L'éducation nationale et la politique sacrificielle

27 min pagesperso-orange.fr

Introduction
1 - La République et la raison
2 - La balance de la dialectique
3 - La machine à peser les cerveaux
4 - Vassalité, quand tu nous tiens !
5 - L'éducation nationale et l'apprentissage du tragique de l'Histoire
6 - le sang simiohumain
7 - Le petit pois
8 - L'histoire sacrificielle
9 - Un corps enseignant d'initiateurs de la jeunesse

Introduction

- En août dernier, un tremblement de terre a fait changer en quelques heures de configuration politique à la planète des sacrifices. Depuis 1945, la lente ascension de l'Amérique du Sud, de l'Afrique, de l'Inde et de la Chine avaient été masquées par la guerre froide, puis par l'effondrement de l'empire soviétique, ce qui avait donné l'illusion que l'heure de diriger la planète des immolations avait sonné pour les Etats-Unis d'Amérique. La continuation de la vassalisation de l'Europe sous le joug de l'OTAN ultérieurement à la chute du mur de Berlin et à l'extinction de l'utopie marxiste avait paru confirmer cette fatalité de l'histoire théopolitique du monde. Puis, la résurrection de la nation russe et l'échec de l'encerclement de son territoire par les garnisons de prêtres du Nouveau Monde portant le heaume et le cimier d'une Europe vassalisée et dupée ont conduit à un bouleversement du rapport des forces qui a pris de court une Europe résignée, semblait-il, à demeurer placée, de génération en génération et à titre statutaire sous le sceptre sacerdotal d'un général américain.

Aussi la question la plus décisive qui se pose désormais à l'Europe est-elle de savoir si les Ministères de l'éducation nationale du Vieux Monde donneront à la jeunesse une instruction publique en mesure d'endiguer l'assujettissement de la civilisation de la liberté aux ambitions d'une puissance étrangère. Comme les manuels scolaires actuels enseignent d'ores et déjà que l'Europe demeurera placée à titre constitutionnel sous le contrôle politique du Nouveau Monde - et cela en temps de paix comme en temps de guerre - tout le corps enseignant se rendrait complice de l'asservissement, pour un siècle entier et sans doute au delà de l'asservissement du fleuron de l'humanité aux intérêts politiques et militaires d'un autre Continent s'il en venait à légitimer dès les bancs de l'école une décapitation de l'Europe définitivement entérinée par les traités internationaux secrètement conclus ou comportant des clauses occultées entre l'Amérique et les Etats du Vieux Continent.

Au début du XXe siècle, il existait un Code Soleil dans lequel on pouvait lire :

"Morale professionnelle de l'instituteur : c'est un coin de la France qui vous est confié. Vous allez en être l'éducateur, le moralisateur, le philosophe. De ces enfants, il vous appartient de faire des hommes. (...) Vous verrez luire dans leurs yeux le reflet d'une âme toute neuve, argile que vous pétrirez de vos mains et dont vous ferez des consciences . Sachez vous en faire aimer, vous découvrirez leur cœur. (...) Le métier d'instituteur (...) est un apostolat en ce sens qu'il tend à former des disciples d'un idéal moral."

(Cité par Jean-Luc Pujo, De la France, Les chemins de terre, L'Harmattan, 2008, p.102)

Ce qui frappe dans cette noblesse, c'est l'absence de tout regard de l'Etat sur la politique et sur l'Histoire. Mais si les missionnaires des démocraties chargées de meubler le cerveau de la jeunesse se faisaient désormais une autre idée de leur vocation pédagogique, comment apprendraient-ils à orienter l'extension de leur apostolat afin de le mettre à nouveau et mieux qu'autrefois au service des patries? Jamais encore six millions d'éducateurs chargés de porter la jeunesse de vingt-sept nations à l'âge de sa responsabilité politique n'avaient porté sur leurs épaules le destin d'un monde en guerre sur un tout autre champ de bataille que celui des armes - celui de l'avenir de l'âme et de l'esprit d'une civilisation appelée à rallumer le flambeau éteint de la raison.

Mais, le temps presse : ou bien, dans une génération à peine, les historiens prendront acte de ce que le Continent des Thucydide, des Tacite et des Montesquieu aura laissé les peuples qui le composent dans une ignorance tragique des lois de la politique et des rudesses de l'Histoire, ou bien ils écriront que le salut est venu du sursaut intellectuel et de la lucidité des gardiens laïcs de la mémoire du monde.

Dès la fin d'août 2008, une grande partie de la classe dirigeante européenne s'est sentie contestée dans les avantages prébendés que sa domestication politique par les Etats-Unis lui garantissait depuis un demi siècle; et elle s'est indignée bien haut de l'échec, qu'elle croyait encore momentané et localisé, de l'expansion du conquérant américain vers l'Ukraine et la Géorgie; et Berlin s'était si bien messianisé au service de son maître d'outre-Atlantique qu'il se trouvait au premier rang des vassaux du Vieux Monde pour juger que le droit international était devenu consubstantiel à celui de l'empire dominant du moment - et cela au point que la morale universelle aurait été vidée par la Russie du contenu même des termes de Liberté et de Justice à la suite de la reconnaissance par le Kremlin de l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie.

On comprend que si une soixantaine d'années suffisent à enfanter des classes dirigeantes aliénées de l'intérieur et éduquées dès le berceau à défendre les intérêts militaires, industriels, commerciaux, politiques et religieux d'un Etat étranger, la mission de l'instruction publique des peuples libres situe la formation et l'ameublement du cerveau de l'humanité de demain au cœur de la politologie mondiale. Mais comment initier l'éducation nationale à la distinction entre la démocratie et le césarisme, comment convaincre un service public de forger l'esprit civique d'une jeunesse que les désastres de la Liberté arracheraient à son sommeil, comment former les phalanges d'une pensée mise à l'épreuve des cruautés du monde, comment inventer un pont nouveau à traverser pour passer de l'enfance à l'âge adulte ?

Telle est la réflexion dont je propose une première esquisse à mes lecteurs.

1 - La République et la raison

- Vous avez remarqué que le "Code Soleil" qualifiait l'instituteur de "philosophe" . Elle est philosophique par nature, l'ambition des démocraties européennes de donner pour assise politique à la conduite tant intérieure qu'extérieure des nations une instruction publique rationnelle et dont la population entière bénéficierait dès son plus jeune âge. Mais s'agit-il d'une copie de L'île d'Utopie de Thomas More ou bien cette ambition a-t-elle visiblement infléchi le cours de l'histoire des peuples ? Le destin cérébral d'une planète de stoïciens de la connaissance dépend-il désormais du contenu sans fard d'un enseignement scolaire héroïquement désacralisé et placé entre les mains des Etats vaillamment laïcisés ? Dans ce cas, comment ces derniers ont-ils navigué entre les récifs de la peur afin d'orienter les têtes le plus intelligemment, donc le moins timidement possible ? Ont-ils rempli de manière satisfaisante une charge si nouvelle et si étrangère à leurs organes craintifs ou bien leur effroi les a-t-il fait largement échouer?

Les Républiques tout subitement proclamées responsables de la formation publique des cerveaux aux frais du trésor public ne s'étaient nullement livrées à une réflexion tranquille ou terrifiée sur les relations que la livraison à la masse des citoyens de quelques savoirs véritables, mais dangereux, entretiendrait avec le destin mi terrestre, mi onirique de la nation. La volonté, audacieuse ou irréfléchie des pouvoirs publics de l'époque d'enseigner à lire, à écrire et à compter à tous les cerveaux du pays ne pouvait se trouver canalisée par une neutralité politique artificielle que les gouvernements auraient peureusement affichée. Comment auraient-ils imposé aux régiments de pédagogues patentés des nations une indifférence de sociologues à l'égard des différentes formes de gouvernement, donc des diverses tournures de l'esprit simiohumain entre lesquelles l'histoire d'une espèce embrumée de songes depuis le paléolithique s'est partagée et qui l'ont fait boiter entre ses travaux et ses dieux? Or, il n'est pas de saine pédagogie qui ne soit nécessairement une manière de catéchèse politique , donc d'enseignement d'une doctrine efficace, puis d'une orthodoxie roborative et enfin d'une pastorale scolaire.

Mais s'il fallait enseigner prématurément aux enfants des écoles à peser la qualité des verdicts que les meilleures têtes du passé ont prononcé sur l'art de diriger les peuples et les nations, quel contenu roboratif donnerait-on aux termes convenus d'instruction et d'éducation - autrement dit, quelle serait la philosophie de la politique et de l'Histoire que dispenserait une formation non cultuelle des encéphales et qui ferait, du corps enseignant tout entier, le clergé des Etats démythifiés - donc une armée de légionnaires initiés à l'art de raisonner sérieusement ? On ne saurait seulement poser une question aussi subrepticement sacrilège sans une initiation au moins rudimentaire au génie de la dialectique, puisque cette science de l'argumentation logique enseigne à peser les démonstrations censées légitimer à la fois les preuves applicables aux savoirs pratiques et démontrer l'intelligibilité du monde réputée inscrite dans les rendez-vous sempiternels de la matière avec ses propres redites. Dans quelles cornues les alchimistes préparent-ils la substance qu'ils appellent "l'intelligible"? L'intelligibilité s'observe-t-elle au microscope ou au télescope?

Il nous faudra donc commencer par nous interroger avec inquiétude sur la nature de ce que nous appelons l'intelligence simiohumaine et sur la balance que notre espèce croit posséder afin de peser à coup sûr la faculté de comprendre ce qu'elle fait. Mais s'il faut enseigner aux enfants l'art de déposer leur intelligence sur des plateaux aussi extraordinaires, de quelle sur-intelligence disposerons-nous d'avance pour fabriquer l'instrument que nous aurons planifié en vue d'une telle pesée? Non seulement il nous faudra imaginer les poids et mesures appropriés à la réussite d'un tel exploit , mais les hiérarchiser à l'école de leur densité et à l'écoute de leur qualité , afin que le fléau d'une Thémis de ce type reconnaisse la signification du chiffre que son fléau pointera sur le cadran . Il y a longtemps que la physique progresse par l'invention des appareils qui rendront possible l'expérimentation recherchée. Mais notre pesée des cerveaux en est à l'âge de la pierre taillée.

2 - La balance de la dialectique

- Dans le Lachès, la question posée à la science de la guerre des Athéniens était seulement de savoir si l'apprentissage de l'escrime était utile au soldat ; et Socrate avait beau jeu de remontrer aux généraux Nicias et Lachès que, pour trancher entre leurs opinions opposées, donc entre leurs tempéraments incompatibles par nature, il fallait remonter en amont afin de clarifier la notion, demeurée confuse, de courage militaire. Ensuite seulement, il deviendrait possible de donner un sens à la question technique de l'utilité de l'art, donc du talent affiné de l'escrime sur le champ de bataille où rugissent les fauves. Le débarquement socratique de l'anthropologie critique dans la science de la guerre et dans le politique a pris un tour moderne à l'heure où nous nous demandons quelle est la valeur de l'escrime scolaire et même universitaire dans la guerre de la raison européenne, donc à quelle forme du courage l'art de la dialectique devra remonter afin de découvrir le fondement simiohumain de la question posée par la vassalisation des Etats du Vieux Monde.

Qu'en dit Platon ? Que pour peser le courage du soldat, il faut s'interroger sur la nature du courage propre à l'intelligence et à elle seule, parce que la bravoure de ce soldat-là ne serait jamais que celle du tigre ou du lion si elle demeurait stupide. Mais si les bêtes sauvages ne sont donc pas vraiment courageuses, puisqu'elles demeurent privées de raison, la vaillance proprement humaine, elle, sera nécessairement réfléchie. D'où, poursuit le dialecticien, le courage propre à l'intelligence sera celui qui enseignera aux peuples, aux nations et à leurs gouvernements à connaître leur cerveau. Mais, continue notre raisonneur, comment tenter de tester notre boîte osseuse si les millénaires de notre évolution miraculeuse ne nous ont pas encore permis de disposer de la mécanique apte à peser l'embryon d'intelligence qui nous fait parader sur la scène du monde, alors que seule la connaissance du mode d'emploi de cet instrument aux rouages inconnus nous conduirait à une victoire plus retentissante que celle de Socrate sur Nicias le subtil et Lachès le baroudeur? Quelle balance du "Connais-toi" le XXIe siècle devra-t-il donc inventer pour apprendre à calibrer l'intelligence politique et militaire des démocraties actuelles, celle qui leur permettra de savoir si l'escrime scolaire et universitaire mentionnée ci-dessus est utile au pilotage des Républiques modernes sur le théâtre de l'Histoire ?

3 - La machine à peser les cerveaux

- Commençons par un examen critique des performances dont l'intelligence moyenne de l'humanité est devenue coutumière et de la portée politique de ses exploits. Il a été démontré que ses capacités suffisent désormais non seulement à l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et de l'arithmétique, mais il est établi de surcroît que tous les peuples de la terre meublent maintenant leur tête de quelques événements historiques, de quelques renseignements géographiques, de quelques opérations mathématiques, de quelques lois de la physique, de quelques informations relatives à l'astronomie, à la chimie, à la botanique , à la science du droit, à l'esthétique de la langue, à la musique ou à l'architecture.

Mais si nous avançons seulement de quelques pas dans les savoirs qui s'apprennent aisément et qui se révèlent accessibles à tous les citoyens, nous butons sur la notion énigmatique de " tournure d'esprit ", dont l'étrangeté nous place aussitôt devant le mystère de la diversification et de la spécialisation des intelligences. Comment les hiérarchiser si les têtes polyvalentes n'accèdent jamais aux performances du génie dans aucun ordre et si le progrès cérébral de l'humanité ne dépend plus de l'étiage moyen de la raison au sein de la civilisation mondiale, mais exclusivement de l'aptitude du simianthrope à sélectionner et à bichonner les encéphales d'exception et à les distinguer de ceux des huissiers de la connaissance ? Et pourtant, il faudra bien nous résoudre à hiérarchiser les cerveaux énigmatiques à leur tour si nous voulons fabriquer la roue, les engrenages et les ressorts qui jaugeront les boîtes osseuses hyper spécialisées des descendants perplexes d'un quadrimane à fourrure. Nous cherchons le cerveau fécondateur qui nous permettra de déposer les crânes successifs de nos ancêtres dans un musée de l'intelligence.

4 - Vassalité, quand tu nous tiens !

- Mais la question ne s'est-elle pas compliquée davantage s'il nous faut trouver les artisans qui construiront, à l'usage des Etats démocratiques, la balance à peser l'intelligence des nations et des peuples qu'on aura dû initier précipitamment au tragique de la condition historique propre à notre espèce et s'il nous faut tenter de découvrir quelle pédagogie transcendante à notre simiohumanité et quelle orientation de notre instruction publique rendront la jeunesse de demain politiquement avertie des périls qui menacent la civilisation du Vieux Monde ? Car l'Europe est devenue à elle-même sa propre Iphigénie ; et son père céleste lui demande de monter sur l'offertoire où elle se donnera à tuer afin qu'Eole veuille bien souffler dans les voiles de la flotte de guerre américaine en route vers l'Ukraine et la Géorgie. Mais nous avons remplacé un Olympe par un autre. Comment se fait-il que Ménélas ait seulement changé de nom ? Si notre éducation nationale n'a pas la réponse, ferons-nous de Tbilissi la cité de Priam?

Initions donc les citoyens de Troie à la démence et au meurtre d'une Histoire encore livrée à un Dieu des immolations - celui de l'autel sanglant des chrétiens, qui s'est substitué à celui d'Iphigénie et dont le Ménélas sacrifie maintenant son fils sur ses autels dans toutes les Eglises de la terre, parce que les fillettes ne font décidément plus l'affaire des trucidations sacrées. Mais des citoyens dûment initiés aux terribles secrets des propitiatoires du simianthrope ne seraient-ils pas dangereusement et prématurément éclairés sur les cadeaux simiohumains aux idoles et sur les offrandes des démocraties sur les étals de leurs idéalités faussement angélisées sous l'égide d'une potence? Leurs gouvernements parviendraient-ils encore à discipliner la population par l'enseignement de l'esprit civique, qui est catéchétique par définition, si le spectre d'un gibet saintement récompensé guide maintenant les Achéens ? En visite à Ferney, ce chenapan de Casanova expliquait fermement à Voltaire la nécessité politique de faire souffler le vent des croyances religieuses dans les voiles de l'Histoire. Mais que se passerait-il si les démocraties agenouillées sur le prie-Dieu de la Liberté laissaient la population dans l'ignorance dévote des fondements théophages de l'Histoire dont les évadés de la zoologie demeurent la proie ecclésiale? Les peuples du Vieux Monde ne se changeraient-ils pas en victimes candides d'une puissance messianique et aveugle venue d'au-delà de l'Océan ? Ne se trouveraient-ils pas vassalisés par le nectar et l'ambroisie de l'empire sotériologique le plus ivre du moment?

Un bon exemple du fonctionnement sacrificiel de l'histoire du simianthrope nous sera offert par le débat sur les autels de la démocratie que la France de la Liberté a dressés en Afghanistan au profit d'un dieu étranger et qui se déroulera le 22 septembre dans l'enceinte du Parlement de la République de la raison. D'ores et déjà, les lévites empressés des victimes humaines que nous donnerons à immoler au profit d'un dieu étranger annoncent qu'ils saisiront cette occasion catéchétique pour se présenter devant le corps sacerdotal des élus d'un peuple de séraphins de la Liberté et qu'ils soumettront, avec ferveur, sagesse et piété la question de la qualité de leur prêtrise politique au clergé élu de la nation - la question de savoir si la France des autels de la Démocratie doit demeurer présente dans l'arène des escrimeurs et des bretteurs de la déesse de la Liberté qui se trouve assaillie par le Démon du Terrorisme : il y va, diront-ils, du triomphe mondial de son bréviaire et de la victoire de son évangile contre la pieuvre d'Al Qaida , dont les tentacules enserrent désormais une planète outragée par le péché. Mais l'instituteur-philosophe observe à la loupe le miracle de la foi qui n'a cessé de se propager depuis le 11 septembre 2001, tellement les pseudopodes du Démon se sont multipliés dans les imaginations.

5 - L'éducation nationale et l'apprentissage du tragique de l'Histoire

- Mais qu'enseigne le tragique immolatoire de l'Histoire ? Que la question n'est nullement de savoir si l'armée du peuple des officiants de 1789 sera présente ou absente du champ de bataille d'une piété démocratique pilotée par l'étranger - un chef de guerre venu d'au-delà des mers convie la nation française à y engager ses troupes - mais si elle y sera vassalisée sous des épaulettes qui ne seront plus françaises que de nom. La dialectique athénienne, dont la logique exige de remonter aux fondements anthropologiques des exercices pratiques des escrimeurs sur le champ de bataille de la politique et de l'Histoire , nous enseigne, primo, que les peuples vaincus par des dieux étrangers ne veulent rien de plus, hélas, que de se trouver sottement sacrifiés sur les lieux où leur nouvelle piété les a condamnés à combattre, secundo, qu'ils ont cessé de se demander sous le drapeau de quel ciel ils porteront l'uniforme de leur patrie, tertio, que les galons mêmes de leur servitude témoigneront désormais du rang de grande puissance de la France. Mais le tragique de l'Histoire de Lilliput enseigne que le Terrorisme, paré de sa majuscule gullivérienne, ne sera jamais que la dénomination nouvelle d'une hérésie confuse et dont toute l'habileté théologique sera de faire porter le blason de son universalité artificielle aux serfs d'un mythe quichottesque de la Liberté. Faut-il donc enseigner ces dévotions-là à l'école publique ? Les entrailles de la bête des sacrifices seront-elles exposées à la vue redevenue perçante du clergé laïc de l'éducation nationale?

Peut-être le débat à la fois homérique et tragi-comique qui aura lieu le 22 septembre devant les représentants élus de l'innocence démocratique du peuple français permettra-t-il à la raison socratique de se glisser dans le prétoire de la candeur par une porte dérobée et pour ainsi dire en catimini . Car la gauche parlementaire pourrait se risquer à faire valoir qu'à l'instar des peuple français, allemand, italien, espagnol, hollandais et tutti quanti, les peuples afghan , irakien, palestinien, ossète ou abkhase sont appelés à reconquérir la maîtrise de leur destin, ce qui implique que les décorations trompeuses qu'arbore un cheptel de vassaux d'un autel étranger ne sont que des instruments d'assujettissement déguisés à un César des sacrifices venu d'au-delà des mers et qu'un peuple libéré de la potence des chrétiens et du bûcher de Ménélas doit jouir d'une intelligence politique nouvelle et devenue indispensable à la compréhension cultuelle de la nature et des exigences de sa souveraineté. Aucune nation de la terre n'est indépendante sous la livrée du meurtre de l'autel dont ses faux délivreurs et ses faux défenseurs l' auront affublée.

6 - Le sang simiohumain

- Mais comment peser le degré de raison politique dont jouissent les Etats démocratiques encore livrés à la guerre des sacrificateurs si les gouvernements des Républiques censées se fonder sur la déclaration des droits de l'intelligence depuis 1789 ont la vue si basse qu'ils s'imaginent scolariser la nation à bon escient, alors qu'ils la mettent à l'école de leur incapacité à penser le tragique sacrificiel de l'Histoire et à connaître l'inconscient théopolitique du genre humain? Car enfin, ce ne sera pas seulement le débat vieux de trois siècles entre l'optimisme mythologique du Dr Pangloss et le pessimisme de sens rassis de Voltaire qui renaîtra sur la scène internationale le 22 septembre dans l'enceinte où l'Assemblée nationale offrira à la planète entière le spectacle de la balance rouillée sur laquelle, la France officielle pèse désormais la raison du monde ; ce sera un débat bien plus profond, car il portera sur le décryptage anthropologique de la dimension sacrificielle de l'histoire du simianthrope.

De quoi s'agit-il dans les viscères communs à l'immolation payante d'Iphigénie et à l'immolation non moins prébendée d'un homme-dieu sur l'autel du Golgotha? De rien de moins que d'immoler à l'Amérique une dizaine de victimes propitiatoire et satisfactoires sur l'autel de Kaboul, afin qu'elles y servent de moyens de paiement au Grand Sacrificateur, mais aussi de leurres et d'alibis politiques jugés utiles à la diplomatie française afin de tromper l'idole - ce qui aidera les petits sacristains de la démocratie à négocier avec la Syrie et l'Iran à la barbe du Grand Prêtre d'outre-Atlantique. Mais celui-ci n'est pas dupe de nos ciboires: il a déjà froncé les sourcils, non point afin de faire cesser le trafic des sacrifices de l'autel qui fait le tissu de l'Histoire depuis Homère - il en est l'actionnaire majoritaire - mais pour se plaindre de se trouver déclassé et privé du rôle cultuel suréminent réputé lui revenir de droit sur le marché des dieux et de leurs autels. Du coup, la France a placé plus haut la barre du meurtre sacré. Jusqu'où a-t-elle fait monter les enchères au marché mondial des immolations ? Attention, a-t-elle dit, il est écrit qu'Israël frappera l'Iran à titre préventif et cela à l'heure qu'il aura librement choisi ; et personne n'arrêtera le bras du saint sacrificateur de la Perse à la bourse des sacrifices simio humains.

On remarquera que l'Iran est convié à s'agenouiller devant le génocidaire du Déluge ; on remarquera que le meurtre est sacré quand un peuple est appelé à le perpétrer au nom du Dieu de Moïse ; on remarquera que les sacrifices du simianthrope à leurs idole ne suscitent l'indignation de personne, parce qu'ils sont inscrits dans l'ADN de cet animal; on remarquera que l'Iran n'est plus accusé de vouloir " rayer Israël de la carte ", mais qu'Israël se trouve absous d'avance de rayer l'Iran de la carte . "L'Iran prend un risque majeur à continuer le processus d'obtention du nucléaire militaire, ce qui est notre certitude, parce qu'un jour, quel que soit le gouvernement israélien, on peut se retrouver un matin avec Israël qui a (aura) frappé... Il ne s'agit pas (s' agira) de savoir si c'est légitime, si c'est intelligent ou pas (ou non). Qu'est-ce qu'on fera (Que fera-t-on) à ce moment-là ? Ça (Ce) sera la catastrophe. Il faut éviter cette catastrophe. Comment l'éviter ? La position internationale, c'est de dire, (que) l'Iran doit arrêter l'enrichissement."

7 - Le petit pois

- Bien que le chef de l'Etat ne parle pas le français, voyez comme l'ironie socratique se glisse dans le prétoire où l'espèce sanctifie ses meurtres cultuels : M. Nicolas Sarkozy souligne que tant de piété sera catastrophique, que la coupe des dévotions sera pleine, mais que Ponce Pilate n'y pourra rien et qu'il faudra bien se résigner à replacer sur son trône le Dieu-tueur qu'Abraham avait prié de se satisfaire dorénavant d'un mouton. Et si , depuis Isaac, l'humanité avait fait grossir le petit pois qu'elle a dans la tête ?

Voyons cela : la déclaration de M. Nicolas Sarkozy serait-elle infantile ? Selon ce scénario, le petit pois cérébral de la Chine, de la Russie, de l'Europe et des Etats-Unis eux-mêmes n'arracherait-il pas Iphigénie au saint propitiatoire des sacrifices au Jahvé des démocraties, comme la France seule aura suffi à faire tomber le couteau de la main de cette divinité au Liban ? De plus, les anthropologues du petit pois ne feront-ils pas progresser la connaissance psychogénétique des autels et des sacrifices, et cela à tel point que l'arme nucléaire se révèlera mythologique par définition, puisqu'elle se révèle inutilisable depuis soixante ans contre un ennemi désarmé et qu'elle se trouve nécessairement neutralisée quand deux détenteurs de l'apocalypse se montrent récalcitrants à se brûler la cervelle côte à côte ? Car les zoologues de l'arme nucléaire sont formels : si minuscule que le petit pois soit demeuré dans la boîte osseuse du simianthrope , il n'est pas resté microscopique au point que cet animal se volatiliserait par paires dans les nues, non point parce qu'il aurait commencé de réfléchir, mais parce qu'il serait fort dépité de ne pas s'offrir le cadavre de son rival en spectacle.

La question du petit pois est donc devenue décisive aux yeux des sciences humaines de demain : il s'agira de rendre visibles les ressorts sacrificiels de la guerre, de mettre à nu le mécanisme zoologique qui joue dans les arcanes les plus cachées de l'espèce simiohumaine. Quand saint Ambroise décide, à la suite de l'invasion des barbares, de s'emparer du pouvoir sacrificiel exclusif de l'idole, et cela en se substituant à elle sur l'autel - donc de se placer par un coup de force théologique, en interlocuteur privilégié de l'histoire du monde, et cela en se proclamant le seul vrai corps du Christ sacrifié sur tous les offertoires - il déclenche au profit de l'Eglise le mécanisme immolatoire qui règne sur le politique depuis Iphigénie . Mais du coup, il nous montre également comment cette machine fonctionne dans le christianisme ; quant M. Nicolas Sarkozy joue à la sainteté impuissante, quand son petit pois refuse de retirer l'Iran de l'autel du Dieu d'Israël et qu'il exige la capitulation de la planète entière devant le Dieu du Déluge, il oublie que, depuis lors, l'intelligence simiohumaine a progressé de quelques pas dans la fabrication de la balance à peser le cerveau de notre espèce : il existe maintenant des zoologues des sacrifices. Ceux-là courent sur les traces des descendants du chimpanzé. Aux dernières nouvelles, ils sont sur le point de capturer son microscopique encéphale et de l'enfermer dans la cage de la dialectique du Lachès de Platon.

Car si la France des sacrifices simiohumains des Gaulois est prête à offrir des gages à l'idole américaine, afin qu'elle l'épaule en retour sur la scène internationale et si elle nourrit l'ambition de tenir en mains les cartes d'une science des immolations devenue nécessaire à sa compréhension de la planète des sacrifices, et si les victimes que réclame l'idole sur les autels de Kaboul sont une monnaie d'échange de grand prix, est-il payant d'entrer dans le jeu de Neptune, dont la Sixième Flotte est arrivée dans la mer Noire afin d'achever son encerclement de l'Iran ? Est-il payant de participer à la mise en scène théologique de l'Histoire qui servira de prochain offertoire aux Incas de la Démocratie ? Fox News médiatisera-t-il le spectacle de milliers de marins américains noyés par les Hitler iraniens qui auront signé leur appartenance à " l'axe du Mal "?

8 - L'histoire sacrificielle

- Ne commençons-nous pas de cerner la vraie question, celle de la pesée de l'intelligence politique des démocraties européennes sur les plateaux de la balance que la simianthropologie critique nous aura fabriquée ? Car le fléau de cet appareil nous indique non seulement le poids, l'origine et l'âge du cerveau simiohumain actuel , mais la provenance des étoffes du sacré qui enveloppent ses autels et qui habillent les victimes de ses meurtres sacrés dans les vêtements de la sainteté de l'époque. Car du temps où nous n'observions encore l'histoire et la politique qu'avec les bésicles du cynisme, tout le panorama qui s'étalait au-delà échappait à notre myopie. Et maintenant, nous savons que le cynisme n'était qu'une pauvre grimace, parce que les vrais rouages de l'Histoire se cachent dans les profondeurs où le sacrifice offre à l'idole le sang de sa victime, celle dont l'hémoglobine sacrée servira de monnaie d'échange à sa politique du sang et de la mort ; et maintenant, nous savons que notre cynisme, c'était notre sacré décrypté et instrumentalisé; et maintenant, nous savons que le masque du cynisme s'appelle l'hypocrisie - mais ce n'est pas le lieu de descendre dans une spéléologie de la foi démocratique où Molière l'abyssal nous conduirait aux ultimes secrets politiques de son Tartuffe. De l'Afghanistan à la mer Noire, les apprêteurs des autels de la Liberté feignent déjà de monter sur l'autel du sacrifice, afin de dire à l'idole: "Ce n'est pas toi, la victime, c'est nous qui nous payons à nous-mêmes le prix de notre sang."

Mais si les Ministères de l' éducation nationale sont désormais en charge de la responsabilité d'instruire les Etats dans la connaissance du tragique abyssal de l'Histoire du sang des peuples et des nations, il faudra nous demander ce qu'il en sera de la balance à peser l'âme, le cœur et le souffle de la France quand son génie éclairera la géhenne dans laquelle elle rallumera les feux de la raison du monde .

9 - Un corps enseignant d'initiateurs de la jeunesse

- Montesquieu disait qu'il fallait au moins une fois dans la vie désapprendre tout ce qu'on vous a enseigné à l'école, parce que la vraie connaissance du monde est étrangère aux catéchistes des Eglises et des Etats. Nous savons maintenant ce que six millions de pédagogues de l'Europe devront apprendre eux-mêmes et à grand peine afin de former quatre-vingts millions d'enfants dont les oreilles entendront la parole de vérité du XXIe siècle . Il sera long et rude, l'apprentissage de l'intelligence et du savoir que l'école publique avait inauguré avec tant d'audace il y a un siècle; car la droiture intellectuelle, le courage de l'esprit et la lucidité ont changé de paramètres. Quelle tâche de Titans de la raison que de réfuter en anthropologues les Tartuffe mondiaux de la Liberté et de la Justice! Mais quand nous aurons forgé le clergé de la philosophie capable d'initier la jeunesse à la connaissance des empires vassalisateurs qui font, du sceptre de leur culte des "droits de l'homme", l'arme de leur expansion politique et guerrière, quelle vocation cruelle et féconde , pour les apôtres de la raison de demain, que de descendre dans les coulisses de la représentation , de démonter les ressorts de l'histoire truquée ad usum Delphini, d'ouvrir les yeux et les cœurs des soldats de la première civilisation de l'intelligence !

Les éducateurs à venir raconteront Sparte et Athènes à nouveaux frais. Ils diront aux enfants des écoles que la cité dont les seules murailles étaient les poitrines de ses soldats et celle dont les armes du savoir avaient besoin de la pierre de ses remparts ne portaient pas le même regard sur le monde . Les milices spartiates présenteront aux élèves de la France le spectacle du troupeau humilié des gouvernements placés sous la houlette d'un Dieu des caissiers, les milices athéniennes construiront les forteresses cérébrales d'une intelligence du politique en mesure d'exposer sur les offertoires de la philosophie la tête des deux Ménélas des nues qui se sont succédé en Europe, celui de l'autel de Calchas et celui de l'autel des chrétiens ; et ils démontreront au monde que les mêmes dieux se cachent au plus profond des entrailles de la créature. Quand les Lacédémoniens de la connaissance nous aurons initiés aux cruautés des démocraties angéliques et quand les illuminateurs socratiques auront armé la jeunesse du rire de l'intelligence qu'on appelle l'ironie, la science du simianthrope se sera réinscrite dans la postérité du poignard socratique. Décidément, l'Europe d'aujourd'hui a besoin de l'étroite collaboration des éducateurs de Sparte avec ceux de l'Athènes de demain ! .

8 septembre 2008

pagesperso-orange.fr