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Lettre à Fidel

Rêve et Evolution

Je pense que cette catastrophe réinitialisatrice est une bonne occasion pour faire passer ce qui fait souvent tronc dans mes articles ; et de faire parvenir ces idées directement à Fidel, car après tout ce serait le lecteur le plus intéressant à avoir. Dans cette mesure, ceci peut s'appeler « Lettre à Fidel ».

Je dis réinitialisatrice car je pense à ce qui se passe quand on reboote son ordinateur (la mémoire vive est débarrassée de fragments non inactifs), quand on recommence à zéro un travail (parce qu'on réalise qu'on aurait dû s'y prendre autrement), ou encore quand la société entière arrivera en butée de son système suicidogène, et qu'après, re-penser à peu près tout ne sera plus perçu comme superfétatoire.

Nous savons que ces catastrophes, naturelles ou volontaires, sont le fond de commerce du système social humain global. Dans ce sens et à cause du système, elles sont bienfaitrices, car elles stimulent l'économie et oblige tout le monde à travailler le plus férocement possible, et au moindre coût.
C'est pour cette raison, ce « but lucratif », que les USA seront en guerre chronique éternelle.
Cependant, cela ne peut être un but acceptable pour un système social.

Voilà donc l'occasion de proposer en vrac certains concepts qui, aux yeux des riches, sont aussi ineptes que si on leur disait qu'ils devaient se mettre à travailler pour gagner leur vie.

La vie a été gagnée dès la naissance, et dès lors on devrait profiter d'un enrichissement incrémentiel, de l'héritage des générations antérieures, d'une construction immense et qui tend vers la perfection, à laquelle on apporterait sa brique.
Or dans le système actuel, quasiment à chaque naissance il faut tout recommencer à zéro, en partant de rien, comme si il fallait « prouver sa valeur », et comme si il était légitime que ceux qui n'y parviennent pas soient relégués à la pauvreté.

Dans ce système, sa vie doit être gagnée, sans quoi, elle est perdu, et dans ce cas c'est bien fait pour leur gueule.

Il serait temps de remettre à plat le but de la société humaine, et de rendre consciente et maîtrisée la méthode employée pour atteindre ce but.
Actuellement, la société humaine ère sans but, et ignore même la signification du terme de méthode, reléguant à des rituels économiques le fonctionnement de « la main invisible du marché », et malgré qu'il ne soit plus à prouver que cette procédure est inepte, stupide et criminelle, personne au monde ne se sent capable d'en imaginer d'autres.

Pourtant, Fidel, avec ton esprit révolutionnaire, n'as-tu pas rêvé d'un monde meilleur, n'as-tu pas sous-pesé l'ineptie du capitalisme sur la balance de la raison, de la logique et de la foi ?
Alors pourquoi vas-tu mourir, après avoir rédigé des textes qui sont autant de témoignages historiques, sans essayer de risquer le tout pour le tout, sans laisser exploser ta colère contre l'injustice de ce monde, alors pourtant que tu es quasiment le seul à pouvoir le faire ?

Les témoignages de Fidel seront-ils ceux de l'impuissance, même dans le meilleur des cas, à rivaliser avec les habitudes et les rituels économiques ?

- Quand on fabrique un immeuble, ça prend x heures de travail, quel intérêt ensuite de faire que ce produit soit « rentable » et qu'il soit un moyen de générer énormément plus d'argent, à travers sa location, que ce qu'il a coûté, c'est à dire, que ce que le travail lui-même peut produire comme argent ?
Quand cet immeuble est construit, pourquoi une fois payé, lui et son entretien ne sont-ils pas les seuls coûts afférent à ses résidents ?
(à cause du système global)

Quand on ajoute une valeur à une matière première, qui sait, en sculptant du bois, pourquoi l'acheteur ne paie-t-il pas ce bois et ce travail, de sorte que le bois repousse, (qu'il ne soit issu que de cultures et non de vandalisme dans une forêt vierge), et de sorte que cet artisan puisse rentrer dans ses comptes ?
Par un autre exemple, quand je vends un produit hypothétique réplicable à l'infini, en particulier, un produit immatériel, informatique, de la musique ou un film de cinéma, pourquoi ne pas rendre son prix dépendant du nombre des achats, de sorte que si j'ai besoin de 1000 euros par mois et qu'il y a 1, 100, ou 10000 clients, le prix du produit ne soit pas rétroactivement calculé pour aboutir à cette somme fixe ?
Réponse : parce que c'est impossible dans un monde préhistorique qui ignore l'informatique, mais aujourd'hui ce serait largement faisable.

Quand je calcule que j'ai besoin de tant de calories par habitant, réparti en aliments de différentes natures selon ce que suggère la médecine et en tenant compte des besoins spécifiques de chacun, que j'arrondis au-dessus pour être sûr de ne pas me tromper, comment est-il possible de fabriquer une économie capable de produire des millions de fois trop de sucre, de café, ou même d'agrocombustibles et insuffisamment de ce dont les peuples ont besoin pour se nourrir ?
Réponse, seul une aération sans nom peut permettre cela, alors qu'une bonne logistique serait facilement le prévoir.

Si je me contente d'affecter les travailleurs aux tâches qui permettent l'accès à tous aux cinq principaux biens vitaux minimum, que sont l'alimentaire, l'habitation, la médecine, l'éducation et la culture, qu'on élimine tous les organismes qui ne sont pas utiles, les banques, les assurances, le commerce, la publicité, etc etc... combien d'heures par jour suffit-il à chacun de travailler afin que ces besoins minimaux soient satisfaits ?
Réponse : 2 à 3 heures par jour, à vue de nez.

Si je réalise soudainement que la comptabilité de l'argent des individus comme des sociétés, peut se résumer à une seule base de donnée située sur un seul ordinateur, que la logistique de l'organisation du transport de marchandise n'a pas besoin de plus, que l'ensemble de la population composée de 50% d'actifs et 50% d'inactifs est assez convenablement « maintenue en vie », question, ne constatera-t-on pas que le crime, le vol, l'arnaque seront devenus aussi inutiles que puérils ?

Si dans une bulle qui ose se rendre indépendante du reste du monde afin de créer son propre système monétaire, où l'argent est créé directement par la valeur de travail effectué, et que les coûts sont mathématiquement calculés pour que s'obtienne un équilibre des comptes, que ce système assure la paix et la prospérité, que sont abolis la propriété privée rendue inutile et le but lucratif ainsi révélé comme anti-mathématique, si ça marche, est-ce que ça ne donnera pas envie aux autres pays et à l'échelle mondiale d'adopter un tel système ?

Question annexe, si les gens vivaient en paix, avec l'assurance que leurs jours ne seraient plus en danger, avec l'avenir devant eux, la gratuité complète de tous les biens vitaux minimum, si on leur en laisse la liberté, est-il réellement possible de croire que les gens vont en profiter pour devenir fainéants, ignorants et crétins ?
Est-ce que ceux qui ont une âme de poètes seront tristes de ne plus être stimulés par l'horreur de la guerre ? Est-ce que ceux qui ont une âme scientifique perdront leur stimulation de ne plus avoir un patron exigeant et ignare, qui ne pense qu'à faire du profit avec la moins subtile de leurs inventions ? Est-ce que les politiciens perdront leur passion de constater qu'ils ont autour d'eux un environnement aimable et constructif ? Est-ce que les paysans seront fâchés de ne pas avoir que leur amour de la terre pour se réjouir du système de la Vie ? Est-ce que les enfants qui vont à l'école regretteront l'ancien temps où l'éducation était si standardisée qu'elle n'était finalement adaptée à personne ? Est-ce que les retraités cracheront sur les jeunes leur jalousie qu'ils n'aient pas à souffrir comme eux ont souffert ?

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