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fureur collective et résolution individuelle

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La fureur

Dans la phase paroxysmique d'une crise de nerfs, le comportement n'est plus libre.
Il n'est plus le fait de choix contrebalancés et mesurés, les calculs ont déjà été faits ; et cette raison prédéterminée considère comme insoutenable le moindre fait qui se rapporte de près ou de loin à cette névralgie.

En d'autres termes, tout sert d'excuse, comme dans une super-paranoïa, pour activer ce que la peur renvoie comme réponse automatique : l'attaque.

Mais cette fois nous nous trouvons à une échelle sociale, où au sein d'un réseau, le cerveau du névrotique est décomposé en différentes entités représentées par des humains entiers et distants, reliés entre eux, dont l'action est meilleure s'ils s'expriment calmement et en donnant une apparence de grande tranquillité.

Ce n'est plus "la fureur" d'un névropathe du nom de Hitler, qui s'emporte à tout-va, et qui à force de tout accuser de démoniaque ne fait que parler - sortir - ce qui le hante. Non, cette fois nous avons à faire à un réseau, et dans cette composition qui forme un seul cerveau, chacun tient un rôle équivalent à une des fonctions contradictoires qui créent l'oscillation psychique infinie appelée "blocage".

Dès lors en quoi consiste "la fureur" ?
C'est le fait que dès qu'un camion circule sur une route, il est soupçonné d'éventuellement transporter des armes.
Le moindre bâtiment, le moindre véhicule, la moindre discussion, est soupçonnée d'être un acte de guerre. Et il faut le détruire.
Nous sommes au Liban, nous sommes en Palestine, nous somme dans un giga-cerveau malade.
Donc le furieux tire, détruit, tue, et ne cherche pas même à vérifier s'il avait raison de tirer, puisque déjà une autre "provocation" vient l'irriter.

Israël demandait au Liban, pourtant en paix, de se comporter de cette manière, cette manière inculquée par les Etats-Unis, avec ses composantes du Hezbollah.
Elle lui demandait, sans preuve ni vérification, de les éliminer, de les faire non-exister.
Comme si cette requête aurait fait non-éxister les raisons d'agir d'une résistance à une oppression guerrière, couverte par l'étatisme international.

Le refus ou l'incapacité de comprendre l'autre, c'est ça le blocage.

La furie, consiste alors à transformer en un champ de ruines un pays magnifique, pour des raisons que le furieux lui-même n'a pas le temps de s'expliquer, car pour lui cela est devenu secondaire.
Pour lui, les raisons d'agir sont évidentes : déjà toutes réfléchies.
Un grand plan est à l'oeuvre, et l'analyse est déléguée aux futurs historiens.

C'est le même décors chaotique, transposition directe de la mentalité névrotique (un désert d'intelligence, une déconstruction de la personnalité qu'on nomme "démence"), que ses actes créent.

Le mur d'Israël est très loin de ne pas posséder de connotation symbolique avec la fureur (qu'il y ait un rapport étroit entre l'édification de ce mur et la mentalité qui motive son édification est loin d'être une simple coïncidence).

D'autant plus, Israël a commis des crimes dont parler dans la presse paraît futile, mais d'une extrême gravité, comme la destruction d'oliveraies millénaires, le déracinement d'arbres, la destruction de terres fertiles, pour convertir tout cela en un vaste champs de ruines, de barbelés, de morceaux de mur brisés, de blocs de pierre, et de sécheresse.
Un lieu inhabitable.

Afin de s'éviter les arguments à son encontre, une furie sociale est capable d'un minimum de raisonnement dont un fureur seule n'est pas capable.
Ainsi il est capable d'anticiper les critiques à son égard, en diffusant de la peur, par le bruit, la manipulation pernicieuse, le mensonge éhonté, en tirant des rafales entre les gens et en détruisant leurs habitations, en polluant leur eau, mais en prenant soin de tuer le moins possible, pour que de l'autre côté, du côté officiel, la déclaration puisse être toute construite : "nous ne sommes pas des criminels, nous, au moins".

Ce qui est parfaitement vrai et vérifiable.
C'est ainsi, à mon sens, qu'on peut définir la fureur portée par une organisation aux actes déterministes.

"Le Hezbollah est l'origine du problème, il faut régler ce problème (Bush, 17/7/2006)".

Le garçon qui dit cela est né de la dernière pluie, car qui peut prétendre que "celle-là, on ne nous l'avait jamais faite" ?
Cependant, lorsqu'il ne s'agit plus d'une seule personne mais d'une organisation et de celui qui parle en son nom, nous ne somme plus dans la médisance ou l'insulte hypocrite, mais dans la démence et la fureur ; malgré ce que cela laisse apparaître.

"Naître de la dernière pluie" renvoie à de la naïveté, traduite par une compréhension d'une situation dont on a connaissance du commencement qu'avec le moment où on a commencé à s'y intéresser...

C'est bien de cela dont il s'agit dans une analyse prédéterminée par une démence, les choses viennent de commencer, et avec leur description soudain resurgi tout un "retour du refoulé", qui n'a rien à voir, mais qui explique tout.

Ici le retour du refoulé c'est le soit-disant terrorisme dont le monde a pu avoir une preuve in-é-luc-table le 11/9/2001 en voyant des avions pénétrer des buildings centraux du commerce international.
(Bien que ces buildings se soient étrangement convertis en fragments de poussière d'un micron de diamètre, y compris un autre qui n'avait pas té touché, et que 700 milliards de dollars en or dans ses sous-sols aient disparu).

Et soudain, on débarque, et on assiste à des "terroristes" (le Hezbollah) qui déclarent la guerre de façon "inconsidérée" (propos de Sarkozy, 17/07/2006) à la quatrième armée mondiale, avec des roquettes artisanales, autant dire des pétards.

Comme si, les choses venaient de commencer, et qu'elle n'avaient aucune raison.
Car en effet je suis d'accord : la violence n'est le fait d'aucune raison.
Dans ce cas, oui c'est sûr, "il y a un problème".

Mais avant même qu'on ait le temps de résoudre cette question, on transite directement à la deuxième partie de la "sentence" de G.W. Bush : il y a un problème, "et donc" :
"Il faut régler le problème".
Ceci est une articulation, en premier, l'énoncé : "il y a un problème", en deuxième la conclusion "il faut régler le problème".
Elle paraît honnête, limpide, simple.
Ne pas la comprendre serait de la provocation...

En arriver à conclure qu'une personne en soit, EST le problème, tient de la fureur.

La seule circonstance pour que cette déclaration ne soit pas fallacieuse serait que le problème EST effectivement une personne, mais à ce moment-là c'est la personne qui prononce la phrase, puisqu'ainsi "le problème" est résolu.

Car au fond, un "problème" est une chose qui "se résout" c'est à dire qu'on coupe en amont les raisons qui créent le problème.
"Un problème", le problème de l'eau qui remplit la baignoire pendant qu'elle s'échappe par un trou à un débit (constant pour faciliter), est surtout l'histoire de l'activation d'une angoisse qui se résout par une simple soustraction.

Mais ici dans la phrase du dément, il est très clair que la disparition du problème, pour ne pas buter sur une impossibilité de négocier (on ne négocie pas avec des terroristes, tout comme on essaye pas de convaincre un fou qu'il l'est) la dissolution du "problème" incarné par des gens, rimera avec la disparition de ces gens.
En effet boucher le trou de la baignoire résoudrait le problème...
Mais n'est-ce pas de la triche ?

Il faut ramener cela avec la disparition de Zarkaoui. Sa disparition, sans jugement ni procès, brutale et unilatérale, motivée par un "Wanted = 20 millions de dollars, mort ou vif", a-t-elle fait disparaître autre chose que son corps physique ?
Dans un sens oui, la peur diffusée conjointement à la prononciation de son nom, disparaît. Mais "le problème" ? C'est à dire la terreur continuelle, a-t-elle disparue ? Non au contraire, maintenant, elle est seulement indétectable.
Clairement, c'était une stratégie.

Il y a une logique et une morale, dans tous les fonctionnements, y compris si ces fonctionnements sont récupérés à des fins stratégiques de manipulation, au-delà de tout il y a une logique et une morale quand même.
"Le problème" tendra de toute manières à se résoudre, et donc à disparaître, ça c'est sûr et certain.

"Si vous voulez le problème palestinien on peut le résoudre en deux minutes" (déclaration d'un israélien sur le plateau de l'émission C dans l'air).

Moi, je doute que ces deux minutes promises de feu vengeur ne résolve quelque problème que ce soit.
Par contre, je ne doute pas que le problème peut se résoudre effectivement en deux minutes :
C'est simplement le temps qu'il faut pour comprendre pourquoi, en fait, dès le départ, "il n'y a pas de problème"... là où on désigne.

Deux minutes de réflexion valent mieux que deux minutes de silence.

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