12/07/2006 8 min #2115

A Marie-Georges Buffet

mercredi 12 juillet 2006 (17h40) :

Chère Marie-Georges,

Le 10 juillet, vous vous adressiez à ceux qui agissent pour un rassemblement antilibéral de gauche et des candidatures communes. C’est a ce titre que je me permets de vous répondre, dans le but de tenter de lever les blocages qui, semble-t-il, freinent au niveau national le rassemblement auquel nous aspirons et dont nous mesurons l’attente autour de nous. Le PCF étant une composante essentielle de ce rassemblement, c’est naturellement je m’adresse à vous pour manifester mon accord sur l’essentiel sur votre analyse, en pointant toutefois quelques points qui posent problèmes et méritent quelques précisions.

« il faut battre la droite et rassembler à gauche »

Tout à fait d’accord, il suffit de définir la frontière. L’an dernier, lors de la campagne contre le TCE, vous aviez déclaré et nous le partagions : « quand on est de gauche, on vote NON » Maintenez-vous cette affirmation et considérez-vous que la frontière à gauche, au niveau des dirigeants, non des électeurs, passe à l’intérieur du PS selon leur position sur le TCE, en tant qu’approbation ou critique du libéralisme ? Cette précision est importante car elle conditionne la réponse à la LCR sur l’affirmation de l’Appel unitaire : « nous ne participerons pas à un gouvernement dominé par le social-libéralisme » Dans le même ordre d’idée, si le rassemblement antilibéral n’était pas majoritaire à gauche, les parlementaires communistes s’engagent-ils à voter contre les mesures libérales prises éventuellement par un gouvernement socialiste ? Le souvenir du gouvernement de la « gauche plurielle » auquel vous avez participé sans interruption mérite cette précision

« Nous n’en sommes pas, en l’état, au niveau d’une dynamique populaire citoyenne... »

C’est oh combien vrai, mais n’avez-vous pas le sentiment que dans bien des cas, les freins viennent des organisations du PCF qui, au mieux ne font rien, au pire prennent des initiatives partisanes empêchant toute dynamique unitaires Heureusement, là où les communistes s’engagent sans arrière-pensées, cette dynamique n’est freinée que par la lenteur de l’évolution au niveau national. On ne peut pas tout attendre des collectifs locaux, qui comptent sur le collectif national pour donner cohérence et dynamique au rassemblement ! Comment pouvez-vous expliquer que, alors qu’il ne manque pas de compétences rédactionnelles au sein du PCF comme des autres composantes du Collectif National, il n’ait pas été possible depuis le 11 mai de sortir un texte d’orientation de référence sur lequel baser la campagne unitaire pour la présidentielle ? Ce texte devant être complété ultérieurement par un programme de gouvernement pour les législatives et les propositions que vous formulez plus loin, notamment sur le dépassement de la Charte du 29 mai, sont tout à fait judicieuses. Reste que des points de blocages risquent de perdurer entre les différentes sensibilités du rassemblement. Ne pensez-vous pas que sur certaines questions, comme la politique énergétique et la place du nucléaire, il faut prendre l’engagement d’un grand débat national dans lequel des opinons divergentes au sein de la Majorité (si majorité il y a) pourraient s’exprimer et qui serait soumis à référendum ? Rappelez-vous l’arrêt de Superphénix et l’abandon du canal Rhin-Rhône, décisions prises par le gouvernement auquel vous participiez, sans aucun débat, pour des raisons uniquement politiciennes, quelque soit l’opinion qu’on ait sur ces questions ;

« je suis disponible pour porter à l’élection présidentielle notre projet commun » « j’estime pour ma part que notre objectif doit être de gagner »

Ici, permettez-nmoi d’être beaucoup plus critique ; ces deux affirmations apparaissent comme absolument contradictoires et vous ne pouvez l’ignorer. En effet, si l’objectif est de gagner, cela veut dire être présent au second tour ; sinon, comme il est vraisemblable que le candidat socialiste sera un partisan du socialibéralisme, nous aurons échoué et serons contraints de nous désister sans conditions. Or, bien que vous ayez déclaré ne pas lire les sondages, il est à espérer que d’autres les lisent pour vous, d’autant qu’ils n’ont pas par le passé minoré le score du PCF (il ne nous souvient pas que les 3% de Robert Hue aient été pronostiqués) Comment pouvez-vous imaginer pouvoir sous votre candidature passer de 2 à 20%, quelque soit la dynamique unitaire ? Comment pouvez-vous-même imaginer qu’une dynamique puisse s’engager sur le nom de la secrétaire générale du PCF, quand on se rappelle qu’il a perdu en 25 ans 8 électeurs sur 10 et en 7 ans 2 électeurs sur 3 ? Comment imaginer un rassemblement majoritaire à gauche sans les électeurs de sensibilité écologique qui ont voté NON, de même que la plus part des électeurs socialistes, qui auront bien du mal à se retrouver dans la candidature de la dirigeante du PCF ? La candidature de la Secrétaire nationale du PCF, fut-elle en congés de parti ce qui n’abuserait personne, légitimera en retour celle du candidat de la LCR et s’en sera fini de nos espoirs. La voie sera alors pleinement dégagée pour le ou la candidate du socialibéralisme (on n’ose penser que ce soit l’objectif recherché) Maintenir cette position consiste, soit à faire preuve d’une analyse politique irréaliste, dont malheureusement le PCF a souvent fait preuve par le passé et en a payé le prix, soit d’une duplicité visant à capter au profit du PCF une partie de la profonde aspiration populaire ; dans ce cas, nous ne pouvons que pronostiquer un échec cuisant dont le peuple de gauche sera la première victime.

« en finir avec la monarchie présidentielle... » « ne pas dissocier l’élection présidentielle (...) des législatives qui la suivront de peu »

Voila un point sur lequel l’accord ne doit faire aucun doute. Alors il faut commencer tout de suite, affirmer que la personne portant la candidature commune à la Présidentielle s’engagera fermement sur ce point en n’exerçant pas de pouvoir exécutif dès l’élection de l’Assemblée Nationale, mais en assumant la garantie morale de la mise en œuvre des grands objectifs communs sur lesquels la campagne se mènera, évidemment à plusieurs voix . Dès lors, la place d’une dirigeant politique est plus de conduire la campagne des législatives, sur un programme de gouvernement qu’un gouvernement majoritairement antilibéral devra mettre en œuvre, que de se placer dans une position essentiellement morale, mais devant rassembler le plus largement possible.

« constituer aussitôt un collectif de porte-parole... à égalité avec d’autres »

Oui, évidemment, et le plus tôt sera le mieux ! Le choix de celle ou celui qui portera la responsabilité de la candidature commune devra être ensuite ratifié par les collectifs locaux, sans quoi, si une candidature était imposée par quelques état-major que se soit, aucune dynamique unitaire ne sera possible.

« les partis politiques doivent changer... »

Oui, ils ont beaucoup déçu . Le PS assume majoritairement sa dérive libérale, il faut en tirer les conséquences. Le PCF s’est plusieurs fois compromis en se soumettant à cette politique pour sauvegarder quelques intérêts à court terme, avec le résultat catastrophique que l’on sait. C’est sa responsabilité et il doit en accepter les conséquences avec un peu d’humilité. Il ne lui suffit pas de dire qu’il a changé pour qu’il soit crû, surtout quand l’attitude de certains démontre le contraire Quant à la campagne du référendum européen, si le PCF y a pris toute sa place (dans le cas contraire, quel serait son utilité !), il ne peut s’attribuer le rôle moteur de la victoire. Aurions-nous eu le même résultat le 29 mai sans les prises de positions d’ATTAC et l’engagement de ses comités locaux, sans l’Appel des 200 et les milliers de signatures recueillies, sans le choix courageux de quelques dirigeants socialistes, sans le choix majoritaire des militants CGT contre l’avis de leur direction... ? Le Parti Communiste a tout à gagner, à commencer par retrouver la confiance du peuple de gauche, à s’engager franchement, sans calcul ni arrière-pensées, dans le processus unitaire qui nous permettra de gagner contre le libéralisme, forme la plus cynique du capitalisme, qu’il soit mis en œuvre par la droite la plus dure ou son pendant socialiste. Il a tout à perdre, et le Peuple de gauche avec, à ne pas tenir compte de l’exigence d’union pour une politique antilibérale, qui rassemble des gens qui n’ont jamais voté communiste et ne se retrouveraient pas dans une candidature partisane.

Ne prenez pas ce risque, ayez confiance au peuple et il vous fera confiance, mais ne le décevez pas une nouvelle fois. Les conséquences en seraient dramatiques, car derrière le triomphe du libéralisme, quelque soit la couleur qu’il revêtirait, c’est une catastrophe sociale, politique et écologique qui nous menace.

Alors la démocratie n’en aura plus pour longtemps

Mais nous sommes persuadés que vous nous comprenez, que vous partagez nos espoirs et qu’à la place qui est la votre, vous mettrez tout en œuvre pour que tous ensemble, nous battions la droite, laminons l’extrême-droite et filions une bonne claque au socialibéralisme ; pour qu’enfin, vraiment, la politique puisse changer la vie

En toute fraternité

Daniel Mino, 74200 Allinges

De : y a l'feu au lac

mercredi 12 juillet 2006

bellaciao.org

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