La France et sa justice

2 articles 31 min
1 - La solitude du peuple de la justice
2 - Un peuple d'enfants
3 - De la rétroactivité des châtiments
4 - La décentralisation administrative et le retour de la provincialisation de la justice
5 - La République des notables
6 - Les lettres de cachet de la République
7 - De l'exécution des jugements
8 - Le juge de l'exécution des jugements
9 - La France actuelle et les lois de Vichy
10- Ce que la France doit au Canard enchaîné
11 - La justice française et la citoyenneté de demain
12 - Une psychanalyse anthropologique du "Dieu de justice"
13 - Les derniers secrets de notre royauté et de notre servitude

1 - La solitude du peuple de la justice

- De tous les peuples de la terre, nous sommes sans doute celui dont les relations avec sa justice sont les plus intimement liées à son histoire, donc à son identité nationale. Certes, le principe d'équité est tellement fondateur de l'ordre politique et de l'esprit civique que les autres nations ressemblent encore à celles de nos ancêtres par les origines religieuses qu'elles persévèrent à attribuer à leur appareil judiciaire. Mais, nous aussi, nous avons commencé par rattacher le sceptre de nos lois aux prérogatives et apanages d'un créateur mythique de l'univers, nous aussi, nous accordions à nos rois la charge honorifique de nous représenter dignement devant un personnage cérébral tout puissant, nous aussi, nous avions posé sur la tête de nos monarques la couronne qui reliait nos travaux et nos jours à la tiare d'un souverain du cosmos.

Mais le pouvoir de rendre la justice est demeuré tellement lié à celui d'un roi des nues dans l'esprit de nos congénères que nous avons dû fonder notre République sur un coup d'Etat théologique. Nous avons donc déclaré que nos tribunaux rendraient désormais leurs verdicts au seul nom de notre peuple. C'est donc au prix d'un sacrilège inouï pour l'époque que nous avons conquis un pouvoir autrefois exclusivement réservé au sacré; mais nous n'avons pas encore intériorisé les responsabilités nouvelles auxquelles l'audace de nos pères nous a appelés. C'est pourquoi nous tardons à entrer dans la peau des juges que nous sommes tous devenus; c'est pourquoi nous hésitons à nous compénétrer de l'esprit qui inspire désormais notre plus haute citoyenneté, celle de prononcer en souverains la parole de justice à la place de notre Créateur, alors même qu'il s'en était tellement mal acquitté que nous avons dû le démettre de ses fonctions et le remplacer avec les moyens du bord.

Faut-il attribuer au passé commun à notre cerveau actuel et à celui du reste de l'humanité d'aujourd'hui notre peu d'étonnement au spectacle de notre vénération récente et imméritée pour notre justice contrefaite? Notre culte pour elle demeure inné, alors que nous la voyons errer et s'égarer ici bas ; et nos connivences sont demeurées ridiculement vivaces avec l'infaillibilité, l'immutabilité, l'omnipotence et l'omniscience de Jupiter. Bien plus : nos juges en robe noire tirent toute leur majesté et leur mystère du roi du cosmos que nos ancêtres avaient installé dans leur tête et auquel nous avons succédé au pied levé. Mais nous nous distinguons de toutes les autres peuplades qui trottinent sur notre globe en ce que nous seuls éprouvons mille embarras à gérer la tiare, la massue et la foudre que nous avons ravie au législateur suprême devant lequel se prosternaient nos aïeux. Comment chargerons-nous désormais nos tribunaux de se montrer les héritiers respectables d'un acteur que nous avons perdu en chemin?

Réduits à nous-mêmes sur un astéroïde où nos hordes, peuplades et tribus s'agenouillent devant leurs songes ancestraux, nous chargeons des juges orphelins de leur maître d'autrefois de remplacer tambour battant le despote vieilli sous le harnais que nous avons roué de coups et exécuté sur notre saint échafaud des droits de l'homme. Comment se fait-il que nous ne soyons pas pleinement devenus la nation des Prométhée du droit et de la loi?

En vérité, le glorieux exploit de notre Révolution a chargé nos épaules d'un si lourd fardeau que nous ne savons à quelle école des Crusoé du cosmos nous sommes devenus les juges de notre justice, à quels maîtres confier la formation de nos juges, sous quelle férule nous allons les placer, à quelle discipline nous plierons leur raison, à quels commandements nous soumettrons leur entendement, à quelles prescriptions nous ficellerons leur encéphale afin de leur forger un esprit de justice plus civilisé que celui de notre Dieu mort.

2 - Un peuple d'enfants

- Notre plus grand embarras résulte des obstacles que nous rencontrons pour dresser l'inventaire des biens que le défunt nous a légués; car notre rébellion nous a précisément dressés contre la justice bornée et barbare à laquelle notre ciel prétendait nous soumettre. Ce fut donc au nom d'une justice un peu plus haute, plus digne et plus sage que celle de la divinité que nous l'avons portée en terre sans fleurs ni couronne. Mais maintenant, nous suons sang et eau à prendre le relais de ses verdicts mal assurés. Certes, nous nous prenons pour le nouveau peuple élu, celui de l'incarnation de la justice du monde ; mais que vaut notre vocation de missionnaires, de messagers ou seulement de porte-drapeaux des droits de l'humanité si nous demeurons flottants et perplexe devant l'espèce de justice que nous nous sommes mis sur les bras? Certes, nous l'avons arrachée des mains du monstre qui nous faisait rôtir éternellement sous la terre ou périr d'ennui dans son paradis d'immortels émasculés. Mais nous ne savons sur quel pied faire danser la justice qui se tortille maintenant devant les tribunaux et les juges de confection que nous nous sommes donnés.

D'un côté, nous n'avons pas tiré le meilleur parti de la décapitation du maître dont notre férocité originelle s'était affublée dans les nues et dont la sauvagerie n'était qu'un pâle décalque de la nôtre. Et pourtant, nous perpétuons à l'égard de nos juges devenus tout humains les signes de la servilité révérentielle que nous avons héritée des millénaires de nos dévotions et de nos génuflexions. Mais, dans le même temps, nous sommes demeurés un peuple d'ignorants du droit et des lois qui nous régissent. C'est que nous portons les stigmates que le passé de notre droit pénal a gravés au fer rouge dans nos chairs, de sorte que notre presse ne porte son attention qu'aux dramaturgies sanglantes dont nos cours d'assise déroulent les péripéties.

Comment le goût du tragique qui caractère notre esprit public ne serait-il pas devenu atavique et congénital à l'identité de notre nation, puisque, de génération en génération, la justice d'un Dieu des tortionnaires s'est associée au glaive sans pitié de nos Etats, de sorte que nos prétoires étaient devenue l'arène naturelle des châtiments féroces que nous infligions aux meurtriers et dont le principal était de leur couper la gorge. Notre justice est née du despotisme de nos théologiens de l'enfer et de nos magistrats des pendaisons, qui se partageaient une seule et même corde, de sorte que nos tribunaux sont les successeurs épuisés et désarçonnés d'une justice dont la légitimité se forgeait sur la double enclume de nos monarchies au couteau entre les dents et de nos dévotions. Il en résulte que notre peuple ignore le droit civil et que notre éducation nationale se garde bien de lui en enseigner les rudiments, alors que la France connaît chaque année plusieurs millions d'affaires civiles. Pourquoi n'intéressent-elles personne, alors que le théâtre de l'arbitraire au quotidien n'est pas d'ordre pénal, mais civil?

3 - De la rétroactivité des châtiments

- Prenez le récent décret du Président de la République qui a privé de leur rang de grand croix de la légion d'honneur les malheureux anciens premiers ministres dont la tête a roulé dans le son moins de deux ans après leur entrée en fonctions. Qui, dans la presse et dans l'opinion a souligné qu'il s'agit d'une violation du principe le plus fondamental du droit privé et public des Etats civilisées, qui interdit la rétroactivité des lois nouvelles si elles se veulent plus sévères que les anciennes? Certes, il s'agissait seulement de priver un rival vaincu de son rang dans un ordre demeuré d'esprit napoléonien, ce qui a entraîné, à titre collatéral, la même sanction inutilement vexatoire à l'égard de deux anciens premiers ministres socialistes.

Mais, encore une fois, il se trouve que quelques journalistes ont dénoncé le fait du prince, parce que notre mémoire collective porte l'empreinte indélébile de la tyrannie monarchique et que d'autres ont dénoncé une République bananière - mais aucun n'a souligné que ce décret ne pouvait reforger le passé de la France et récrire son histoire. Si les Français étaient informés des fondements du droit civil qui régit les Républiques, mille voix auraient rappelé que l'idole barbare avait inauguré son règne par l'invention du péché rétroactif par excellence, de sorte que, de génération en génération, nos ancêtres en payaient les dividendes au tyran imprévisible et fantasque qu'ils avaient installé à la tête du cosmos.

4 - La décentralisation administrative et le retour à la provincialisation de la justice

- Quel est le problème anthropologique de fond que posent à tous les Français les ultimes conséquences de notre révolution politique et philosophique du XVIIIe siècle, celle qui a arraché sa cuirasse théologique à notre justice civile et pénale et les a rendues toutes deux exclusivement humaines? En vérité, ce tremblement de terre a fait entrer l'humanité tout entière, mais à ses risques et périls, dans le règne nouveau de la science du droit qu'appelle une civilisation désormais principalement fondée sur une justice régulatrice des relations que les citoyens entretiennent entre eux.

Au premier abord, cette proposition paraîtra exagérée à mes lecteurs. N'ai-je pas mis sans cesse l'accent sur la nécessité d'initier les peuples démocratiques aux arcanes de la géopolitique, n'ai-je pas répété sans me lasser que les peuples de la liberté privée s'aveuglent sur la scène internationale et que leur ignorance des affaires mondiales les assujettit les yeux fermés à un maître étranger? Serai-je donc traité de sophiste à soutenir maintenant que la lucidité des peuples démocratiques passe par leur apprentissage des arcanes de la justice civile?

Certes, le Dieu mort tenait dans ses mains le sceptre trans-municipal des despotes et des rois; certes, son tribunal était celui de la terreur, parce que le premier pas de la politique se réduit à faire entrer de force l'humanité dans l'enceinte civilisatrice des cités et à discipliner au fouet leur marche en bon ordre dans l'histoire; mais ensuite, qu'arrivera-t-il si l'arbitraire s'insinue en catimini dans le droit civil, qu'arrivera-t-il si les peuples plongés dans l'ignorance voient leur justice au petit pied tomber entre les mains de juges achetés et de procureurs complaisants aux vœux et aux privilèges des oligarchies locales, qu'arrivera-t-il si les citoyens tombent au rang d'otages de la rapacité d'une armée d'avocats et d'une horde d'huissiers ardents à dresser des constats imaginaires à la demande de leurs clients?

Il existe deux formes de la tyrannie, celle du sang et celle de l'anarchie, celle du glaive et celle de l'arbitraire au quotidien, celle qui prend sa source dans le sacré et celle qui tisse ses réseaux d'étranglement dans les platitudes de la vie au jour le jour. Etes-vous maintenant disposés à écouter d'une oreille moins distraite la voix que les verdicts de la justice civile fait entendre dans une science nouvelle, celle de la pesée des civilisations sur la balance de l'Histoire? Dans ce cas, il faut que les Français soient informés de la régression que leur justice civile subit de nos jours, parce qu'une décentralisation administrative précipitée et incohérente reconduit tout droit la République actuelle au provincialisme de la justice de l'Ancien Régime.

5 - La République des notables

- Mais pour vous apprendre à peser les cruelles platitudes de la tyrannie banalisée, il faut que je vous en présente une illustration éloquente, afin que la lumière d'un seul récit suffise à vous éclairer.

Les Français héritiers des cours royales doivent se trouver informés de ce que leurs huissiers de justice jouissent d'une "compétence territoriale", c'est-à-dire d'un monopole qui les autorise à exercer leur profession sur des arpents qui leur sont expressément réservés, afin qu'ils n'entrent pas en collision entre eux sur leurs lopins respectifs. Dans nos villes les plus modestes vous n'en trouverez qu'un seul, tandis que, dans les moyennes, vous en recenserez souvent une paire condamnée à se partager le même gibier.

Supposez maintenant qu'un huissier rapace s'entende avec un quidam du même acabit pour lui rédiger une attestation en bonne due et forme selon laquelle il subirait une nuisance de la part d'un voisin aisé - par exemple, des eaux de pluie passeraient impunément de son pré dans le sien. Ce faux en écritures publiques sera-t-il facile à réfuter ou bien va-t-il prospérer en justice? Car si la victime faisait appel à l'autre huissier de la ville, comment déjouerait-elle la complicité qui mettra nos deux lascars de mèche? Il vaudra donc mieux que vous déposiez plainte au Parquet et que vous vous réendormiez sur vos deux oreilles, puisque le Ministère public se trouve chargé par le législateur de contrôler jour et nuit et d'un œil sévère les huissiers corrompus ou fantasques.

Mais ne croyez pas que vous goûterez un sommeil paisible. Une lettre du Parquet vous réveillera en sursaut. Vous pourrez y lire noir sur blanc que le cas ne regarde en rien le Ministère public, parce qu'aux yeux de l'Etat de droit, il ne s'agit que d'un petit litige privé. "De minimis non curat praetor". Notre citoyen répondra au Ministère public que les officiers ministériels ne sont pas des citoyens ordinaires, mais des serviteurs de l'ordre public, et cela à titre statutaire, de sorte que la responsabilité attachée à leur charge condamne nécessairement l'autorité de la République à se pencher sur des minusculités que l'Etat de droit ne saurait dédaigner. Mais votre logique juridique se heurtera au silence méprisant de l'Etat et de ses grands prêtres, parce qu'en province, la démocratie protège l'honorabilité des notables sur le même modèle qu'elle défendait les privilèges de l'aristocratie sous l'Ancien Régime.

Quel sort attend-il les citoyens français sur les terres de leur monarchie démocratique? Si vous vous adressez à un avocat de l'endroit, non seulement il refusera tout net de se brouiller avec un huissier qui alimente son Cabinet en chicanes, mais il vous écrira: - "Monsieur, apprenez que les avocats ne plaident jamais qu'au civil et qu'ils ne sont donc pas habilités à démontrer un délit au nez et à la barbe d'un Procureur si celui-ci refuse souverainement d'instruire votre plainte, ce qui, certes, le mettra dans l'illégalité; mais ignoreriez-vous que la France est redevenue un pays de droit coutumier, du moins à l'échelle de l'Etat? Sachez en outre que si un avocat peut quelquefois se trouver indirectement engagé dans une procédure pénale - à condition que le Parquet aura consenti à poursuivre le délinquant - il n'en défendra pas moins les seuls intérêts au civil de son client. C'est pourquoi on dira qu'il s'est "porté partie civile", ce qui ne transporte en rien ses compétences sur le terrain du pénal, qui demeure la chasse gardée des Etats.

6 - Les lettres de cachet de la République

- - Mais, s'écrie notre Candide des droits de l'homme, si je ne puis demander même à un ténor du barreau de Paris de venir me défendre pour un pont d'or dans une affaire pénale microscopique au seul motif que l'Etat républicain aura décidé de faire la sourde oreille, vais-je me trouver condamné au civil au motif que je ne me serai pas fait représenter à fonds perdus par un avocat? L'un de vos confrères plaidera-t-il les yeux fermés contre moi au profit d'un client bénéficiaire d'un constat rendu inattaquable par l'arbitraire du Parquet? Une complicité coupable entre le procureur et l'huissier rendra-t-elle l'Etat sourd comme un pot?

- Parfaitement, Monsieur. A rendre invulnérable un huissier, le Parquet de la République vous aura purement et simplement privé de la faculté d'ester efficacement en justice. Mais si vous tenez à vous ruiner en honoraires inutiles, libre à vous. Il ne vous est pas interdit de louer une conscience à grands frais.

- Je vois, Maître, que les Français devraient étudier le droit civil sur les bancs de l'école, parce que l'ignorance est la source de tous leurs malheurs. Mais, dites-moi, si je refuse de payer les dommages et intérêts auxquels j'aurai été injustement condamné et si j'alerte à grands cris le Parquet général, la Chancellerie, le Président de la République et jusqu'à la cour européenne de justice que va-t-il se passer?

- Rien, Monsieur, absolument rien. Certes, le monde entier vient de commémorer le soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l'homme ; certes, de grands éditorialistes commencent d'écrire qu'il appartient aux citoyens de défendre leurs droits, parce que les Etats, même démocratiques, ont d'autres chats à fouetter. Mais, voyez-vous, les Français ne s'intéressent qu'au pénal. Quand le fils du Président de la République emboutit la voiture d'un quidam et prend la fuite, non seulement il sera acquitté aux applaudissements de la salle d'audience, mais la victime se verra condamnée de surcroît pour procédure abusive; quand le chef de l'Etat ordonne à un juge d'instruction d'inculper l'un de ses rivaux terrassés, le peuple français entr'ouvre un œil, parce que l'arbitraire du prince est une vieille connaissance - il y a plus de mille ans que nous avons pris l'habitude de le rencontrer sur notre chemin. Le droit civil, en revanche, nous laisse froids, parce que nous jugeons indigne de notre souveraineté de jeter un regard aux broutilles et que nous nous abaisserions, pensons-nous, à ne pas rivaliser avec la majesté dédaigneuse de nos rois d'autrefois. Voyez ce qui s'est passé avec M. de Filippis, un ancien Directeur de la rédaction de Libération qu'une juge a fait tout récemment mettre cul nu par deux fois et tousser afin d'observer son anus au nom du peuple souverain. Mais du moins la juge appliquait-elle la lettre de la loi dans toute sa méticuleuse idiotie; du moins n'y avait-il pas de faute de procédure, puisque deux siècles après la Révolution de 1789, la stupidité légalisée de l'Ancien Régime est demeurée plus respectable que le citoyen. Voyez l'affaire du suicide de Chantal Sébire, qui demandait au Parquet le droit de mourir. L'Etat pouvait poursuivre au pénal ses proches coupables d'euthanasie assistée. Le Procureur de Dijon n'en a été empêché que parce que l'Etat dit de droit lui a fait impérieusement comprendre que ce serait politiquement inopportun en diable. Mais dans votre cas, mon pauvre Monsieur, le Parquet incarne le nouveau monarque que les Français se sont donné, de sorte que son refus régalien d'instruire votre plainte n'est que la forme nouvelle des Lettres de cachet de la royauté.

7 - De l'exécution des jugements

- - Cher Maître, comment va-t-on exécuter la décision de justice à laquelle je serai donc condamné en l'absence de tout défenseur devant le Tribunal?

- Eh bien, Monsieur, l'huissier fautif fera le tour des banques de la région à vos frais; et il demandera à chacune d'elles si vous y avez ouvert un compte. Les banques lui répondront docilement, mais en violation d'un arrêt de la cour de cassation du 3 mai 2007, qui a rappelé le décret du 13 juillet 1984 selon lequel les huissiers sont tenus de présenter un certificat de vérification ou une ordonnance de taxe exécutoire. Vous remarquerez que les banques de province ignorent superbement cet arrêt; vous remarquerez également qu'il aura fallu qu'un plaideur obstiné allât jusqu'en cassation pour leur rappeler que le décret de 1984 limite l'omnipotence des huissiers; vous remarquerez enfin que cet arrêt de notre Cour suprême est demeuré lettre morte sur tout le territoire national. Votre propre banque s'alliera donc tranquillement avec l'huissier pour vous spolier; et elle tentera même de le payer d'avance et de sa propre autorité. Elle ira jusqu'à bloquer la totalité de vos avoirs, ce qui vous autorisera, en cas de besoin, à demander un déblocage de votre pécule du montant du RMI. A valider aveuglément une demande illégale de l'huissier, votre banque renversera donc la charge de la preuve et vous imposera de prendre l'initiative d'une procédure que la Cour de cassation a expressément imposée à l'huissier demandeur.

8 - Le juge de l'exécution des jugements

- - Mais on m'a dit que je disposais d'un délai d'un mois pour saisir le juge dit "de l'exécution des jugements".

- Mon pauvre Monsieur, ce juge n'est autre que le Président du tribunal qui vous aura condamné dans les conditions arbitraires que le Parquet lui aura imposées! De plus, vous vous trouverez empêché de le saisir pour la bonne raison que vous devrez obligatoirement lui délivrer une assignation par les soins du second huissier territorialement compétent de la ville, lequel refusera non moins impunément que le premier de se soumettre aux devoirs de sa charge et de desservir son confrère de l'endroit.

- Mais je puis porter plainte au Parquet, afin qu'il contraigne l'huissier récalcitrant de s'exécuter.

- Croyez-moi, l'Etat restera aussi muet que devant, ne serait-ce qu'afin de ne pas retirer sa protection à l'autre huissier du for. Et puis, de toutes façons, le Président du Tribunal n'est pas autorisé à revenir sur le jugement qui lui a été imposé par le Parquet.

- Je sais cela. Mais je pourrais du moins tenter d'obtenir du juge de l'exécution une réduction des tarifs abusifs des huissiers.

- Vous n'y êtes pas: aucun d'entre eux ne respecte les montants fixés par la loi, de sorte que ce serait une révolution de redresser leur comptabilité.

- Si je vous comprends bien, je me trouve pris en étau entre deux pouvoirs régaliens aussi puissants et invulnérables l'un que l'autre, celui du Parquet et celui des huissiers; si je vous comprends bien, ces autorités sont bien décidées à s'épauler réciproquement à seule fin de protéger les corporatismes locaux; si je vous comprends bien, les juges de la République ne sont que des bulles de savon.

- Bien sûr, puisque leur avancement dans la carrière dépend de leur notation par les Parquets.

- Et pourtant le Président de la cour d'appel de Paris est intervenu dans la presse et a demandé une enquête sur le traitement subi par M. de Filippis. C'est donc que le juge civil peut passer par-dessus la tête du Procureur et de la Chancellerie, qui avaient nommé le juge d'instruction et qui le couvraient.

- Vous n'y êtes pas : les procureurs couvrent systématiquement les juges d'instruction, comme l'affaire d'Outreau l'a bien démontré. En l'espèce, il s'agit d'un cas extraordinaire, parce que le peuple français s'est tout entier embrasé. Depuis l'affaire Callas ou l'affaire Dreyfus, jamais il n'avait eu les yeux fixés à ce point sur son appareil judiciaire. Mais dites-vous bien que celui-ci est une Eglise et que les Français ont retrouvé l'esprit ecclésial dont ils sont issus ; ils se sentent élus et mandatés aux côtés d'une instance supérieure au temporel. Je vous mets également en garde contre les ruses de l'huissier défaillant : il tentera de masquer la faute professionnelle qu'il commettra de vous refuser la délivrance de l'assignation, et pour cela, il vous demandera benoîtement de vous adresser à un avocat du cru, lequel sera évidemment de mèche avec lui. Naturellement, la présence d'un membre du barreau n'est nullement prévue par la loi dans cette procédure. Ne le regrettez pas, puisque de toutes façons, son intervention, bien que stérile par nature, vous coûterait dix fois plus cher que vous ne gagneriez si, par l'effet d'un miracle judiciaire, le juge civil s'autorisait à ramener les tarifs fantaisistes des huissiers aux normes imposées par la loi.

- Autrement dit, c'est la complicité de ma banque avec l'huissier qui se trouve à l'origine de cet imbroglio ; c'est elle qui me contraint de recourir à une procédure qui pallierait la forfaiture de l'officier ministériel si les corporatismes locaux ne bloquaient toute la procédure prévue par la loi.

- Parfaitement. C'est précisément cette cascade de conséquences dommageables aux citoyens que la Cour de cassation a tenté de leur éviter. Mais la plus haute jurisprudence du pays est inapplicable dans une République que la décentralisation administrative a reconduite à un droit coutumier antérieur au droit écrit des Romains.

- Maître, je vous admire de m'informer de tout cela avec une franchise qui fait honneur au véritable l'esprit de votre profession. Je vais essayer de devenir un meilleur connaisseur des lois de mon pays. Mais qu'est-ce qui vous inspire un si beau souci du droit et de la loi dans une République qui entend bien en ignorer le premier mot?

- Ah Monsieur, ne me remerciez pas, je prends ma retraite dans quinze jours.

9 - La France actuelle et les lois de Vichy

- Revenons à la problématique générale dont vous n'avez sûrement pas perdu de vue le goût de la cohérence qui l'inspire : il s'agissait de savoir si les tyrannies s'enracinent au premier chef dans le mépris pour le droit civil qui nourrit les Etats despotiques ou principalement dans leur dédain à l'égard du droit pénal, alors que les deux types de dictatures rivalisent de zèle à placer les Parquets sous leur autorité directe et en faire les instruments d'un peuple asservi. Quel est l'arbitraire que vous jugerez le pire, celui des Etats contraints d'étaler leur force à tous les regards afin de régner par le spectacle de leurs armes dans les rues ou celui de se donner le luxe de cacher leurs forfaits parce que l'iniquité s'insinuera en silence dans les rouages de la société civile? Pour vous éclairer davantage sur ce point, demandez-vous en tout premier lieu pourquoi le peuple français n'apostrophe pas ses juges et sa justice à pleine voix, à grand bruit et en plein air, alors que notre presse ne paraît pas, pour l'instant, trop rudement enchaînée, de sorte qu'il serait aisé aux rédacteurs de nos quotidiens de renseigner les citoyens du poids écrasant du joug sous lequel une démocratie contrefaite par la décentralisation de l'Etat les a asservis. Pourquoi les journalistes n'informent-ils pas les Français de ce qu'un Etat dans lequel les Parquets ne poursuivent que les délits de leur choix n'est pas une République?

Vous ne comprendrez cette difficulté qu'à consulter les archives de Thémis. Vous y apprendrez que le régime de Vichy avait non seulement interdit toute critique publique des décisions de justice, mais également tout écrit de nature à porter atteinte à la rutilance, à la souveraineté et à la majesté des tribunaux. Pourquoi cela, sinon parce que l'alliance de la justice avec le pouvoir politique trouve sa source dans la majesté du Dieu mort. Or, la loi de resacralisation de la justice républicaine subrepticement promulguée sous l'occupation allemande n'a pas été purement et simplement retirée de l'arsenal des lois pénales de la IVe et de la Ve République, elle est seulement devenue progressivement inapplicable, notamment à la suite de l'intervention énergique et publique d'un Président de la cour de cassation, lequel ne pouvait que se contenter de la proclamer obsolète. Sachez donc que, depuis la Libération, la France ignore qu'en 1945, elle n'avait retrouvé la "Liberté" qu'aux applaudissement tout formels d'un peuple placé sous la tutelle d'une loi de lèse-majesté nullement abolie, puisque les citoyens demeuraient entièrement frustrés du droit de commenter les décisions de leur justice, même les plus iniques et les plus spectaculairement dictées par l'Etat. Or, cette liberté-là a nourri l'œuvre des Rabelais, des Montaigne, des Montesquieu, des Racine, des Molière, des La Fontaine, et au XIXe, les dessins au vitriol de Gavarni. Savez-vous qu'en 1939 encore, l'exécution publique de Weidman avait conduit Colette à traiter les juges français d'assassins à la première page de France Soir?

10 - Ce que la France doit au Canard enchaîné

- Quelle étrange République, n'est-il pas vrai, que celle où les lois placent les Parquets au-dessus des lois ! On comprend qu'un peuple proclamé souverain, mais hébété par sa soumission à une presse bâillonnée par la souveraineté de sa justice ne soit pas près de retrouver ses esprits. Mais, en 1982, les magistrats d'Aix en Provence ayant fait main basse sur des objets de grande valeur placés sous scellés au Greffe du Tribunal de cette ville et le Canard enchaîné, encore lui, ayant révélé un enrichissement de la magistrature locale française aussi discutable, M. Badinter, alors garde des Sceaux s'en était vivement ému à la suite de la plainte contre l'insolent volatile des Raminagrobis et des Bridoison effrontés de province; car non seulement ils réclamaient le silence du peuple français au nom de la loi de lèse-majesté de Vichy au bénéfice de leurs cambriolages et chapardages, mais ils s'étaient mis en tête de poursuivre leur dénonciateur au pénal pour outrage à la magistrature.

La France ne doit donc le retour discret à la liberté d'expression de sa démocratie en matière de justice qu'à la maladresse procédurale d'une association de voleurs et de malfaiteurs en robe noire. Sans les calembredaines bruyantes des juges d'Aix en Provence, jamais les lois de Vichy ne seraient tombées en quenouille. Mais, encore une fois, le peuple de Descartes est loin d'avoir retrouvé toute sa tête. Par bonheur, les Plaideurs de Racine ou le Tartuffe de Molière rappellent aux Français qu'un peuple privé de regard sur sa justice n'est qu'un peuple de serfs, parce que le royaume du droit et de la loi est celui du Dieu décapité, de sorte qu'une nation qui refuse d'assumer l'héritage du souverain de la justice qu'il a porté en terre et qui ne prend pas la responsabilité de peser sa justice sur la balance de l'humanité et d'elle seule se fait l'esclave des Bridoison qui tomberont en grêle et qui se partageront le sceptre de la tyrannie.

11 - La justice française et la citoyenneté de demain

- Quel est l'apprentissage du droit civil qui fera un jour de la France une République ? Nul autre que l'initiation de la démocratie des droits de l'homme aux secrets d'une alliance devenue fondatrice de la citoyenneté moderne, celle qui associera un regard lucide sur la politique nationale à la clarté d'esprit qu'exige désormais la connaissance rationnelle des enjeux dont la scène internationale est devenue le théâtre. Car la justice est tellement le nœud du politique qu'il n'y a pas de peuple qui puisse demeurer libre s'il tombe entre les mains des corporatismes et des chefferies ardents à confisquer ses droits civils. Comment l'Europe saurait-elle seulement qu'elle se trouve placée sous le joug de l'OTAN, comment se verrait-elle occupée par des troupes étrangères six décennies après ses prétendues retrouvailles avec la Liberté si quelques huissiers devenus souverains sur leur lopin montent des procès fictifs et cadenassent impunément l'Etat du seul fait qu'ils auront acheté une charge qui rendra inattaquables leurs faux constats?

C'est cela que Vichy avait compris : faites de la justice locale un bastion de la fraude, faites des tribunaux des forteresses du silence, faites de quelques officiers ministériels des sbires du Parquet et de faux gardiens de l'Etat et vous aurez la recette du despotisme et de l'anarchie réunis, tellement un peuple livré à la petitesse de quelques tyranneaux se trouvera également privé d'armure dans l'arène des nations. On ne fonde pas une démocratie sur un troupeau endormi, on ne construit pas une République sur un cheptel de citoyens muets et sans défense. Dites-moi maintenant si je vous ai convaincus de la pertinence d'un vieil adage qui dit: "Charbonnier est maître chez soi"? Car s'il n'est pas son maître dans sa propre demeure, comment porterait-il sur l'agora la voix de la France?

12 - Une psychanalyse anthropologique du " Dieu de justice "

- Mais n'imaginez pas que la République vous tienne pour quittes, ne rêvez pas que la démocratie aurait cessé de demander des comptes à ses faux témoins. Nous n'aurons rien gagné si nous ne nous livrons à un examen plus cruel encore, celui d'un diagnostic qui nous conduira au décodage de notre condition d'otages de nos propres idéaux. Car enfin, d'où vient notre effroi de regarder notre justice droit dans les yeux ? Pourquoi sommes-nous demeurés si craintifs face à l'appareil du droit et des lois qui devraient faire la fierté de notre démocratie ? Pourquoi la victoire de nos ancêtres sur le trône et l'autel nous laisse-t-elle timides et tremblants ? Pourquoi est-ce bel et bien au grand jour que s'étale notre fausse justice, pourquoi est-ce bel et bien en plein soleil qu'elle présente le spectacle de son autarcie effrontée, pourquoi est-ce bel et bien à la lumière des droits de l'homme que son autocratie parade dans la pourpre et les ors. D'où vient notre réticence à offenser une justice qui humilie la République et qui se fait un jouet de la démocratie, d'où vient la panique d'entrailles qui semble saisir l'Etat lui-même quand son appareil judiciaire le défie?

Souvenons-nous de notre silence atterré et pourtant demeuré respectueux à l'heure où le Conseil supérieur de la magistrature a proclamé blanc comme neige le procureur qui avait soutenu la procédure ahurissante de l'affaire d'Outreau. Comment se fait-il que le peuple français et toute la presse se soient montrés à la fois outrés et soumis, stupéfaits et vassalisés, révoltés et secrètement consentants à leur asservissement? Comment se fait-il que nous n'ayons en rien montré notre stupeur et notre consternation de ce que l'Etat et la Chancellerie eux-mêmes eussent capitulé en rase campagne devant l'omnipotence crûment affichée de la corporation suprême des juges de la République qui se sont aussi souverainement auto-absous que le génocidaire du Déluge, qui s'était pourtant repenti du bout des lèvres d'avoir recouru à la noyade générale de sa créature?

Pour le comprendre, seule une introspection critique, seule une psychanalyse de l'inconscient théologique de notre civilisation courra au secours de notre raison endormie. Car nous ne supportons pas encore notre condition de profanateurs de l'autocratie de feu notre justice divine. Et pourquoi demeurons-nous tout rétifs et transis devant le cadavre de notre Créateur mythique, pourquoi le sceptre du ciel fatigué qui est tombé entre nos mains nous livre-t-il à un malaise mêlé d'angoisse, comme si nous étions des orphelins inexpérimentés et demeurés maladroits de l'idole que nous avons pourtant renversée en raison de son immoralité ? D'un côté, nous prétendons que nous n'avons pas froid aux yeux, d'un côté nous demandons aux prêtres matois de notre fausse justice qu'ils se confessent à haute et intelligible voix devant nos autels nouveaux, ceux de notre liberté, d'un côté, nous demandons qu'ils comparaissent devant nos tribunaux et qu'ils cessent de se retirer dans le temple de leur justice et de s'en faire un asile, alors qu'ils bafouent nos lois sans relâche. Mais d'un autre côté, d'où viennent notre révérence pour leur fausse majesté, et notre mutisme, et notre dévotion refoulée face à leur sacralité empruntée, sinon du fait que notre justice se dédouble au plus secret de nos consciences? A notre tour de nous scinder entre notre autonomie et nos trivialités, entre notre prêtrise et nos compagnonnages, entre notre mystère et nos profanations de matamores de notre platitude!

13 - Les derniers secrets de notre royauté et de notre servitude

- En vérité, la démocratie nous initie à l'ambiguïté du Dieu mort, à la dichotomie de sa politique et de la nôtre, à la scissiparité de notre condition et de la sienne, à la bipolarité d'une historicité humaine qui nous divise à son image. Le sacré nous habite et nous fuit, nous scinde et nous rassemble. Comment exercer un vrai pouvoir à l'égard de nous-mêmes si, pour y parvenir, il nous faut séparer nos deux voix intérieures, celle que prononce la terre et celle qui jaillit de dessous le tabernacle de nos lois? Elles sont faites de main d'homme et pourtant, il nous faut les enraciner dans un absolu. Comment feindre seulement de nous initier au sacré qui fonde toute politique, puisqu'il nous octroie le surplomb d'une vérité sans laquelle nous perdrions l'autorité que nous tentons d'exercer sur la face terrestre de nous-mêmes?

Allons, demandons à la justice qui nous déchire et nous donne notre armure qu'elle fasse de nous des spéléologues sans peur de l'autorité des Etats! Car il n'est pas de pouvoir politique qui ne se donne un levier, pas de puissance humaine qui ne se hausse au-dessus de sa prise, pas de règne qui ne se trouve son élévation de surplomber sa conquête. Mais qu'est-ce que cette mise à distance, cet écart souverain, cet espace qui enfante la conscience, sinon le sacré? Mais alors, le juge se situe au cœur de l'Histoire, parce qu'il occupe la charnière entre le vide et le monde, mais alors son tribunal le retranche de tout le temporel pour faire entendre la voix de la "vérité", mais alors sa magistrature copie la parole d'un ciel censé s'incarner sur la terre.

C'est pourquoi les Français hésitent et tremblent devant des juges devenus à eux-mêmes leurs dieux accablés et glorifiés. C'est cela, l'inconscient qui les fait à la fois paniquer et regarder de haut l'Etat et le monde entier à l'école de leurs magistrats. Mais s'ils sont appelés, eux-aussi, à faire entendre le sacré au cœur de l'histoire laïque, comment se retireraient-ils dans un tabernacle de la République et comment proféreraient-ils à leur tour la parole autonome du sacré démocratique? C'est pourtant de cette autonomie sacrilège de la conscience politique moderne que le citoyen a hérité, c'est de cela qu'il a la charge depuis 1789, c'est de cela qu'il est désormais responsable, c'est cela que les magistrats savent et ignorent, c'est cela, l'inconscient qui leur fait regarder en souverains la France et toute la planète.

C'est pourquoi nous sommes secrètement tentés de tomber en léthargie et de nous décharger sur nos juges du fardeau de notre propre dédoublement entre le législateur et le citoyen. Mais si nous mettons le bât de l'Histoire et de la politique sur les épaules de nos juges, qu'adviendra-t-il de la République? Toute prêtrise n'abuse-t-elle pas des pouvoirs attachés à son sacerdoce, tout devin ne s'enveloppe-t-il pas dans la parure des sorciers? Et voici que l'Etat lui-même rend les armes; voici qu'avec un lâche soulagement, il vous change un procureur en une brebis innocente afin de ne pas profaner la blancheur des magiciens de la liberté!

Mais notre anthropologie critique psychanalyse les sortilèges auxquels le sacré républicain tente de s'exercer. Puissent les cierges qu'allumera la raison de demain faire descendre dans la rue un peuple décidé à percer les derniers secrets de sa royauté et de sa servitude.

Manuel De Diéguez
le 15 décembre 2008
pagesperso-orange.fr


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Puissent les fêtes religieuses de fin d'année se révéler propices à une maturation de la réflexion républicaine sur les relations que le peuple français entretient avec sa propre souveraineté, celle dont sa justice est devenue le royaume depuis 1789. Pour la première fois, une vive tension est apparue au grand jour entre les Parquets et la justice civile. Mais dans l'affaire Filippis, le débarquement public du Président de la Cour d'appel et du Président du Tribunal de Paris sur les terres du Ministère public a laissé de marbre la Chancellerie et le Parquet général.