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Ni mal ni bien, juste ce qui est.

L'enseignement le plus important qu'on obtient de l'étude de la topologie des systèmes (et de beaucoup d'autres sciences) est la distinction entre le contenant et le contenu, là où on ne nomme usuellement qu'un conteneur, qui, on le sait en programmation, n'est que la nomination d'un objet, et que c'est ce dernier qui sera traité par le système, non son nom.

Le plus souvent dans le langage (commun) on nomme le conteneur de par son apparence, s'obstinant à ignorer ce qu'il contient (c'est à dire, ce dont le conteneur n'est que symbolique) et pour autant, dans le langage, c'est bien du contenu qu'il est question à travers sa façon de le nommer.

Aussi élémentaire et primaire que soit ce concept, il reste assez rude à devoir expliquer, précisément à cause de l'insuffisance du langage qui ne fait que d'adjoindre ensemble des conteneurs, dont la signification est seulement évoquéeau travers dles mots choisis.

Ce à quoi mène le fait de se rendre compte qu'on ne nomme jamais que symboliquement les objets de nos descriptions, est la place réelle des termes qui sont nés pour être des conteneurs, comme le bien et le mal, alors que ce qu'ils contiennent ne sont eux-mêmes que des conteneurs, des objets décrits par leur symbolique.

En réalité, si on cherche à connaître le contenu de ces objets, on entre dans un travail de création de définition qui nécessite à peu près autant d'énergie mentale que lorsque, emportés par une construction lyrique, on accède à la possibilité de créer un néologisme par exemple.

C'est cet état d'esprit qu'il faudrait avoir en permanence pour éviter de tomber dans le piège qui consiste à croire syntaxiquement en la réalité de ce qui n'est en fait que le symbole d'un objet occulté, même s'il est usuellement bien compris en raison du sens commun.

Disons que toute la logique de celui qui se repose sur la syntaxe des objets est fondée seulement sur le sens commun, et que dès que ce sens n'est pas perçu, « le syntaxique » ne va plus savoir comment s'exprimer.

Voyons bien aussi que par une tradition éternelle, on a toujours l'habitude d'oublier le sens réel des mots et ensuite de les décliner « pour faire bien » selon l'époque et l'évolution du sens commun.
Ce qui caractérise le fait même que la langue soit vivante, les glissements de sens, est en réalité une maladie dont il faudrait se passer, et pour la surpasser, il faudrait déjà en premier pouvoir la nommer et la décrire, la comprendre, car seul ceci peut enseigner la raison de cette urgence.

Jusqu'ici, le sens réel des mots a toujours été libre de dévier, facilitant la conversation, mais aussi, lui faisant perdre de la densité de sens, ce qui finalement, la rend plus difficile

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Quand un essoufflé du cerveau se contente de nommer par sa couleur de peau, pour ce qui est de cet exemple topique, un individu en voulant dire autre chose, ce dont est (sensé être) symbolique son objet, alors il commet une erreur qui peut être facilement démontrée si on se demande quelle est la réciproque de sa proposition.

Cette erreur est si puissante qu'elle autorise même, dans l'absolu, à ce que cette erreur se reproduise.

Par exemple : Sarkozy annonce : « Il faut bien admettre qu'entre les Noirs et les Arabes, les problèmes, ils viennent le plus souvent des Arabes » (1). on devrait, normalement, pouvoir répondre : « Est-ce pour ainsi dire que que le problème posé découle immédiatement du taux de mélanine épidermique ? » et normalement, le premier devrait se dire « ah non je n'ai pas dit cela » et aussitôt, en déduire qu'il s'est trompé.

En réalité ça va même plus loin, lorsqu'on démontre que la réciproque est fausse et que donc l'affirmation est vérolée, les gens qui ont une pensée syntaxique ne peuvent pas le voir, car précisément ils ne savent pas commettre de remplacements dans une construction de sorte qu'émerge un sens différent. Ce qui compte pour eux est le sens et non la formulation, pour eux le discours s'arrête dès lors que le sens commun a été transmit, même si le biais est approximatif.
On peut voir que, chez ceux-là, il faut être dans son entourage pour connaître son langage, et mieux, que son entourage proche n'a pratiquement pas besoin de mots pour communiquer avec lui, puisque le sens commun peut être résumé par des termes très laconiques.

Dans ce cas on prend le chemin inverse de celui de la construction d'un langage, il se déconstruit car il n'est plus utile, puisque les objets décrits sont unanimement rigides et inflexibles, et le sens qui leur est raccordé, coule de source.

Or, plutôt que de chercher à activer des idées préconçues, il vaut toujours mieux chercher à augmenter la précision de ce qui veut être décrit, tel un contenu dont le langage dans son entièreté, serait le contenant.

C'est ainsi qu'on en arrive à devoir établir la fonction des choses, nommer les objets par leur fonction.

Le bien, le mal, ne devraient jamais être considérés comme des contenus entiers, mais seulement des qualificatifs raccordés à des contenus, qui eux doivent être décris.
C'est leur description qui doit pouvoir susciter le qualificatif, et non le contraire, que le qualificatif soit une tricherie qui fasse connaître à l'avance ce qui émerge d'un sens.

N'aurait-il pas été plus simple, dans l'exemple cité, de parler mécaniquement des « humains posant un problème de société » ? Et du coup, la voie prise par ce que renvoie le discours, n'est-il pas plus humain ?

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Il faut bien comprendre que ce qui résulte d'un trop long usage inculte des mots, ignorant qu'ils ne sont que des alias à des réalités, est précisément le genre de circonstance dans laquelle on tombe avec ce seul et simple exemple :

Le sujet, par ses sous-entendus visqueux, a l'air d'entendre que la suppression d'un mal consiste en la suppression de tout ce qui peut être qualifié comme l'est « ce mal ». Il commet une extension brave et inconséquente de la cause du mal, n'hésitant pas à laisser entendre qu'en y allant de façon ample et généreuse, on sera sûrs d'avoir éradiqué tout le mal.

Le corollaire est encore plus passionnant car on va rentrer du coup dans la mécanique psychique du sujet. :
Ainsi de la même manière, ce serait en fabriquant artificiellement les conséquences attendues d'un acte héroïque, qu'on pourra prétendre à ce qualificatif.
C'est cela que plusieurs fois je nomme la tricherie.

En vérité, toute la construction syntaxique qui consiste à confondre l'objet et sa manière de le décrire, est une tricherie, et bien que ce mode ne soit employé que pour transmettre approximativement un message (de haine), si on s'y fie littéralement on ne peut rien découvrir d'intéressant, à part la pathologie du sujet.

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la peur de la peur

La peur aussi est un qualificatif, soi-même, si on a peur, il faut qu'on se dégage de sa propre peur pour pouvoir déposer la froide description de la présence de la peur, détectée par des paramètres connus comme par exemple l'effroi, le fait d'être immobilisé, rendu atone par une perception, et qu'en fait le dégagement de cette stupeur ait été difficile.

Il ne faut pas de peur pour décrire sa propre peur, à cet instant on s'en dégage, même si la description ne vient que longtemps après l'événement, c'est au moment où on (se) le dit qu'on s'en dégage.

Faisant le chemin inverse et repartant de la description de mise en immobilité, on se rend compte qu'on peut faire rentrer dans cette définition (ou plutôt faire entrer ce contenu avec succès, comme une clefs dans une porte, à l'intérieur d'une description) pas mal d'autres événements, et ainsi étendre considérablement le champ de ce qui crée l'immobilisme, dont là encore, on présuppose qu'il est « mal ».

Si on fait ce travail sans comprendre cette règle simplissime mais quasiment indescriptible que j'essaie de transmettre ici, alors on peut éviter de tomber dans le piège rhétorique qui consistera à dire, par extension : « tout ce qui immobilise est le fait de la peur ».
Car si on commet cette erreur, alors on ne fait que déplacer ce qui est conteneur et ce qui est contenu, de sorte que le nouvel ennemi ne soit plus « la peur » mais « l'immobilisme qui le caractérise », et que le nouvel ennemi, soit encore plus insaisissable.

Le vice est d'utiliser contre lui-même un qualificatif, et justement, la peur a une mémoire qui se réveille avant que les conditions qui la font émerger n'apparaissent de nouveau.
Dans ce cas, traumatique, la peur de la peur est sensée éviter la peur, mais il faiit être bien sot pour ne pas la détecter quand même. D'aucun ne s'amuserait à conforter les peurs des uns et des autres dans le but qu'ils soient moins effrayés, ou alors, c'est que le milieu où on baigne est pathologique.

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