30/06/2006 3 min #1604

Le CADTM juge insuffisante et inadaptée la taxe internationale sur les billets d’avion instaurée le 1er juillet

{::export from newsnet in Analyses by newsnet date: 30/06/06}A compter du 1er juillet, 14 pays [1] vont appliquer une taxe sur les billets d’avions, nommée Unitaid, qui devrait rapporter 250 millions de dollars par an pour l’achat de médicaments à destination des pays en développement. Au début de chaque match de la coupe de monde de football, un ballon estampillé « Unitaid » vient rappeler cette initiative à des millions de téléspectateurs priés d’applaudir.

Mais si le but est d’améliorer les systèmes de santé, le CADTM affirme que d’autres mesures seraient plus efficaces. Depuis les années 1980, le FMI impose aux pays en développement une réduction drastique des budgets sociaux. Aujourd’hui, le droit fondamental aux soins de santé n’est pas garanti au Sud où chaque jour, 30 000 enfants meurent de maladies facilement curables. En remboursant leur dette extérieure, les États du Sud envoient chaque année à leurs riches créanciers environ 200 milliards de dollars, soit 800 fois la recette d’Unitaid. L’annulation totale de la dette extérieure publique et l’abandon des politiques d’ajustement structurel seraient des leviers plus judicieux pour permettre aux pays concernés d’organiser leur santé selon leurs besoins.

Le CADTM est fondamentalement favorable à un système de taxation internationale, mais le choix des billets d’avion est loin d’être le meilleur puisqu’il s’agit d’une taxe sur la consommation, pas d’une taxe qui vise ceux qui accumulent le plus de richesses. Au contraire, une taxe internationale sur la spéculation financière ou sur les bénéfices des sociétés transnationales aurait eu un réel effet redistributif, tout comme un impôt mondial exceptionnel sur les grosses fortunes. Selon le World Wealth Report 2006, 8,7 millions de personnes dans le monde détiennent plus de 1 million de dollars d’actifs (hors résidence principale) et leur richesse cumulée atteint 33 300 milliards de dollars. Un impôt de 3% sur leur fortune permettrait de recueillir 1 000 milliards de dollars, ce qui représente 5 000 fois le montant libéré par Unitaid...

Désormais, les travailleurs africains ayant migré dans un pays riche dans le but d’envoyer des fonds pour la survie de leur famille restée en Afrique paieront une taxe quand ils se rendront dans leur pays pour voir leurs proches. Pourtant, ils sont autrement plus généreux que les gouvernements du Nord. Selon la Banque mondiale [2], les migrants originaires des pays en développement ont envoyé 167 milliards de dollars au Sud en 2005 alors que le flux net de l’aide publique au développement octroyée par les gouvernements du Nord ne dépasse pas le tiers de cette somme.

Comment enrayer la dégradation des systèmes de santé qui ont souffert des politiques néolibérales imposées par le FMI ? Comment organiser une redistribution de la richesse mondiale et lutter contre les inégalités ? Pour le CADTM, Unitaid se contente d’agir à la marge de la mondialisation financière et évite toute remise en cause des choix macro-économiques qui ont conduit le secteur de la santé dans l’impasse actuelle. Le système économique néolibéral, structurellement injuste, restera intact. Avec Unitaid, les affaires continuent...

cadtm.org

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