Chapitre XV : L'agonie du Dieu-dollar

51 min

1 - Un pays de Cocagne
2 - Des trous dans le monteau d'or
3 - Petit conte édifiant, poétiquement intitulé: SWAP SWAP SWAP, CDO, CDS
4 - Apocalypse now
5 - Sytème Madoff : un vilain soupçon d'hyper-fraude
6 - Bernard Madoff : coup de théâtre, la loi Sarbanes-Oxley l'atout dans la manche !
7 - Il pleut des dollars par paquets de plusieurs milliards
8 - Les casinotiers de la finance mondiale
9 - La fabrication de l' argent : comment ça marche
10 - La mort programmée du Dieu-Dollar et l'immoralité des nouveaux "barons voleurs"
11 - Apologue

*

1 - Un pays de Cocagne

Il était une fois un pays plus heureux que celui de Cocagne que la légende situe près de Naples et dont une montagne magique occupait le centre. Crachant à profusion du macaroni, des saucisses et de la viande, ce Vésuve alimentaire plongeait ses habitants gloutons dans la félicité. Un pays plus béni des dieux qu'Argos, dans lequel la mythologie nous apprend que Danaé, la belle captive fut fécondée par le roi des dieux métamorphosé en une pluie d'or qui ruisselait à travers les barreaux de la prison dans laquelle son père l'avait enfermée.

Le nouveau pays enchanté était bercé depuis soixante-dix ans par le zéphir d'une pluie de billets verts . La brise d'une foi inébranlable dans le nouveau Dieu que ce pays enchanté s'était offert et qu'il a réussi à imposer à la planète entière à la force de ses muscles et de ses bombes, a permis, pendant près d'un siècle, à ses habitants de flotter dans la moyenne région de l'air, déconnectés des contingences des réalités économiques et monétaires triviales qui maintiennent les autres pays de la planète lourdement arraisonnés aux réalités quotidiennes.

Voir : Premiers pas sur les traces du roi dollar

Mais une grosse tempête s'est levée et s'est mise à secouer de plus en plus rudement le pays de Cocagne de la finance internationale. Hedge funds, Private equities, Subprimes, Monolines, Assets under management (AUM), Credit default swaps (CDS), Collaterised debt obligation (CDO)se sont mis à danser une farandole endiablée dans nos cervelles pétrifiées .

N'avions-nous pas vu comment, durant des années, en bons moutons de Panurge, aveuglés par la cupidité et se frottant les mains, les boursicoteurs avaient pensé réaliser l'affaire du siècle, s'étaient précipités sur la nourriture si alléchante que leur présentaient les servants du Dieu-dollar et n'avaient pas senti l'odeur de pourriture qu'elle dégageait? La Bourse flambait et la courbe des indices, telle l'échelle de Jacob, semblait devoir monter jusqu'au ciel. Mais lorsque la bulle a explosé et que la panique est devenue générale, les mêmes moutons de Panurge se sont mis à vendre sans discernement et à tour de bras toutes les valeurs de leur portefeuille, afin d'essayer de récupérer quelque argent, précipitant et amplifiant le désastre.

Le moral des financiers et son corollaire, la confiance dans le fonctionnement du système, sont le vrai carburant du système. Ils sont le baromètre infaillible qui fait de l'économie, non pas une science, mais un appendice de la psychologie, dans la sous-section de l'étude des passions et des humeurs .

Voir: La "main invisible du marché": Une histoire de "bulles", de "subprimes", de "monolines" et autres merveilles de la "finance structurée"
2 - Des trous dans le manteau d'or

" L'Empereur marchait en tête de la procession sous le magnifique dais, et de la rue, aux fenêtres, on s'extasiait: "Comme les nouveaux habits de l'empereur sont beaux ! La traîne du manteau, quelle merveille et comme elle s'étale avec splendeur!" Personne ne voyait rien, mais personne ne voulait le laisser paraître, de crainte de se montrer indigne de sa fonction ou stupide. Jamais l'empereur n'avait connu un tel succès vestimentaire.

"Mais il n'est pas habillé du tout, il est tout nu!", s'écria un enfant dans la foule." (Les habits neufs de l'empereur , conte d'Hans Christian Andersen, publié pour la première fois en 1835. )

Pendant que les financiers, les économistes, les politiciens, les spécialistes de tout poil de la chose monétaire se relaient aujourd'hui en une longue procession et essaient de faire croire au monde qu'ils continuent de tenir réellement entre leurs mains la "merveilleuse traîne" du système bancaire international qui, depuis des lustres, "s'étale avec splendeur" sous les yeux éblouis des badauds à leur fenêtre, un enfant crie dans la foule : "Mais le Dieu-Dollar n'est pas habillé du tout, il est tout nu !"

De profundis clamavi ad te Domine. Dieu-Dollar, écoute ma voix ... implorent les fidèles. Le marché finit toujours par remonter et par battre de nouveaux records " leur répond l'écho. Quelques trous malencontreux sont, certes, apparus dans le sublime manteau d'or, mais restez stoïques et laissez passer la tempête, claironnent leurs grands prêtres sur toutes les ondes et les télévisions de la terre. ll suffira de raccommoder la précieuse étoffe avec quelques centaines de milliards de dollars prélevés dans la poche des contribuables et le tour sera joué.

Car le mythique fleuve Pactole existait bel et bien, mais les pépites d'or s'étaient métamorphosées en milliards de billets verts qui fécondaient généreusement l'Empire depuis la fabuleuse invention, le 23 décembre 1913, de l'escroquerie du millénaire qu'avait été la création de la FED (Federal Reserve System) et de sa monnaie privée, système perfectionné à partir du 15 août 1971 par la décision d'une brochette d'alchimistes qui avaient sévi sous la présidence Nixon . Ils avaient réussi à faire croire au monde entier que leur papier verdâtre imprimé à volonté avait la même valeur que de l'or bel et bon qui garantissait depuis des siècles la stabilité des monnaies nationales et qu'ils avaient rabaissé au rang de "devise barbare".

Voir : Voyage circummonétaire à la recherche du Roi Dollar et découverte de la caverne d'Ali-Baba

Cette escroquerie financière initiale avait permis à ses heureux bénéficiaires de métamorphoser leur nation en Picrocholand belliqueux des temps modernes. Comme le roi Picrochole, célébré par Rabelais qui, à la tête de ses armées attaquait à tout vat ses voisins et qui mena l'inoubliable " Guerre des fouaces " dans le Gargantua, les Etats-Unis, première puissance militaire de la planète, attaquent, bombardent, détruisent, pillent et volent sans vergogne et tous les Etats de la planète dont ils convoitent les richesses et envoient au diable les lois internationales. (Voir note1)

Voir : Ouvrons les portes de la guerre

Certes, les habitants de ces contrées enchantées ont la bosse du commerce. Mais ils pouvaient d'autant plus aisément accumuler des richesses qu'ils s'étaient attribué un privilège monétaire exorbitant qui leur permettait de satisfaire tous leurs désirs et d'imposer leurs lois commerciales au reste du monde. A tous les coups l'on gagne, jubilaient-ils en se frottant les mains, tout heureux d'avoir réussi à flouer la planète entière

En effet, grâce à la fabuleuse escroquerie monétaire dont bénéficiait l'Empire, un gigantesque royaume des ombres grouillait, s'épanouissait et prospérait dans les sous-sols des forteresses bancaires. La termitière fonctionnait quasiment en vase clos. Une ingénierie subtile, minutieusement mise au point et constamment réactualisée réglait et conditionnait la vie politique et sociale du pays et telle une colossale hydre de l'Herne aspirait par ses mille bras et ses mille têtes les forces vives de la quasi totalité de l'univers.

Voir : Aux sources de l'escroquerie de la Réserve Fédérale - Le machiavélisme des hécatonchires de la finance internationalehécatonchires

Mais il semble que telle la machine de la Colonie pénitentiaire de Kafka, le grand meccano financier se soit emballé. Devenu fou il est en passe d'enfoncer dans le front de ses servants la grande aiguille mortelle d'une banqueroute-récession-déflation-escroqueries en tous genres, qui risque de faire exploser la machinerie bancaire tout entière .

A l'école d'Andersen, j'ai suivi, avec les yeux de l'enfant dans le conte du génial Danois, les tribulations d'un Dieu aujourd'hui moribond et qui tint le monde entier sous sa férule durant près d'un siècle.

3 - Petit conte édifiant, poétiquement intitulé: SWAP SWAP SWAP, CDO, CDS

Il était une fois trois petits cochons spécialisés dans la production de légumes. Dans les contes de fées, les petits cochons ne se contentent pas de manger des légumes, ils peuvent aussi les cultiver. Mais un petit cochon reste un petit cochon avec une cervelle de cochon, si bien que l'un a produit beaucoup trop de poireaux. Des tombereaux de poireaux remplissent sa réserve et lui restent sur les bras. Ils commencent à pourrir doucement. Ses compagnons se trouvent dans la même situation, l'un avec des carottes, l'autre avec des navets. Les clients se font rares, ils sont saturés de légumes, gémissent-ils en choeur! Que faire? Eurêka, a un jour crié le chef des petits cochons - on sait que dans tous les troupeaux, il y a un chef - créons un système d'échanges, créons un SWAP légumier et nous séduirons davantage de clients.

Ni une, ni deux, sitôt pensé, sitôt réalisé. Ils mirent donc en commun leur production et la répartirent en petits paquets dans l'espoir de l'écouler plus commodément. Mais un petit cochon reste un cochon, comme il est dit plus haut, et ils en profitèrent pour écouler également et en tapinois tous leurs légumes pourris et fanés. Certes, ces denrées n'étaient plus consommables. Mais, pffftt, même s'ils n'étaient aujourd'hui que des sortes de "dettes" aussi peu négociables que les hypothèques non remboursables des subprimes, il fut un temps où ils avaient été des légumes frais et pimpants.

Ils baptisèrent cette jolie escroquerie titrisation et offrirent un intérêt attrayant pour ces obligations d'un nouveau genre afin d'attirer les amateurs. Ce fut la ruée, car les clients des petits cochons ne sont pas aussi intelligents que les petits cochons . Ils se font piéger à tous les coups par des râteliers remplis d'aliments et oublient de regarder le mélange qu'ils avalent.

Après ce premier succès, nos rusés lascars, de plus en plus audacieux, entreprirent de perfectionner le système. Comme il leur restait encore des stocks de marchandise invendable, ils décidèrent d'inventer un effet de levier et de mettre sur le marché des obligations assorties d'un intérêt encore plus élevé portant sur le bénéfice qu'ils auraient potentiellement retiré de la vente virtuelle de leur marchandise pourrie.

Nous calculerons, dirent-ils, le montant que nous aurions retiré de la vente potentielle de nos surplus, nous transformerons cette espérance de bénéfice en obligations que nous mettrons sur le marché. Ainsi nos acheteurs pourront échanger, (to swap) non pas directement nos légumes qui sont trop pourris pour être directement vendus ou consommés - autrement dit les titres, tout aussi pourris, des dettes hypothécaires que leurs propriétaires étaient trop pauvres pour parvenir à les rembourser - mais les éventuels bénéfices que les vendeurs auraient retiré de leur commerce.

Ces CDO (collaterised debt obligations) rencontrèrent le succès espéré et leur rapportèrent gros, personne n'étant assez curieux pour ouvrir les paquets et en vérifier le contenu.

Nos petits cochons, de plus en plus gras, le teint de plus en plus rose et la queue frisottante battant la mesure au rythme de la douce musique des écus tombant en grêle dans leur bauge, jubilaient. Tant que les bénéfices s'accumulaient, les clients ne pipaient mot et surtout pas les organismes officiels chargés du contrôle des titres, et qui s'étaient eux-aussi précipités sur ce juteux râtelier. Achat, vente, remise rapide dans le circuit, les CDO circulaient de main en main, gonflaient à chaque changement de propriétaire et s'accumulaient avantageusement en une fringante pyramide dans les bilans des banques les plus huppées de la planète entière.

Mais comme l'imagination frauduleuse de tous les petits cochons de la planète financiaro-légumière ne connaît pas de limites, et à l'aune de leur propre cupidité, nos ingénieux suidés réussirent à s'attirer la complicité d'une brochette "d'ingénieurs quantitatifs" qu'ils nourrissaient grassement - il les appelaient affectueusement des quants. Ils les chargèrent de la mission d'élaborer un montage financier fumeux judicieusement camouflé sous de savantes équations mathématiques. Ceux-ci réussirent le prodige de mettre à leur disposition des équations si compliquées et au cheminement si tortueux que personne n'était réellement capable d'en comprendre le sens; eux-mêmes s'y perdaient.

Mais, alleluiah! ce labyrinthe mathématique réussissait le prodige de créer automatiquement et quasiment par magie des "produits dérivés", si bien que nos petits cochons applaudirent d'autant plus bruyamment cet exploit que le nom choisi créait un malentendu très favorable à leur commerce. En effet, ces obligations ne dérivaient - au sens de "ne découlaient" - que de la logique interne des équations produites par les quants et ne "dérivaient" nullement d'une quelconque réalité économique concrète à laquelle elles auraient pu être rattachées, pas même aux légumes pourris. Elles ne circulaient que dans la stratosphère de l'imagination cupide des cochons-boursicoteurs et de leurs acolytes mathématiciens. Ils se souvenaient de l'astuce des gros suidés qui, en leur temps, avaient donné à leur organisme chargé de créer la monnaie le nom de "federal" (Federal Reserve System) pour faire croire qu'il représentait le gouvernement fédéral américain, alors que celui-ci ne "fédérait" - c'est-à-dire ne regroupait - que les douze circonscriptions géographiques réparties sur le territoire qui, ensemble, constituaient l'organisme privé des banquiers créateurs de leur monnaie tout aussi privée, le dollar.

Voir : Aux sources de l'escroquerie de la Réserve Fédérale - Le machiavélisme des hécatonchires de la finance internationalehécatonchires, chap. IX

Comme ils nourrissaient cependant une méfiance légitime les uns à l'égard des autres, nos astucieux petits cochons ne s'arrêtèrent pas en si bon chemin et inventèrent alors le troisième étage de leur fusée financière, une sorte de contrat financier bilatéral ou trilatéral de protection entre acheteur et vendeur qu'ils baptisèrent CDS (credit default swaps) . Titrisé et flanqué d'un rendement encore plus alléchant il fit merveille lui aussi .

. Et les titres s'empilaient, s'empilaient, s'empilaient ....

Swap, swap, swap, CDO, CDS

.Et c'est ainsi que le Dieu-Dollar est grand! chantaient en choeur ses fidèles en entassant les bénéfices de leurs Swaps!

*

Il est, en effet, à remarquer qu'aucune valeur réelle n'a jamais été échangée, les opérations ayant toujours porté sur des bulles et des pyramides virtuelles. Ce sont elles qui ont fait les beaux jours des spéculateurs et qui sont aujourd'hui disqualifiées et vilainement traitées de "produits toxiques". C'est ainsi que des créances colossales, impossibles à rembourser puisque ne reposant sur aucune garantie réelle, se sont accumulées dans le ciel de la finance internationale en un gros nuage noir annonciateur d'orages dévastateurs.

4 - Apocalypse now

Thomas Jefferson écrivait déjà en 1802 " Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession,d'abord par l'inflation, ensuite par la récession, jusqu'au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquise "

(" I believe that banking institutions are more dangerous to our liberties than standing armies... If the American people ever allow private banks to control the issue of their currency, first by inflation, then by deflation, the banks and corporations that will grow up around the banks will deprive the people of all property until their children wake-up homeless on the continent their fathers conquered. ")

Or, nous assistons à un phénomène étrange: chaque jour, le gouvernement américain inonde la planète de toujours plus de liquidités et de crédit facile. Et pourtant, le Dieu-Dollar semble résister à la tempête. Devant ce spectacle sidérant, nous nous interrogeons, candides et curieux : " Mais d'où peut bien sortir tout cet argent dont on cachait l'existence au bon peuple ? Les Etats-Unis auraient-ils brusquement découvert la source du fleuve Pactole ? Leurs dirigeants avaient-ils amassé des trésors sous les matelas de la Maison Blanche ou les sortent-ils de leur chapeau? "

Comment expliquer autrement que par son statut divin le fait qu'à l'heure où une tempête monétaire fait rage, provoquée précisément par la rapacité des fidèles et d'un haut clergé du Dieu-Dollar submergé de monnaie, que l'inondation de liquidités dans un pays qui en était déjà gorgé se poursuive ? Comment expliquer que dans un pays où la masse de la monnaie augmente de 15% par an, soit cinq fois plus rapidement que la production des biens et services que le dollar est censé acheter aux Etats-Unis, que cette monnaie dévaluée soit encore cotée à la hausse ?

Certes, la crédulité des financiers et des boursiers est incommensurable et au moins égale à leur rapacité. Pendant près de quarante ans, ils ont aveuglement fait confiance aux décisions de la FED. Messieurs Greenspan et Bernanke n'étaient-ils pas les prophètes dont ils recueillaient pieusement la moindre parole? L'habitude aidant, ils continuent sur leur lancée. Mais à l'heure où le gouvernement américain emprunte 1,2 milliard de dollars par jour pour compenser un déficit commercial de 70 milliards de dollars et qu'une dette de 76,62 milliers de milliards de dollars plombe le budget, continuer à faire confiance à une "monnaie de singe", comme l'a qualifiée la Chancelière d'Allemagne, Mme Angela Merkel, relève quasiment de la débilité mentale.

L' International Herald Tribune vient de révéler que, lors d'un test sur les principes élémentaires de l'économie, des ignorants obtiennent de meilleurs résultats que des étudiants en science économique et monétaire, ce qui en dit long sur la nature de cette pseudo science dont on apprend ainsi que son étude accroît "l'ignorance savante" de ceux qui s'y adonnent. Grandet ou Le Faiseur de Balzac qui ouvrent le lecteur aux motivations non seulement des avares, qui thésaurisent d'une manière maladive, mais des grands requins présents dans toutes les mers des Sargasses de la planète financière et qui savent flairer et exploiter les courants porteurs de la "bonne affaire", sont d'un meilleur secours. Le grand psychologue de l'âme et des rouages de la société qu'était Balzac permet une meilleure appréhension des mouvements anarchiques des bourses mondiales que bien de savants manuels d'économie et de prophètes auto-proclamés de la chose financière.

Un personnage typiquement balzacien vient d'ailleurs de débarquer avec fracas dans l'actualité. On comprend un peu mieux, dans ces conditions, qu'un maître-nageur né dans dans le Queens, un quartier pauvre de New-York et sans le sou au départ de sa carrière, mais astucieux, rusé et doué d'une capacité d'adaptation et de séduction peu communes comme Bernard Madoff, présenté aujourd'hui comme l'escroc du siècle, ait pu si longtemps et si facilement charmer et séduire le monde de l'argent.

Et qu'apprend-on brusquement? Qu'après s'être hissé au rang de directeur de la seconde bourse de New-York, le NASDAQ, ce pilier de la communauté juive de New-York et de Floride aurait tranquillement, pendant quarante ans, mis sur pied et fait fonctionner, au nez et à la barbe de la SEC (Securities & Exchange Commission, le régulateur des marchés financiers) une entreprise familiale prospère fondée, dit-on, sur une escroquerie pyramidale élémentaire, mais inusable, pour la coquette somme de 50 milliards de dollars et par laquelle l'argent des nouveaux-venus payait les intérêts des investissements illusoires des anciens.

Un peu de culture littéraire française permettrait d'abord aux innombrables commentateurs financiers de savoir que ce montage classique ne date nullement de l'italo-américain Ponzi en 1920, et qu'il est déjà celui décrit par Balzac dans sa pièce de théâtre Le Faiseur jouée pour la première fois après sa mort en 1851.

Mais la candeur - ou la stupidité - des fidèles du Dieu-dollar est telle que le journaliste français qui commentait cette nouvelle sur la troisième chaîne de télévision française a eu ce commentaire dont on ne manquera pas de goûter le sel : "Cette arrestation choque la communauté financière, car Madoff était connu pour son honnêteté et son sérieux"! Ciel! On n'ose imaginer ce que cet honorable chevalier de la finance au sourire engageant, désormais assigné à résidence et muni d'un bracelet électronique, aurait conçu s'il avait été malhonnête ! Heureusement pour lui qu'il n'a pas volé une poignée de dollars dans un distributeur: il serait en prison!

... Alleluia ! Et c'est ainsi que le Dieu-Dollar est grand !
5 - Système Madoff : un vilain soupçon d'hyper-fraude

En lecteurs avisés de Balzac, le grand spécialiste de la traque des sources de revenus de ses personnages, un vilain soupçon nous envahit. Nous nous interrogeons sur le récit à dormir debout ou le scénario digne d'un épisode édifiant de la Légende dorée, qui fut servi avec brio par la famille de l'ex-héros de Wall Street à la justice, avalé sans problème par la presse mondiale et régurgité tel quel et sans le moindre soupçon dans les journaux et sur internet. Un parfum d'invraisemblance et de mise en scène nimbe, en effet, une affaire qui aurait fait les délices du grand Honoré de Balzac.

Imaginons un conte qui après celui des Trois petits cochons s'intitulerait Les trois gros roublards.

Scène I : Le père en larmes troque l'habit du grand grand requin de la finance pour celui de père repentant. La tête baissée, sujet à une incoercible crise de vertu, il décide brusquement de faire son mea culpa et avoue ses turpitudes financières à ses deux fils effondrés. Indignation, cris, stupéfaction! Les fils lèvent les bras au ciel, reculent d'un pas, horrifiés, puis jettent un regard courroucé au pater familias accablé et, sans plus barguigner, tels de vulgaires pionniers communistes encouragés à dénoncer leurs parents, ils courent dénoncer leur père à la police fédérale.

Greuze, Malédiction paternelle, fragment du fils repentant (1778)

Scène II : Margot devant son téléviseur est émue aux larmes par la vertueuse famille et soupire de compassion devant les pertes endurées par les pauvres milliardaires, les riches associations juives et quelques-unes parmi les banques les plus huppées de la planète, si confiantes, si naïves qui ne vérifient jamais, comme chacun sait à qui elles confient leur argent, surtout quand les gains, entre 12% et 20% tombent dans leur escarcelle avec la régularité d'une horloge suisse depuis des dizaines d'années. A leur tête, Elie Wiesel dans le rôle qu'il connaît bien de victime, Stephen Spielberg, le médiatique cinéaste et une foultitude d'associations dites "caritatives", dont la fonction était principalement d'aider à financer la colonisation en Palestine occupée, ainsi que des hôpitaux et des écoles en Israël. Pleurons ensemble, mes frères!

Sauf que.. - Sauf que...les deux fistons, Marek et Andrew, participants à ce qui est présenté comme l' arnaque du siècle, étaient des co-gérants de l'affaire du papa - Bernard L. Madoff Investment Securities LLC, longtemps l'une des principales sociétés de Wall Street - et certainement pas comme portiers. Ils étaient donc nécessairement co-acteurs et complices. Et que dire des dizaines d'employés qui n'auraient, eux non plus rien remarqué? - Sauf que...la référence à la fraude Ponzi est amusante . Celle-ci portait sur les variations de prix des timbres-postes dans divers pays sur un laps de temps relativement court et concernait surtout de petites gens, avides et faciles à berner. La fraude Madoff serait non seulement à des années-lumière de ce bricolage par son montant et sa durée - quarante ans - mais outre que les participants sont peu nombreux par rapport à une "chaîne pyramidale" classique, elle a "enchaîné", si je puis dire, une partie du gotha des banques mondiales et la crème des puissantes et riches institutions juives caritatives depuis Philadelphie jusqu'à Miami qui possèdent une expérience financière suffisante et une armée d'avocats avisés à leur service pour savoir qu'il est impossible de garantir un tel rendement régulier avec une gestion classique dite de "père de famille" et surtout pour accepter les yeux fermés de n'avoir jamais aucun relevé d'opérations, M. Madoff se contentant d'affirmer qu'il possédait les fonds "en liquide". - Sauf que... M. Madoff est l'heureux propriétaire d'un nombre impressionnant de maisons et d'immeubles à New-York et en Floride - y compris en France - d'un bateau luxueux et de diverses babioles de même nature, et qu'il semble lui rester quelques économies - il reconnaît un reliquat de 200 millions de dollars et n'a eu aucun problème pour payer la modeste caution de 10 millions de dollars qui lui permet de vaquer tranquillement à ses activités en liberté, même quelque peu "surveillée". On imagine aisément que le confort matériel des deux fils vertueux est assuré pour le restant de leurs jours. (Note 2) - Sauf que...son affaire a bien été contrôlée par le gendarme de la bourse, mais que celle-ci n'aurait rien vu d'anormal et n'a jamais rien trouvé à redire. Il faut ajouter à la décharge de la SEC (Securities & Exchange Commission) que le fils du Ministre de la justice, Mark Mukasey, est l'avocat d'un associé de Madoff, Frank DiPascali, l'un des plus hauts responsables de BMIS, le fond de placement de Madoff, que la nièce de M. Madoff est l'heureuse épouse d'un contrôleur de la SEC et que M. Madoff lui-même en est devenu membre . On n'est jamais si bien contrôlé que par soi-même ... Et tout ce beau monde n'aurait rien vu, rien soupçonné pendant quarante ans? - Sauf que... parmi les banques qui se disent bernées par Bernie on trouve HSBC (Hong Kong & Shanghai Banking Corporation), la quatrième banque mondiale, BNP Paribas, la Société générale, Fortis, le Crédit Mutuel, Natixis, Royal Bank of Scotland, Banco Santander, plusieurs banques suisses ou japonaises spécialisées dans la gestion de fortunes, etc. des sociétés d'assurance comme Axa ou Swiss Life. Il faudrait imaginer que toutes ces banques sont dirigées par des incapables, qu'il n'existe aucun système de contrôle ou de filtre interne avant d'engager des millions, quand ce n'est pas des milliards de dollars dans un système de gestion, ce qui est absurde et contraire au fonctionnement normal des banques. Il faut donc en conclure que tout le monde était au courant et connaissait parfaitement le mode de fonctionnement du fond Madoff. Il vaut mieux passer pour idiot que pour escroc.

Mais, en réalité, c'est la Bourse tout entière telle qu'elle fonctionne aujourd'hui comme un casino mondial sur des emprunts, des paris à la hausse ou à la baisse, des effets de levier, des subprimes, des CDS et des CDO et autres produits dérivés, qui est une gigantesque escroquerie et une forme légale de la pyramide de Ponzi. Toute une mathématique déconnectée de l'économie réelle a assuré à tous les Madoff de la bourse et aux autres gérants de Hedge Funds domiciliés dans des paradis fiscaux des rendements non pas de 10 ou 20%, mais de 100% et plus en quelques mois, quand ce n'est pas en quelques semaines.

Voir XII - Le culte du Veau d'Or et la Mondialisation

Kerviel est désormais pestiféré parce qu'il s'est trompé dans son dernier pari, mais il n'a fait qu'utiliser les moyens classiques que lui offraient les règlements de la Bourse. Or, la chute de toutes les actions et de toutes les obligations durant l'année 2008 et surtout les mouvements anarchiques des cotations ont rendu imprévisibles les résultats des paris adossés à des effets de levier, si bien qu'un pari hasardeux peut conduire très rapidement à l'abîme et que 30% à 50% des grands Hedge Funds domiciliés dans les Caraïbes ou dans d'autres paradis fiscaux sont aujourd'hui en perdition et au bord de la banqueroute.

Tel était probablement le cas du Hedge Fund L. Madoff Investment Securities LLC.

M. Bernard Madoff, tel un petit joueur de casino étrillé par des pertes, a peut-être espéré pouvoir "se refaire" avec un montage frauduleux bricolé dans les derniers temps. Mais il est d'une invraisemblance absolue que ce système ait fonctionné durant quarante ans au nez et à la barbe de tous les investisseurs et des contrôleurs de la SEC, même complaisants.

B. Madoff en pleine action devant son armée d'ordinateurs
6 - Bernard Madoff : coup de théâtre, la loi Sarbanes-Oxley, l'atout dans la manche

. C'est là que nous retrouvons notre héros balzacien dans la grande scène de l'aveu et de l'auto-accusation ci-dessus décrite, scène probablement mise au point avec l'armée d'avocats au service de ses sociétés, à commencer par le fils du Ministre de la Justice, Mark Mukasey.

Comme dans tout bon scénario, un coup de théâtre rompt brusquement le déroulement ronronnant de la pièce et l'on s'aperçoit que tout ce qui précède est à interpréter différemment. Si cet épisode touchant a été conçu, ce n'est pas pour des raisons morales ou un quelconque remords du failli, mais parce qu'il était porteur d'importantes conséquences juridiques. Lui seul permettait, en effet, de transformer les clients d'un trader - et qui engagent leur argent à leurs risques et périls - en "victimes d'un escroc" - qui bénéficient de la protection de la loi.

En effet, depuis 2002, la loi Sarbanes-Oxley, votée par Congrès en juillet 2002 à la suite des scandales liés aux affaires Enron et Worldcom, ratifiée par le Président Bush le 30 du même mois, prévoit, parmi de multiples injonctions censées moraliser les activités des boursiers, une indemnisation des investisseurs victimes d'actes répréhensibles (section 601).

Ainsi, à partir du moment où il y a fraude avouée du coupable et impossibilité de démontrer la ruse, puisque la plupart des disques durs des ordinateurs auraient disparu - quelle malchance, vraiment! - et que les quelques disques durs subsistants se trouvent dans le plus grand désordre, les "victimes" ont intérêt à se proclamer innocentes et à faire bruyamment étalage de leur bonne foi. Conformément à la loi, elles seront indemnisées. Puisqu'il y a aveu, il n'est même pas nécessaire de chercher à prouver des malversations, et donc à procéder à des enquêtes. (Note 3)

Sans compter que les "victimes" peuvent, en cas de reconnaissance du gouvernement américain de leur bonne foi dans la fraude, se retourner en plus contre les directeurs des fonds Madoff, afin d'obtenir de l'assureur - les Lloyds de Londres - de juteuses compensations.

En fin joueur d'échecs et acculé au mat, ce dernier coup ne sauverait pas Bernard Madoff de la déroute personnelle, mais il lui permet de limiter les dégâts. Jouissant de la double nationalité états-unienne et israélienne, il aurait pu trouver refuge dans sa seconde patrie. Plutôt que la vie de paria en exil à 70 ans, il a préféré assurer un filet de sécurité à ses amis et co-religionnaires, préserver l'honorabilité de ses fils et leur permettre de continuer de jouir des petites économies amassées durant les jours heureux. Car si le scénario se déroule correctement - faisons confiance à leurs avocats - tous les particuliers et toutes les associations juives qui avaient investi dans son fonds seront indemnisées.

Les véritables floués seront donc, au final, les contribuables américains.

Voilà, n'est-ce pas, une jolie escroquerie à double tiroir digne de la brillante carrière de ce personnage balzacien.

La Comédie humaine s'écrit sous nos yeux .

Il semble cependant que l'indemnisation ne concernerait que les "victimes américaines", c'est à vérifier. Alors les Européens seraient eux aussi, et une fois de plus, les dindons de la farce. D'ailleurs un courtier français, René-Thierry Magon de la Villehuchet, patron d'une société d'investissement qui vendait des produits Madoff à de riches clients français, s'est suicidé...

Goya, Repentance (fragment)

Bernard Madoff fait aujourd'hui office de bouc émissaire chargé de laver l'ensemble des financiers internationaux de leurs turpitudes. On tient un coupable et un seul et chacun s'acharne à le rendre le plus noir possible. En réalité, il n'est nullement un accident. Miroir de la Bourse, il est à l'image idéale que les financiers voulaient donner d'eux-mêmes ce que le portrait de Dorian Gray est à la vertu, "une parodie ignoble, une satire infâme et répugnante". En révélateur du "prodige hideux", l'image de sérieux, d'efficacité et d'honnêteté d'honorables financiers s'est muée sous nos yeux en une réalité sordide, celle d'une poignée de privilégiés avides, portés par l'idéologie de la mondialisation, le règne du Dieu-Dollar et animés par une soif inextinguible d'accumulation de richesses à tout prix.

Comme pour le tableau du roman d'Oscar Wilde, aucune moisissure extérieure, aucun poison minéral de la peinture n'expliquent une altération qui serait accidentelle. Les apparences sont sauves et la surface est intacte, mais "c'est du dedans que l'horreur et la bassesse étaient venues. Par un étrange phénomène de vie intérieure, la lèpre du péché dévorait lentement le portrait. La décomposition d'un cadavre dans une tombe pleine d'eau n'est pas si effrayante." C'est pourquoi Madoff n'est pas un cas particulier, un brebis galeuse au milieu d'un troupeau sain et immaculé de financiers honnêtes. Il en est la quintessence.

Merci à Oscar Wilde pour cet éclairage de la réalité sordide de la finance internationale .

Conclusion balzacienne parfaitement immorale, mais une fois de plus vérifiable : La bourse est une institution dans laquelle on confie aux loups la surveillance des moutons et aux renards celle des poules.

...Et c'est ainsi que le Dieu-Dollar est grand et que d'innombrables Madoff prospèrent dans son environnement!
7 - Il pleut des dollars par paquets de plusieurs milliards

La pluie de billets verts continue de tomber dru. Les banques les plus huppées tendent la sébille à tour de rôle et la planète retentit de leurs appels et de leurs gémissements. " Encore, encore ! Nous voulons des milliards, toujours plus de milliards ! ".

Et les milliards affluent sous la forme de plans de refinancement qui se succèdent et s'empilent comme Pélion sur Ossa depuis les 700 milliards du plan Paulson, d'ailleurs partiellement abandonnés en cours de route, les 1 000 milliards que la FED serait prête à avancer ou même les 7 400 milliards recensés par l'agence Bloomberg .

Mais même cette avalanche de milliards n'est qu'une goutte d'eau dans le tonneau des Danaïdes des pertes réelles et colossales affichées par le système bancaire mondial .

En effet, la BRI (Banque des règlements internationaux) révèle que les créances douteuses correspondant à des opérations du casino financier auquel se sont livrées les grandes banques mondiales comme Northern Rock (Angleterre), RBS (Royal Bank of Scotland), Bear Stearns (New-York), ING (Hollande), Fortis (Hollande), Dexia (Belgique), UBS (Union de banques suisses), JP Morgan Chase, Citicorp et Bank of America etc, ainsi que de grandes compagnies d'assurance (AIG), de grands organismes de crédit hypothécaire (Freddy Mac, Fannie Mae) représentent entre675 000 et 700 000 milliards soit environ 15 fois la totalité du PIB mondial, dont 179 000 milliards sont à imputer aux trois principales banques américaines - JP Morgan Chase, Citicorp et Bank of America.

L'encours des fameux SWAP s'élève à lui tout seul à 55 000 milliards de dollars ce qui représente à peu près la capitalisation de toutes les banques de la planète.

Et ce n'est pas tout, il faut ajouter à cette montagne de dettes impossible à rembourser les 10 250 milliards de dollars milliards de la dette publique de l'Etat américain, soit 30 % du PIB mondial annuel.

Petit jeu : sachant qu'un billet de un dollar mesure environ 15cm la totalité des pertes représenterait une distance de 10 125 000 milliards de centimètres, soit 101 250 milliards de mètres, soit 101, 1/4 milliards, de km.

Sachant que la circonférence de la terre est de 40 000km et la distance de la terre au soleil de 150 millions de km le serpentin ferait 253 125 fois le tour de la terre et parcourrait 6 750 fois le trajet de la terre au soleil.

...Pas de doute, c'est bien la preuve que le Dieu-Dollar est grand !

Ces chiffres donnent le vertige. Soignant le mal par le mal - mais ne sachant, en réalité, à quel saint se vouer - les autorités politiques et monétaires, notamment américaines, ajoutent une grosse louche de liquidités à une crise provoquée précisément par une trop grande masse de liquidités déjà en circulation. La FED ne vient-elle pas de ramener son taux entre 0 et 0,5%? Les vannes monétaires sont ouvertes.

La situation est comparable à celle du propriétaire d'une petite bicoque qui lutterait contre le débordement du Mississipi en ouvrant le tuyau d'arrosage de son jardin pour nettoyer quelques dépôts de boue par-ci, par-là sur les murs de sa maison.

Mais, comme "il faut bien faire quelque chose", même si le bénéfice prévisible est nul, insignifiant et même contre productif. En effet, en bons moutons de Panurge, les banques du reste du monde inondent, elles aussi,le système monétaire mondial de devises et de crédits.

Or, dans le même temps, " nous aurons un dollar fort ", clament haut et fort les prêtres du Dieu-Dollar, ceux-là mêmes qui sont à l'origine du désastre économique et monétaire qui secoue la planète entière. Et le miracle se produit instantanément...pour quelques jours. Grâce à la magie du verbe des grands prêtres du Dieu-Dollar, de la foi et de la crédulité des servants et des fidèles, un dollar à la dérive se raffermit sur l'heure et la Bourse de New-York, suivie par les bourses mondiales, bondissent spectaculairement ... avant de retomber encore plus bas dans les jours qui suivent.

C'est ainsi que Dieu créa le monde. Il dit " Que la lumière soit " et la lumière fut. Car les investisseurs, sur la lancée de leur foi ancienne, continuent de parier sur cette monnaie dévaluée - pour combien de temps encore? - et payent pour avoir le droit d'acheter les dettes du gouvernement américain qui se négocient avec un rendement ... négatif de 0,05%. Quand on connaît la légendaire rapacité des banquiers-boursicoteurs, n'est-ce pas là un des plus spectaculaires miracles du Dieu-Dollar et le signe de la méfiance que leur inspirent les autres formes d'investissement?

Mais la durée de vie d'un miracle n'est pas éternelle, comme Lazare lui-même en fit l'amer apprentissage. Le dieu des Evangiles ne put empêcher sa "résurrection" de n'avoir qu'un temps et le malheureux fit l'expérience unique dans l'histoire de l'humanité d'être obligé de mourir deux fois, et la deuxième fois, pour de bon.

8 - Les casinotiers de la finance mondiale

La preuve qu'un haut clergé bancaire planant dans la stratosphère dirige ce nouveau Pays de Cocagne, c'est que le géant de l'assurance AIG (American International Group) à peine renfloué à deux reprises aux frais du contribuable de sa nation pour la coquette somme de 150 milliards de dollars, a vu ses cadres dirigeants se payer un séjour de nabab dans un ensemble hôtelier de très grand luxe, sans doute pour se récompenser d'avoir si mal géré l'entreprise et d'avoir cependant réussi à soutirer un Himalaya de dollars aux citoyens de leur pays pourtant déjà à moitié ruinés.

De même, les principaux cardinaux-dirigeants de l'une des plus grandes banques états-uniennes - Goldman Sachs , laquelle vient de mendier 10 milliards de dollars à l'Etat fédéral tout en se payant une partie de la banque rivale, Lehman-Brothers - vont joyeusement se partager le joli pactole de 12 milliards de dollars tirés d'une cagnotte secrète dont ils s'étaient bien gardés de faire état. Aucune autorité politique n'y trouve à redire et ne reprend immédiatement les 10 milliards abusivement extorqués à la nation.

A titre de comparaison, les politiciens au service du Dieu-Dollar se préparent à injecter en tout et pour tout 17 milliards de dollars afin de sauver les emplois de toute l'industrie automobile. Il faut dire que l'aide sera accordée aux dirigeants, et pour trois mois, afin de leur permettre de continuer de produire des véhicules que les gens sont trop pauvres ou trop ruinés pour pouvoir se les offrir... Or, les obligations des "Big Three" - General Motors, Chrysler, Ford - représentent environ le quart de toutes les obligations industrielles américaines. Avec celles des sous-traitants et de tous les organismes liés à l'automobile, leur chiffre s'élève au montant astronomique d'un milliard . Ces obligations constituent en général les bases de portefeuille des fonds communs de placement, des caisses de retraite privées, des banques, etc. On peut aisément imaginer le séisme que représenterait pour les simples citoyens la mise en faillite de ces entreprises et l'effet de domino en cascade qui en résulterait!

Les exemples édifiants continuent. Alors que la banque Merrill Lynch n'a échappé à une faillite en septembre que pour avoir été rachetée par Bank of America , son dirigeant M. Thain et les quatre directeurs principaux réclamaient, pour prix leur calamiteuse gestion durant l'année 2008 un modeste bonus de 10 millions de dollars avant de rétro-pédaler piteusement devant le tollé provoqué par leur demande.

Et aussi, après avoir reçu 163 milliards de dollars du ministère des Finances et dans l'attente de 250 milliards de dollars que l'Etat fédéral se prépare à investir de nouveau dans diverses banques américaines en échange d'une participation à leur capital, celles-ci se préparent, non pas à prêter davantage aux entreprises ou aux particuliers et à injecter des liquidités dans l'économie réelle, mais à utiliser 52% de ces subventions au bénéfice des seuls actionnaires et au renflouement de leurs pertes. Quant aux banques qui ont reçu la moitié des 700 milliards du fameux Plan Paulson, elles refusent purement et simplement d'en justifier l'utilisation.

... Et c'est ainsi que le Dieu-Dollar est grand. Et c'est ainsi que ... Et c'est ainsi...reprennent-ils tous en choeur les yeux au ciel et se tenant la main, ne voyant pas qu'ils dansent sur un volcan !

- Oubliées les créances immobilières douteuses et dévalorisées, mais titrisées entre temps, qui polluent toujours les bilans de la plupart des banques mondiales et de toutes les institutions voraces et alléchées par le miel empoisonné d'intérêts élevés, - Oubliée la faillite retentissante de Lehman Brother, - Oublié le danger imminent d'une crise des fameux SWAP et les 55 000 dollars de passif sur le point d'enfoncer un peu plus le système bancaire dans la déroute.

Les Européens essaient à leur tour de se montrer à la hauteur de cette gigantesque immoralité financière. Ainsi, à Monaco, les dirigeants de Dexia ont modestement fêté leur renflouement par la Belgique et la France en s'offrant un dîner à 200 000 euros dans un palace. Le lendemain midi, le même palace a accueilli les pauvres dirigeants de Fortis qui ont conduit leur établissement à une quasi faillite et auxquels le renflouement par les Pays-Bas et la Belgique a joliment ouvert l'appétit . En effet, un déjeuner à 3 000 euros le couvert leur a permis de noyer leur déroute dans le champagne.

9 - La fabrication de l' argent : comment ça marche

Oyez, bonnes gens, oyez, les Etats sont dirigés par des magiciens et les milliards de dollars naissent spontanément sous leurs pas .

Prenons l'exemple du gouvernement américain, le responsable de la débâcle bancaire et aujourd'hui le thérapeute auto-proclamé du désastre.

Le prestidigitateur en chef est le Secrétaire au Trésor, Henry Paulson - le Ministre des Finances. Ancien PDG de Goldman Sachs, la plus grosse banque d'affaires de Wall Street, il est d'ailleurs toujours à la tête d'un gros paquet d'actions de cette banque, estimé à 500 millions en dépit de la crise boursière . Il se trouve qu'il est justement l'un des principaux inventeurs du casino boursier qu'il est aujourd'hui censé discipliner et d'en solder les pertes colossales . C'est donc au responsable du modèle le plus injuste, le plus corrompu et le plus pervers qui ait jamais existé sur la machine ronde qu'est confiée, pour l'instant,la tâche de tenter de le sauver de la déroute.

Henry Paulson

Le successeur désigné de M. Paulson que le nouveau Président, M. Barack Obama, introduira dans la bergerie de l'économie états-unienne, Timothy Geithner, est également un loup réputé dans le milieu financier. En effet, en tant qu'ancien responsable de la FED de New-York, la plus importante parmi les dix régions fédérées regroupées sous le nom de Federal Reserve System, il a été l'un des acteurs majeurs de la crise et l'un des principaux responsables de la mise en place des produits financiers aujourd'hui qualifiés de "toxiques". En somme l'empoisonneur sera chargé de commencer à administrer au pays le contre-poison destiné à le remettre sur pied... dans un mois... et à condition que le patient soit toujours en vie à ce moment-là ou assez vigoureux pour le supporter .

Timothy Geithner

Pour obtenir les milliards généreusement distribués, l'Etat fédéral et son magicien actuel et futur disposent de trois sources aussi dommageables les unes que les autres pour la nation :

1 - Soit l'Etat émet de nouveaux bons du trésor, destinés à la fois à payer les intérêts des anciens et à augmenter la dette. Ce qui constitue une variante légale de la cavalerie pyramidale des escrocs privés, si bien qu'une bulle monétaire risque de transformer sous peu l'Etat américain en un vulgaire Ponzi mâtiné de Madoff .

2 - Soit il emprunte aux banques l'argent qu'il met ensuite à leur disposition afin de les recapitaliser et de tenter de débloquer le flux de crédits en direction des particuliers et des entreprises. Cette sorte de boomerang monétaire crée alors un système délirant dans lequel les banques sont à la fois les créancières de l'Etat et les bénéficiaires de sa générosité. De plus, le gouvernement est doublement perdant, puisqu'il paie aux banques un intérêt sur l'argent emprunté qu'il met ensuite à leur disposition. Le Dieu-Dollar est vraiment généreux avec ses servants !

3 - Troisième solution: l'Etat fédéral emprunte directement à la FED, laquelle fait " marcher la planche à billets " à grande allure. Et il suit la voie déjà ouverte par le Zimbabwe, c'est-à-dire celle d'une inflation galopante et d'une dévaluation de la monnaie. Cette solution est d'autant plus tentante que les Etats-Unis peuvent impunément rembourser leurs dettes avec une devise qu'ils impriment à gogo.

Cette dernière solution présenterait, en outre, l'avantage immédiat de minimiser et de quasi effacer la gigantesque dette de l'Etat américain et au passage, de ruiner les détenteurs étrangers de bons du trésor - notamment la Chine qui en possède pour une valeur estimée à 1 400 milliards et sa réserve totale en dollars s'élève à 2 000 milliards .Ce scénatio serait loin de déplaire à la caste financiaro-gouvernementale des Etats-Unis.

Mais l'inconvénient de cette solution n'est pas négligeable : à moyen terme, elle risque de signer la ruine pure et simple de la crédibilité et le prestige de l'Etat américain et d'accélérer l'agonie du Dieu-Dollar. Malgré leur légendaire passivité et leur soumission béate aux Américains, il se peut que les Etats européens, menés par une Allemagne prudente et lucide, réussissent à convaincre les grands Etats industriels - la Chine, l'Inde, la Russie, les pays d'Amérique du Sud - de créer une zone de stabilité monétaire libérée de l'emprise du dollar. Cette perspective optimiste signerait la fin immédiate de l'Empire prédateur et militariste américain .

Or, il semble qu'après avoir expérimenté l'échec des deux premières solutions, l'Etat fédéral et les banquiers privés qui possèdent la FED soient contraints de jouer leur dernière carte et de parier sur l'inflation, puisqu'ils viennent de rendre l'emprunt quasiment gratuit... Mais, ô rage, ô désespoir, pour l'instant, les consommateurs ne consomment toujours pas et les entreprises n'investissent toujours pas, parce que les banques non seulement n'abaissent pas les taux des crédits d'une manière visible, mais ne prêtent toujours pas, ou quand elles le font, c'est au compte-goutte. De plus, leur frilosité est confortée par la perte de valeur des garanties offertes par les emprunteurs, notamment celles de la valeur des maisons. Banques et organismes de crédit préfèrent donc se recapitaliser eux-mêmes ou chouchouter leurs "pauvres" actionnaires si rudement éprouvés par la crise. Ce comportement donne raison au Ministre des finances allemand, M. Peer Steinbrück, qui avait qualifié de "grotesque erreur" les choix anglais et américain de tenter de lutter contre la crise par la création monétaire.

... Et c'est ainsi que Wall Street est grand et que les banquiers mènent le monde!

Comme l'écrivait Josiah Stamp (1880-1941), Gouverneur de la Banque d'Angleterre en 1920 : "Si vous désirez être les esclaves des banques, et payer pour financer votre propre esclavage, alors laissez les banques créer l'argent."

Et l'empereur Napoléon 1er ne disait pas autre chose : "Lorsqu'un gouvernement est dépendant des banquiers pour l'argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrôlent la situation, puisque la main qui donne est au dessus de la main qui reçoit. (...) L'argent n'a pas de patrie; les financiers n'ont pas de patriotisme et n'ont pas de décence; leur unique objectif est le gain."

10 - La mort programmée du Dieu-Dollar et l'immoralité des nouveaux "barons voleurs"

Qui peut croire qu'une frêle digue de papier imprimé de 800 milliards par-ci et de quelques autres centaines de milliards par-là résistera à l'avalanche de dettes et de déficits accumulés par la gloutonnerie des financiers face aux gains espérés dans les jeux du grand casino des produits dérivés et dont le fonctionnement n'a nullement été réformé et assaini? Qui peut croire que les fourmis des banques centrales asiatiques vont sagement et éternellement poursuivre leurs achats de bons du Trésor émis par les voraces termites états-uniennes? Qui peut croire qu'elles continueront à faire confiance à une monnaie dévaluée et à financer les crédits des particuliers et des entreprises aux USA au détriment des intérêts de leurs propres citoyens?

D'ailleurs la Chine pourrait d'ores et déjà provoquer la chute du dollar ainsi que la mise en faillite des Etats-Unis en mettant sur le marché les gigantesques réserves de bons du Trésor, que ceux-ci sont bien incapables de rembourser. Mais comme cette opération l'appauvrirait elle aussi, tout en ruinant au passage l'Union européenne, le Japon, les Etats pétroliers, la Russie et tous ceux qui, la mondialisation aidant, ont accumulé cette monnaie qui brûle aujourd'hui les doigts de ses détenteurs, chacun essaie de s'en débarrasser en douceur et en tentant de l'échanger en catimini et progressivement contre des biens réels.

L'avenir du dollar est donc l'hyper inflation ou la banqueroute.

a

- Né dans l'immoralité d'un complot de banquiers en 1909 dans le si symbolique îlôt Jekyll,

Voir : Aux sources de la puissance de l'empire : La conspiration de l'Ile Jekyll

- imposé à l'Etat fédéral américain, à ses citoyens, puis au monde entier d'une manière perverse et roublarde durant la nuit du 23 décembre 1913 par ces mêmes banquiers,

Voir: Aux sources de l'escroquerie de la Réserve Fédérale - Le machiavélisme des hécatonchires* de la finance internationale

- perfectionné par la décision du Président Nixon du 15 août 1985,

Voir : Voyage circummonétaire à la recherche du Roi Dollar et découverte de la caverne d'Ali-Baba

le règne sans partage du Dieu-Dollar touche à sa fin. Le système, secoué par moult soubresauts et crises durant près d'un siècle, agonise dans l'immoralité de boursicoteurs voraces, de casinotiers de la finance et d'escrocs en tous genres. Les nouveaux barons-voleurs sont à la manoeuvre depuis la naissance de cette "monnaie de singe" et la déroute boursière actuelle est leur oeuvre. Leur destin rejoint symboliquement celui du héros de Robert Louis Stevenson dans son roman L'étrange cas du Dr Jekyll et de Mister Hyde. Après avoir voulu se faire passer pour de bons Dr Jekyll, philanthropes admirés par l'univers entier, ils révèlent leur véritable nature qui est celle de redoutables Mr Hide . Comme dans le roman de Stevenson, Mr Hide a tué le Dr Jekyll et le Mal a triomphé, pour reprendre la terminologie du XIXe siècle .

Or, en politique, la morale rejoint l'efficacité, car aucune société, aucune politique ne peuvent se passer d'éthique. En effet, le sentiment d'équité est le fondement et le ciment de la cohésion des sociétés humaines. Il est si primordial et si ancien que les éthologues l'ont observé également chez les chimpanzés ou les singes capucins. De récentes expériences réalisées sur un groupe de chiens ont montré qu'il existe même chez les chiens, qui manifestent leur mauvaise humeur en refusant de répéter des mouvements lorsqu'ils s'aperçoivent qu'ils sont inéquitablement récompensés en cas de réussite.

Comment, dans ces conditions, imaginer que la société née de l'idéologie de la mondialisation, dont la mise en place a été accélérée par le remplacement des ouvriers par des machines et qui se traduit, en fin de parcours, par l'appropriation, par un tout petit groupe de privilégiés placés aux commandes du système global, de la quasi totalité des bénéfices de la croissance, puisse durablement fonctionner?

Voir : Le culte du Veau d'Or et la Mondialisation

Imposée au monde par les Etats-Unis après la mort du communisme, cette idéologie est elle aussi à l'agonie.

Après les crises qu'ils ont provoquées en 1893, en 1907, en 1929, les nouveaux barons-voleurs rebaptisés banksters - banquiers-gangsters - sont en passe de tuer la poule aux oeufs d'or. Telle la statue de Saddam Hussein descellée de son socle et flagellée à coups de chaussures par des Irakiens qui espéraient avoir été libérés de la férule d'un dictateur, aujourd'hui, c'est à la dictature des financiers internationaux que les peuples sont soumis sur la planète entière et c'est au grand ordonnateur de la religion du Dieu-Dollar que le monde réserve aujourd'hui ses quolibets, ses insultes et ses savates par le truchement symbolique d'un courageux journaliste irakien.

11 - Apologue

Pour ce qui est du modus operandi par lequel le Dieu-Dollar rendra l'âme, je laisse la parole au grand prophète Dino Buzzati, spécialiste de la destruction de toutes les Balivernas qui furent un jour orgueilleusement édifiées sur la planète et dont l'écroulement répond toujours peu ou prou au même scénario .

*

"... Je grimpai sans difficulté quelques mètres le long de l'encadrement d'un grand portail muré désormais. Parvenu sur la partie supérieure, je voulus m'agripper de la main droite à une sorte d'étoile de fer toute rouillée, taillée en lance, qui protégeait une petite niche.

(...) Ce fer bien en main, je voulus grimper encore. Mais la lance céda, se brisant d'un coup. Je n'étais encore, par chance, qu'à quelques mètres du sol. Je tentai inutilement de me retenir de l'autre main, perdis l'équilibre, sautai dans le vide et me retrouvai sur mes pieds sans grand dommage, malgré le choc assez rude. Et la lance brisée me suivit.

Presque au même instant, derrière la lance en fer, une autre se détacha, plus longue, qui grimpait verticalement du centre de l'étoile jusqu'à une sorte de console. C'était sans doute un support placé là en guise de rafistolage. Tout appui lui manquant soudain, la console céda à son tour - figurez-vous une dalle de pierre large comme trois briques - mais toutefois sans tomber: elle demeura en équilibre, à moitié descellée.

(...) La console soutenait un poteau d'environ un mètre cinquante, qui servait à son tour à étançonner une espèce de balcon. (...) Le poteau avait tout simplement été encastré entre les deux saillies, sans être fixé au mur. Deux ou trois secondes après que la console se fut déplacée, le poteau se plia vers l'extérieur (...). Il plongea à terre.

(...) Et soudain mon cousin se mit à hurler: "Mon Dieu, regarde! regarde!"

Je me retournai. Au-dessus du balcon, mais un peu plus sur la droite, la muraille, compacte et régulière en cet endroit, se gonflait brusquement. (...) Un bref frémissement se mit à courir d'abord tout au long de la paroi; puis une longue protubérance apparut; puis les pierres se disjoignirent, découvrant leurs assises pourries, et une crevasse ténébreuse s'ouvrit, béante, sous les éboulements poussiéreux. (...) Un grondement lugubre s'élevait pendant ce temps des profondeurs de l'édifice.

(...) Alors, la masse entière du bâtiment, y compris les murailles de l'autre côté de la cour intérieure, tout se mit lentement en mouvement, entraîné dans une irrésistible ruine.

Un terrible grondement, semblable à celui de bombes et de bombes lâchées par des centaines d'avions libérateurs, la terre qui tremblait, un nuage de poussière jaunâtre recouvrant rapidement cet immense sépulcre."

Dino Buzatti, L'Ecroulement de la Baliverna, (traduction de l'italien par Michel Breitman) -

*

(Note1) : Je renvoie à l'excellente étude d'un spécialiste des Picrocholiens. Son analyse du grand ancêtre, Picrochole 1er, qui s'est illustré dans la célèbre "Guerre des fouaces", fait autorité. J'en donne ci-dessous un extrait et je renvoie le lecteur à l'étude complète :"Dans Gargantua, la guerre permet de mettre sur pied un massacre universel, c'est-à-dire un chaos absolu, providentiel et gigantal, en vue d'une démiurgie nouvelle. (...) Les armées de Picrochole, envahissant les terres de Grandgousier, passent " sans épargner ni pauvre, ni riche, ni lieu sacré, ni profane .(...) C'était un désastre incomparable qu'ils faisaient. " (...)

Manuel de Diéguez , Rabelais, Encyclopaedia Universalis, t.XIII

(Voir : geocities.com

(Il s'agit bien là de la description prémonitoire et parfaitement exacte du fameux "Chaos créateur" censé produire le non moins célèbre "Nouvel Ordre Mondial") .

Note 2 : Le document original de l'accusation (en anglais)

news.lp.findlaw.com

L'ordre du juge fédéral de bloquer les avoirs et les comptes de Bernard Madoff (en anglais)

madoff.com

Note 3 : L'article 308 de la Loi Sarbanes-Oxley permet d'indemniser les victimes des infractions à la Loi sur les valeurs mobilières au moyen du Federal Account for Investor Restitution (FAIR Fund). Ce fonds sert à retourner aux épargnants les sommes récupérées avec les pénalités civiles dans les dossiers de restitution de sommes détournées (disgorgement). La décision d'imposer une pénalité administrative ainsi que le montant exigé sont fixés par la cour. Les détails des recommandations sont disponibles à l'adresse suivante : ( sec.gov).

Aline de Diéguez
29 décembre 2008
pagesperso-orange.fr