090212 10 min

la sincérité du discours

J'approuve du fond du cœur l'allergie développée par Danielle Bleitrach contre l'abus de langage qui consiste à se balancer des "fascistes!" à la gueule qui provient en fait de l'incapacité à savoir dire précisément le fond de la pensée et qui entraîne des irritations qui vont en s'aggravant. Moi aussi ça m'énerve, en fin de compte, c'est bien de le dire fortement quand l'occasion se présente, d'en avoir la présence d'esprit, et aussi parce que ce terme n'appartient pas qu'à la seule histoire lointaine, hélas, mais depuis quelques temps c'est vraiment devenu un réflex. Décidément cette humanité est immature et ne sait que répéter, jusqu'à ce que les mots employés se vident de leur sens.

Le même problème appliqué à autre chose : voici un nouveau phénomène dont l'odieux le dispute au scandaleux, qui se nomme « Egalité et réconciliation ».
Et cela, je le dis en tant que gars entièrement d'accord avec l'ensemble des idées qui y sont clamées, mais en profond désaccord avec la logique sous-jacente qui se place comme moteur de motivation.

Je les avais déjà détecté, mais je suis terrorisé par l'idée que le discours anti-impérialiste puisse profiter à un discours post-lepeniste.

Il se passe dans le société occidentale qui se croit en guerre contre la barbarie intellectuellement inférieure des civilisations qui n'ont pas de routes droites, que le discours anti-impérialiste est laissé libre de droits à des organisations issues d'un racisme latent, et refoulé.

Egalité et Réconciliation, Alain Soral et leurs étudiantes naïves bien que multiraciales (la naïveté étant humaine) sont un mouvement échappé de l'extrême droite incarnée par J.JM. Le Pen.

Et pourtant, ils essaient de s'approprier le discours anti-impérialiste en le greffant à, pas moins que, exactement le même fond intellectuel que celui de l'extrême droite (dont l'esprit est reconnaissable).

Je pense que l'analyse profonde de l'inconvénient de ce discours va mettre assez longtemps à pouvoir être exprimé correctement et que nous ne sommes pas immunisés contre les failles et les lacunes de ce sur quoi il se fonde.

Ce qui se passe est que l'anti-impérialmisme est un sentiment grandissant, en fait, la guerre des riches contre les pauvres.
Il y a que le lepénisme s'est scindé en deux voies pour voir laquelle va survivre, une à la « Marine Le Pen » et une à la « Alain Soral ». Les deux admettent renient leur racisme qui les a fait naître mais pas sa logique. Même Le Pen a toujours clamé « je ne suis pas xénophobe ». Mais pour autant leur discours à tous trois se fonde sur des préceptes fallacieux, bien que cela soit difficile à exprimer.

Par exemple, ce qui irritait le plus l'écoute de Le Pen, n'était pas tant son racisme hypocritement dissimulé, que son discours qui consistait à stigmatiser afin, par retour de comparaison, de se présenter comme « plus élevé ». Si on est «plus élevé » alors de simple idées franches et sincères ont bien plus de force.
C'est exactement cette sorte de rhétorique qui a positionné Sarkozy là où il est, en basant tout son discours sur le fait que les gens autour de lui étaient des abrutis, ou que des procédures étaient inutilement laborieuses.
Ce que de nombreuses personnes pensent, mais en ayant le droit de le penser.

A un moment j'ai bien vu le glissement, où il ne s'agissait plus de discriminer en fonction du taux de pigmentation épidermique, mais en fonction de la classe sociale, ou en fait de l'acceptation d'une culture occidentale entreprenariale, d'un rythme de vie (se lever tôt le matin...) ou d'une capacité à ne pas discuter des ordres hiérarchiques (etc...).

Y compris dans le système de « réinsertion », que je connais très bien, il est question de mettre l'individu en conformité avec les attentes des employeurs, du moins tels qu'ils sont perçus dans l'imaginaire occidental capitaliste, avant même d'en arriver à leur soumettre des emplois où ils portent des cartons.
Car pour être embauchés de nos jours, savoir porter des cartons est moins important que l'esprit de soumission avec lequel on le transporte.

Mais un discours de rejet naît, mais celui-ci n'étant pas fédéré (j'y reviendrai pour dire que c'est tant mieux qu'il ne le soit pas) il s'est créé une brèche dont les « Alain Soral » veulent profiter, tout autant que les « Besançenot ».

Évidemment ces deux derniers sont en guerre, et se rejettent l'affirmation selon laquelle ils ne font que profiter, finalement, à consolider le discours dominant, ce qui est vrai.

En fait il est très difficile de s'extraire du discours dominant, qui place l'humain comme inférieur hiérarchique à des gens qui se présentent comme plus puissants ou supérieurs, quelle que soit la manière.

Je veux dire que le discours de « Egalité et Réconciliation », tout comme celui de Besançenot, tout autant que ceux des dominants me sortent par les trous de nez.
Là on est le matin, je dois aller bosser, mais quand même ça m'énerve suffisamment pour que je sois obligé d'inaugurer cette discussion. Je préférerai largement m'occuper de choses artistiques et mathématiques.

D'ailleurs, étant donné que je manque de puissance pour dire ce que je vois, ce rejet étant très nouveau et nécessitant beaucoup de travail, j'aimerai autant passer par une autre voie, celle ce sur quoi tous ces discours font l'impasse :

Le matin quand on se lève, l'organisme a besoin d'au moins deux heures pour se lancer correctement. Tant que dans la société on sera obligés d'aller travailler sitôt levés, et ça je suis sûr qu'on peut le démontrer, la capacité intellectuelle des individus sera grandement diminuée.

Je dis que j'ai horreur de prendre le métro 30 minutes après mon réveil, et de transpirer des pieds toute la journée, alors que si je laisse passer deux heures au moins le temps de mettre ma physiologie en route, non seulement je redeviens capable de résoudre des problèmes complexes, et je travaille plus vite et mieux, mais surtout je ne transpire pas des pieds toute la journée !!

Cela se marie avec le fait qu'en réalité, si on est vraiment « altermondialiste » on est arrivés à la conclusion depuis fort longtemps qu'à peine trois (3) heures de travail par jour pour chacun seraient suffisant à faire tourner l'ensemble du système social humain, si seulement ce système avait un bon rendement. Mais cette idée apparemment n'a pas l'air de les intéresser.

Je dis que les us et coutumes de la société des travailleurs qui consiste à aligner 8 heures de travail par jour en ne laissant plus qu'une ou deux heures pour se remettre d'aplomb le temps d'aller dormir, est abrutissant et cause de névralgies. Que tant qu'on est pas passionnés par ce qu'on fait, on se fait du mal et on perd du temps de sa vie dans des activités robotisées, et on devient cons.

Je dis qu'aucun de toute cette masse de gens du monde public n'a la moindre compétence à amener de bonnes choses à l'humanité, tant qu'eux-mêmes restent autant dépourvus de sagesse, et tant qu'aucun ne pratique la méditation au moins une heure par jour, afin de contrôler ses battements cardiaques, ainsi que deux heures par jours consacrées à s'informer et à s'instruire, et deux autres heures consacrées à discuter librement.

Je dis que quiconque parle avec un rythme cardiaque supérieur à 20% à celui du rythme au repos, n'est en mesure de dire quoi que ce soit de sage. Et que cette condition est nécessaire mais insuffisante.

Je dis que tant que les gens ne seront que capables de placer leur posture qu'en retour de comparaison avec des critiques véhémentes contre des ennemis imaginaires, tout ce qui sortira de leur bouche n'aura pas plus de valeur que ce qui sort de leur cul.

Je dis que la moindre des moindres des choses qui permettent de rendre un discours possible à écouter, est que celui-ci ne soit pas possible à retourner contre celui qui le prononce.

Je dis que les mots et les tournures n'ont aucune signification si elles sont dénuées de sincérité, et que si les gens qui font des discours qui se veulent séduisants en recopiant des lambeaux de phrases justes issues de discours sincères quoi que maladroits et désordonnés croient que cela suffira à dissimuler leur innombrables incompétences et lacunes philosophiques, ils se fourrent le doigt dans l'oeil.

- La notion la plus révolutionnaire est celle que j'ai dite déjà et que je redis ici, et que personne n'a jamais répétée tant c'est dangereux à dire, car je l'ai calibrée à cet effet :
C'est le fait que justement (j'y reviens) il n'est pas possible et même pas logique de « fédérer ».

La volonté de « fédérer » est complètement névrotique. Ça aussi c'est difficile à exprimer, c'est comme ceux qui payent des putes pour leur dire « je t'aime » afin qu'ils se sentent réconfortés alors que ce n'est pas sincère.
Ce qui est réconfortant vraiment, c'est de se sentir aimé sans même qu'aucun mot ne soit prononcé, c'est un acte libre qu'on constate et sur lequel on ne peut avoir aucune influence. Si on essaie de se faire aimer, on se fait rejeter, et si on essaie de se faire détester, on s'attire des couillons collants et hébétés. C'est la vie. C'est la loi. Et c'est illogique de vouloir agir là-dessus, puisque ça nuirait au bonheur ressenti si ce n'était pas issu de la sincérité.
Ainsi de la même manière, « vouloir fédérer » ne sera jamais qu'un acte artificiel et superficiel. Ce ne sera jamais qu'un jeu des apparences, mis en oeuvre afin de satisfaire une volonté inconsciente de « pouvoir », entièrement à la mode occidentale.

La sincérité d'un discours ne peut même pas se mesurer au coefficient de croyance que le locuteur peut avoir en ce qu'il dit.

La sincérité d'un discours ne peut se mesurer qu'en fonction de la façon dont il résonne dans les esprits de ceux qui l'écoutent, et de cette manière il est plus que visible, je dirai criant, quand un quidam s'amène en reprenant des bribes de phrases qu'il a lu ailleurs et qu'il se sera approprié par égocentrisme plutôt que d'être capable de les créer, telles que par exemple « notre discours est difficile à faire passer mais dans trente ans ça paraîtra plus évident ». (*)
Ce genre de remarque, voyez-vous mister Soral, si elle émerge dans la tête d'un auditeur, alors tant mieux, mais ce n'est pas à celui qui fait le discours d'en intimer l'idée à des auditeurs, cela est superficiel et mensonger par essence.

Mais ça, vous ne le voyez pas, mais les gens eux le sentent très bien, même si c'est difficile à exprimer.

L'histoire c'est que le jour où un mouvement social, une tendance faite d'idées accumulées, sera néguentropique, spontanément coordonnée, alors seulement à ce moment-là on considérera que la révolution est en marche. L'idée c'est que la révolution ne s'ordonne pas, elle naît et on la constate.
Tant que des gens de tous bords auront la prétention de se placer à la tête des courants de pensée de l'esprit humain mondial, ils ne feront qu'injecter une mentalité réactionnaire, et surtout complètement anachronique. Et même pire, ils ne font que polluer et ralentir l'avènement d'une prise de conscience collective, en rattachant des bribes de slogans à une motorisation idéologique névrotique.

L'époque elle, dit que les gens sont interconnectés, que les idées circulent plus vite que le son dans l'air, et que seuls les constats qui jaillissent spontanément ont une quelconque chance de constituer un réel effet sur le destin du monde.

L'idée, c'est que ceux parmi les gens qui peuvent se placer « à la tête » des révolutions, sont avant tout des penseurs qui ne s'expriment pas, puisqu'en tant que penseurs ils ont compris leur rôle de « guide », et non pas de chef militaire qui ordonne un sens à suivre.

(*) alterinfo.net

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