080912 4 min

La Logica

Bien que la mort du héros soit toujours forcément et logiquement suivie de sa résurrection (sans quoi l'histoire ne peut plus avoir lieu), quand même, cette mise en scène trouve le moyen de plonger le spectateur dans le plus profond désarroi.

Il se passe exactement le même phénomène quand, à cause du langage courant, on présente comme cause ce qui est conséquence, afin de rendre renforcer la teneur du propos.
(c'est à dire que ce qu'on croit dépasse allègrement ce qu'on voit)
Les jeunes eux, ne prévoient rien et se retrouvent souvent en demande d'aide.
Les vieux eux, ne font rien sans prévoyance, au risque de perdre la joie des imprévus de la vie.
Si un jeune se dit « j'aimerais bien être vieux pour ne pas toujours me retrouver en galère », dans ce cas « être vieux » est placé comme cause du confort. Question : suffira-t-il de se mettre une moustache grise et de trimballer une canne pour se trouver à l'abri de son imprévoyance ?
(la vieillesse est-elle une cause suffisante ?)

Eh bien aussi stupide et aberrant, illogique et antinaturel que soit la proposition précédente, c'est exactement cette conception, parcourue dans ce sens, qui est la plus motrice en politique.

Cela plonge ces ancrages loin, dans le subconscient, que constitue la masse du peuple par rapport à l'élite politique, au sein du cerveau qu'est une nation.

Les gens, eux, et dans ce système, ne se posent pas autant de questions. Le langage est une facilitation de la réalité parce que si on devait la décrire spécifiquement, que ça prenne plus longtemps ou même si la phrase est plus courte, il faudrait encore être capable de penser (le plus fort possible) à ce qu'on est en train de dire, et pas ponctuellement, mais constamment.
Mais en général c'est fait pour être compris et donc décodé, détricoté par l'exercice de la Logica.
Ce à quoi on est sensé arriver après cet exercice, est ce qui « tombe sous le sens », et de là, on est sensé conclure que le locuteur n'est pas débile au point de dire vraiment ce qui sort de sa bouche, de le croire intégralement et absolument au premier et unique degrés.

Dans ce cas précisément, ce qui se passe est que ce qui est dit n'est pas substantiel mais seulement symbolique, ce qui est dit n'est qu'un caillou qui permet de passer un cours d'eau sans se mouiller, et qui signifie qu'il faut aller de l'autre côté.
Ce serait stupide, par exemple, d'analyser ce caillou, de faire venir une grue pour l'extraire de son emplacement et de l'emporter dans un laboratoire avec un équipement dernier cri, pour comprendre le message.

Ainsi donc on a une scène de théâtre où le gars qui parle (le locuteur) ne croit pas lui-même exactement ce qu'il dit et part du principe que le récepteur, ne le fera pas non plus.
Et ça marche (et dire que ça marche...)

Ce n'est pas sensé marcher pourtant car si on n'est pas issu de ce monde on peut se demander où est la logique de ces discours, et surtout : comment les gens font-ils pour s'en sortir avec un langage aussi burlesque pour s'entendre correctement quand il s'agit de parler de sujets précieux, comme par exemple la politique ou les sciences, la théologie ou la philosophie ?

Et en effet en accord avec les prédictions les plus élémentaires, ces domaines sont les plus sujets à des disputes aussi futiles que puériles, aussi cocasses que grotesques.
Et même à une échelle plus vaste que la simple expression, à l'échelle des problèmes traités sans pourtant aucune chance de les résoudre, se pose le même phénomène qui est celui de l'insuffisance de la précision des définitions dont tout le reste découle.
En observant un phénomène, cause ou conséquence d'un autre, il suffira aux politiciens pour qu'il soit lié de près ou de loin à ce qu'ils voudront voir disparaître pour que par extension, ils fassent disparaître cette première chose.

En fait on peut aussi le dire autrement, ce n'est pas tant que le rapport entre le symptôme et la cause est aussi distant qu'entre, comme dans notre premier exemple, le fait de porter des fausses moustaches grises et le fait d'être prévoyant, que dans le cheminement qui sera fait entre le symptôme et ce sur quoi on peut vraiment agir, on choisira systématiquement le plus court chemin, quitte à ce qu'il débouche sur une absurdité ; et tout en insistant sur les arguments suivants :
- oui mais vous voyez une autre solution vous ?
- mais enfin si vous ne comprenez pas le rapport c'est que vous faites semblant.

Et c'est comme cela qu'on se retrouve avec des lois qui, constatant l'imprévoyance (scandaleuse) des gens de la masse (ou les déficiences du subconscient de la nation) qu'on se verra imposer le port de moustaches grises dès l'âge de 3 ans pour les hommes et les femmes.

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