La France et sa justice

2 min

Puissent les fêtes religieuses de fin d'année se révéler propices à une maturation de la réflexion républicaine sur les relations que le peuple français entretient avec sa propre souveraineté, celle dont sa justice est devenue le royaume depuis 1789. Pour la première fois, une vive tension est apparue au grand jour entre les Parquets et la justice civile. Mais dans l'affaire Filippis, le débarquement public du Président de la Cour d'appel et du Président du Tribunal de Paris sur les terres du Ministère public a laissé de marbre la Chancellerie et le Parquet général.

Dans le même temps, l'Etat s'opposait à la libération d'un jeune couple accusé d'un exploit extraordinaire : ces grands spécialistes de l'ubiquité démoniaque du terrorisme auraient endommagé des caténaires sous haute tension en divers lieux du territoire national, et cela simultanément. Les Français découvraient avec stupeur qu'à l'instar de la police d'Ancien Régime, celle de la République usait de lettres de cachet.

Afin de ne pas sembler passer outre à ces événements, je remets à l'année prochaine la suite de mes spectrographies anthropologiques du politique. Mon analyse de la semaine dernière, qui observait l'étatisation rampante des tribunaux de première instance et des cours d'appel de province au profit des corporatismes locaux, se place à point nommé au cœur du débat sur la marginalisation accélérée du droit civil au profit de l'autocratie des Parquets. Les démocraties modernes retirent peu à peu la justice d'entre les mains des peuples. Les Républiques rigidifiées par leur combat contre la médiocrité parlementaire se trouvent menacées d'un côté par un nouveau despotisme d'Etat, de l'autre par une décentralisation d'esprit corporatiste.

La politologie française saura-t-elle diagnostiquer la pathologie nouvelle qui guette la nation ?

Manuel De diéguez
le 22 décembre 2008