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Témoins de l'histoire qui se joue

Témoins de l'histoire qui se joue

On apprendra sûrement dans les jours qui suivent des choses non sues, mais bon :
La caméra fixe l'atterrissage de l'avion, zoom sur les pilotes victorieux, sur les hublots qui sont tous fermés, et qui stationne face à la caméra.

On attend impatiemment que la porte s'ouvre, l'information filtre que c'est Ingrid qui va apparaître la première, et soudain on se rend compte que l'escalier n'est pas même encore mit en place.

Elle apparaît, souriante, et à 0:11 (à Paris) elle est au bas de l'escalier, dans une longue étreinte avec sa mère qu'elle vient de retrouver.
Elles ne savent pas comment se regarder, et alternativement elles s'étreignent longuement.
Puis ensuite son mari, qu'elle serre dans ses bras, sans vraiment que ce dernier n'ai vraiment l'air de réaliser ce qui se passe. Puis sa mère encore, et il se passe 4 à 5 minutes.

Puis les autres otages libérés apparaissent et descendant l'escalier, font leurs brèves retrouvailles, et la caméra zoom en arrière pour poser le cadre, sur fond d'une marque d'avion, des militaires, et des otages libérés, et tout le monde se place face à la caméra, qui est les yeux du monde et de l'histoire, pour marquer cet instant solennel.

A un moment un militaire qui veut faire la photo écarte la mère, qui refuse de s'éloigner, et en effet elle reste comme aimantée passionnellement vers sa fille, pendant toutes ses retrouvailles.

En arrière-plan on la voit téléphoner à ses enfants, qui doivent certainement sauter dans le premier avion affrété pour l'occasion, toutes batteries de téléphones portables chargées à bloc.

- L'allocution d'Ingrid témoigne de sa joie et de sa gratitude envers le gouvernement colombien.

Sarkozy apparaît entouré de sa famille, prêts à décoller.

- Étonnamment, elle se lance dans une conférence de presse d'une heure pleine et entière, transpirant peu à peu, et apportant aux question une fleuve littéraire de première fraîcheur, décrivant de façon déjà anecdotique les turpitudes de sa détention.

Elle suppose que si au matin elle pensait qu'elle pourrait être libérée ce jour, elle a vite refréné cet espoir, avant de finalement se retrouver ici, à témoigner devant l'oeil du monde, et que dès lors, la période de sa détention est comme un passage par les ténèbres, dont elle décrit avec précision la misère et la dureté.

Et dans cette posture religieuse de nouvelle Marianne, clairement représentée par de fugitifs instants de grâce agenouillé sur le tarmac pour prier avec sa mère et remercier notre bien pensant Seigneur, en recevoir la lumière sur sa peau matte, elle n'hésite pas à conclure déjà, à propos de cette période de sa vie, que c'était sans doute un passage nécessaire qui figurait dans son destin.

(note en aparté) ce qui dans l'absolu est une pensée chrétienne, alors que voir la réalité des choses en face, consisterait, en regard de ceux qui sont encore libérés, à placer cette captivité au rang de la parfaite inutilité et de la monstruosité. Mais ce n'est pas ce qu'elle a fait, en préférant se retirer de tout jugement, elle adopte pour ainsi dire une posture religieuse. (fin de la note)

C'est à dire qu'avec le maximum de force possible elle renvoie au plus lointain de l'oubli l'ensemble de cette tragédie, au point de se montrer complètement maître d'elle même et de la structure des réponses qu'elle apporte aux questions des journalistes.

Uribe a été élu, sans doute que si elle n'avait pas été faite prisonnière c'est elle qui l'aurait été, et si tout va bien c'est au moins cet objectif qu'elle s'est indubitablement fixé.

Elle parle avec émotion de ne pas avoir pu remplir son office le jour où elle a été prise en otage, comme d'un acte politique manqué dont elle se reproche qu'il n'ait pas abouti, les larmes aux yeux ; pour conclure que si c'était à refaire évidemment, elle le referait. (note : et elle retomberait dans le piège)

- Des louanges à l'opération militaire menée avec brio et sens de du déguisement, et une dévotion toute particulière à son pays, la Colombie, permettent de placer discours assez étonnamment nationaliste.
Elle compare le succès de l'opération de l'armée colombienne à la qualité d'une opération Israélienne.

C'est toujours avec une émotion emportée qu'elle s'adresse littéralement aux corpus nationaux, colombiens et français, en les bénissant à la grâce de louanges éloquentes et presque poétiques.

La médiation de Chavez est perçue comme bienvenue : "Mais... sous certaines conditions, notamment le respect de la démocratie si c'est Uribe qui a été élu et non les Farcs".

Une déclaration du militaire commentant la mort de Marulanda : "vous voulez la paix, sinon, vous savez ce qui vous attend".
Il précise, au moment où on se pose la question des représailles possibles sur les 56 prisonniers qui sont encore là-bas, que l'opération s'est déroulée sans aucune mort d'homme, et que les personnes arrêtées seront jugées selon ce qui est conventionnel.

Sauf que c'était justement un peu cela, le problème...

- C'est l'occasion de revenir sur les tous premiers commentaires télévisés :
"la victoire de la ligne dure", "l’efficacité de l’intransigeance et de la trahison", etc etc...
un éloge au fait de réaliser des coup de force militaires, directs et poignants, bien plus efficaces que la politique ou la négociation par exemple.

- Pour conclure, on peut se demander quel besoin l'armée a-t-elle eu de se targuer avec une telle extraversion de son succès, si en définitive les groupe des FARCS était réellement un groupe minoritaire de gangsters sans importance, au lieu de rougir de la honte de se faire ainsi tracasser par eux, alors qu'ils sont si puissants.

N'a-t-on pas complètement occulté et pris en otage l'opinion publique mondiale en faveur du président Uribe, et à une vision partisane d'une guerre, et en tout état de cause, à une sorte de fatalisme démocratique agrémenté d'images d'épinal, qui appartient spécifiquement au camp du libéralisme et de l'impérialisme ?

(seule l'histoire nous le dira)

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