les pieds. Le remue-ménage avait libéré un espace que les fourmi s'empressèrent de remplir, considérant les pieds humains comme autant d'arbres à explorer dans le but d'y établir une colonie.

On se mit alors à courir vers un endroit plus élevé où les plantes n'avaient pas été saccagées. Les camarades se sentaient sauvés et plus malins, mais en regardant le ciel je vis un nuage noir qui se déplaçait d'avant en arrière, tranchant carrément avec les nuages blancs paisibles et distants.
Il y avait ce grondement. Puis en perçant au travers des rayons du soleil, je vis que cette masse était une nuée d'abeilles.
Aussitôt que je les ai vues, alors automatiquement elles nous ont vu aussi.
C'étaient d'énormes abeilles noires, qui se mirent à voler à la vitesse d'un gravier lancé à pleine vitesse et parfaitement rectiligne. Les premières venaient me frapper comme avec une sorte de méchanceté égoïste, c'est à dire que ce n'est pas de la méchanceté de leur point de vue.

On voyait l'ensemble de la nuée arriver comme un doigt accusateur pointé sur nous. Le message n'était même pas « fuyez » mais « Ceci est le retour du bâton ! ».
Nous nous fîmes disperser.
Le groupe d'amis n'était plus, chacun courait pour sauver sa propre vie.

Il y avait un demi tronc d'arbre sculpté en abreuvoir où l'eau de la rivière faisait une étape pour étancher la soif des promeneurs. Je plongeais entièrement dans cette eau glaciale et me retrouvai immédiatement couvert de sueur dans mon lit au petit matin, bien heureux d'avoir pu m'extirper de ce monde pour venir glisser dans celui-ci !

- Je méditais sur la façon dont mon sommeil a été écourté par cet appel de la Terre-Mère.
Dans la nature, tous les animaux meurent mais toute la nature fait toujours en sorte qu'aucun de ces millions de cadavres ne soit visible. Les populations animales sont régies en nombre par une loi qui s'exprime directement par la présence des autres animaux, de sorte que leur mort serve très exactement et précisément les besoins de ceux qui vivent.
Il y a équilibre dans le sens où il n'y a ni insuffisance alimentaire ni excès de cadavres.
Le résultat obtenu est aussi stupéfiant qu'un tableau emplit de peinture vitale et d'espace libre en même temps. Ce qui s'offre à la vue est aussi énigmatique qu'un océan et aussi poétique qu'une seule goutte d'eau qui perle sur un carreau. Il n'y a que verdure et vitalité qui s'offre aux yeux de l'humain qui s'y promène, comme le résultat réussi d'une opération d'une infinie complexité.

Tous les espaces sont remplis par la Vie, dont la forme est régie par la Loi. Et si un espace est vidé de sa vie il est aussitôt rempli par une autre de sorte que l'équilibre entre vie et mort puisse se rétablir le plus vite possible, telle l'eau qui s'écoule dans le lit de la rivière.

Si bien que lorsque l'homme agi sur la nature il agit directement sur lui-même, en raison de la fonction hautement récursive de la Conscience. Quand l'abeille frappe, elle n'est que le prolongement de l'action de l'humain, elle suit et respecte scrupuleusement l'ordre supérieur qui lui a été donné.



:clear:

Bouddha n°8119