081220 13 min

La guerre symbolique

Tels des gens du moyen-âge dépassés contrariés et énervés par les concepts nouvellement défrichés, les gens de pouvoir se sont alarmés contre un ennemi invisible décrit par « les réseaux ». Le fait que les peuples puissent s'unir via les moyens de communication révolutionnaires aura été traduit et compris comme une menace fantôme de groupuscules terroristes sans queue ni tête, c'est à dire en fait « sans raison ni chef ».

Pour eux les terroristes sont tous ceux qui peuvent coordonner et ordonner leur action dans une lutte contre une injustice, à ceci prêt qu'ils ne leur accordent même pas que ce contre quoi ils se battent sont des injustices, pour eux, ils ne sont que la manifestation d'une haine sans but.

Ce tableau est facile à faire passer par les médias et facile à comprendre par la masse, à qui est envoyé le message évident et impossible à contredire selon lequel, si vous n'êtes pas « terroriste », vous n'avez rien à vous reprocher.

Et une fois déblayé le terrain du débat contradictoire, la gangrène peut se développer : peu à peu, par petites touches, on fini par appeler « terroriste » non pas ceux qui commettent des attentats criminels, mais par y affilier ceux qui « pensent » à le faire, et ensuite, ceux qui utilisent leurs méthodes d'organisation, ou lisent les mêmes livres qu'eux, utilisent les mêmes mots.

C'est ainsi que sont apparus comme « terroristes », finalement, des associations de soutien à d'autres organisations, des journaux et journalistes à contre-courant politique (qui se résume par la gloire au capitalisme), et récemment les « anarcho-autonomes » : des micro-réseaux sociaux comme des petites associations ou réunions de travailleurs agacés par leurs conditions de travail, et qui cherchent à faire connaître et à exprimer les raisons de leurs angoisses.

- Et du coup la principale arme est la propagande, et du coup le principal terrain de guerre est celui des idées. Qu'il en soit ainsi !

Le bazooka le plus puissant sur le terrain des idées est l'usage de la symbolique.
Il faudrait trouver une étude sur l'effet de la symbolique dans le cerveau, provenant de ce que la publicité a enseigné, pour confirmer que son intérêt consiste à passer les barrières du sens critique et s'infiltrer profondément jusque dans la programmation des comportements.

Le seul fait, tant que ce n'est pas usé, de qualifier les uns de « terroristes » suffit à constituer l'explication et la raison sur laquelle se fonde l'explication, du rejet des tenants et aboutissants d'une pensée.

Aujourd'hui j'ai vu apparaître le terme de « guerre irrégulière », comme un nouveau moyen de nommer ce contre quoi les puissants se battent, c'est à dire tout ce qui peut les rendre moins puissants ; et dans le but de réarmer le terme de « terroriste », étant donné que celui-ci vient tout juste de tomber en désuétude à cause de la chaussure lancée sur Bush en guise de réponse à son discours d'adieux.

Ce moment précis est très important car on peut voir à quel point ils sont conscients de la stratégie de la guerre symbolique.

En effet, dès le jet de chaussure, les journaux officiels n'ont pu s'empêcher de relayer l'événement, pour son côté comique nerveux, mais toutefois sans avoir l'autorisation officielle de l'approuver. Et dès lors le lanceur de chaussures à été qualifié de « terroriste », et les journaux titraient, enfin étaient obligés de titrer, dans un moment de folle gloire : « Attentat terroriste à la chaussure ».
Et forcément c''était suivi d'un rire.

Cela était très parlant de la déviance qu'a connu le terme d'attentat, à une époque où le simple fait de jeter des fleurs ou des faux billets par une fenêtre dans un jeu de Comedia, pouvait être qualifié d'attentat et de soutient au terrorisme.

Mais soudain l'histoire a prit un tournant extraordinaire grâce à ce sublime héros.

Soudain c'est tout le discours sur le terrorisme qui en a pâti. (Et aussitôt le terme de guerre irrégulière est apparu en renfort).
Peu avant, des attentats ont éclaté à Bombay, dit plutôt Mumbai, et l'opinion publique était déjà sur les starting-blocs prêts à s'interroger sur la vraie nature des attentats terroristes en général, où le plus souvent on suspecte très fortement les américains, par des voies plus ou moins directes, de les déclencher, dans le but d'appuyer le fondement de leur argumentation.

Le seul fait d'avoir ce doute et que ce doute soit grandissant constitue le principal ennemi de leur stratégie, et à partir d'un certain moment leurs actes ont l'effet inverse de celui qui est recherché ; et soudain quand on nomme « terroriste » le gars qui lance une chaussure, alors soudain pour beaucoup de monde tout s'éclaire subitement.

- C'est intéressant aussi d'étudier le tréfonds de ce qui est plus ou moins direct dans la responsabilité d'un événement dramatique, constitué par une riposte criminelle.
Car en forçant l'opinion publique à aller fouiller dans les imbrications de niveaux de responsabilité, plutôt qu'en n'ayant à se contenter que d'explications simples, on entraîne son esprit à être attentif aux raisons et aux fondement des actes.

J'ai dit que les terroristes étaient qualifiés de criminels gratuits qui agissaient uniquement par haine et de façon indiscriminée.

Ce seul énoncé devrait être suffisant à dénoncer le mensonge et la berlue qui en est à l'origine, car rien ne peut être sans raison dans ce monde, et même mieux, les raisons peuvent souvent s'additionner.

Quand on s'interroge sur le niveau de responsabilité plus ou moins direct dans un attentat de ceux qui le dénoncent, on touche à un point très sensible. Soit le niveau est direct, auquel cas on peut accuser directement untel de crime ; mais alors le coup porté à la crédibilité est immense.
Avec un niveau d'imbrication qui sert de paravent, on peut parler de conspiration ou de double-jeu.
Avec deux niveaux d'imbrication, on peut parler de soudoiement, comme les fois où il a été question de motiver des jeunes sans cerveaux à commettre des crimes pour ensuite pouvoir les arrêter et ensuite les présenter comme étant des preuves indubitables sur les fondements de la crainte du terrorisme, qui comme chacun le sait à force, n'était qu'un argument pour contrôler les ressources minières de certains pays.

Aujourd'hui il est presque possible de se passer de cet attirail guerrier propagandiste, tant à force de violence il devient possible de proclamer combien il est important que les états-unis a un rôle à jouer dans le monde, et tant qu'à faire que cela doit prendre forme de « police du monde », de contrôle des flux de marchandise, de police du capitalisme.

En fait les motifs d'origine qu'étaient les différentes sortes de terrorismes et de craintes obscures ont servi de marche-pieds à la mise en place dans les cerveaux de l'acceptation de voir un pays tout-puissant responsable physiquement de la bonne marche du monde.

Mais en réalité, si j'ai qualifié de « physique » le niveau officiel de responsabilité des pays puissants dans le monde c'était pour mieux rebondir sur leur responsabilité morale, qui elle reste occultée autant que possible par les louanges qui peuvent découler de la première.

Car si on va chercher dans un grand nombre de niveaux d'imbrication dans la responsabilité des états puissants dans l'apparition d'attentats terroristes, et de rébellions populaires, soudain là aussi tout pourra paraître plus clair au lecteur :

Quand un pays se comporte de façon coloniale, quand un système auto-déclaré « démocratique » consiste à choisir toutes les huit années qui sera le nouveau maître totalitaire de la société toute entière, (huit années car deux fois 4, étant donné qu'une fois la puissance des moyens de communication acquise, seule la constitution oblige à ce qu'ils ne se représentent pas à nouveau) quand une crise économique est organisée dans un but lucratif pour la plus petite minorité de la population, et qu'un milliard sur six de la population terrestre souffre de famine, comment ne pas s'interroger sur la légitimité des révoltes ?

- Des hauts et des débats

La guerre est symbolique comme le foot est symbolique de la guerre.

Quand un joueur marque un but, soudain la masse est contente pour la force mentale de son pays, et cette joie est presque communicative à ceux qui n'en n'ont rien à foutre du foot.

Quand un gars vient sur un plateau de télévision pour se faire l'avocat des puissants et des pays riches, il le fait en tant que professionnel du barreau des médias en utilisant des injonctions d'ordre grégaires afin de « descendre » son adversaire sur le plan de ce qui peut désunir les groupes constitués... comme si on était au collège.

Il leur suffit de commencer n'importe quelle phrase par « les gens comme vous » et de se faire victime en étant interrompu avant la fin de sa phrase, qui n'a aucune importance.

Dans ce cas le calibre du bolide mental envoyé dans les esprit est suffisant pour percuter des réflexes déjà prêts à y répondre, faisant de ce « faisant » un cordial ami de lutte, et acceptant au passage, par la voie de l'approbation rétroactive, toute sa saleté de discours de défense des plus forts.

Beaucoup considèrent la masse des peuples comme du bétail à qui il suffit d'appliquer ces méthodes de manipulation pour pouvoir les calmer et les maîtriser, et dans leur maladie, qui consiste à n'avoir subit que brimade à l'émission de la moindre analyse critique personnelle (forcément maladroite à un niveau élémentaire), beaucoup de gens ont le masochisme d'en redemander.
C'est ceux-là que je nomme « les gens de droite » (la partie droite du cerveau quand on est en face de lui).

Les autres sont ceux qui cherchent dans l'autre partie de leur cerveau un moyen de lutter contre la première, dans une sorte d'intériorité mentale qui donne naissance à un discours embrouillé et hésitant.

Concernant la crise économique, qui fait partie intégrante du motif de la guerre symbolique, nous pouvons également observer le même genre de dégénérescence (de déviance) du sens qu'avec l'argument catégorique et stimulant du terrorisme.

En premier il s'était agit de nier toute crise économique et de déclarer autant que possible « mais non, il n'y a pas de crise ». Ce qui est vrai uniquement dans la phrase « il n'y a pas de crise dans le discours officiel ».

Puis devant la beauté des chiffres il a bien fallu apporter des explications, des justifications.
Alors on a entendu au début de l'automne 2008 « il y a effectivement une crise de confiance, mais elle n'est pas justifiée, et c'est pas pour autant qu'on va tomber en récession, il ne faut pas déconner non plus ».

Alors, Sarkozy le premier de tous, a lancé le mot « confiance », « rétablir la confiance », comme si tout ne tenait qu'à la confiance, un terme psychologique et immatériel, qui serait venu empoisonner l'économie physique et causer la misère du monde.

Dans le même temps il s'est agit de dégoter quelques volontaires pour stigmatiser les délires du capitalisme, qui ont pu ainsi se transférer en « agissement inconsidérés »... de la part de quelques traders qui étaient de mauvais professionnels (mai 2008).

Puis on en a trouvé des plus méchants, qui avaient plus ou moins sciemment causé des graves pertes à de nobles institutions financières, qui sont en fait des sociétés à but lucratif responsables de la bonne marche du monde, donc emplis d'un sens indélogeable de la responsabilité, et impossibles à contredire.

Alors on n'a pas hésité à renflouer ces institutions néocordiales à hauteur de tout ce dont elles avaient besoin, sous forme de donations démesurées, qui ensuite seraient remboursées sous forme de bons au trésor, sur lesquels ils se paieraient à eux-mêmes des intérêts, qui comme d'habitude finissent toujours par dépasser largement les sommes initiales.

Là franchement avec ça si vous ne reprenez pas « confiance » alors qu'est-ce qu'il vous faut ?
L'observateur attentif lui, pourra observer que l'instrument du capitalisme qu'est la prise d'intérêts à tout va fini par être retourné contre les institutions financières elles-mêmes, ce qui est logique puisque officiellement « c'est bien » de faire comme ça.

A ceci près que cet argent, créé ex-nihilo :
1)se situe dans la colonne du débit de l'état, et donc provient de l'argent du contribuable ;
2)par contre quand les gens meurent de faim alors on préfère faire appel à la solidarité nationale régie non par l'état, mais par les particuliers directement et au bon-vouloir de leur bon coeur... alors que c'était sensé être ça « un état ».

Ni les problèmes écologiques découlant des industries qui vendent de la pollution à des populations obligées de les accepter, ni les famines et les guerres, ni la médecine ou l'éducation n'auront droit à un tel traitement de faveur. Au contraires tous doivent en payer le prix.

L'idée est qu'en soignant les riches et les puissants, est que par un système de débordement comme dans les fontaines à plusieurs étages, ça finira forcément par revenir aux populations !

Puis enfin, il se trouve que les entrepreneurs se voient quand même malgré tout ça refuser leurs prêts pour pouvoir investir et se développer.

Le chômage va en augmentant, la grogne commence à monter et certains pays sont en faillite ou en rébellion, et ça fini par se savoir, et surtout à être très soutenu moralement, malgré la retenue de la presse officielle sur ces sujets.

Et alors, à la fin de cette année apparaît le nouvel argumentaire pour faire passer la pilule.
Il faut dire que tout le sens de la politique est l'art du discours et de la rhétorique. La politique est née du dialogue, et au cours de son évolution a eu tendance à devenir une rhétorique de masse sur le champ de bataille d'une guerre symbolique chronique. Je les voit comme prêts à n'importe quel argument pourvu qu'ils aient l'air d'avoir raison et qu'ils en sortent grandis, quelle que soient les conditions ou la réalité de ce monde.

Ainsi on va dire aux peuples : « tenez-vous bien, si bien sûr vous n'avez rien à vous reprochez du côté terrorisme et critique de l'état, il n'en reste pas moins qu'il va vous falloir serrer la ceinture ».

On entend « Avec la crise économique qu'il y a actuellement, vous devez accepter des emplois dégradants et pour lesquels vous êtes inadapté ».

On connaît un peu la genèse de la crise économique, qui en gros consiste en une aspiration des richesses par les plus riches, on se doute que c'est dû à leur crainte grandissante du futur générée par leurs propres agissements mais sans qu'ils ne soient capables de l'admettre, et pourtant on va dire aux peuples « vous savez, il y a des hauts et des bas, le système économique est comme ça, c'est la vie ».

L'arme de guerre idéologique est ainsi placé dans une espèce de science du symbolique, de scientologie, presque d'ésotérisme, qui consiste à faire valoir une des causes les lus maîtresses de la topologie des systèmes, qu'est la sinusoïde.

La fonction sinus est élémentaire de toute chose, c'est la fonction la plus englobante de l'univers, on peut même considérer que la fonction Dieu peut se traduire par une sinusoïde intelligente multi-fréquences.
Toutes les ondes, et toute matière qui est faite d'ondes, alors pourtant que toute onde doit s'appuyer sur une matière, et tout ce qui a été généré dans le Cosmos provient d'une quantité infinie de longueurs d'ondes différentes agglutinées et agencées entre elles pour créer des composés par une alchimie magnifique.

Alors vouloir remettre en cause le système économique sous prétexte qu'il va à la baisse, alors même que ce ne peut qu'être prometteur d'un avenir brillant, logiquement consécutive et en rapport direct avec cette baisse, est pratiquement conçu par les puissants comme une provocation à leur intelligence.

Et moi je dis, oui bien sûr l'avenir qui sera la réverbération de ce moment de l'histoire sera brillant et lumineux : dès lors que ce système ce sera enfin effondré.
Bien sûr que oui, que les cycles commencent et se terminent en conscience des mêmes causes. Seulement la sinusoïde dont nous parlons présentement est d'une longueur d'onde autrement plus vaste et étendue que le simple profit que vous nous faites miroiter.

8119