090626 6 min

Hommage au King Michael Jackson

Les hommages mortuaires des gens publics sont souvent aussi mortifères qu'intéressés...
Au mieux les gens veulent récupérer un peu des photons qui se seraient échappés de l'aura de celui qui a trépassé, et au pire, en fait presque systématiquement, c'est l'occasion pour nos amis les médias d'en repasser une couche sur les plus sombres soupçons et les plus angoissantes questions qui tournent autour du personnage. Comme si l'incapacité à voir et comprendre ce qui artistique, aux yeux des moines du moyen-âge, ne pouvait mieux se définir que par une description craintive de sorcellerie.
Et en contrepoids, ils mettent en avant « le vendeur exceptionnel », le record du monde du fric, des châteaux à plein de millions de dollars et des parcs pour enfants emplis de sous-entendus criants de névrose. Une enfance perturbée comme il se doit et un comportement anormal, et voilà comment ils rendent leur hommage ; et là encore ils font du mieux qu'ils peuvent, ils y vont vraiment de tout leur coeur.

- En tant que quelconque anonyme, qui n'aurait jamais pensé écrire un jour cela il y a 24 heures, je veux écrire mon hommage à ma manière si ça dérange pas.
Je trouve qu'il avait une voix d'ange, cristalline et profonde à la fois, envoûtante. La musique n'est pas un truc qui pousse ou qui attire, c'est un truc entraînant, c'est nous le moteur, elle le véhicule.
Sur les images qu'on a de lui, il est le plus souvent souriant, et quand il est sur scène, sa joie est communicative. Il ne faisait pas une simple représentation, même si on sait comment ça marche (la lumière des projecteurs font se révéler une personnalité magnifiée, de la même manière que quand on porte un masque on est immédiatement saisi par son personnage), il se donnait entièrement et il prenait son pied à chanter et à danser. On sent que c'est par là qu'il pouvait exprimer une émotion contenue et accumulée depuis longtemps.
Le chant et la danse étaient indissociables, il a dû se dire un jour, « quand je chante on me regarde, alors autant que le spectacle soit visuel ». Il a inventé cette méthode, on ne le lui a pas imposé par la force d'une école, je crois bien que c'est une idée de lui.
Quand il faisait un clip vidéo, il se disait « une chanson c'est une histoire, alors autant faire de mes clips de vrais films de cinéma à part entière ». Et là, tous s'accordent à constater son génie, ou plus précisément l'absence de génie chez tous ceux qui n'avaient pas pensé à considérer le clip vidéo comme ça avant. Avant tout il livre un spectacle, une distraction, une île déserte où méditer sur qui on est, du bonheur, et surtout cette intention qui est maître de tous les arts qui découlent de son art.
Dans son esprit il n'attendait jamais de recevoir, il donnait d'abord, c'était dans sa nature.
On voit bien que c'était un homme d'une immense gentillesse, il a passé beaucoup de son énergie à « la paix dans le monde », sans autre forme de politique que cette seule requête.
Moins que quiconque il devait comprendre pourquoi les gens se battaient.
Il est clair qu'il a « voué sa vie à la musique » car en effet, bien plus que ça il a voué sa vie à ne pas suivre les sentiers qui mènent aux conflits, il a voué sa vie à exprimer l'amour.
C'est d'ailleurs amusant car dans son clip Thriller (et dans d'autres) son personnage est celui du (premier) « bad boy » (de l'histoire artistique). Il représente les pauvres, les exclus, les faibles, les petits loubards dont la société ne veut pas se sentir responsable. Il se présentait sur scène avec quelques pansements, comme s'il s'était bagarré juste avant d'entrer en scène. Orné de vêtements surnaturels qui lui allaient superbement, il a aussi déclenché et des mouvements artistiques dans la mode, autant que dans la danse et la musique.
Au niveau rythmique, ce qui est le plus caractéristique de ses signatures musicales, il inventait des séquences dont les autres compositeurs se demandaient comment il faisait. C'est une rythme « noir », africain, lié aux rythmes physiologiques, et dont le pattern, loin d'être lassant, finit par engendrer une musique non possible à noter sur du papier à musique. C'est comme un embranchement entre la Dance, le Rock la Soul et la Techno, chacune de ses chanson pouvant être déclinée avec succès dans l'une ou l'autre de ces écoles.
Le décors de ses clips était un endroit dont on avait du mal à fixer le lieu temporel. un endroit idéal dont la dureté et l'irrégularité contrastait avec ses paillettes et la perfection de son geste.
Son pas de danse, « le moon walk », le plaçait dans espèce d'apesanteur artistique, comme si on assistait à un trucage vidéo. Son corps était comme celui d'un pantin, strictement commandé depuis son âme consciente et placée mentalement un peu au-dessus de lui. (ses proches disent combien il était conscient de l'effet qu'il allait faire sur les femmes de son public).
C'est dans une de ses premières représentation télé quand il était tout petit, on peut le voir dans la vidéo, il n'avait pas encore intégré la danse dans son show, mais était assez embêté de ne pas savoir quoi faire de son corps. A un moment il saute un peu sous l'effet de son entrain et de sa joie naturelle, et manque de se tromper dans ses pas, on a l'impression qu'il se retrouve projeté en l'air sans avoir fait exprès, surpris de cette soudaine apesanteur. Alors il se rattrape en plantant son pied droit au sol et tombe en parfait équilibre en restant sur la pointe du pied gauche, immobile, et en rythme avec la musique.
Dans son art la pensée précédait l'expression, ce qui défini les artistes (ou permet se de distinguer des diverses sortes de faisants qui existent). Puis la musique engendrait la danse, puis la danse nécessitait le costume, tous ces éléments s'accordaient et produisaient sa marque de fabrique.
Il a toujours été vu avec des vêtements apostrophiques (ne trouvant aucun autre mot), d'une très grande élégance et sans jamais la moindre faute de goût ou une impression de déguisement ; Il est l'inventeur de la veste rouge en cuir poli (ou en plastic super brillant).
Quand un proche meurt on est toujours plus heurté que si c'est un inconnu, et la, la fin de Michael Jackson a eu le même effet sur des millions ou même des milliards d'habitant de cette petite planète ; comme si on était tous frères et soeur, et que le sort de tous était intimement lié aux notre, comme si son plus grand rêve venait d'exister.
Dans la rue les gens avaient une mine défaite, même la circulation routière a été « perturbée », les gens se trompant de direction et provoquant des accidents. Le réseau électrique et d'information terrestre a dû connaître une surcharge, internet était à la limite de la rupture. Les magasins de disques on été dévalisés (commercialement seulement hélas). Il croulait sous les dettes ? On va les lui rembourser, il n'y a aucun problème. Cette homme était un saint homme, il était la gentillesse incarnée, il a consacré sa vie à l'art du spectacle, il appartenait à son public.
N'importe quel autre saint ayant séjourné sur terre n'aurait pas rêvé si prendre aussi puissamment.
J'ai pleuré toute la journée et en même temps j'ai eu un bonheur immense à sentir la puissance de son âme dans ses chansons et dans sa voix enchanteresse. C'est vraiment un cadeau magnifique qu'il a laissé à l'humanité.

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