11/07/2006 6 min #2046

Où se situe l'émotion ?

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La question du jour était l'importance de la dimension affective dans ce qui régit les actes,

notamment lors de la victoire de la non-construction de lignes à haute-tension au travers du Verdon magnifique, "sauvé par sa beauté".

En-deça, une réflexion sur l'EPR, car il y a un rapport.

D'abord, l'EPR a été lancé en Grande-Bretagne sous l'appellation de "énergie propre", du moins en raison de l'ignorance de ce en quoi elle ne l'est pas du tout (900 000 litres d'eau contaminée déversés chaque jour) ; mais en comparaison avec le charbon ça a l'air "moins sale". C'est sur cette dimension que s'appuie la raison pour construire une centrale nucléaire "nouvelle génération".

Au passage, je suis effaré par les remarques approximatives du type "il n'y a quasiment aucun danger" quand on sait qu'une seule "erreur" suffit pour contaminer durant 800 000 ans toute faune et toute flore. Et qu'en plus, on en déjà fait les frais, c'est même pas seulement théorique !

En tant que fabricant de systèmes (informatiques) je sais que la quantité de bugs est au carré proportionnelle à la complexité d'un système.

Quand une fusée Ariane décolle sans encombre, je suis toujours admiratif d'ailleurs. Mais c'est un système bien moins complexe qu'une centrale nucléaire, surtout "nouvelle génération" c'est à dire (je crois) avec des parois magnétiques, mais surtout, qui fonctionne non-stop.

En outre l'EPR est prévu pour 100 ans grand maximum, et est motivé par la création d'emplois dans une zone éloignée de toute activité commerciale (évidemment).

Bref il suffit qu'une autre technologie apparaisse dans 10 ans pour que l'EPR ait été un mauvais calcul, et remette tout ce beau monde au chômage.

Cela pour dire ce qui est en-deça de la dimension affective sur laquelle se fonde notre réflexion.

Car en effet elle est absente de ce froid calcul, en premier, c'est facile de se poser dans un coin reculé pour fabriquer une centrale, et donc c'est évident que les chômeurs du coin seront contents. Cela est un faux argument comme on va le voir juste après.

En fait, le choix d'un EPR je le comprends en fonction du système social fondé sur une économie maximale pour un profit maximal lui aussi. Dans ce contexte c'est un des meilleurs calculs.

En effet c'est le coût des études pour des solutions alternatives et aussi la complexité de la mise en oeuvre d'un projet encore inconnu qui décourage d'aller dans ce sens.

Et la précipitation.

Mais en fait, si on développait des éoliennes (quoi que c'est moche mais on peut les mettre en pleine mer), si on remplaçait immédiatement toutes les ampoules par des LED (économie de 90% d'énergie quand même !) et si on partait sur une politique des énergies complémentaires, diverses et variées, certainement le coût et la durée de la mise en oeuvre seraient plus élevés, mais aussi, quand même, le nombre d'emplois créés serait plus élevé (lui aussi).

Mais ce qui tendrait à diriger les choix vers ces solutions "complexes" et dont le calcul est plus approximatif, ne peut se situer que dans le champ affectif.

Il est certain que la pollution et le risque d'accident mortel rend l'EPR plus rédhibitoire pour ceux qui ont un haut niveau psycho-affectif que pour ceux qui font des froids calculs.

Mais en même temps, comme je l'ai dit c'est tout "le système" qui est en cause.

En effet c'est par économie de "risques" (financiers et aucun autre) que le choix pour l'EPR est opté.

-- Maintenant la question : où se situe l'émotion ?

Le matérialisme tend à rechercher sous les yeux et de façon palpable des réalités pourtant seulement intellectuelles.

Evidemment c'est une lourde erreur et même, dit comme ça, je ne fais qu'extrapoler une idée émotionnelle afin de la rendre visible.

Mais "la démonstration" n'est jamais sous les yeux et si on la recherche, pour le peu de mal que ça requiert, on la trouve.

Exemple avec l'affaire de la ligne à haute tension qui devait traverser le Verdon. Ces bouffons (!) ont payé une étude de faisabilité qui a duré 3 ans et coûté 300 millions d'euros de façon totalement arbitraire et déraisonnable.

Au final, "la faisabilité" n'était pas du tout là où son cabinet d'étude, qui a juste vérifié si on pouvait planter des pylônes, l'attendait.

En fait, ils le savaient mais si ils l'avaient dit ils auraient perdu un contrat, c'est logique. Comme de coutume "on fait ce que veut le patron et on ne discute pas". C'est comme si personne, dans ce cabinet d'étude, ne s'était dit ou laissé dire "tiens ? N'est-ce pas affreux de devoir faire cela ?"

Et pourtant "la faisabilité" était nulle, et ce depuis le début.

Au final, c'est parce que des gens se sont déplacés sur place et ont marché dans ce vaste parc naturel à la beauté enchanteresse qu'ils ont soudain réalisé que, en définitive, non, il ne fallait pas saccager ce paysage millénaire avec des stries dans la forêt, et des pylônes inesthétiques.

C'est une grande victoire, parce que d'un point de vue froidement rationnel, "la beauté ne rapporte rien".

On pourrait se dire que c'était un lobby de l'immobilier qui s'était réservé sa marge bénéficiaire en interdisant cette construction hideuse, mais non, tout va bien, l'immobilier aussi est interdite.

Et avec le temps ces interdictions seront en augmentation.

Pourquoi ? Que se passe-t-il ? Où se situe l'émotion ?

"c'est sa beauté qui l'a sauvé".

Mais même avec une beauté équivalente mais en des temps plus austères, cette beauté n'aurait pas paru être un argument de poids.

"En des temps plus austères" renvoie bien à l'ensemble du "système" car si "le système" permet plus d'abondance et de richesse, alors soudain "la beauté", ou "la dimension affective" n'est est que plus grande !

Et réciproquement si on se donne la peine de prendre en compte la dimension affective, les bénéfices sont meilleurs. C'est mathématique !

Et ça, c'est un argument de poids dans la discussion qui cherche à allier la dimension affective avec le fonctionnement d'un système.

C'est "la beauté" d'un système social qui permet de mieux voir "la beauté" d'un paysage !

et ainsi de faire les choix les plus "rationnels".

Si on ramène cela à la triste campagne paysanne et emplie de chômage où veut être construite l'EPR, on voit bien que c'est la même théorie, mais appliquée au pan "austère" ; pan sur lequel "on a pas le choix", pan sur lequel "on ne va pas revenir en arrière quand même", etc etc pour les arguments fallacieux.

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