090515 9 min

Equilibres

La mécanisme de la déviance est bien plus ample, puissant et omniprésent que ne le laisse suggérer la réduction imagée à laquelle on l'associe, en vue de la comprendre.
On s'imagine que c'est un comme un tracé de crayon qui déborde du cadre de coloriage ou qui ne s'appuie plus sur la règle, telle l'erreur que tout enfant en classe primaire a bien dû faire.

L'idée qu'on s'en fait est à peine plus élaborée que cela, or en réalité le mécanisme de la déviance est hautement plus cosmique et complexe que tout ce qui peut être imaginé : il est question ici de l'oeuvre des lois des systèmes ; des lois dont découlent les effets contradictoires.

En premier il faut comprendre ce qui fait un équilibre et ce qui le rompt.
Le système social injuste est en équilibre, et pour conserver cet équilibre il est prêt à entrer en contradiction avec un nombre croissant de lois, dont il a lui-même pourtant besoin pour tourner rond. A ce stade, la rupture franche de l'équilibre est imminente.

Par exemple si on fait tourner une boule dans un bol, on conserve un équilibre par un mouvement de va et vient qui a mieux fait d'être humain que mécanique (mais c'est une parenthèse). Car en effet lorsqu'il s'agit d'apporter une correction il s'agit toujours d'innover un nouveau mouvement, quitte à lever la jambe de l'autre côté.
Dans ce schéma la rupture de l'équilibre c'est quand la boule est expulsée hors du bol, à ce moment l'équilibre est rompu et il est impossible de revenir en arrière. Cette image est connue puisque c'est celle de l'écosystème biologique terrestre, qui une fois dérégulé, fera que la température à la surface du sol sera de 230°C environ le jour et -150°C la nuit.

De nombreux palliatifs homéostasiques sont présents dans la nature à travers les lois des systèmes afin de sécuriser ces ruptures. L'application de ces palliatifs est omniprésente quelle que soit la dimension de l'objet en perte d'équilibre qu'on étudie. Y compris s'il s'agit de faire rompre un équilibre névrotique par exemple, comme chez les gens qui ont des TOC.
La nature est emplie de ressources pour persévérer et assurer la survie de tous les équilibres qu'elle se sera fixée.

Il n'est pas question ici de dire ce qui est un bon ou un pas bon équilibre, simplement d'observer la mécanique à l'oeuvre à chaque fois.

Entre le moment de la rupture d'un équilibre sous le poids de tous les autres qui gagnent en puissance relative, et le moment de l'équilibre parfait, il y a la déviance. En fait la déviance elle-même est sujette à son propre équilibre afin d'assurer une homéostasie plus générale, et c'est heureux car il est plus facile d'agir sur un objet en équilibre précaire que sur un objet en équilibre absolu.

De là on peut tracer quelques conclusions en passant, sur la puissance en jeu par les équilibres, ceux qui sont parfaits sont inamovibles, tandis que ceux qui sont précaires croulent sous le poids des autres équilibres qui deviennent, du coup, plus puissants. Ce n'est pas une mathématique traditionnelle, puisqu'un seul objet en bon équilibre rivalise de puissance avec l'ensemble de la chaîne du Cosmos, comme par un principe de résonnance.

Par contre le Cosmos, sûrement conscient, ne saurait tolérer une puissance rivale provenant d'une si petite partie si bien qu'il se trouvent d'autres lois plus puissantes pour faire rompre les équilibres puissants, en général subitement et violemment ; faisant que le temps de la déviance est presque nul.

Un équilibre n'est pas un état statique, c'est le résultat d'une dynamique, et elle-même souffrirait d'être mécanique et déterministe. Déjà en premier l'idée qu'on se fait de l'équilibre doit faire remonter toutes les notions de la dynamique, allant du mouvement à la réactivité. Un équilibre ne consiste pas à faire appuyer son crayon sur une règle pour assurer qu'il soit droit. L'équilibre consiste à tracer la ligne droite à main levée. (Qui n'a pas été époustouflé de voir apparaître un cercle parfait quand il était dessiné à la main ?)

La triche contemporaine consiste souvent à s'attendre à ce qu'on soit époustouflé de voir une perfection obtenue par une mécanique rigide et programmée à cet effet.

Quand un objet et posé au sol, il est en équilibre car de nombreuses forces s'annulent, et l'état statique est apparent. Cet équilibre est suffisant pour cet objet inerte, mais pas pour signifier l'équilibre psychologique ou psychosocial, bien qu'on emploie à chaque fois le même mot pour tous ces objets. On fait cette erreur car si on change de dimension, ce en quoi est apparemment statique un objet en équilibre ne se voit pas dans la même dimension (la boule dans le bol est statique).

Dans le cas d'un équilibre psychique, l'image de l'objet posé sur le sol serait plutôt signifiant de la forme la plus rude de la folie, ou en fait, de réflexes inamovibles.

Les réflexes s'acquièrent par l'expérience conditionnée, puis se greffent dans l'ADN pour devenir disponibles pour les générations suivantes, de sorte que les déloger demande de plus en plus d'efforts. Souvent des mauvais réflexes se forgent au détriment d'un effort intellectuel qui aurait pu être très faible au départ, et pour lequel il faut déployer un maximum d'énergie à l'arrivée.

Là-dedans le principe de la déviance est l'endroit où peuvent se jouer les mutations nécessaires à la rupture d'équilibres qui ne doivent pas se forger, et au contrôle de ceux qu'on veut bien voir se forger.
Autant on craint que la déviance soit celle des bons équilibres, autant on peut souhaiter la déviance d'équilibres qui s'avèrent néfastes.

Il faut comprendre que la conscienciation ne peut pas être illimitée, sauf pour Dieu peut-être, qui doit pouvoir influer sur n'importe quel équilibre, à moins qu'il n'ait lui-même d'autres Dieux...
Avec une conscienciation maximale on peut se permettre de tenir, telle plusieurs assiettes qui tournent simultanément au bout de bâtons tenus par les bras les jambes et la tête, de nombreux équilibres simultanément afin d'en laisser le moins possible prendre racine, sachant que l'effort qu'il faudra faire après pour les déloger est supérieur à celui de cette concentration.
Ainsi une conscienciation maximale est-elle synonyme d'une énergie minimale pour un contrôle maximal. Inconsciemment et maladroitement symboliquement, c'est vers ça que les humains aiment tendre ; à part bien sûr l'incapacité à conscientiser assez, ce qui replace tout le contrôle obtenu à une déviance géante (dite aussi « inhumanité »).

Donc bien sûr tous les équilibres sont précaires car il suffit d'une énergie suffisante pour les rompre.
Ils sont donc tous sujets à une déviance.
Le seul maintient d'un équilibre consiste à obtenir un équilibre de la déviance de l'équilibre qu'on veut obtenir.

On peut isoler plusieurs étapes entre l'équilibre et la rupture, de la même manière qu'on peut définir une profondeur en-deçà de laquelle un corps coule, et au-delà duquel il tend plutôt à aller flotter vers le haut.

En terme biologique on peut utiliser la complexité pour distinguer la matière qui se dégrade et retourne à la poussière, et celle qui se complexifie et conduit à faire apparaître... le cerveau humain. De là on peut observer que ces deux « matières » n'ont pas du tout la même acception, le rapport entre les deux étant holistique.

De là on peut faire rompre la croyance inculte selon laquelle une complexification est seulement un incrément de propriétés interactives, puisqu'on observe des mouvements allant dans des sens contraires, comme si il fallait ajouter du « moins » pour produire du « plus ».
Et encore là on n'est que dans le symbolique de ce qu'est vraiment un équilibre.
Car heureusement il y a la mathématique ! Qui admet le principe de « division », qui permet d'obtenir du « plus » avec seulement du « moins ».
Mais encore là, ce n'est que de la mathématique, sensée être parlante de la réalité précédemment observée... selon laquelle plusieurs équilibres insuffisants en valent un suffisant.

En fait à chaque fois qu'on commet une progression, elle ne peut s'exprimer que par une régression.
Il n'y a pas « Un » endroit où se joue l'effet observé en plongeant un corps physique dans un autre (liquide), accouplé au principe de pesanteur interagissante entre ces deux corps, incorporant le principe d'inclusion mutuelle !
Il y a « des » endroits dans une une progression en complexité (de ce qui doit tenir en équilibre) où peuvent se jouer la progression vers l'étape suivante, ou la régression vers l'étape précédente.

La taxonomie animale montre bien que toutes les progressions réalisée peuvent être multiples et ainsi justifie le principe de « choix non faits », ou d'indéterminisme, exprimé par le fait que des espèces différentes soient d'une complexité équivalente.

De là on peut prédire par la force de l'esprit que cette indétermination n'est que provisoire jusqu'au moment où un nouvel axe de l'équilibre sera atteint.

Ainsi dans la progression en complexité d'un phénomène quelconque, on observe plusieurs équilibres atteints et franchis consécutivement. En psychologie on conçoit très bien le concept de « régression », qui consiste à ne plus faire tourner que les routines (les équilibres) les plus élémentaires sans ne plus tenir compte d'aucune des solutions découvertes par la suite. On peut observer aussi des non-progression, une incapacité à fixer une étape supplémentaire à la progression en complexité de l'équilibre global, au travers de toutes les sortes de débiles mentaux qui peuvent exister.
De là en passant on peut se dire que les marches à monter étant plus nombreuses que le seul passage à l'âge adulte, qu'il doit bien exister de nombreux paliers à l'esprit humain.

A chacun de ces paliers un équilibre plus puissant est à-même de se former.
Les étapes intermédiaires sont les formes de déviance ou de déséquilibres, et sont éphémères et passagères.
Par parenthèse j'ai vu qu'en psychiatrie on forçait les gens à ne plus utiliser la conjugaison au présent pour parler de décès qui les avaient marqué : pour moi c'est comme vouloir assommer la déviance afin d'empêcher la progression vers l'équilibre suivant dans la complexité.

Les déviances ne sont que temporaires et permettent un échappatoire à un équilibre devenu trop puissant pour permettre l'intégration des autres forces en présence dans le Cosmos.

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