090112 12 min

l'Actu qui Tue

Traitement de l'actu par BFM TV

[newsnet/video/traitement_gaza.flv]

Cette chaîne est prise au hasard, toutes les chaînes d'actu se relaient le même point de vue, selon lequel il suffirait de traiter équitablement l'agresseur et l'agressé, de les confondre, de leur consacrer le même temps de traitement pour obtenir l'effet d'objectivité.

Souvent le problème des médias est qu'ils prennent les gens des cons dans la mesure où ce sont des informations à la fois destinées aux initiés, qui leur apportent un certain nouveau (parfois), et en même temps destiné aux non-initiés des arcanes du destin du monde.

Il faudrait savoir, il ne faut pas rester entre les deux, sans quoi l'initié ni le non initié ne trouvent « fausses » les informations données. Par contre l'initié saura facilement les recadrer dans leur contexte (qui est que l'émetteur de l'actu est dans un des deux camps), et s'il s'offusque, ce ne sera qu'en raison de ce que selon lui le non-initié pourra être induit en erreur par cet apparente équité de traitement.

Voici une vidéo où tout le sujet est transcrit et commenté.

« Selon Ehud Olmert si les objectifs sont pratiquement atteints, le conflit se poursuivra tant qu'il le faudra ».

Si les objectifs sont pratiquement atteints, alors dans la pratique ils le sont, et s'il continue, c'est « tant qu'il le faut ». Le message est clair pour l'initié, Olmert n'a aucun objectif rationnel, mais pour le non initié, il s'apparente à quelqu'un assez lucide pour voir que sa victoire nécessite encore quelques petits efforts...

« Et sur le terrain, Israël envoie ses réservistes et ses chars auraient pénétré pour la première fois dans la ville de Gaza » (lancement de sujet).

Reportage 1 : En direct de notre envoyé spécial...

« Pour la première fois les blindés israéliens auraient pénétré dans la ville ; depuis les toits des maisons les soldats se seraient affrontés aux combattants du Hamas, qui tiraient des roquettes antichar » (sur une image de voiture brûlée).

« Bilan 12 victimes dont 2 civils et des milliers de familles qui rassemblent à la hâte quelques affaires, et fuient se réfugier dans les centres de l'ONU. »

C'est simple, chaque phrase est sujette à plusieurs commentaires.
A part bien sûr quelques remarques sur la piètre qualité de l'information, comparé à internet.

- « pour la première fois » : quelle utilité de signaler qu'on croyait à tort que c'était déjà le cas, depuis 15 jours que « Gaza est assiégée » ?
- « des blindés auraient pénétré » : l'usage du conditionnel est seulement dans un but euphémisant, puisque c'est le thème central du reportage, images à l'appui.
- depuis les toits des maisons : c'est mieux que de dire « dans les rues »
- « les soldats s'affrontent aux combattants » : (usage d'un conditionnel décoratif) Des gens entrent dans un pays, ce sont des soldats, ceux qui se défendent sont des « combattants », l'ordre dans lequel c'est dit place les combattant quasiment comme agresseurs.
- Bilan : 12 victimes dont 2 civils » : non seulement c'est pas beaucoup, mais les deux civils sont très minoritaires, or ceci est sensé être parlant de la statistique globale (ce qui est une règle en journalisme).

En fait ce qui se passe est que l'information confond sciemment une actu locale et une actu globale, en prenant la partie pour le tout quand ça l'arrange, et le tout pour la partie, dans les autres cas. Ainsi dans la même phrase, « dont deux civils, et des milliers de familles qui rassemblent à la hâte quelques affaires et fuient », il semble que l'affrontement dont le reportage se veut témoin, soit symbolique de milliers de gens paniqués.

Enfin, comment ne pas voir où se termine l'information (là où elle aurait dû commencer) :
- « ...et fuient se réfugier dans les centres de l'ONU ».
Dit comme ça le badaud téléspectateur se dit « c'est bien, au moins l'ONU veille à les garder en sécurité, notre occident est bon, et eux, fuient des combats entre des soldats et des combattants professionnels terroristes.
Pourtant ce sont ces même centres de l'ONU qui ont été pris pour cibles, à plusieurs reprises, comme c'était déjà le cas au Liban en 2006. Cette information ne vous intéresse pas ? Ou bien c'est qu'elle foutrait en l'air toute la séquence.

En-dessous un bandeau affiche textuellement « La fin des combats est proche, a affirmé le vice-ministre israélien de la défense Matan Vilanaï ». (qui confirme donc l'autre)

Puis à la fin du reportage vidéo un autre bandeau : (chaque bandeau reste affiché 10 seconde)

« La Syrie a accusé Israël de « crimes de guerre » au cours de son offensive militaire à Gaza ».

le troisième « Des incidents ont émaillé une manifestation à Bruxelles contre Israël, qui a réuni 20 000 personnes »

Ces bandeaux aussi appellent des commentaires vivaces :
Le premier message confirme durant tout le reportage ce qu'Olmert a textuellement dit depuis la bouche de la présentatrice : « tout va bien c'est réglé, ne vous inquiétez pas ».
Le second message montre un seul et unique pays, controversé, clamant à la violation. On peut même noter la syntaxe choisie avec minutie :
- « La Syrie a accusé Israël de « crimes de guerre » » les guillemets ne sont-ils là que pour dire « je cite – fin de citation », ou bien si le téléscripteur avait été convaincu de cela, n'aurait-il pas retiré ces guillemets, ainsi que ce pluriel ?
- et plus important la fin de phrase, toujours là pour euphémiser au maximum : « au cours de son offensive militaire à Gaza » : c'est à dire que ce n'est pas l'offensive en tant que telle qui est un crime, mais : certaines actions au cours de celle-ci.

A part cela, ne doit-on pas s'étonner que la Syrie ne soit pas, dans le vrai monde, le seul pays à régurgiter de honte devant l'audace des crimes commis ? Ne sont-ce pas tous les pays de monde qui crient au génocide ? Les pays cherchant à euphémiser ces crimes ne sont-ils pas minoritaires en nombre, dans la vraie vie ? Pourquoi avoir choisi la Syrie, parmi tous les choix possibles ?

- Le reportage continue sur les missives aéroportées qui préviennent les civils (comme le faisaient les nazis, mais c'est une parenthèse), et sans aucun recul analytique, servent directement de matière première pour l'information divulguée, ce qui fait que le tract n'a plus qu'à être lu tel quel par le journaliste : « Nous allons intensifier nos opérations ».

« C'est désormais chose faite, cette nuit les F16 ont bombardé une soixantaine de cibles, des tunnels de contrebande et une mosquée qui servait de base d'entraînement au Hamas ».

Vraiment, la mosquée ne servait pas à prier, aucune mosquée ne servant à prier n'a-t-elle été détruite ? Vraiment, les tunnels sont « de contrebande », tant il est illégal de s'approvisionner en biens de première nécessité ? La guerre des tunnels a pourtant été toute une histoire, digne plus que d'un reportage, d'un film entier, où certains tunnels étaient exploités, d'autres gardés secrets (donc non possibles à bombarder). Est-ce alors que ceux-là ont été découverts ? Mais les autres, ceux qui servent pour l'alimentation, sont épargnés ? Vraiment ?
Finalement les cibles présentées semble légitimes.

Là on en arrive à Olmert, qui dit :

« L'offensive se rapproche de ses objectifs dans la lutte contre les terroristes à Gaza »

Personne ne remettra-t-il donc jamais en cause l'usage fallacieuse du terme de terroriste ? Ou plutôt acceptera d'assimiler cette critique déjà renouvelée des millions de fois ? Car il ne s'agit pas ici de ceux d'une branche qui envoient des missiles artisanaux sans réel effet autre que psychologique, mais de tout un parti politique élu démocratiquement.
La confusion est volontaire, et cette conscience fait de la confusion un crime.

« Nous ne pouvons pas perdre au dernier moment ce qui a été achevé au prix d'un effort national sans précédent ».

Ici la confusion semble outrepasser le sens de la phrase, ce qui est « achevé », c'est à la fois ce qui doit être achevé et ce qui résulte d'un « effort national sans précédent ». L'effort dont il parle est-il celui pour faire la paix ?

La journaliste continue :

« L'état hébreu affirme avoir tué 550 combattants du Hamas, »

Au moment de cette diffusion (nuit du 12 janvier) on en était à 750 tués dans les chiffres les plus récents, et les chiffres officiels étaient encore de 550 tués en tout, dont un principal pourcentage de civils hommes, femmes et enfants.

Tous ces tués, y compris les petits enfants explosés, sont ainsi considéré avec allégeance par le flux d'actu comme « des combattants du Hamas », sous-entendu « qui sont tous des terroristes », sous -entendu que ce ne sont pas réellement des crimes.

« ...Pour autant ce dernier ne désarme pas et refuse un cessez-le-feu immédiat ».

L'usage du terme « désarmer » n'est-il pas pour le moins chaotique ? On dirait que ce sont eux qui prennent les armes, et qui plus est, « refusent un cessez-le-feu ».
L'initié sait parfaitement qu'un cessez-le-feu tel qu'il a été vécu, comme un emprisonnement et un crime d'attrition, est inacceptable. Mais le non-initié lui, ne peut que s'offusquer du comportement criminel du Hamas qui « refuse la paix et provoque la guerre ».

Avec une moindre analyse, le badaud peut se dire « le Hamas se conduit à sa propre destruction ».
Ce qui rejoint l'analyse des meilleurs des initiés, mais à propos d'Israël.

Ensuite Khaled Mechaal est laissé libre de s'exprimer 8 secondes, où il demande la fin immédiate de l'agression, ce qui n'a pas l'aire d'être contradictoire avec ce que la journaliste vient d'affirmer, sur quoi le cerveau reste encore pensif quand « le chef du Hamas en exil » s'exprime.

« Nous demandons... puis le retrait des forces ennemies, et la levée du siège de Gaza ».

.Puis la journaliste prolonge ce qu'il dit : « Et il promet de continuer le combat ».

Pas de point ou de point-virgule, enchaînement sur une autre phrase qui semble être la suite de la première :

« Et il promet de continuer le combat Si les tirs ont largement diminué depuis le début de l'offensive, une dizaine de roquettes se sont quand même abattues sur le sud d'Israël, dont une à quelques mètres seulement d'une école de Sdérot, sans faire de blessés. »

Par contre les civils tués dans les locaux de protection internationale, et la dévastation sur Gaza passeraient presque pour moins grave.
En fait ils se servent de la tension nerveuse insufflée par leurs propres crime pour augmenter le dramatique des « roquettes » qui « se sont abattues sur »... « Israël », ce qui est un cynisme affligeant.
. Alors que l'initié sait parfaitement à quel point cette information est mineure, partiale, et sans rapport quasiment avec ce qui est en train d'avoir lieu ; A quel point cette information est, pour l'initié, une description très attentive de la psychologie Israélienne. Le journaliste ne prend pas parti, il pourrait très bien sous-entendre, aux oreilles de l'initié, que « c'est un acte mineur et sans conséquence qui est le motif officiel du massacre de civils ».

- Et maintenant, les deux reportages sur les manifestations dans le vrai monde des gens, un pour chaque camp.

Déjà, il peut paraître disproportionné de mettre sur un même niveau les deux manifestations contradictoires. On sait déjà que le but est de dire « il ne faut pas importer le conflit en France », ce qui est criminel, comme personne ne l'avait noté, étant donné que la première des libertés est de s'inquiéter du sort d'autrui. Celui qui est soucieux des Droits humains, finalement « importe le conflit » puisqu'il veut en débattre. Pour moi c'est une manière déguisée de dire « ne vous en occupez pas » ; sinon comment appeler « un appel au calme par anticipation » ?

« Ils étaient 30 000 selon la police belge, 80 000 selon les organisateurs » (ainsi on a le ratio de mensonge des organisateurs, proportionnel à leur hystérie) « à manifester ce dimanche » - en fait depuis toute la semaine, dans de très nombreuses villes de très nombreux pays, mais bon - En dessous le panneau des informations signale : « Football, Ligue 1 : Bordeaux a récupéré la deuxième place » : ce sont des informations situés d'habitude en fin de journal, au moment où les choses graves ont fini d'être traitées.

« ...à Bruxelles ce dimanche, contre l'offensive israélienne à Gaza : Des échauffourées » (souligné verbalement) « se sont produites à la fin de la manifestation, un parlementaire belge a été légèrement blessé, un abris-bus détruit et plusieurs voitures ont été endommagées » (rappelez-vous la voiture complètement calcinée il y a 20 secondes, à Gaza).

(l'autre journaliste en alternance continue, comme venu en renfort)

« Et puis dans beaucoup de villes de France et du monde, des rassemblements de soutien à Israël, cette fois, étaient organisées ce dimanche... »

Alors quand c'est pour Israël par contre, c'est « beaucoup de villes de France et du monde ». Ceci pourra facilement être perçu comme une information inéquitable. Cela aurait pourtant été intéressant (et assez facile) d'avoir des comptes plus précis.

Et là, la voix de la présentatrice baisse d'au moins trois tons, et même cinq ton quasiment quand elle dit « centaines » :

« Ils étaient plusieurs, centaines de manifestants à Lyon, plusieurs milliers » (ton plus chantant sur « milliers ») à Marseille, devant le consulat d'Israël, accusant le Hamas d'être responsables de la mort des civils palestiniens. » (alors qu'à Marseille le plus important à été la manif anti-agréssion.)

Ce qui rejoint l'analyse prête à être faite que produisait le début du reportage, selon laquelle le Hamas se portait préjudice à lui-même.

Le reportage se termine sur des drapeaux israéliens brandis, et une musique de fond du type glorieuse avec trompette.

- La partie de cette manifestation diffusée en chapeau de journal était un peu différente, on entendait qu'Israël s'était lancé dans la guerre pour obtenir la paix, et les manifestants scandaient « Hamas, terroristes, Hamas, terroristes ! »

Il est flagrant que les manifestations contre la guerre paraissent minoritaires, ponctuelles, et couronnées par de une violence de type balnieusarde, typique des gangs criminels, et que les manifestations nombreuses et pacifiques en soutient à Israël, de citoyens exaspérés par des comportements criminels, sont plus dignes de figurer dans le chapeau du reportage... Alors que ce sont des manifestations de soutien à des crimes.

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