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La conception des systèmes

Peut-être à cette époque toute fraîchement née de l'ère informatique, qui marque le second tournant de l'humanité après l'invention de l'écriture, n'en sommes nous qu'à des balbutiements romantiques et confus de ce que devrait vraiment être la logistique de l'information.

Par exemple le fait de créer un logiciel progressivement de plus en plus capable de s'auto-alimenter seul, en réduisant l'intervention humaine à ce qu'elle a de plus pure, à savoir le choix libre et sans contrainte, est-il le fait de cette révolution de la logistique de l'information.

On peut dire que ç'en est une émergence macrophysique, car en réalité c'est dans les entrailles de la technique que réside la systémologie qui permet cela.

Quand on conçoit un système, on a bien sûr en tête son émergence, ce qu'on veut en faire et à quoi il va servir, mais cela ne doit rester qu'à un niveau profondément subconscient, et même, carrément s'effacer de notre attention. La conception d'un système se détache quasiment complètement de son but final, puisqu'on s'attarde sur des détours, des articulations, des fonctions reliées à d'autres, au milieu d'un vaste champ d'électronique.

Et c'est déjà à ce niveau qu'il s'agit de garder la tête sur les épaules, comme si on devait travailler à l'aveugle, en tirant une flèche avec un arc commandé par un logiciel relié à un cerveau-moteur, c'est à dire en ne se fiant qu'à la logique et la rigueur de ce qu'on a conçu.

Mais en même temps il y a un côté non mécanique à cette conception (1), que sont les petites rectifications artificielles sans autre logique que l'empirisme, et qui, aussi exaspérantes qu'elles puissent être, ne sont rien de moins que la seule connexion entre le monde de la logique et la réalité.

(1) L'Empirisme n'est pas la Logique, ou l'histoire de l'accessoire utile que sont les sub-systèmes de contention des erreurs inévitables - w41k.info

Disons que si on se contentait de la logique et de la raison seule, si tout devait être théorisable aisément, et ne découler au final que d'une seule et unique loi adaptée au fil des emplacements sur l'arbre de la topologie des systèmes (selon les raisons), si en fait il ne devait y avoir aucune intervention humaine d'utile, ou si la conception des systèmes était le projet d'un autre système informatique, ça c'est ce que j'appelle le nazisme informatique, l'immaculée conception, eh bien (en théorie pure) il n'y aurait aucun lien avec la réalité, peut-être que le système n'aurait aucune raison de se lancer, coincé dans une contradiction parfaitement équilibrée.

A l'inverse, le genre de système comme ce que l'humanité a pu créer par sédimentation culturelle, c'est à dire presque 100% empirique et dénué de logique, à part qu'on peut trouver une morale après-coup dans toute émanation humaine grâce à un aigu sens artistique (que l'humanité a ainsi beaucoup plus développé que le sens technique), eh bien dans ce cas nous obtenons un espèce de buisson touffu dans lequel il est quasiment impossible de se lancer sans s'y perdre, de sorte que lorsqu'on veut apporter des rectifications à ce système brownien, il ne s'agit que d'ajouter de nouvelles couches de contentions aux anciennes qui dépérissent, et qui quand elles disparaissent, rendent les nouveaux systèmes de contention cause de nouveaux déséquilibres.

Cette botanique peut être nommée la loi de la jungle, une plante vit sur une autre mais l'étouffe ce qui donc cause sa perte, et renvoie ensuite des nuées d'insectes sans abris à l'attaque d'autres lieux à coloniser.

Tout cela, c'est de la systémologie, ou enfin la conséquence de la non mentalisation d'un système, et bien sûr toute allusion à des faits impérialistes est très loin de n'être qu'une coïncidence.

- Ainsi on peut noter deux tendances antagoniques dans la conception d'un système, d'une part la volonté de mentalisation, ou de rendre facilement mentalisable par un nouvel ingénieur fraîchement venu, le dessin d'un système, grâce à une sorte d'attrait pour la perfection, qui se traduit par de grands bénéfices puisqu'ainsi on réalise un économie véritable de puissance de calcul en rendant certaines fonctions utilisables par plusieurs processus distincts, et de l'autre on a une tendance à la rock-n-rollisation, où il s'agit de se dire en gros que ça suffit, si on veut obtenir un objet fonctionnel plus rapidement il va bien falloir gaver la machine de données arbitraires, vaguement estimées et puis rectifiées inlassablement.

C'est ce qui se passe quand on arrive en butée d'un système, disons dans toute sa périphérie, on a les couches molles (les couches dures, appelées « ossatures » ou « squelettes » étant au milieu), et si on compare avec la géologie d'une planète habitable (la couche molle étant la terre ferme), ou avec un oeuf (ce sont les mêmes proportions), on voit que la couche de surface doit être très fine par rapport à la couche structurelle, qui elle doit néanmoins être assez simple et relativiste.

Si on n'est plus capables de pénétrer les entrailles d'un système afin, pour une moindre énergie et une moindre modification, d'engendrer les meilleurs effets, alors on peut dire que le système créé est promis à la défaillance, comme c'est le cas pour les systèmes Windows, où si on veut entrer dans les couches profondes, il faudrait investir une énorme quantité d'énergie d'ingénierie.

Ou comme c'est le cas pour le système social humain, sauf que là, on ne peut pas l'abandonner, on est obligés de faire avec et d'y pénétrer quand même.

- C'est ainsi qu'apparaît une des essences de la conception des systèmes qui est la création de prototypes, c'est aussi une fonction psychologique importante puisque toute théorisation n'est qu'une copie perdue d'éléments réels auxquels on peut appliquer des transmutations importantes sans qu'il n'y ait d'effet sur la réalité (2), car si on veut avoir une chance de restructurer favorablement un système défaillant, selon la théorie de base « rien n'est compliqué tout prend du temps », il suffira de créer des bolides autonomes prototypes, où on aura imposé des contraintes arbitraires, une peu comme si on devait résoudre une énigme à la Sherlock Holmes, avant de trouver le noyau qui rend logique ces résultats.

(2) La rétro-ingénierie. w41k.info

Ceci est très important car c'est là que l'histoire de l'humanité se trouve, devant le besoin de pratiquer une rétro-ingénierie des systèmes qui ont été créés sans réelle totipotence, et dont l'homéostasie n'était qu'empirique. On peut même définir cette rétro-ingénierie comme une auto-critique sévère, une puissante remise en question, également nommée « Djihad ».

C'est exactement comme un jardinage, quand on plonge dans des broussailles pour décider quelle branche doit être coupée afin d'aérer convenablement la plante, on a un peu l'esprit embué et on doit faire un gros ménage.
De là on obtient l'enseignement que sans l'esprit humain la nature n'est pas complète, et que c'est de son absence que découle l'injustice, dont la nature souffre.

8119 - public 081029