090420 12 min

Pour un monde meilleur

Allez, je me lance dans l'écriture de trucs qui sont tristes à mourir.
J'étais de bonne humeur donc je me suis dit, allons-y, profitons de cette énergie.

Il y a des événements d'ordre cosmique dont la projection dans notre dimension temporisée ne se fait pas aussi ponctuellement que dans l'instant où ils ont lieu. Avant que ça arrive, on les sent venir.
J'allais chercher mes satanées clopes dont l'office principal est de me permettre de prendre un bon bain printanier de soleil, et je me suis dit que ça allait sûrement mal tourner, que je devais être aux aguets.

Je pensais à cela quand en traversant la rue un connard de piéton de merde s'est décidé à se diriger droit sur moi. Je passe à gauche, à droite, il fait pareil, quel connard.
Je regarde son visage il passe sa main sur ses yeux pour éviter que le soleil ne le frappe en me regardant, esquissant un sourire crispé.

Sachez, que je suis très lucide, je sais et je vois. Par contre ma vue est assez basse mais bon. Je me dis celui-là, ça l'amuse encore ce genre de conneries, mais moi je n'ai aucune envie de rigoler avec des considérations d'un niveau spirituel de la maternelle. Je l'esquive en signalant bien par ma gestuelle que c'est un connard. Je marche vite, en quatre pas je franchis la rue, je vole, je plane, je survole, je suis déjà ailleurs. Mais du coin de l'oeil je le vois qu'il souris encore, alors je me retourne à son passage. Je l'ai reconnu ! Je le connais ! Il m'a reconnu. Mais il ne se retourne pas. Alors je continue.

Bon.

- Puis en revenant je me demande ce qu'il devient. Ce connard m'a jeté comme une merde il y a quelques années, il s'est comporté de façon attendue par une pensée aristocratique rigide, appartenant à son groupe social. Quand il était jeune je le considérais comme un bourge, je n'ai jamais eu l'ambition de devenir son ami, mais bon il était parmi les meilleurs amis de mon meilleur ami, et il était là le jour où, il y a tout juste dix ans, celui-là sorti d'une piste de ski pour mourir.
Je m'étais dit que je devrais peut-être revoir mes considérations de pauvre banlieusard, mais ça n'a servi à rien.

C'était la mort la plus atroce que je n'ai jamais vue.
Quand on est fortement lié à quelqu'un qu'un, qu'on se considéré mutuellement comme des frères, leur mort est des plus douloureuses.
Ce n'est pas comme si on aime quelqu'un mais que celui-ci n'a pas le même sentiment pour vous, ou le contraire, dans ce cas leur mort est assez supportable.
Quand ce jeune garçon est mort à dix-sept ans, il emportait avec lui tous les espoirs que j'avais fondés pour ma vie future, tous nos projets, tous nos rêves, tout ce que nous avions construit et aimé. Il avait sa vie fringante et amusante, et chez moi c'était le havre de paix dont il avait tant besoin.

Vous savez, les humains s'embêtent avec des questions sempiternelles, la propriété privée, le bien public, les communisme, le capitalisme. Nous on avait instauré une règle simple, qui si elle avait été cultivée aurait porté ses fruits dans le monde ; Nous aurions ainsi agi positivement pour notre société. On s'était dis, « ce qui m'appartient mais dont je n'ai nul besoin, et si tu en as besoin, est à toi ». « Mais si j'en ai à nouveau besoin, je le reprends ». « Ainsi tu ne peux le prêter à un autre que si il s'avère définitif que je n'en aurait plus jamais besoin ».
C'est assez simple mais c'est très pratique, ça évite énormément de conflits, et ça construit des liens forts.

Quand il est mort il y avait toutes ses affaires chez moi. Je suis allé les rapporter à sa famille, et son petit frère pour qui je me suis naturellement pris d'affection. Celui-là, a une aura à se trouver bloqué dans des situations pourtant faciles à débloquer. Et plus d'une fois, je suis arrivé en héros pour lui en solutionnant ses angoisses légitimes. Je l'aimais comme un frère, et je me disais quand dans mon malheur, il m'était permit de construire à nouveau des liens solides avec quelqu'un, de recommencer.

- Mais il n'en fut pas ainsi évidemment, car un jour le Cosmos a décidé que nos voies devaient se séparer, et d'un seul coup de tournevis, nous étions désynchronisés, tout ce qui était dit et fait n'avait plus pour seule conséquence que de nous séparer.

En fait au départ sa mère, ivre de rage névrotique et psychopathe, traumatisée de naissance, lui aura interdit à tout jamais de me revoir, en raison qu'il s'était retrouvé au poste de police soi-disant par ma faute.
J'ai toujours considéré que l'apprentissage de la liberté passait par des erreurs légitimes, qu'il ne fallait pas surprotéger les gens qu'on aime sous peine de les perdre et de les empêcher d'évoluer spirituellement, ce qui est un crime.
En fait en terme général, il ne faut jamais sur-aimer. C'est d'ailleurs cette relation équidistante entre son frère et moi qui avait fait de nous des frères de l'âme.

Mais à partir du moment où un poison s'insinue, il faut avoir assez de jugeote pour faire machine arrière et relâcher du lest, afin de recréer cet équilibre, au lieu de forcer les choses, comme mon jeune âge me préconisait de le faire.

Ecoutez la voix de cette mère ivre de rage hurler dans la rue : « Je lui ai interdit de vous revoir ! Vous ne le révérez JAMAIS ! JA-MAIS !!! » d'une voix glaciale et criminelle.

Sur le moment je lui ai ri au nez évidemment, l'air de dire « mais t'es folle, tu n'as aucune incidence sur ce genre de choses ! » Je lui ai dit simplement « vous ne pouvez pas faire ça, il est libre ». Elle a répondu « Non il n'est pas libre ! ». Et sur ce je me suis retrouvé avec une plainte pour comportement obsessionnel. Alors j'ai expliqué au commissaire de police que cette femme avait utilisé la loi et la police en la grugeant dans un intérêt personnel et relativement criminel.
Le petit n'en revenait pas.

Un jour d'une rencontre illégale et furtive, je le serrai dans mes bras pour consoler sa tristesse, il avait les yeux rouges et la gorge nouée de ce qui s'était passé.
Puis j'ai voulu lutter dans la marre contre la pesanteur, et je me suis enfoncé, l'interdiction était trop forte.
Suite à quoi enfin, quand je le revoyais, je m'entendais répondre des choses telles que « pourquoi tu n'habites pas ailleurs pour qu'on puisse se voir ? » et puis ensuite « il faut que je sois accompagné par un adulte si je veux te voir ».

Suite à quoi je me suis fait mettre à la rue, suite à quoi je ne l'ai plus jamais revu, effectivement.
Suite à quoi j'ai fais ma life.
Suite à quoi nos rencontres bi-annuelles, furtives, superficielles, emplies de sentiments contradictoires, n'ont jamais donné lieu à aucun dialogue, aucune remise en cause, aucune porte de sortie.
Suite à quoi j'ai eu le coeur brisé et j'ai trouvé que ce serait plus facile de changer le monde entier que de contrarier des vieilles sorcières.

- D'une certaine manière je donne vie aux rêves qui étaient les nôtres, et ce qui nous passionnait, me passionne encore. Le genre de choses qu'on réalisait, dont on prenait conscience, j'en réalise encore d'autres chaque jour.

Tout ce que j'étais important pour celui que je considérais comme mon frère, a considérablement mûri au point que je me demande comment j'ai pu lui enseigner quoi que ce soit, ou lui servir dans son évolution spirituelle.
Mais en même temps si on est désynchronisé, alors le courant ne passe plus. J'ai changé. Toute l'époque a changé. Et le monde entier est au cours d'une de ses mutations les plus importantes de son histoire, et je fais partie d'un de ces engrenages.

- Quand on meure c'est que notre vie a été réalisée. On ne sait jamais vraiment avec certitude à quoi ça rime, mais il est certain que ça sert. Je ne ressens plus de tristesse devant la mort. Je ne suis pas effrayé par elle, quoi que la frôlant assez souvent à cause d'une petite épilepsie, et surtout, en la vivant au quotidien au rythmes des crimes immondes commis par l'industrie du business, de l'argent, de la vie facile, et de toutes les sortes d'apparences, de mensonges, et d'illusions dont les plus débiles aiment à se gaver.

C'est l'ignorance qui ronge le monde. Il y a des cycles entropiques qui ne font que de s'amplifier, que ce soit par amour de la gourmandise ou en dépit de refus et de la tristesse de les voir s'amplifier, par réitération du mal subi, en le faisant subir aux autres, involontairement ça va sans dire.

Et parmi les motivations de protectionnisme, de refus d'évoluer, de peurs irrationnelles, de confusion mentale, d'aberrations de toutes les sortes enduites d'une logique froide et pseudo-raisonnable, l'incompréhension de ce qu'est la mort porte une grande responsabilité.
Sachez-le, il n'y a rien de mal dans la mort ! Ce ne sont que des tension nerveuses faciles à résoudre, pour peu qu'on ai un peu la foi. Et sachez-le aussi, en passant, si l'Eglise est ridicule, surtout par leurs commémorations funèbres presque indécentes, ce n'est pas pour autant que la foi est ridicule !

- Alors ainsi on me prête des qualités et des défauts qui ne sont pas les miens. On pense à moi en se basant sur des apparences futiles qui datent d'il y a dix ans. Et le pire de tout, on refuse le dialogue, en semi-conscience de l'insulte immense que cela constitue.

Puis je vois dans le monde ce que le refus du dialogue occasionne comme lésions.
C'est là que c'est plus facile à débloquer, car au sein d'une superstructure sociale, où les identités sont constituées d'une grande masse de gens mis en harmonie, il suffit de faire comprendre leur erreur à très peu d'entre eux pour léser ces fonctionnements entropiques, et par effet de levier, de changer le monde, de l'influencer, et d'agir positivement pour son monde, uniquement par la force des arguments, dont la simple prise de connaissance ne peut plus jamais être niée.

- Le connard dont je parlais au début, pardon hein, mais bon, a décidé de se ranger dans le camp aristocratique de ceux qui refusent le dialogue, et c'est pourquoi il ne s'était pas retourné, se croyant en possession d'assez d'éléments pour juger, se croyant à-même de juger, et croyant qu'il est normal de s'amuser à juger.
Il n'a pas choisi de dire « hé, vas-y, accepte le dialogue, ne sois pas bête ! ». Il l'a lui-même brisé.

En rentrant chez moi je regardais le plan pour me rendre sur la tombe de mon ami, mon frère, le frère de mon âme, mon guide aussi.
Là maintenant ça fait dix ans que tu es parti dans le grand sommeil de la vie, mais pas hors de la vie. Tu agis, tu penses, tu vois, tu ne juges pas, et tu aimes sans condition... tout autant que quand tu étais vivant d'ailleurs.
Il a bien fait Dieu de te prendre comme compagnon, tu es précieux pour le bien du Cosmos.

- Evidemment le plan de ton cimetière n'est pas sur la carte. Il y a bien un cimetière allemand à côté mais bon, ça doit pas être ça. Quelle idée de poser ton corps loin de la ville de ta vie, loin de tes amis, de sorte qu'on ne puisse pas même aller fleurir ta tombe ! Quelle connerie aristocratique de merde, au nom de principes idiots, t'éloigne de nous ?

C'est super beau là-bas, c'est fleuri, ses ancêtres on fleuri cet endroit de leurs mains.
C'est là que je veux résider, à ma mort, sous forme de poussière éparpillée.

Et donc je ne trouve rien sur les plans par satellites, dont toi et moi étions les seuls quasiment à pouvoir prédire l'existence « dans le futur ».

- Alors je vais chercher des infos sur l'autre blaze, et j'en trouve. Je vois ses trucs, des vidéos où il place la mort et la tristesse sous je joug de la dérision. C'est minable, même pas original. Pourvu qu'il fasse du fric avec ça ! Ainsi l'insulte au système injuste n'en sera que meilleure !

Puis par ses liens je tombe sur le petit frère, que j'affectais tant, et qui m'a pété au nez.
Je vois sa vie sur FaceBook, l'organe officiel d'accumulation d'informations sur les citoyens de la CIA. Heureusement que l'accès est public, il ne manquerait plus que ça !

Et je vois effectivement, il me semblait déjà à l'époque vouloir courir vers son destin, rien ne semblait l'en empêcher ; et je le vois se réaliser.
Effectivement, je ne lui aurais été d'aucune utilité pour trouver le bonheur, puisqu'il sait le faire mieux que moi. Je vois une vie heureuse et paisible, faite de fêtes et d'amis qui s'aiment ; une vie de civil toute pleine d'innocence et de simplicité.

C'est pour eux que nous, les guerriers du monde des idées, nous battons. C'est pour qu'un monde de paix et de joie pusse se répandre dans le monde.
Je considère que c'est Bien, que les civils soient innocents et naïfs, ignorants des grandes causes et insouciants du lendemain qui chante, en général.

Je lis des trucs comme « Mon président est un Beauf ! »
C'est parfait. La CIA en voyant ça aussi se dit que c'est parfait. En voilà un qui ne doute de rien, qui n'a aucune capacité à pousser la critique au-delà du ridicule, et qui sans le vouloir propage l'idée tant propagée, que n'importe qui peut devenir président de la république, que c'est seulement le plus fort qui gagne.
Je lis des « Libérez le Tibet !» C'est bien. C'est un bon début en politique, à part que la CIA aussi dit que c'est bien, puisque c'est exactement l'effet escompté dans le but d'y installer des bases militaires afin d'encercler la Russie et menacer la Chine.

C'est vrai qu'en temps de crise, d'arnaque intense et de manipulation psychologique de très haut niveau des masses, ce n'est pas « Bien » que les peuples soient ignorants et naïfs. Que normalement ils n'ont à l'être que si le monde va bien dans le bon sens et que tout est promit pour aller de mieux en mieux. Mais bon là, nous les guerriers du monde des idées, nous ne le pensons pas.

Nous nous sommes engagés à faire grandir l'esprit critique des masses incultes et facilement manipulables. Depuis très longtemps déjà, notre mission est philosophique et spirituelle, car nous savons que l'avenir meilleur n'est pas un automatisme, mais un choix conscient et libre.
Un choix difficile à faire, et qui nécessite un grand effort sur soi.
Car quand son bien propre et à court terme devient peu de choses, c'est pour faire grandir la portée de sa raison.

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