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Xxix - La France et l'occupation américaine de l'Europe

"L'alliance atlantique, autrefois dévolue à la sécurité de l'Europe de l'Ouest face à l'Union soviétique est désormais devenue une alliance globale apte à intervenir sur l'ensemble de la planète selon les intérêts et les analyses de la puissance américaine. (…) L'Europe se blairise." Hervé de Charette, ancien Ministre des Affaires étrangères, in Marianne, 19-25 avril 2008

1 - Le tribunal des évidences ?
2 - Une gigantomachie des idéalités
3 - Les exploits des ténèbres
4 - La cage aux anges
5 - Discours de Bismarck aux Germains
6 - Qu'est-ce que le génie politique
7 - Qu'est-ce qu'un chef d'Etat
8 - L' avocat sur la scène internationale
9 - L'avocat d'affaires en politique
10 - " La France est une personne ", Michelet
11 - Un cas d'école : le Tibet
12 - L'histoire à l'usage des enfants
13 - Le retour des guerriers de Tacite

1 - Le Tribunal des évidences

L'histoire simiohumaine progresse à l'école des désastres dans lesquels sa cécité ne la précipite que pour la réveiller à deux doigts de la fosse. Aussi, une nosologie des aventures alternées de la vie et de la mort des civilisations présente-t-elle le précieux avantage de faire débarquer l'esprit de prophétie dans la raison politique la plus quotidienne, tellement l'art de prévoir les verdicts du tribunal des évidences devient un jeu d'enfant quand leurs prononcés s'enchaînent les uns aux autres et ne mettent pas moins de bonne volonté à afficher la rigueur de leurs attendus que les théorèmes du vieil Euclide à faire tomber le tranchoir de leurs déductions.

La légende chrétienne de la résurrection d'un mort adressera un clin d'œil de connivence à une civilisation européenne devenue l'otage d'un empire étranger ; et la politologie moderne sortira du tombeau d'un air entendu, tellement il lui deviendra facile d'observer, la plume à la main et la loupe à l'œil, comment et pourquoi, à partir du 1er juillet 2008, le naufrage politique du Vieux Monde connaîtra une accélération inexorable sous une Présidence française fièrement casquée et la lance au poing ; néanmoins, la catastrophe diplomatique qui se prépare nous administrera un vaccin préventif, tellement les traits d'une débâcle inévitable se préciseront dans l'épreuve et donneront une visibilité nouvelle à la tragédie. Quels seront les symptômes d'une maladie incurable et qui imposera un diagnostic clarifié à une science médicale longtemps demeurée flottante ?

Le premier axiome avarié qu'une présidence française naïve croira cuirasser à la face du monde sera libellé comme suit : "Demain, les brebis du Vieux Continent bêleront encore plus fort qu'aujourd'hui sous la houlette lointaine de leur berger." Cherchez l'erreur : primo, le ridicule du bouclier imaginaire de l'OTAN aura commencé d'apparaître à tout le monde comme un attrape-nigaud para-religieux ; secundo, il sera trop tard pour que la capitulation diplomatique annoncée de la France aide les Etats-Unis à convaincre leurs moutons de Panurge qu'ils avaient grandement raison de se pelotonner sous l'aile d'un potentat étranger ; tertio, quand les Européens se verront autorisés par la bonne grâce simulée de leur maître d'outre-Atlantique à s'endimancher d'uniformes locaux vert de gris, croit-on que ces indigènes se livreront à de grandes réjouissances nationales de gesticuler plus fièrement que jamais aux côtés des centurions inutiles d'un César moribond? Nenni : une concession aussi frelatée sera incitative et ressuscitative des plus vieilles nations du Continent. Car elle provoquera une scission enfin radicale entre les derniers géants du Vieux Monde et des nains fascinés depuis six décennies par un Goliath désormais à la retraite ; et l'on verra l'Allemagne relever fièrement le gant que la France aura sottement jeté au moment même où elle était sur le point de recueillir les fruits de quarante ans de courage solitaire face à un Titan alors dans la force de l'âge. Quand la Gaule réduite aux simulacres de sa souveraineté reperdue s'imaginera avoir pris la tête des vassaux vieillis sous le harnais d'un empire fatigué, une Germanie soudain réveillée par la mise en scène des pénitences et des repentances des Français sottement humiliés par leur propre pleutrerie retrouvera toute sa vaillance d'autrefois ; alors sa grandeur oubliée allumera au feu de ses espérances retrouvées la civilisation proche de sombrer qu'elle avait incarnée un millénaire plus tôt, à l'heure où elle avait longtemps retardé le naufrage des aigles romaines.

2 - La gigantomachie des idéalités

Mais voyez comme l'espérance de renaître ira jusqu'à faire sautiller les squelettes des Pygmées. Chez les Romains déjà, les esclaves subitement promus au rang d'affranchis et devenus hors de prix se ruaient dans l'extase politique, tellement leur liberté toute neuve leur ouvrait les portes de la gloire et les conduisait jusque dans l'antichambre des empereurs, tandis qu'aujourd'hui les aborigènes de l'Europe courent de surprise en surprise. Figurez-vous qu'ils n'en reviennent pas de ce que l'étoffe de leur vassalité soit devenue tellement coûteuse de se trouver mise aux enchères : car il leur est soudainement et très fermement demandé de payer dorénavant de leur poche et rubis sur l'ongle le dispendieux habillage de leur nouvel asservissement. Et puis, ne vont-ils pas enfin s'étonner de ce qu'aucun ennemi en chair et en os ne menace leurs arpents et leur escarcelle? Ils ont beau mettre la main en visière, aussi loin que porte leur regard, ils ne voient que la terre poudroyer sous le soleil. Ne vont-ils pas exprimer leur surprise de ce qu'un faux-semblant d'indépendance militaire vienne vider leur maigre cassette, alors que l'adversaire à terrasser n'est qu'une fumée baptisée " le Mal "? Qui a jamais mis le Diable dans les fers ?

Comment se fait-il que l'employeur d'au-delà des mers ne se sente plus de taille à se colleter seul avec le Démon ? Le cerveau rapetissé des Européens tombés dans le piège d'une fantasmagorie politico-religieuse ne va-t-il pas prendre des fortifiants qui lui feront retrouver sa taille normale? La potion magique que l'on appelle le bon sens ne fera-t-elle pas grossir cette noisette à tel point qu'elle apprendra à regarder de haut l'Astérix des magiciens qu'on appelle la démocratie ? Pourquoi faire défiler les pâles fantassins d'une gigantomachie vaporeuse sur une scène où paradent des idéalités " gigantales ", comme disait Rabelais ? Pourquoi multiplier les faux-semblants sur un théâtre des cerveaux en livrée ou casqués ? Pourquoi décorer de sabres et de baïonnettes des figurants cuirassés de concepts rachitiques? La postérité rieuse de Gargantua ne découvrira-t-elle pas que les armes d'opérette du maître des songes de l'humanité avaient été forgées sur les enclumes du Diable, tellement les mules du pape de la Liberté suent la vassalité des dévots? Les écailles de la scolastique des démocraties vont-elles tomber des yeux des modernes ? Qu'en est-il des saintes pantoufles du dieu Liberté'

Enfin, on entendra les Gaulois humiliés par leur Vercingétorix de carton se demander, aux côtés des phalanges ressuscitées de Siegfried, pourquoi leur pantomime trans-océanique leur demande de combattre les moulins à vent dont sa folie ne fait plus tourner les ailes que dans le vide, pourquoi les grands principes qui l'armaient de pied en cap se lézardent, pourquoi il feint de rentrer les griffes et de relâcher un instant son étreinte pour s'appesantir bien davantage sur ses proies de demain? N'aurait-il délivré l'Europe d'un tyran que pour la dévorer dans son Eden de la Liberté ? Quand le ciel du maître se fatigue du faux salut des nations, quand ses promesses ont perdu leurs voilures dans les esprits, quand les rédemptions amaigries ne font plus tinter que le clinquant des dévots, pourquoi faire appel aux recrues d'une grâce qui bat de l'aile et rame dans le vent, comme si la sonnaille des prières vassalisées pouvait réveiller le chœur endormi des anges de la démocratie? La tragédie de la débâcle des dieux est de les changer en personnages de comédie jusque dans la tête de leurs adorateurs ; alors, pris de panique, ils s'en vont dans les villages les plus reculés sarcler les derniers jardinets de leurs agenouillés.

3 - Les exploits des ténèbres

Les résurrections sont des plantes à faire pousser dans les bocaux de la logique politique. Bientôt le naufrage des songes qui pilotent le monde accoucheront des trépassés dont les yeux de lynx se riveront sur leur maître ; bientôt des phares s'allumeront jusque dans la nuit des morts ; bientôt les ténèbres s'éclaireront du feu des prophètes ; bientôt les tombes enfanteront des soleils, bientôt des funambules de la démocratie se feront torches et flambeaux. Alors les petits Européens auxquels on aura permis de jouer aux soldats de plomb aux côtés de l'occupant se diront qu'il y a anguille sous roche et commenceront de jeter des regards de travers au colosse qui s'est incrusté sur leur sol. Comment se fait-il, se diront-ils, que notre vassalité promène son ossature dans les nues, alors que sa laisse nous tient au ras du cou ?

Il arrive que les laquais se fatiguent d'entendre des ordres sonner à leurs oreilles. Ne deviendront-ils pas un brin soupçonneux si une France en habit de bure leur tient à peu près ce discours ? " Sachez que vous deviendrez riches et puissants si vous vous placez sous le sceptre profitable qui fera plier vos échines, sachez que le joug qui s'appesantira sur vos épaules deviendra plus payant quand la Gaule aura cessé de houspiller le souverain du monde. Faites-moi confiance: si vous échangez votre liberté pour le sac de cendres de vos pénitences et si vous laissez mettre aux enchères les séquelles de votre démocratie, je ne vous solderai pas à bas prix. Je me porte garant du peuple de Molière et de Descartes auprès de tous les banquiers de la planète. La République trouvera à la bourse de New-York, de Londres et de Tokyo la somme qui vous dédommagera d'une domesticité que je vous promets bien prébendée. Non seulement la France enrubannée sur les marchés conquerra sa souveraineté pleine et entière à se vendre à la foire des ceintures dorées, mais croyez-en Richelieu, croyez-en Mazarin, croyez-en Talleyrand, si vous endossez résolument l'uniforme de l'étranger et si vous en cousez les galons sur vos képis, vous entraînerez si bien toute l'Europe à porter les mêmes épaulettes que vous remercierez la France d'être descendue au tombeau pour un sac de pistoles. Sachez que je suis chrétien, sachez que la France s'immolera aux côtés du Christ sur l'autel d'une servitude rédemptrice. Alors seulement, vous bénéficierez des trésors de la grâce que le ciel de nos ancêtres nous a légués. Je vous conduirai à la résurrection de la France rachetée ; je vous conduirai à la gloire de vous ensevelir dans le sépulcre du Dieu vivant ; car tel est le message au monde de la France de la croix."

Mais quand les insectes du sacrifice se seront mis à l'écoute d'un chef d'Etat en tenue de Messie de la vassalité de la nation, quand le bruissement des élytres du majordome de la France domestiquée se sera frayé un chemin jusqu'à vos oreilles, vous vous direz qu'il faut prendre au mot ce valet de l'étranger et le piéger à l'école de son propre affublement. Puisse le levain des résurrecteurs faire lever le pain des morts, puisse le funèbre de la piété féconder le génie de la France, puisse l'Europe appelée à descendre dans la nuit à la voix de M. Nicolas Sarkozy commencer de monter vers la lumière que Rimbaud appelait son " soleil noir ".

4 - La cage aux anges

Sitôt que la Gaule eut engagé un dialogue des morts sous de si heureux auspices avec une Germanie sur le point de se réveiller d'un long sommeil, sitôt que les deux peuples eurent commencé de compter les armes rouillées et les uniformes de pacotille qu'ils feraient porter aux soldats mécaniques d'une Europe à mettre sous le joug d'un empire étranger, quelle ne fut par la surprise de Paris devant la métamorphose aussi soudaine que miraculeuse des guerriers d'Arioviste ! Quelle mouche les avait-elle donc piqués pour qu'ils fussent tout subitement devenus soupçonneux en diable ? Voici ce qu'ils se chuchotaient les uns aux autres:

" Quel rôle un Vercingétorix porteur de la couronne de son maître entend-il nous faire jouer ? Sur quelle potence veut-il nous clouer? Nous fera-t-il parader sur cette terre en roitelets déconfits ? Nous placera-t-il à jamais sous le regard de son souverain d'au-delà des mers? Quelle longueur accordera-t-il à notre laisse ? Comment négocierons-nous l'épaisseur et le tannage de la courroie que nous porterons au cou? Si toute l'ambition de ce bavard de Français est seulement de gonfler l'outre de sa vassalité toute neuve aux côtés de la nôtre, nous laisserons-nous reléguer au rang de supplétifs invétérés de l'expansion guerrière du Nouveau Monde ? Notre destin nous appelle-t-il à renforcer la suprématie d'un mercenaire français de l'étranger? Figurerons-nous longtemps encore parmi le cheptel bariolé des serfs enrichis à l'école de leur vassalité ? Certes, nos chaînes sont les plus lourdes que notre longue histoire nous ait jamais fait porter ; certes, notre sort d'otages des cent quatre vingt dix-huit garnisons que César a armées jusqu'aux dents sur nos terre et qu'il a coulées dans l'airain de son éternité nous condamne pour longtemps encore à payer le tribut d'une défaite de nos armes vieille de plus de soixante années. Mais, ne nous laissons pas assoupir par un Français qui se moque comme d'une guigne de l'avenir d'une Germanie quadrillée du nord au sud et de l'est à l'ouest par les camps des légions.

"Et puis, l'autre face de la médaille qu'on nous offre nous alerte tout autant. Il est clair que le Romain se fera un jeu d'enfant de rassembler sous ses enseignes et ses cierges les peuples hollandais, suédois, danois, italien, espagnol, grec, roumain, bulgare, tchèque, baltes, polonais, slovaque, slovène, belge, autrichien, finlandais, luxembourgeois : " Voyez, leur dira-t-il, comme les fiers Gaulois sont rentrés piteusement dans le rang, voyez comme ces baudruches se repentent de leur fugue de quarante deux années, voyez comme ces fanfarons se sont replacés sous notre commandement, voyez comme ces champions en gasconnades, hâbleries et pantalonnades sont rentrés gentiment au bercail. "

Quelle ombre de souveraineté une France des matamores de la Liberté nous propose-t-elle maintenant, elle qui se prétend plus vaillante que jamais de se replacer sous la houlette qu'elle avait quittée pendant un demi siècle ?

5 - Discours de Bismarck aux Germains

"Germains, ne laissez pas aux missels et aux chapelets du pays de Tartuffe et de Tartarin vous faire prendre la proie pour l'ombre. Que la France des bréviaires et des patenôtres des Romains nous dise clairement comment elle entend délivrer l'Allemagne de Luther de la soumission catholique à l'autorité du moment. Puisque leur religion prétend que tout pouvoir vient de Dieu, puisque leur idole cautionne partout l'ordre établi, comment leurs autels nous apprendraient-ils à scier les barreaux de la cage dans laquelle leur espèce de démocratie essaie de nous enfermer, comment leur culte nous enseignerait-il à brûler les ciboires de la servitude dans lesquels nous buvons le vin amer de la défaite de nos armes ?

"Non, l'histoire du monde n'est pas devenue l'affaire des séraphins de leur théologie contrefaite. Si ces glorieux Gaulois entendent maintenant revêtir l'Europe entière des vêtements de confection de leur vassalité retrouvée, pourquoi leur Président entendait-il, dans le même temps, hisser le cheval de Troie britannique à la tête des vaincus du Vieux Monde ? Comment une île livrée depuis deux millénaires à des envahisseurs ardents à la ligoter, à la garrotter, à l'enchaîner étroitement à leur territoire et à leurs drapeaux et de la réduire au rang d'une enclave ficelée au continent de leur propre gloire exorciserait-elle à jamais le spectre de la provincialisation qui nourrit ses cauchemars ? Comment demander à une île prestigieuse de prendre une place calculée et modeste dans une puissante forteresse dressée face à ses rivages et de s'y laisser dévorer à petites bouchées par des rapaces de haut vol ?

"Germains, la traîtrise de la France est cousue de fil blanc ; car enfin, non seulement Albion est en guerre avec l'Europe des Césars, puis des chrétiens depuis deux mille ans, mais nous savons tous qu'elle en demeurera nécessairement et à jamais l'ennemie la plus acharnée, nous savons tous que sa tenue de serf humilié du Nouveau Monde n'est que le prix qu'elle accepte un instant de payer afin de mieux assouvir sa haine inextinguible d'un Vieux Monde étranger à son âme et à son esprit, nous savons tous que sa fureur, contre ses envahisseurs remonte à Jules César, à Domitien, à Claude, à Guillaume le Conquérant, à Charles Quint, à Napoléon, à Hitler ; nous savons tous que le joug douloureux, mais provisoire, qui lui fait plier l'échine à son tour devant le nouvel empire des mers est préférable à ses yeux au trépas pur et simple qu'entraînerait son absorption parmi les farauds descendants des dieux de la Grèce et de Rome.

"Mais la France a-t-elle jamais conquis les vraies armes de la raison politique, celles qui lui permettraient de connaître la psychophysiologie des peuples dont le creuset insulaire a modelé les esprits et les cœurs ? Si M. Nicolas Sarkozy était un anthropologue de génie, si sa capacité de scanner le cerveau des empires en faisait le précurseur d'une simianthropologie qui fait aujourd'hui ses premiers pas, il ne tenterait pas de faire de l'Allemagne la vassale du Christ romain, celui dont notre empereur Henri IV a percé les secrets il y a près de mille ans. Souvenez-vous de la potence vaticane qui a conduit notre chef à Canossa, souvenez-vous d'un gibet qui, depuis deux mille ans, enseigne au monde que la culpabilisation de l'adversaire est le clé de la politique mondiale depuis qu'une croix cloue les nations sur le Golgotha de leur histoire."

6 - Qu'est-ce que le génie politique ?

Vous voyez comme tout converge vers la question cruciale de savoir quelle interprétation les historiens, les psychologues, les anthropologues, les philosophes, les juristes donneront, le moment venu, de l'art. 68 de la Constitution française, dont vous savez qu'elle a été modifiée in extremis le 23 février 2007. Je me félicite de vous avoir entretenus, à quatre reprises déjà, du contenu énigmatique de cet article, parce qu'un an seulement aura suffi pour que la terre entière commençât de se demander avec angoisse si la destitution solennelle d'un Président de la République française régulièrement élu par le peuple souverain, trouvera ses motivations dans le vieux laboratoire des juristes ou s'il faudra l'agrandir.

- La Constitution modifiée le 23 février 2007 et la défense de la souveraineté nationale , 14 mars 2007

- EXISTE-T-IL UNE ETHIQUE DE L'HISTOIRE ? Lettres à la génération de demain IV - Quel est le contenu de la souveraineté du peuple français ? 13 septembre 2007

- Une révolution du droit international public, Réflexions sur la destitution du Président de la République en vertu de l'art. 68 de la Constitution du 23 février 2007, 15 octobre 2007

- LETTRES A LA GENERATION DE LA LIBERTE II - La pesée du cerveau du Président de la République conduit au coeur de l'histoire du monde, 18 octobre 2007

Que vaut, en l'espèce, la boîte à outils des Bartole et des Cujas ? Comment l'Assemblée et le Sénat réunis à Versailles diagnostiqueraient-ils l'inaptitude foncière et inguérissable de M. Nicolas Sarkozy à diriger la France si une destitution cruelle et tragique, mais jugée inévitable devra se fonder sur des preuves évidentes et irrécusables de son incapacité naturelle à exercer sa fonction, alors que les juristes les plus éminents d'hier et d'aujourd'hui n'ont pas encore formulé clairement la nature et le contenu de l'encéphale d'un vrai chef d'Etat ? Que dis-je ! Il va falloir démontrer non seulement l'évidence qu'il n'est pas donné à un avocat d'affaires de guider une nation au milieu des tempêtes de l'histoire, mais surtout que, de son côté, la politologie moderne est demeurée une infirme pour n'avoir jamais seulement tenté de traiter de cette question. De plus, il se trouve que la Constitution de 2007 n'est applicable à M. Nicolas Sarkozy que si sa bonne foi est demeurée celle d'un enfant en bas âge, puisque la destitution pour trahison motivée, donc savamment calculée a été rayée d'un trait de plume. Mais comment démontrer l'infantilisme inguérissable d'un homme politique chevronné ? Et puis, rien n'est plus insaisissable que la traîtrise, puisque l'histoire est faite d'une étoffe qui mêle toujours quelques fils d'intelligence et de raison à sa trame.

Et pourtant l'incapacité native et incurable d'un chef d'Etat à se mouvoir sur la scène internationale peut trouver sa source dans une candeur tellement invétérée et tenace qu'elle résistera au cynisme le plus éhonté du démagogue averti et cela quand bien même il semblera avoir appris au berceau l'art d'égarer l'ignorance du bon peuple. C'est que l'art de jouer serré sur l'échiquier de la planète est une autre affaire. On ne trompe pas les Etats avec les ficelles à berner un corps électoral. A quelle science vigoureusement argumentée de la politique internationale faudra-t-il donc faire appel afin de légitimer le renvoi pur et simple à sa circonscription d'un Président de la République qu'on déclarera viscéralement inapte à se présenter dans l'arène réservée aux esprits capables de se colleter avec l'histoire du monde, s'il faudra commencer par l'apprendre soi-même à l'école non seulement des Machiavel et des Tacite, mais pour avoir plongé dans les entrailles du simianthrope ? Il n'est pas d'école d'apprentissage qui nous mette à l'écoute des Shakespeare et des Swift, des Cervantès et des Eschyle, des Balzac et des Sophocle.

Et pourtant, un chef d'Etat plein de bonne volonté et dont la candeur trompera ses meilleures intentions sans qu'il puisse seulement se douter des leurres qui l'auront piégé est un spécimen du genre humain dont on ne trouvera le portrait que chez les géants de la littérature. Hamlet, Othello, Coriolan, le Roi Lear, autant de chefs d'Etat dont l'infirmité professionnelle n'a jamais été étudiée par les politologues. Quand un Parlement allemand composé de notables de province a appelé le Dr Erhardt, père du "miracle économique" allemand à succéder à Konrad Adenaueur, il ne se doutait pas qu'un éminent spécialiste dans son ordre pouvait se révéler aussi étranger à la macro-histoire qu'un Bocuse devant un chef de train ou un pâtissier devant un charpentier.

7 - Qu'est-ce qu'un chef d'Etat ?

Le monde moderne veut ignorer que la démocratie n'est pas propice à la formation des vrais hommes d'Etat et que leur génie en herbe survit rarement à leur passage par un creuset aussi rebelle à le modeler. M. Del Cano, chef d'un Gouvernement allemand de la République de Weimar était un " économiste distingué ". A ce titre, il s'est dit que si la France occupait la Ruhr, c'était évidemment à seule fin d'en voler le charbon et que si Berlin y organisait des grèves avec la complicité bien arrosée des syndicats, le renard privé de sa proie quitterait les lieux la queue basse. Quelle ne fut pas la surprise de ce marchand de voir Poincaré faire occuper les lieux par la troupe ! Un quart de siècle plus tard, quelle ne fut pas la stupéfaction du Général de Gaulle, de ce que l'Angleterre de M. MacMillan livrât aux Etats-Unis les armes secrètes que fabriquait encore une nation que son puissant allié d'outre-Atlantique avait pourtant écartée depuis longtemps de toute collaboration significative dans la fabrication de la bombe atomique dans le désert du Nevada. Décidément, la notion de profit n'a pas le même sens dans toutes les têtes, parce que ce sont les hiérarchies des valeurs qui pilotent les définitions des mots de l'histoire.

Pour comprendre pourquoi le suffrage universel est le laboratoire le plus inapproprié de l'encéphale des chefs d'Etat, donc du génie politique, il faut savoir que le genre simiohumain est armé de deux moteurs, l'un qui assure son train, l'autre qui commande la propulsion des civilisations. Le premier est un cerveau inégalement performant selon les spécimens de l'espèce, le second, un masse cérébrale diversifiée à l'extrême et qui est apparue en Grèce à l'époque de Platon. Depuis lors, la boîte osseuse du simianthrope propulsif s'est tellement diversifiée que si nous connaissions les secrets d'un organe aussi prodigieusement développé et en quelque sorte monstrueusement hypertrophié, mais toujours dans un ordre particulier et étroit, nous saurions que ces machines se distinguent désormais tout autant les unes des autres que les abeilles des hannetons.

Quand M. Nicolas Sarkozy demande à M. Trichet d'abaisser le taux d'intérêt de la monnaie européenne, comment se fait-il que ce chef d'Etat en titre ignore purement et simplement, semble-t-il, qu'il s'agit d'une arme de guerre et qu'à ce titre, elle est appelée à remplacer un dollar que la victoire militaire d'un empire a réussi à hisser pour un temps au rang de monnaie de réserve mondiale. Les économistes sont les innocents aux mains pleines de la politique. Un vrai homme d'Etat voit des cerveaux de types divers camper chacun dans un monde à part. Aussi ne faut-il pas s'étonner de ce que, moins de trois mois après son accession au pouvoir, M. Erhardt n'était jamais reçu qu'entre deux portes à Washington. M. Nicolas Sarkozy sait-il qu'on ne saurait se mettre davantage et plus délibérément au service d'une puissance étrangère qu'en conduisant l'Europe au suicide politique qu'entraînerait la dévalorisation de sa monnaie'

Certes, Benoît XVI n'a pas la tête politique d'un Grégoire VII ou d'un Jean-Paul II, mais personne ne doute de la sincérité et de la bonne volonté d'un théologien que sa naïveté aura égaré parmi les loups. M. Nicolas Sarkozy est-il le Benoît XVI ou le Silvio Berlusconi de la politique étrangère de la France ? Se dit-il, in petto, qu'il est des époques tellement propices à l'épanouissement de la médiocrité des hommes d'Etat que la fausse sagesse des dirigeants au petit pied leur permet de s'installer sans bruit et à peu de frais sur le trône de leur tranquillité et d'y conduire entre des balises une carrière sans encombres ? Pourquoi faire des chichis quand l'heure n'est pas favorable à l'éclosion et à l'épanouissement des hommes d'Etat, alors que tout leur génie se trouve branché sur l'esprit visionnaire qu'ils partagent avec les prophètes'

Mais si une humanité désormais dotée de têtes hyperspécialisées ne progresse plus qu'à l'école de ses cerveaux d'exception et si cette espèce est la seule dont les spécimens de révèleront cérébralement aussi dissemblables par leurs exploits spécifiques que le moustique et la libellule se distinguent physiquement, alors il sera non moins impossible d'enseigner les derniers secrets de la physique mathématique à un grand poète que de faire de Mozart le champion du monde des échecs en son temps. Il nous faut donc apprendre à observer en quoi et pour quelles raisons on ne fera jamais de M. Nicolas Sarkozy un Pierre le grand ou un Charlemagne de l'Europe.

8 - L'avocat sur la scène internationale

Pour soupeser l'encéphale politique de M. Nicolas Sarkozy sur la scène internationale, donc pour tenter de mesurer à coup sûr sa capacité ou son incapacité à entrer dans le jeu sévère et secret des nations et des empires, il faut se souvenir de ce que la profession d'avocat qu'il a exercée à Neuilly est la plus déhanchée entre la droiture et la fausseté qui se puisse imaginer ; car la grandeur et la servitude de l'âme et de l'esprit des barreaux est de se colleter avec une institution semi religieuse dont la pompe et les atours attendent les marques extérieures d'un respect de type sacerdotal, tellement sa sacralité innée est celle de toute ecclésiocratie. Mais, dans le même temps, le métier de plaider pour Milon, Rabirius, Calas ou Dreyfus vous guérit rapidement des illusions et des solennités que Thémis voudrait cultiver jusque dans les démocraties. Le train royal de l'appareil de la justice est au service d'un temple antique et fatigué. Les ambitions, les motivations et les carrières de ses officiants se révèlent tellement éloignées des sacrements de la déesse que l'avocat joue, depuis les origines, le double rôle du prêtre simoniaque et du profanateur inspiré. Comment apostropher vertement les serviteurs d'un culte dont l'autel s'est protégé des outrages par des dispositions du code pénal exorbitantes au droit commun et aux lois sur la presse? On sait que le glaive des lois protège les juges contre toute critique de leurs verdicts et, de surcroît, contre tout écrit ou discours de nature à jeter une ombre de suspicion sur la provenance, la nature et l'odeur de leurs décisions.

Comment une démocratie peut-elle prétendre illustrer la liberté de pensée et d'expression, alors que, dans le même temps, elle s'interdit la critique de l'iniquité de ses juges ? Que reste-t-il des droits de la vérité si l'avocat est condamné à cacher l'injustice sous le bouclier du tartuffisme judiciaire? Or, un vrai chef d'Etat est le défenseur de sa nation sur la scène internationale, mais également un avocat de l'humanité. Son prétoire est l'arène du monde. Mais pour quelles raisons, de Démosthène ou Cicéron à Aristide Briand, Bill Clinton ou Tony Blair, tous les avocats que l'histoire a cités devant son tribunal ont-ils démontré leur méconnaissance de la nature même de l'espèce simiohumaine? Pourquoi le Démosthène des Philippiques n'a-t-il pas compris la nature et la portée de la rivalité avec la Perse qu'esquissait l'ambition militaire du père d'Alexandre, pourquoi Cicéron n'a-t-il pas compris la nature et la portée de la transition nécessaire de la gouvernance d'une République à la direction d'un empire, pourquoi Léon Blum ou Jaurès n'ont-ils pas compris que la politique étrangère est le creuset de l'histoire, pourquoi Bill Clinton n'a-t-il pas compris que la vocation de la démocratie mondiale n'est pas d'ancrer le sionisme au cœur de l'histoire de la planète, mais d'aider l'islam de demain à féconder la raison du genre humain, pourquoi Tony Blair n'a-t-il pas compris que l'avenir de la civilisation mondiale ne passera pas par la vassalisation perpétuelle de l'Europe sous le glaire d'un empire américain de la " Liberté ", pourquoi M. Nicolas Sarkozy n'aura-t-il pas compris que l'arbre de la liberté ne cachera pas longtemps la forêt de l'occupation militaire du Vieux Continent ? C'est que le véritable homme d'Etat est un connaisseur des impasses de la conditions simiohumaine donc une simianthropologue avant la lettre.

Patrice Gueniffey, Directeur du Centre de recherches politiques Raymond Aron écrit, à propos du coup d'Etat du 18 brumaire que, depuis 1789, " la révolution française avait parcouru tout le cycle des formes politiques connues pour s'enliser dans une impasse dont elle ne sait plus comment sortir : la République, souillée par la Terreur est devenue impossible ; la monarchie, synonyme de contre-révolution, l'est autant. " (Le Dix-huit Brumaire, l'épilogue de la Révolution française, Gallimard, mai 2008) La science historique française commencerait-elle de comprendre que toute histoire repose sur une anthropologie du moindre mal ? Saurait-elle que mai 2007 est un 18 brumaire manqué, parce que M. Nicolas Sarkozy ignore que si l'histoire a épuisé les recettes de la droite et de la gauche, l'avenir appartient à une révolution dans la connaissance du cerveau humain qui fondera un recul entièrement nouveau du regard de l'historien sur une espèce dont la politique illustre les apories psychogénétiques ? Mais comment se fait-il que la profession d'avocat, qui depuis les origines était du moins porteuse et annonciatrice d'une humanisation progressive de la justice, conduise maintenant un chef d'Etat à une régression cérébrale qui s'attache à l'apologie d'un panculturalisme décérébralisé et censé charrier une religiosité aussi aveugle que vaguement laïcisée ?

9 - Un avocat d'affaires en politique

C'est que le destin politique manqué de M. Nicolas Sarkozy sur la scène internationale se joue au cœur de la scission actuelle de la profession d'avocat entre les modestes auxiliaires du progrès éthique de l'humanité à la barre des tribunaux et l'émergence redoutable des avocats d'affaires, qui ne plaident plus que des dossiers financiers. Cicéron s'est métamorphosé en chef de guerre des prédateurs sur le marché mondial de l'industrie et de la haute finance. On ne plaide plus contre Verrès ou Catilina quand il s'agit seulement de litiges à trancher, de conflits d'intérêts à négocier, d'arrangements et de compromissions à mettre sur pied, de rivalités et d'ambitions à défendre au profit des intérêts d'une partie au détriment de l'autre. Il fallait une philosophie entière pour exposer aux juges que Milon avait le choix entre se laisser tuer par Clodius ou par la loi des Douze Tables et pour faire entrer en catimini la notion de légitime défense dans une République romaine au front bas: il faudrait un philosophe de la politique mondiale pour faire entrer la notion de légitime défense de l'Europe dans le logiciel cérébral d'un avocat d'affaires.

M. Nicolas Sarkozy ne voit qu'une Europe divisée entre deux entreprises commerciales géantes et non moins légitimes l'une que l'autre à ses yeux, celle d'une Europe politique appelée à demeurer frileuse, mais qui pourrait entr'ouvrir un œil, et celle d'une Europe légitimement blottie sous l'aile qu'elle croit protectrice de l'OTAN. Ce dossier financier est seulement mal ficelé : le Del Cano d'un continent devenu tout entier une nouvelle République de Weimar s'imagine que l'Europe militaire encore dans les limbes et l'Europe soumise les yeux fermés au joug de l'étranger seraient non seulement conciliables, mais se trouveraient appelées à collaborer gentiment et la main dans la main. Il s'agit, pense-t-il, d'un conflit malencontreux et dommageable aux deux interlocuteurs ; il s'agit, à ses yeux, d'un malentendu passager - une manière de querelle artificielle entre Mobil et Total. Pourquoi ces deux entreprises n'abandonneraient-elles pas leur sotte rivalité sur un même pâturage, pourquoi ne s'entendraient-elles pas pour conclure un partage raisonnable des bénéfices ? Quelle folie, n'est-ce pas, qu'une concurrence inutile et coûteuse sur un marché de plus en plus unifié! A l'instar, encore d'un M. Del Cano ou d'un MacMillan, l'avocat d'affaires vit dans un monde de l'économie. Ne lui parlez pas d'autre chose que de capitaux, de débouchés, de réserves de devises - mais la première évidence qui crève les yeux de tout homme d'Etat, c'est non seulement que la vie politique des vraies nations, mais leur existence même est incompatible avec la violation continue et statutaire de leur souveraineté qu'implique la présence consentie à perpétuité de troupes étrangères sur leur sol. Si les classes dirigeantes des démocraties myopes de l'Europe tentaient, pour une génération encore, d'accoutumer l'Europe à son auto-vassalisation militaire, il naîtrait des Bolivar au sein des peuples allemand, italien et espagnol - ils sont déjà là, ils ont à peine vingt ans, mais l'avenir leur appartient.

10 - " La France est une personne ", Michelet

Décidément, il est arrivé une étrange aventure au principal actionnaire d'un cabinet d'affaires de Neuilly : c'est tout subitement qu'il ne s'est plus trouvé placé à l'écart des chefs d'Etat en exercice, alors que l'avocat demeure séparé des juges. Alors cet enfant s'est cru autorisé à prendre familièrement ses aînés, les vrais acteurs du monde, par le bras, à s'entretenir en aparté avec ses compagnons de classe, à les tutoyer en cachette, puis en public, à paraître de mèche avec eux, à se glisser derrière les décors d'un théâtre qu'il a cru semblable à celui de l'appareil feutré de la justice civile dont on sait qu'il se trouve branché, lui aussi, sur les reliquats trompeurs de la théodicée chrétienne. Le temple truqué de Thémis s'était écroulé d'un seul coup ; et notre avocat s'est cru intronisé tout soudain dans un prétoire seulement plus vaste, mais non moins illusoirement sacralisé que celui des Bridoison et des Raminagrobis, celui où les augures et les haruspices de la politique mondiale avaient tombé le masque, croyait-il, comme les juges enlèvent leur robe au sortir de leurs audiences. D'où les privautés déplacées du néophyte qui s'imagine s'être glissé dans les coulisses de l'histoire du monde et connaître enfin les vrais ressorts de toute la représentation. Mais on ne tire pas les ficelles de la planète comme on croyait tirer celles des Bolloré ou des Lagardère.

M. Nicolas Sarkozy ne sait pas encore que les hochets des juges ne font pas le poids devant les avocats de l'âme et des intérêts des nations qu'on appelle des chefs d'Etat, M. Nicolas Sarkozy n'a pas appris que derrière M. Poutine veille la grande âme de la Russie, derrière M. Hu Jintao un empire du Milieu vieux de quatre mille ans, derrière la prospérité enviable d'un cabinet d'affaires de Neuilly une France qui ne fait pas de courbettes et que Michelet appelait une personne. Celle-là attend d'autres services des dignitaires de son âme et de son génie que ceux des flatteurs et des fieffés menteurs devant lesquels les Présidents des cours d'assise agitent ridiculement leur sonnette.

11- Un cas d'école : le Tibet

Par bonheur l'actualité internationale présente quelquefois aux spécialiste de la pesée de l'encéphale des chefs d'Etat des dramaturgies taillées sur mesure aux fins de tester l'âme et la raison des avocats de l'Histoire. C'est ainsi que les relations de la Chine avec le Tibet ont figuré un cas d'école ; et l'on a vu la France de la raison politique citer le Président de la République française à la barre de son tribunal. Comme il se trouve que la Gaule est la première nation qui, à partir du XVIIIè siècle, s'est essayée à enseigner au monde de ce temps-là les premiers rudiments d'une future politique de " défense et illustration " des droits universels et permanents de l'intelligence critique face aux pouvoirs locaux et changeants des dieux particuliers à telle ou telle nation et qui ait éduqué le peuple dès les bancs de l'école à répondre à sa vocation prochaine de missionnaires et d'apôtres de l'élévation de la France au rang d'avocate des têtes bien faites, comment l'élève Sarkozy a-t-il répondu aux questions de ses examinateurs ?

La question était difficile à résoudre : autrefois, il n'était pas question de mêler une querelle d'humanistes aux relations que les Etats entretiennent entre eux. Comme toute autorité venait du ciel, une tyrannie servait les desseins impénétrables de la divinité - à moins qu'elle s'attaquât aux droits de l'Eglise - et il n'était pas décent de mettre le nez dans les affaires du créateur. A partir de l'instant où l'homme devenait le seul souverain réel du temps de l'histoire, il fallait élaborer une anthropodicée générale et l'articuler avec la géopolitique.

Mais tout vrai chef d'Etat n'a pas besoin d'un long discours sur les " droits de l'homme " pour comprendre que les services secrets d'un souverain étranger ne sauraient s'autoriser à réduire l'esprit de justice de la France au rang d'apologiste de la vertu démocratique sur tel lopin de la planète : une nation qui consentirait à sa réduction au rang d'un sous-traitant de ce type ne mériterait plus de porter la robe d'avocat, car une telle nation s'abaisserait au rang de vassale d'un empire devant lequel elle aurait accepté de s'humilier. M. Nicolas Sarkozy avait donc une occasion éclatante de clarifier définitivement et à la face du monde entier le vrai message, tant intellectuel qu'éthique, de la France gallicane ; et de rappeler solennellement aux cinq continents qu'elle n'exerce aucun apanage et ne nourrit aucune ambition qui l'asserviraient en retour aux banderoles d'un conquérant tartuffique, serait-il le plus puissant de la terre. L'avocat de l'insoumission politique de la France ne s'incline devant aucun tribunal autre que celui que la nation veut être à elle-même.

Aussi, les juges ont-ils rappelé au candidat Nicolas Sarkozy primo, que la Chine n'interdit en rien aux Tibétains de faire tourner jour et nuit leurs moulins à prières, secundo, que le Tibet fait partie du territoire de l'empire du Milieu depuis sept siècles, tertio, que les Nations Unies n'ayant pas cru devoir placer un séparatisme politique universel dans l'herbier bien ordonné des droits de l'homme et du citoyen, il lui appartenait de plaider dans le seul prétoire du droit international en vigueur.

Enfin, les examinateurs ont fait remarquer à M. Nicolas Sarkozy qu'il appartient à la nation de Descartes de préciser les relations que les droits de la raison scientifique et philosophique entretiennent avec les droits subjectifs des cultures et des religions, lesquelles se diversifient au gré des climats, des époques et des lieux. Depuis plus de trois siècles, la vraie France a vocation de servir de fer de lance aux prérogatives des savoirs que l'encéphale de notre espèce a revendiqués et conquis ; depuis plus de trois siècles, la France soutient qu'il n'y a pas de Liberté des intelligences asservies à un maître ; depuis plus de trois siècles, la France tente de fonder la civilisation mondiale sur la longue marche du cerveau embrumé du simianthrope vers la lueur d'intelligence qui l'attend. Il appartient à la République de plaider de pied ferme pour les droits du bon sens ; et le bon sens ne ressortit pas aux goûts et aux couleurs capricieux, bariolés et instables qui permettent aux cultures de parader sur les tréteaux des magiciens. Tout chef d'Etat français est un défenseur du "Connais-toi" dans l'arène de la pensée mondiale, tout chef d'Etat français a vocation de plaider dans le prétoire d'un XXIe siècle appelé à féconder l'évolution planétaire du cerveau du simianthrope.

Le jury a rendu un verdict sans appel : " La plaidoirie de M. Nicolas Sarkozy a passé entièrement à côté du contenu politique, intellectuel et moral de la crise du Tibet ".

12 - L'histoire à l'usage des enfants

Si l'Europe et la France étaient irrémédiablement condamnées à la médiocrité politique et si le renoncement pur et simple du Vieux Continent à se donner des avocats d'un destin mémorable lui était dicté par les turbulences et les convulsions d'une planète vouée à endormir la boîte osseuse des fuyards de la nuit, ne serait-il pas bien inutile d'appliquer à M. Nicolas Sarkozy le jugement du roi Ferrante dans La Reine morte de Montherlant ? On se souvient qu'au dernier acte de la pièce, le vieux monarque espagnol jette son propre fils, en prison "pour médiocrité". Que lui manquait-il'

Pour le comprendre, il faut savoir que l'inaptitude viscérale de M. Nicolas Sarkozy à épouser la vie intérieure de la France tient à son ignorance des vrais ressorts de la planète des singes. Cette incompétence-là est démontrable sur la scène du monde, tellement il est enfantin de s'imaginer qu'un empire, même fatigué, abandonnera ses conquêtes de son plein gré. M. Nicolas Sarkozy ignorerait-il les vrais rouages de l'histoire avec autant de bonne foi apparente que le vieux Maréchal Pétain qui disait, le 28 avril 1944 : " Il est dans votre intérêt de garder une attitude correcte et loyale envers les troupes d'occupation " ?

M. Sarkozy est un enfant naïvement persuadé que l'Amérique est " correcte " et " loyale " envers la France et l'Europe, candidement persuadé que l'OTAN est une instance évangélique, puérilement persuadé que Washington est un apôtre et un missionnaire des idéaux de la religion des droits de l'homme sur la terre. On n'est pas un homme d'Etat si l'on croit jouer dans ce préau.

13 - Le retour des guerriers de Tacite

Mais peut-être l'Europe du XXIème siècle devra-t-elle son salut aux petits-fils des guerriers de Tacite. Comme il est rappelé ci-dessus, leurs ancêtres de l'an mil n'ont-ils pas réussi à maintenir quelque temps sous respiration artificielle un empire romain menacé d'asphyxie ? Déjà l'Allemagne s'est emparée du drapeau déchiré de la France, déjà elle s'est dressée seule face aux guerriers de la sainteté démocratique qui rêvaient de porter les armes de leur foi jusqu'à la mer Noire, déjà elle a pris la relève diplomatique d'une France au drapeau troué et souillé par la promesse de sa reddition. L'empire du Dieu de Washington arrachera-t-il le plus saintement du monde le Tibet à la Chine ? Ses missionnaires implanteront-ils dans ce pays une base militaire aussi apostolique que celle dont la construction vient de s'achever au cœur du Kosovo "libre", aussi démocratique que celle dont le sud du Liban " libre " attend l'implantation, aussi " amicale " que celle dont M. Berlusconi a permis l'extension à Vicense avant même son retour au pouvoir ?

Frottez-vous les yeux, tâtez-vous, vérifiez que vous êtes bel et bien campés sur vos deux jambes et que votre tête est demeurée solidement vissée sur vos épaules. Car voici un autre miracle encore du gigantisme du culte des droits de l'homme : pour la première fois depuis les Croisades, un empire étend son règne et sa puissance à l'école de son autel, pour la première fois depuis Clovis, un empire se présente dans l'arène sous les traits d'une Eglise des " droits de l'homme". Quand M. Bush s'entretient pieusement avec M. Poutine sur les bords de la Mer Noire, sait-il qu'on a mis sa candeur au service d'une "liberté" ambitieuse de chasser la Russie du port de Sébastopol ? Est-ce le plus sérieusement du monde que l'avocat d'affaires de Neuilly s'adresse en évangéliste au successeur de Pierre le Grand et de Catherine de Russie? Sachez que M Nicolas Sarkozy plaide en néophyte et les mains jointes, sachez que c'est dévotement qu'il lève les yeux au ciel. Mais pourquoi M. Poutine se trouve-t-il contraint d'écouter les prières d'une marionnette de ses piétés que les tireurs de ficelle des démocraties font monter sur la scène du monde? Pourquoi toutes les chancelleries n'éclatent-elles pas de rire au spectacle des Etats qui jouent aux saints dans le prétoire des droits de l'homme ? C'est que le monde moderne n'a pas encore de science de l'encéphale simiohumain.

Ce qui manque à M. Nicolas Sarkozy, c'est la connaissance de l'espèce biphasée dont l'histoire raconte la guerre immémoriale que se livrent les deux lobes de son encéphale. Pourquoi se trompent-ils l'un l'autre depuis le paléolithique, pourquoi un animal qui a troqué une zoologie velue pour les plumes d'anges de ses fausses dévotions est-il condamné à masquer sa véritable nature ? Sachez que le fruit de l'échec retentissant qui attend la Présidence française de l'Union européenne sera d'apporter la révélation de ce que les démocraties se trompaient elles-mêmes : elles n'avaient pas encore appris à parler réellement de politique.

Parle-t-on de politique avec des Etats dont la boîte osseuse les place sous la tutelle des faux évangiles d'un empire étranger ? Parle-t-on de politique aussi longtemps que le combat - gagné depuis longtemps par la France - pour le départ des troupes américaines du Vieux Monde ne s'impose pas au cerveau des petits dirigeants européens? Parle-t-on de politique aussi longtemps qu'on n'a pas appris que les peuples et les nations occupées par des troupes étrangères sont marquées au fer rouge de la servitude? Parle-t-on de politique aussi longtemps qu'on se croit souverain sous le ciel des magiciens de la vassalisation démocratique du monde? Il sera grand temps pour la France d'enseigner la politique à l'Europe.

Le 19 mai 2008

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