050806 6 min

demello

L'affirmation de Hegel "est rationnel ce qui est réel" avait troublé assez Sergio Vieira De Mello pour qu'il puisse, après une carrière que ces mêmes penseurs auraient trouvé à critiquer en accusant d'avoir perdu ses illusions, là où précisément il côtoie l'immense complexité, compénétration, nervosité du tissu humain, il sait mieux nommer son initiale vision du monde, dont le sens caché était d'un optimisme universel, comme "macro-historique providentielle".
Il s'agissait "simplement" de faire sortir la société d'un rail déterministe et de savoir combien étaient actifs des schémas de comportement animaux selon lesquels s'exprime de façon culturelle et comportementale des champs de compréhension mal établis. Ainsi "le mal" subit ou qu'on fait, ayant au mieux dans l'histoire pu être détournée brillamment, pouvait subsister en tant que composante de toute chose, inéluctable, et à la fois profitable ou dont on peut tirer parti.
Il a ainsi pu nommer également l'initiale fourberie selon laquelle il y avait du fatalisme à entendre à travers le mot "rationnel", en dénonçant précisément la brutalité de ces propos, ainsi que la démence qu'ils supposent.

Par "généralité axiomatique", lorsqu'un champs de connaissance est trop vague il agit de façon mal établie et incontrôlable, et un seul de ses axiomes est capable de représenter fallacieusement toute l'entité à laquelle il appartient.
Ca dit combien un monde ayant la persistance rétinienne du refoulé est projeté sur l'écran du monde réel lorsque c'est pour observer ce dont on a pas idée en réalité.

Dans le même temps c'est précisément celui qui a le courage de faire le voyage qui devient facilement l'axiome des ennemis avec lesquels il n'a jamais été question de guerre.
Il est un peu comme victime de leur pensée, et obligé de s'en défendre, donc au coeur d'un dialogue avec ces penseurs, finalement.

*
Ainsi à l'absolutisme de l'idéalisme son expérience a pu lui montrer les différentes nuances non mineures avec lesquelles se module le réel. Pour lui le mal et le bien sont enchevêtrés, la pensée aristocratique excuse par avance les crimes, la dualité est visible en les deux tendances d'un état, ses sous-structures peuvent s'internationaliser, tandis qu'eux-mêmes peuvent se confédérer en différentes institutions internationales, ce qui mène à la guerre civile puis à l'indépendance salvatrice.

A la réunion de tous les pays en une seule nation Sergio Vieira de Mello répondrait qu'il n'y a jamais eu autant de paix qu'en accordant les demandes d'indépendance car ainsi les relations amicales peuvent se faire.
Il n'en reste pas moins que la guerre, que certains ont connu pendant plusieurs générations, continue nonobstant toutes les issues proposées et sans raison à se perpétrer. Au contraire il se demande si les aides apportées ne font pas que la nourrir, et même la justifier, alors qu'elle est inévitable.

Si d'une part la position de l'ONU est soumise aux acceptations criminelles des états, de l'autre ses actions positives sont difficiles "à vendre" si tant est qu'une catastrophe évitée n'est jamais remarquée.

Un autre début de réponse à la recherche millénaire d'une société de paix, est la non-réponse du modèle de société qu'il nomme hégélien, dans lequel peut se créer une individualité supranationale, qui n'a été que trop "testé".

L'idéologie la plus forte pour relier l'individu à son groupe social et celui-ci à sa nation, reste le rapport de force, le mépris, la haine.
Or le droit international s'il protège les pays ne protège pas les peuples forcément.
En revanche la raison peut faire ce parcours, du moins, comme il le dit en sous-tendant une logique sociale (un réseau fonctionnel), "rendre compatibles les segments de cet ensemble".

De son expérience conséquente de transition d'un pays d'un régime à un autre qui est une adaptation des lois que transporte l'ONU, il observe la même terrible absence de structure capable de faire fonctionner une société.

Seule une "interface flexible", permet les lentes transformations faites de guerres inévitables quoi que destinées cette fois à diminuer.

Parce qu'elle est citée dans le droit international, la notion de "conscience publique" est raliée au point de vue de chacun, avec respect, mais sans définition assez précise pour en assurer la moralité.

Tandis qu'il voit de mieux en mieux le fossé entre rationalité et réalité, et ses multiples ponts faisables mais à quelles conditions, l'intérrogation de l'éthique et de la poltique surgi.
Il refuse depuis toujours l'idée que le mal est une composante inévitable, mais la politique n'a jamais été véritablement à l'abris du mal.
En effet dans le monde réel, les changements sont temporels, ce qui fait que les remises en causes sont douloureuses. Alors qu'en éthique, changer d'idée va vite...

C'est finalement la conscience humaine qui attribue le sens donné à son histoire, c'est pourquoi les actions positives le sont, elles peuvent avoir lieu dans toutes les sphères de la société, indépendamment des croyances, coutumes, et spécificités.

Dans ce cadre, du coup le comportement occidental de concurrence ne trouve pas de véritable résonance avec les idéaux nécessaires et logiques du respect mutuel et de la convergence et organisation des efforts.

Par contre pour lui la pensée d'un "esprit du Monde" "subordonne le développement de l'histoire à l'évolution du concept", évoque la danger de l'absolutisme.

Au mot Esprit se substitue "conscience" si on attribue comme propriétés à celle-ci d'être dynamique, polyforme, et juste.
Seule l'ONU a réussi à établir de tels facteurs de liaison entre des nations, en se gardant toujours d'imposer un savoir, mais au contraire en l'adaptant ; partant du principe que "ce qui fait" la conscience du monde, reste à apprendre.

Les conséquences d'un ONU protecteur et anonyme est que, habitués, les peuples n'en voient plus l'importance, et que se poursuive un processus de dé-rationalisation du monde.

Toute chose a ses conséquences c'est pourquoi il croit en l'élan volontariste et surtout relativiste, au sens où il faut considérer les actions humaines à la dimension de l'humanité présente et future.

Il est aussi capable de percevoir des strates d'évolutions selon lesquelles il espère de la prochaine mutation, où la conscience signifiera pour chacun un droit et un devoir ;
c'est à dire de faire que réalité et rationalité soient accordés sans pour autant que cette formulation brutale n'efface ce qu'il faut en réalité pour y parvenir...