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Une articulation historique : la fin de l'individualisme ?

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Les habitants des autres planètes le disent : "On est passés par là" !

Nous savons tous que ce qui alimente les guerres surpasse allègrement les volontés individuelles de chacun.
Pourtant la cyclicité de l'avènement d'une guerre peut être rompue si on retient assez bien les leçons de l'histoire. Notamment pour ce faire, on peut tracer cet axe : l'histoire des guerres.
Avec les deux dernières guerres mondiales on voit que ce sont les alliances, peu à peu forgées entre les peuples, qui ont transformées les conflits en guerre généralisée.
On voit également qu'elles ont commencé pour des raisons futiles, et que les raisons de continuer ce sont multiplier.
Les alliances sont de plus en plus fortes et nombreuses au fur et à mesure de l'évolution de la société.
Dans le même temps, les initiateurs de ces guerres furent des individus, puis entités unilatérales, puis des intérêts nationaux.
De nos jours, deux courants combattent, deux mentalités, qui sont des choses assez vagues pour ne pas pouvoir être définies, mais assez reconnaissables pour pouvoir servir d'identificateur, et savoir si untel est l'ennemi ou l'ami.
Ce délimitateur est purement inconscient, échappe à toute analyse, surpasse les raisons exprimables, et pour cette raison émettre des hypothèses sur lui n'est pas superflu.

La guerre des mondes

Ce qui veut être imposé au Liban, c'est qu'il se dresse contre le Hezbollah pour une raison égoïste et simple à comprendre : si elle le fait, alors les bombardements cesseront.
Le Hezbollah est accusé d'être "méchant", haineux, nuisible.
Ceci, est ce qui est proposé au Liban. C'est comme une question qu'on lui pose : "êtes vous avec nous ou contre nous ?".
Les conditions de cette question sont toutes aussi terrorisantes. Et donc la réponse à apporter est toute aussi grave.

La division qui veut être créée au sein du peuple n'est pas spécifiquement faite pour l'affaiblir, mais pour l'asservir à la mentalité de l'individualisme, qui se veut dominant, du moins par le nombre, dans le monde.

Les américains appuient de toute leur force sur cette vision étroite du conflit, délimitant ainsi ses raisons et sa portée, faisant l'impasse sur les autres explications. Car cela est le mode opératoire de l'individualisme : il ne tient compte que des causes les plus proches, et fait l'impasse sur ce qui les amènent.
En d'autres termes la question pourrait être "acceptez-vous notre vision des choses ?", "acceptez-vous notre mentalité ?".

Si on lit ici et là que le plan de l'invasion du Liban n'attendait qu'un prétexte, c'est pour sous-tendre tout ce qui veut être élagué par cette proposition de "la communauté internationale", et qui peut également se comprendre comme un chantage.
Si ce n'était qu'un prétexte, alors il y avait des raisons plus vastes. Il y en a, mais la plupart échappe à la raison.

Le Hezbollah lui-même, semble hésiter a accepter un échange de prisonniers pour stopper l'escalade.
Escalade qui va inclure la Syrie, qui a promis d'intervenir à la première occasion, et à qui les Etats-Uniis on promis un sort équivalent à celui du Liban, mais cette fois mis en oeuvre par eux-mêmes, directement.
Ce qui conduit à l'Iran, voisin et ami de la Syrie, fournisseur des armes pour ces derniers, tout comme les USA sont fournisseurs pour Israël.
Iran dont on se sera assuré juste avant qu'il n'avait pas d'arme nucléaire...

Mais une autre escalade se joue, ce sont les raisons du conflit.
Plutôt que de puiser dans les tenants pour comprendre les aboutissants, l'extension des raisons du conflit fait peu à peu place à une escalade dans la gravité, ce qui a pour conséquence de rendre caduques les premiers prétextes :
En premier c'était la capture de prisonniers qui était au coeur de la question. Puis le but désiré est devenu : la destruction du Hezbollah. D'ailleurs Olmert n'a pas hésité à prôner l'assassinat de son leader, tout comme les Etats-Unis ont assassiné Zarkaoui, tout comme un député américain a prôné l'assassinat d'un "dictateur de gauche" en Amérique latine, comme si cela servait à quelque chose.
Ce qui est grave c'est si les gens le croient, car si ils le croient, alors ils sont prêts pour la guerre.
C'est une chose courante, de nos jours, on ne passe plus devant un tribunal, on se fait "Wanted".
Puis enfin, l'escalade a encore passé un cran : le re-dessin du moyen-Orient.
Si on écoute cela, alors la libération des otages, tout comme a mort du Hezbollah, n'assurent plus la fin de la guerre.
En fait, c'est un appétit féroce qui se fait jour. Et après quoi ? Après, comme on a pu le lire ici et là, il s'agit de s'approprier les richesses, le pétrole notamment. On retombe toujours dessus.
Et après quoi, encore ? Après l'habitude sera conférée, habitude selon laquelle les puissants font ce qu'ils veulent, peuvent mentir dans des buts dissimulés, faire des chantages, et asservir les plus faibles. Après c'est l'ère des puces implantées pour garantir la surveillance de chacun, après c'est l'interdiction du mot "liberté" dans les moteurs de recherche sur internet, la répression des libertaires, des intellectuels, etc etc...

"Êtes-vous avec nous ou êtes-vous contre nous ?"

Donc, la question, ou le chantage, semble être : "si vous cessez les hostilités, et désarmez le Hezbollah, on les cessera aussi". Evidemment cela efface le fait que les bombardements du Hezbollah sont justement une riposte à l'agression israélienne, qui est chronique, et qui n'auraient pas lieu si Israël se tenait tranquille.

Superbement, cette dimension de la question est occultée par la mentalité dominante individualiste. Ce mépris pour une partie importante de ce à quoi tient la question, est à son tour considéré comme une provocation par les islamistes, tout comme était jugé "provoquant" l'enlèvement de deux israéliens... dont on apprend aujourd'hui qu'ils étaient en fait en territoire libanais...
Dans toute propagande les choses sont inversées pour mieux être occultées. C'est Israël qui prétend "se défendre", alors que c'est lui qui agresse, sans que pour lui, cela ne soit considéré comme une agression.
En effet elle se défend, mais de mentir seulement, ce qui constitue encore une autre agression.

Pourtant l'individualisme, est ce qui doit périr si l'humanité veut survivre en s'organisant et en s'unissant,
Si le Liban plie à une décision individualiste, et entre dans la mentalité israélo-américaine, et capitaliste il faut le dire, dans ce cas elle admet que son confort personnel immédiat mérite l'effort qui consiste à accepter leur vision étroite de la situation. Dans ce cas elle admet que c'est de la faute stricte du Hezbollah si elle est toute tabassée. Et pas du tout de la faute des avions américains avec des pilotes israéliens dedans...
Mais cela, au début de la troisième semaine de conflit, est déjà presque du passé. Ce n'est déjà quasiment plus acceptable de croire en une telle sornette. Alors le ton va durcir évidemment.

Car : l'intervention du Hezbollah avait pour principal but, qui est atteint, de faire éclater la vérité à la face du monde, ou au moins de l'histoire si jamais le monde ne le voit pas tout de suite. Car quand c'était la Palestine qui se faisait agresser, et le sens de ce mot est presque de l'ordre de l'euphémisme, personne ne s'y intéressait, puisque la propagande insistait sur les attentats-suicides du Hamas, qui datent d'une époque pré-démocratique, pour les stigmatiser comme des "terroristes", cela afin d'éteindre toute compassion à leur égard.

Et précisément ce qui est intolérable dans un attentat-suicide pour un individualiste, et c'est ce qui effraie littéralement les israéliens et les autres individualistes, c'est la mentalité qui est sous-jacente à cette méthode, selon laquelle "un pour tous, tous pour un", c'est à dire, que le bien de la société prime sur le bien personnel.
Dans cette "mentalité", le martyr donne sa vie à la cause de sa société. L'histoire, et l'avènement de la justice grâce à l'histoire, compte plus que sa faible vie.

Cette notion, est d'une extrême importance !

Car si on veut un monde meilleur, sans guerre, c'est justement à cela qu'on devra arriver : admettre que le bien de la communauté soit supérieur à son bien propre.

C'est cela exactement qui est au centre de la frayeur israélienne, américaine, et occidentale en général.
C'est cela qui les effraie, c'est pourquoi ils sont "terrorisés", c'est parce que leur mode de pensée est périclitant.
En effet, toute l'économie mondiale, est fondée sur l'individualisme, la victoire des plus forts, et la défaite des plus faibles. Toute cette société dite "moderne" n'est qu'une histoire d'égoïsme, d'injustice, d'insouciance, et d'inconséquence sur le futur.
Aucune politique dans le monde ne se soucie de la dévastation qui sera léguée aux générations suivantes, alors que toutes les précédentes s'étaient souciées de leur confort.
Aucune société n'ose n'avoir aucun but lucratif, et se fixer comme objectif la redistribution des richesses, ne serait-ce que pour s'assurer un futur. Tout ce qui compte, c'est sa pomme, c'est d'avoir raison, même si on a tort. L'individualisme, s'il a tant de succès, c'est parce qu'il est conjoint à l'égo. Et l'égo, c''est la fierté, et la fierté pour les américains, c'est la preuve qu'ils ont une conscience, et qu'ils ne sont pas des animaux.

Car si on prolonge cette philosophie du Socialisme, versus l'individualisme, alors c'est tout le capitalisme, les castes, et tous les fondements fallacieux de l'économie moderne qui s'écroulent, au sein de laquelle, la concurrence entre les gens est le maître-mot, et la division entre eux est la technique-maître.

En fait, les palestiniens défendent sans le savoir une sorte de marxisme, tout du moins le socialisme qui régit leur société très solidement unie et reliée par des liens puissants, qui tendent à primer sur les motivations égoïstes.

Faisons un rapide détour vers le futur pour se convaincre de l'utilité de la grégarité :
Ce que craignent les conservateurs, c'est qu'en donnant un salaire de vie à tout-à-chacun, la terre soit surpeuplée, sur-exploitée, et surtout que, plus motivés par rien, les peuples s'arrêtent de travailler et d'évoluer. Mais cela est sans compter sur la capacité, parfaitement logique, qu'aura le groupe social mondialisé à régir son futur. C'est sans compter également sur le fait qu'une vie ne se remplit pas uniquement de confort, mais aussi d'efforts.
Chacun de ces inconvénients qui sont craints, s'écroule si, au sein de la société, le soucis d'un futur meilleur pour toutes les populations prime sur le soucis de son confort personnel.
Et si en échange de ce travail constant, le niveau de vie moyen augmente infiniment.
Et cela, bien que pratiqué uniquement chez les riches, s'appelle le communisme.

Il faut seulement qu'un cap soit franchi, pour que dans les esprits de chacun, on pense à autrui, aux conséquences de ses actes, à ce à quoi ils tiennent, plutôt qu'à son intérêt personnel et immédiat.
Et inexorablement, notamment motivés par l'observation du réchauffement climatique, qui fait voir l'inconséquence et la dangerosité des calculs marchands, les responsabilités à prendre se prennent ; les conditions d'un socialisme mondial se fabriquent d'elles-mêmes.

Alors, au Liban, le chantage, ou le seul choix proposé : "vous acceptez ou vous périssez" est typiquement le genre de piège dans lequel il ne faut jamais tomber, et dans lequel tomber conforterait la mentalité de la "communauté internationale" individualiste, voulant imposer la règle de la primauté à son intérêt personnel immédiat, de façon égoïste, occultant ainsi ce à quoi cela était dû : la fureur israélienne.

Car en effet, refuser une telle proposition, reviendrait, non pas comme le dit Condolezza Rice, à "revenir au statu quo", mais à soutenir l'idée que si le Hezbollah a commis cette provocation, c'était en solidarité avec la Palestine, et donc, pour des raisons non égoïstes. Et si le Hezbollah obtient la légitimité de ses actes, si les pays arabes non individualistes affirment sa légitimité, notamment en se fondant sur la cruauté de ce qui était imposé au Liban et à la Palestine déjà avant, en se fondant sur le droit des peuples à décider de leur propre destin, en se fondant sur les Droits de l'Homme, et en se fondant sur les manifestations à travers le monde pour signaler la brutalité de cette guerre inique, alors on en arrive à la conclusion, évidente depuis le début, que cette guerre est loin, très loin d'être finie.

Et que si elle se finissait, alors dans ce cas plutôt, ce serait le retour au statu-quo, c'est à dire au conflit moral entre l'individualisme et le socialisme, et à la latence d'une future guerre

Dans cette guerre, dont les règles je le redis, dépassent les décisions individuelles, puisque c'est tout un élan historique qui est à l'oeuvre, il est question d'une lente transformation historique des mentalités, qui tendent, comme sur toutes les planètes viables et en paix dans l'univers, à socialiser les peuples de sorte qu'ils pensent en priorité de manière grégaire, solidaire, et prévoyante,
de sorte qu'ils soient capables d'envisager dans leur compréhension des causes multiples et étendues,
là où par le passé il s'agissait de ne penser qu'à son propre intérêt, en se limitant à des causes directes, en engendrant sans le savoir des conséquences néfastes que le temps ne manque jamais de faire observer.

Cela, cette théorie, est parfaitement fondé.

Dans nos sociétés primitives, il est encore courant d'utiliser des machineries de régulation de la température dont l'usage engendre un CO2 qui lui-même, engendre une accentuation des variations de température, que ces machines sont sensées réduire à court terme, dans l'ignorance obstinée que ce sont justement ces machines qui provoquent ces canicules, non elles-mêmes directement, mais toutes ses sous-jacences.

Ceci, est parfaitement à l'image de ce qui oppose l'individualisme au socialisme ; et tant que l'individualisme insistera dans son erreur, exactement de la même manière, on ne fera que nourrir un cercle vicieux.

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(prochain article : les solutions évidentes à la guerre, qu'aucun politicien n'est encore capable de concevoir)