090625 9 min

Le langage de la logique

L'évolution n'est pas linéaire comme le croit l'esprit occidental, disons plutôt que la linéarité de l'évolution est une abstraction facilitant son parcours (qui est forcément panoramique).
Disons que l'histoire prend un chemin parmi une foule de possibilités, qui est fait de détours suite à des collisions avec la logique, qu'elles soient prévisibles ou effectives.

Le chemin réflectif est semé d'embûches, on émet des hypothèses mais le système d'émission d'hypothèses ne prend que peu de contraintes en compte, tandis que la réflexion, ou par défaut l'empirisme pratique en l'absence de réflexion, donne une indication d'ordre symbolique du chemin à suivre, en montrant au moins celui qu'il n'est plus possible de suivre.

C'est un langage très binaire, simplement pour dire « non pas ici », après quoi la réflexion est obligée de retourner à un noeud en amont sur son chemin pour saisir ce qui n'a pas été prit en compte dans les choix antérieurs.

C'est là que la réflexion est philosophique, au moment où on est revenu sur une composante de la mécanique de la réflexion avec l'obligation de mieux la définir, pour pas qu'elle perturbe les choix futurs et impose au Chemin d'aller entrer en collision avec l'impossible.

- La démocratie et l'esprit de la démocratie est en plein dans ce schéma qui consiste à subir de mauvais choix antérieurs. Elle se trouve soudain défaite d'une grande part de sa substance et cherche, par la dialectique – c'est à dire juste avant le moment où elle se rend compte de la présence d'une erreur qui va obliger à remonter tout ce à quoi elle tient – à regagner des gallons de vénérabilité, de la façon la plus maladroite qui soit.

On peut comparer ce comportement à celui qui, en passe d'être déchu, devient irritable et impose l'observation névrotique suivante : « vous savez qui je suis moi ? ». C'est le moment d'un besoin de regain de crédibilité qui s'obstine à nier les erreurs qui la lui ont fait perdre, autant même que la baisse de crédibilité, que notre sujet se refuse de croire et de voir.

- On peut mesurer qu'il y a eu une évolution quand on fait la soustraction entre le moment présent et un moment passé, pour mieux voir la différence : au début la démocratie voulait, bien que de façon archaïque (c'est à dire sans informatique) donner les manettes de son destin au Peuple, pour finalement devenir une confrérie politico-industrielle dont le premier de tous les soucis est de se targuer de ce dont le peuple a besoin d'entendre.

Ainsi la politique est-elle un lieu de retournement de vestes aussi volatile qu'impudent, dès qu'on crie à l'écologie il suffit de retenir toute considération qui pourrait heurter cette sensibilité, dès qu'il s'agit de politique internationale il suffit de prétendre avoir toujours été dans le camp nouvellement formé, ou quand il s'agit de racisme il s'agit toujours de s'en défendre littéralement bien que la raison d'avoir à s'en défendre ne soit jamais mise en lumière (la raison état que du point de vue politique, tous les gens de la masse sont comme des nègres).

Tant que le sionisme était assimilé par la plupart des habitant moyennement instruits au judaïsme, il était impensable pour les politiciens de s'engager en dénonçant le premier sans porter la moindre atteinte au second. Mais une fois les gens au courant, alors tout d'un coup « depuis toujours », et c'est évident en fait, la distinction avait été clairement faite. Sauf que « jamais » ils n'en avaient parlé publiquement de peur du le réaction du peuple inculte, ou dont l'inculture supposée facilitait grandement les affaires.

- De deux choses l'une, soit le monde politique est assez instruit pour initier les changements nécessaires, et alors de lui découle ce qui est raisonnable, soit c'est le peuple potentiellement inculte qui en tient les rênes, et alors c'est de lui que dépendent les choix de société (et de dire au politique ce qui est bien ou non).

Dans le cas présent tout est décidé en interne et quasiment en catimini, le traité de Lisbonne est un exemple le plus flagrant de distanciation entre la volonté politico-industrielle et le fin instinct des masses, et en même temps dans la formulation, la présentation des activités politiques, toute la communication est calibrée de façon à satisfaire le plus de gens possible.
Ils disent même textuellement qu'ils agissent au détriment mais pour le bien des peuples.

On peut dire que la démocratie s'est fendue, et qu'une distanciation se crée entre plusieurs de ses composantes, d'une part le champ où s'élaborent les hypothèses et les choix qu'est le politique, et d'autre part le lieu où les choix entrent en collision avec ce qui n'avait pas été prévu, à savoir le public. Le politique s'enferme sur lui-même car il a besoin de silence pour réfléchir à des questions de plus en plus épineuses, et le champ public n'obtient satisfaction que dans la façon de présenter la politique en cours, qu'elle qu'elle soit.

C'est là qu'on peut réhabiliter notre connaissance de la fonction des médias.
Partis de la volonté d'informer ils sont arrivés à la volonté (de déformer ! non c'est trop facile) de présenter la démocratie, et donc la politique, sous un jour favorable (coûte que coûte).

Les médias – j'entends par là les canaux permanents de diffusion de messages officiels - sont devenus le lieu où se rencontre, par une alchimie assez nauséabonde, la volonté politique et la volonté populaire, en faisant tournoyer l'un autour de l'autre les motifs et les contraintes de phénomènes choisis pour leur teneur symbolique.

Leur travail qui consiste à montrer les collisions et les échecs de la pensée est devenu le travail qui consiste à nier ou relativiser la réalité de ces collisions.
Un des plus beaux travail de sape que je connaisse consiste à présenter un « journal d'actu » destiné aux assez jeunes, dont les préoccupations tournent surtout autour des industries du sport, de la musique et du cinéma et de la mode.

Les médias sont devenus une composante à part entière de la démocratie.
Ils sont le porte-parole de son esprit tourmenté, comme un médecin qui empêche les visiteurs de rentrer dans sa chambre en raison de sa fatigue, mais déclarant qu'il va très bien pour les rassurer.

Quand il s'agissait du crash d'un avion en pleine mer et que les journaux étalaient les visages des passagers morts déchiquetés dans d'affreuses souffrances, les médias ont saisi l'occasion pour accaparer une nouvelle fonction dans la société, explicitement dite de « animateur des rituels sociaux ».

Le système politique s'est étendu vers le domaine public grâce aux médias (ceci est une froide observation, on peut se dire que c'est « bien »).
Le problème c'est seulement que le décisionnel ne va que dans un sens tandis que la désapprobation n'a qu'une seule occasion quaternale de s'exprimer.
A part cela, la seule désapprobation tangible, et donc le principal récepteur proprio-réceptif de la réalité du monde que possède le politique, est l'audimat. C'est sûrement pour ça qu'à un moment Sarkozy voulait se faire passer pour un héros du feuilleton « 24 heures chrono » en faisant son jogging devant les caméras, haletant et trempé de sueur.

- Quand une collision avec ce qui est impossible a lieu, le message que ça contient est très indécis et laisse une très grande liberté d'interprétation, bien que la teneur du message lui-même soit assez explicite, rigide, et indéniable.

Si la relation entre le politique et le public a vu s'interposer un système médiatique, on peut dire que c'est à cause de la distanciation entre ces deux pôles.
Cette distanciation a lieu sur le principe du nivelage hiérarchique. Dans l'ordre on a les petites gens, au-dessus on a les médias (qui ronchonnent à devoir aller s'immiscer dans la vie des ploucs), et au-dessus les diplomates avec un costume d'une valeur-étalon égale au revenu mensuel minimum
(ensuite selon le grade interne on peut voir un coefficient de cette mesure-étalon allant de 1 à 10).

Par exemple en amérique latine on se demande comment utiliser correctement les médias dans un but révolutionnaire et social, suite à l'observation de l'efficacité des médias corporatistes dans la qualité et la probité apparente de leur propagande à but lucratif. Eux veulent vraiment le bien des gens mais sont clairement moins bons en communication.
Et d'ailleurs elle n'a pas besoin de se faire sur le plan standardisé de ce qui est clairement énoncé, elle peut très bien rester informelle si tant est que ceux qui adhèrent à la Révolution sont ceux qui assisté aux flagrants progrès qu'elle a apporté.
Clairement la distanciation entre les deux pôles se trouve à un niveau évolutif très antérieur à celui des sociétés occidentales, c'est à dire in fine, en avance sur le chemin retour que nos sociétés doivent prendre avant de trouver une nouvelle sortie dans le labyrinthe de la logique.

L'inconvénient d'une distanciation entre deux pôles de la démocratie que sont le décisionnel et les divers ancrages dans la réalité du monde, est qu'un seul message du type « ce choix se heurte à une impossibilité » se scinde en deux messages, un rigide et indubitable, et un qui laisse une grande place à l'interprétation, émis par les deux pôles différenciés. Chacun obtient un des deux caractères de ce qui à la base est unifié, et chacun sert la même cause, cause qui est décidée hiérarchiquement par le pôle abrupte.

Le caractère abrupt et imprécis de la réalité de l'avènement d'une injustice n'a normalement rien de totalitaire dans le sens où il n'oblige à prendre aucune direction en particulier à part qu'il en interdit une (le totalitaire, cad l'abrupt non dépassionné, c'est d'imposer une direction en particulier) ni le laisse aucune place à se trouver réinterprété ou euphémisé.

- Une conclusion que je retire de ces observations est que le concept de démocratie doit d'urgence se rabibocher avec son temps et son époque, et sans renier un seul de ses préceptes, savoir se reconstruire entièrement dans sa méthode.

Ce qui est « média » entre le public et le politique doit s'affranchir du principe de hiérarchie sociale.
C'est dans toute la société que les patrons doivent se sentir au service de leurs employés et non l'inverse.

Son activité de publication de ce qui fait « actualité » doit être journalistique et analytique, et du fait de ceux qui agissent directement, dans le sens de la dénonciation des injustices dans le sous-but d'intimer directement au politique de réagir immédiatement. Un suivi doit être attendu à chacune de ces dénonciations d'injustice, et à chacune des analyses qui aura été émise.

Grâce à internet devrait se développer un journalisme politique de l'intérieur, où ceux qui agissent tiennent le blog de leurs activités. C'est ce qui paraît le plus logique pourtant la construction mentale occidentale interdit aux notables de s'abaisser à une pareille labeur, tandis que le président du Venezuela lui, n'hésite pas à produire sa propre émission de télé.

Le jour où les robots assureront les biens et services communs minimums pour tous quasiment gratuitement, le système politique occupera sûrement des millions de personnes (forcément très organisées), alors peut-être sera-t-il redevenu légitime de le qualifier de démocratique.

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